L’abbaye Saint-Germer-de-Fly est une ancienne abbaye de bénédictins située dans les Hauts-de-France, dans le département de l'Oise, sur le territoire de la commune de Saint-Germer-de-Fly. Fondée dans les années 630 par saint Germer, son premier abbé, elle est ravagée par les Vikings au siècle suivant et délaissée par les moines. Relevée par Anségise de Fontenelle au début du , elle est cependant de nouveau détruite par les Normands en 851, et reste cette fois-ci abandonnée pendant près de deux siècles. En 1036 seulement, Drogon, évêque de Beauvais, prend enfin l'initiative de réédifier l'abbaye. Elle développe une grande prospérité, qui s'accroît encore après le retour d'une partie des reliques du saint fondateur en 1132. Grâce à l'afflux des dons, la construction d'une nouvelle église abbatiale peut alors commencer. Cette vaste et fière abbatiale édifiée entre 1135 et 1206 environ, et sa chapelle de la Vierge, sont aujourd'hui les principaux témoignages de la puissante abbaye du Moyen Âge, dont la vie monastique s'éteint avec la Révolution française en 1790. L'abbatiale est devenue l'église paroissiale de l'actuel village de Saint-Germer-de-Fly. D'un point de vue architectural, avec son mélange de styles roman et gothique, elle est considérée comme un exemple caractéristique de la première génération gothique, et ceci, non par ses dimensions ou sa beauté, mais par son caractère novateur. C'est l'un des plus anciens témoignages de l'art gothique en France. La chapelle de la Vierge a été construite pendant les années 1260 dans le style gothique rayonnant. Elle n'apporte pas d'innovations architecturales, mais représente aujourd'hui l'un des rares exemples des nombreuses saintes-chapelles et chapelles abbatiales édifiées partout en France entre 1240 et 1260 environ. Par le raffinement de son architecture et la maîtrise remarquable dans son exécution, elle constitue un chef-d'œuvre de l'art rayonnant et reflète cet art à son apogée. Les deux édifices sont classés monuments historiques très tôt par la liste de 1840., et se retrouvent ainsi parmi les treize tout premiers monuments historiques du département de l'Oise. Les autres vestiges sont inscrits en 1930, puis en 1983.. L'église est aujourd'hui affiliée à la paroisse de La Trinité en Bray du pays de Bray.
Localisation vignette|La porterie et l'abbatiale, vue depuis la place de Verdun, au sud-ouest.
L'ancienne abbaye Saint-Germer-de-Fly se situe en France, dans la région Hauts-de-France, à l'ouest du département de l'Oise, en pays de Bray, près de la limite avec le département de la Seine-Maritime, et au nord du Vexin français, sur la commune de Saint-Germer-de-Fly, au nord de la place de l'Abbaye et de la rue Michel-Greuet (RD 129), et à proximité de la place de Verdun, qui concentre la plupart des commerces du village. L'ensemble de l'élévation sud de l'abbatiale et de la chapelle de la Vierge donne sur une vaste pelouse délimitée au sud par la rue Michel-Greuet. La place de l'Abbaye, de forme triangulaire, surplombe légèrement la rue de l'autre côté. À l'ouest, la pelouse est bordée par un complexe de bâtiments, qui donne également sur la place de Verdun (RD 104), et qui englobe, du côté de la rue, l'ancienne porterie de l'abbaye. Ce complexe de bâtiments abrite notamment la mairie et le musée des arts et traditions populaires. Par le porche, l'on accède à la cour intérieure, qui constitue une place publique (place Niedenstein), et ouvre la vue sur la façade occidentale de l'église abbatiale. Au nord de la place, une grille dessert le parc qui s'étend aujourd'hui sur l'ancien domaine de l'abbaye. Ce parc constitue toutefois une propriété privée et n'est pas ouverte à la visite. De cette manière, l'élévation septentrionale de l'église et de la chapelle, de même que la partie nord de leurs chevets, échappent à la vue. L'accès à l'abbatiale et à la chapelle se fait généralement par le vestibule situé entre les deux édifices. L'abbatiale dispose en outre d'un accès de plain-pied pour les personnes à mobilité réduite, avec le portail à l'ouest du croisillon sud. Ce portail n'est ouvert que pour les cérémonies.
Historique La triple fondation de l'abbaye Les sources sur les premiers siècles de l'abbaye sont incomplètes et permettent seulement d'identifier quelques étapes de son histoire. L'abbaye est fondée au par saint Germer. (mort en 658), en un lieu attesté aussi sous les formes latinisée Flaviacum (864) et romane Flay.. Germer est le fils de Rigobert et par sa mère relié à la famille du roi . Il est ainsi mêlé à l’administration des affaires publiques. Il avait pris l'habit religieux des mains de saint Ouen, évêque métropolitain de Rouen, à la mort de sa femme Domane. C'est saint Ouen qui lui aurait indiqué le territoire de Fly afin d’y ériger un monastère. Germer en devient tout naturellement le premier abbé. L'abbaye prend rapidement de l'importance. Germer la dirige jusqu'à sa mort, un vers l'an 658. Les Vikings ravagent l’abbaye à une période inconnue.. Elle est reconstruite au début du par Anségise de Fontenelle, un proche de Charlemagne, dont l'abbatiat dure de 807 à 833. Son successeur, Hincmar de Reims, est nommé archevêque de Reims en 845. L'on ignore ce qui advient de la communauté monastique après son départ. Hincmar n'a en tout cas pas de successeur direct. En 851, l'abbaye est de nouveau ruinée par les Vikings. Elle est délaissée par les religieux, et la donne avec tous ses biens à l'évêché de Beauvais afin d'éviter la spoliation de ses terres. Dans sa bulle approuvant la donation, le pape invite l'évêque Eudes à restaurer la vie monastique. Bien que cette restauration ne devienne effective qu'au début du , le statut de l'abbaye dans l'hiérarchie ecclésiastique se trouve ainsi fixé : elle dépend, jusqu'à la Révolution, du diocèse de Beauvais et du chapitre de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais. En 1036 seulement, Drogon, évêque de Beauvais, fait enfin réédifier l’abbaye qu’il appelle Saint Germer de Fly. Il s'agit déjà du troisième complexe de bâtiments sur le même lieu, et à l'instar de ses prédécesseurs, il n'en reste aucune trace visible. Mais est assurément prospère grâce aux nombreuses donations : dès 1060, Lancelin lui demande l'établissement d'un prieuré à Villers-Saint-Sépulcre, et en 1082, un autre prieuré est fondé à Étréchy. Plus tard transféré à Morigny-Champigny, il jète la base de la future abbaye de la Sainte-Trinité de Morigny. Les terres de l'abbaye se situent notamment dans les diocèses de Rouen, de Beauvais, et en Angleterre..
La vie de l'abbaye Depuis les invasions normandes, les reliques de saint Germer étaient conservées dans la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais. Sous l'épiscopat de Guy (1063-1085), un rapatriement est envisagé pour la première fois, mais le projet se heurte à l'opposition des chanoines et bourgeois de Beauvais. Sous l'abbatiat d'Eudes (ou Odon) (1126-1133), la translation est envisagée pour une nouvelle fois. Le projet se concrétise en 1132 grâce à la médiation de Josselin de Vierzy, évêque de Soissons (1126-1152), et une partie du corps de saint Germer peut être prélevée en faveur de l'abbaye. Le cortège a lieu le . L'un des moines qui est témoin rédige une histoire de la translation, et affirme que Drogon est considéré comme le nouveau fondateur de l'abbaye. Sous l'impulsion de l'arrivée récente des reliques, les dons affluent. Ils proviennent de personnalités illustres, dont , Mathieu de Montmorency, et . En 1133, l'abbé Eudes est nommé évêque de Beauvais. Des conditions exceptionnellement favorables à une nouvelle reconstruction de l'abbaye sont maintenant réunies.. Sous l'abbatiat de Léodegaire (1133-1145), , roi d'Angleterre et duc de Normandie, autorise l'abbaye de prélever chaque année quatre chênes dans la forêt de Lyons. C'est un indice que les travaux commencent effectivement dans cette période. Ils se poursuivent jusqu'en 1167, date à laquelle ils sont interrompus en raison de la crise intervenue dans la communauté à la suite de l'élection controversée de l'abbé . Selon des lettres du pape , elle n'est pas canonique, et l'on reproche à Hildegaire la dilapidation des biens de l'abbaye..
La situation de l'abbaye semble revenir à l'ordre après l'élection de , fils du comte de Clermont, en 1172 (il deviendra abbé de Cluny en 1184 sous le nom de de Clermont).. En 1200, à la mort de l'abbé le Pauvre, les moines élisent saint Eustache, prêtre natif du Beauvaisis et ancien secrétaire de l'évêque de Beauvais Philippe de Dreux, comme abbé. « Nous avons élu votre secrétaire, homme honorable, simple et droit, à qui on rend témoignage de toutes parts », écrivent-ils à Philippe de Dreux. Sur la demande d'Eustache, Philippe de Dreux vient consacrer plusieurs autels le . L'on peut croire que l'église abbatiale est à peu près achevée à cette date.. Eustache reste abbé jusqu'à sa mort, le , mais doit parfois abandonner l'abbaye pour aller prêcher en Languedoc touché par l'hérésie cathare, ou pour aller en Angleterre, où le pape l'envoie comme légat pontifical. Parmi les moines, l'abbaye Saint-Germer-de-Fly a compté également des personnages illustres pendant sa période de prospérité : Guibert de Nogent (1053 près du village de Catenoy dans le Beauvaisis - 1125 à l'abbaye de Nogent-sous-Coucy près de Soissons), écrivain, théologien et historien français ; Adelelme ou Aleaume, connétable de vers 1071 - vers 1074 ; et Raoul le Noir (1140 Bury St Edmunds (Suffolk) - mort peu après 1200), théologien et chroniqueur anglo-normand..
vignette|Acte de l'official de Beauvais du : Richard de Grez, de Saint-Félix, et son épouse, cèdent à l'abbaye une « pièce de terre arable qu'ils avaient de l'héritage d'Asceline d'Amuchy, tante maternelle dudit Richard » pour 110 sous.
En 1246, l'abbé Guillaume de Villaines vend toutes les possessions anglaises de l'abbaye. Quelques années plus tard, Pierre de Wessencourt, de Saint-Germer de 1259 à 1272, fait édifier, au chevet de l'abbatiale, la chapelle de la Vierge. L'abbaye dispose de toutes les liquidités nécessaires, et le chantier est accompli sous une seule campagne de travaux. Les auteurs du voient la ressemblance avec la Sainte-Chapelle de Paris, et la qualifient souvent de sainte-chapelle. Or, comme le précise Laurent Lecomte, ce terme ne peut s'appliquer qu'à des sanctuaires qui abritent des reliques de la Passion du Christ, ce qui n'a jamais été le cas à Saint-Germer. En plus d'un sanctuaire en honneur de la Vierge Marie, il s'agit en réalité d'un écrin pour les reliques de saint Germer et d'une chapelle privée de l'abbé.. Le , aux côtés de Guillaume de Grès, évêque de Beauvais, Pierre de Wessencourt en fait la dédicace. Il y fait transporter les restes de saint Eustache, l'ancien abbé de 1200 à 1211, enterré jusque-là dans l'abbatiale.