Le palais Neuf (en italien : Palazzo Nuovo) est un palais situé sur la place du Capitole à Rome, en face du palais des Conservateurs, avec lequel il constitue un des lieux d'exposition des musées du Capitole.
Histoire
Le palais ne fut construit qu'au , probablement en deux phases, sous la direction de Girolamo Rainaldi, architecte du Peuple romain, puis de son fils Carlo Rainaldi qui l'achève en 1663. Cependant, le projet, au moins du corps de la façade, doit être attribué à Michel-AngeS.Benedetti, Il Palazzo Nuovo nella piazza del Campidoglio, 2001.
Les dessins du figurent à son emplacement, le mur de soutènement du couvent de l'Aracoeli, qui domine aujourd'hui sa cour interneCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, ..
En 1537, Michel-Ange commence les travaux de restructuration de la place du Capitole avec la création ou la rénovation de trois palais, le palais des Conservateurs, le palais sénatorial et le palais Neuf. Il réorganise la place du Capitole avec notamment le déplacement de la statue équestre de Marc Aurèle depuis le palais du Latran, ainsi que les plans de la construction de la façade du futur palais Neuf, mais il ne verra pas son œuvre achevée à sa mort. Si les travaux de démolition et de fondation du bâtiment débutent en 1571, ce n'est qu'en 1603, que le pape assure le financement de la construction du nouveau palais par un emprunt et pose la première pierre. La construction est terminée en 1654, sous le pontificat d'.
Le palais est construit juste en face du palais des Conservateurs (fermant la vue de la basilique Santa Maria in Aracoeli depuis la place) dont il reproduit fidèlement la façade conçue par Michel-Ange avec le portique au rez-de-chaussée et l'orientation légèrement oblique, par rapport au palais Sénatorial, afin de compléter la conception symétrique de la place caractérisée par une forme trapézoïdale.
Au cours de la première phase des travaux, la façade avec la travée du portique derrière elle, est érigée. Au cours de la deuxième phase des travaux de construction, une excavation est réalisée vers l'Aracœli, démolissant un remblai sur lequel s'appuyait la fontaine de Marforio, qui est démontée puis installée dans la cour intérieure du palaisS.Benedetti, Op. cit., 2001. Au , l'architecture du palais s'enrichit notamment au cours des pontificats d' et de , qui fait réaliser les plafonds en bois des salles principales. Au cours de ces mêmes années, la jouissance du palais est concédée à la « Corporation des Arts de la laine et de la soie », dont le rôle culturel est alors important. Au moment de la concession, l'inventaire mentionne , chiffre qui passe à 50 au moment de sa concession aux « Arts de l'agriculture » en 1698.
L'institution de la nouvelle collection publique d'antiques, présentée selon les critères d'un musée moderne, est l'œuvre de en 1733. Il fait acquérir les sculptures qui avaient décoré la maison du cardinal Alessandro Albani, collectionneur avisé de chefs-d'œuvre antiques provenant soit d'autres collections, soit de fouilles ou de découvertes fortuites. La collection ainsi devient particulièrement importante avec l'achat de la collection Albani, composée de non moins de , et avec les acquisitions et donations effectuées au cous des années 1745-1750, durant le pontificat de . Les salles sont conçues en fonction d'un itinéraire qui met en évidence la valeur documentaire de ces sculptures, qui est reproduit dans la présentation actuelle. Des tailleurs de pierre romains sont engagés pour restaurer ces statues, souvent mutilées : une nouvelle intégrité est élaborée, dans nombre de cas, en fonction d'une interprétation savante.
De 1812 à 1818, des déplacements et des transformations sont effectués à l'intérieur du musée ; les statues provenant de la basilique Santa Maria in Aracœli sont acquises. En 1816, pour accroître les espaces disponibles, la première salle du rez-de-chaussée, à droite, est réorganisée qui le prend le nom de « salle Lapidaire », ainsi qu'une autre petite salle, dite « de l'Urne ». Depuis le , le palais est utilisé à des fins muséales. Cette toute première collection publique d'antiques inspira la formation des plus importants musées du monde entier et leur servi de modèle.
Les décorations intérieures en bois et stuc doré sont toujours celles d'origine.
Architecture
Les niches et les édicules du palais étaient probablement destinés, dès l'origine, à présenter selon les critères « des anciens », les grands chefs-d'œuvre de la sculpture grecque et romaine qui étaient déjà nombreux sur la colline. Cet édifice est le premier conçu pour abriter un patrimoine d'antiques de propriété publique. Il est projeté dans cette perspective avec une alternance d'espaces internes et externes destinée à mettre au mieux en valeur les marbres placés entre les murs, à l'intérieur de niches à tympans et édicules construits pour les abriter.
Sur le plan architectural, le bâtiment se différencie des palais de l'aristocratie romaine qui, dès la fin du , abritent pêle-mêle, et dans leurs seuls espaces externes, les objets antiques. Il présente une alternance continue de pans de murs enduits ou revêtus de travertin entre lesquels sont placés, au fil du temps, des inscriptions latines et grecques, ainsi que d'importants bas-reliefs.
Son coloris original, un « bleu couleur ciel », restitué par les dernières restaurations, se marie avec les pavements en terre cuite remplacés aux , par de grandes dalles de marbre, et avec les plafonds en bois à caissons ciselés, en partie décorés de stucs et de fresques, remis au jour durant les derniers travaux.
Collections Les sculptures antiques en marbre sont exposées en fonction de critères typologiques (salle des Empereurs, salle des Philosophes) ou esthétiques, conférant aux objets placés au centre des salles la dignité de « chef-d'œuvre » (salle du Faune, salle du Gladiateur). Le goût collectionniste est plus particulièrement marqué dans la Galerie et le Salon du premier étage, avec une présentation des sculptures plus décorative que typologique.
Atrium Au rez-de-chaussée, l'espace interne est conçu selon une conception architecturale reprise par les palais du aux anciennes domus romaines. Le portique abrite les statues de grandes dimensions, ainsi que plusieurs chefs-d'œuvre donnés à la ville de Rome, qui se trouvaient auparavant dans la collection du Belvédère. Les voûtes, en partie en berceau, en parie en arc de cloître, créent un jeu de lumière dans la partie centrale qui s'ouvre sur la cour intérieure. Dans la partie supérieure, de grandes conques ornementales complètent scénographiquement la décoration. Des inscriptions romaines, pour la plupart funéraires, sont insérées dans les mursCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, ..
Cour
Entre le , les collections d'antiquités romaines s'enrichissent progressivement grâce à la découverte de nouveaux chefs-d'œuvre ; les zones semi-extérieures des palais deviennent les lieux d'exposition privilégiés des grandes sculptures antiques qui s'entassent dans les atriums et les cours. Niches, colonnes, piliers et pilastres, et sur les étagères à différentes hauteurs, reliefs, bustes et têtes antiques, le goût de la scénographie se manifeste sous ses meilleures formes. La cour est le point central de l'entrée, elle est souvent visible depuis la place sur laquelle s'ouvrent les bâtiments, les lithographies de l'époque donnent une idée de cette envie de « spectacle ».
Marforio
Au milieu de l'atrium du Palais Neuf, en traversant le passage extérieur, la porte et le portail, dans un espace intérieur très suggestif, la cour ressemble à un petit carré intérieur avec des murs-rideaux en briques, qui s'incurve pour abriter le bassin de la fontaine et la niche dans laquelle est insérée la statue de Marforio, découverte au dans le Forum de Mars (Martis Forum, nom attribué par les anciens au Forum d'Auguste). La statue de dimensions colossales est restaurée avec les attributs typiques de l'Océan par Ruggero Bescapè en 1594 et placée sur la colline du Capitole près d'un remblai de l'Aracoeli, dans une position symétrique par rapport aux statues similaires des deux fleuves (Tibre et Nil), installées devant la façade du palais des Conservateurs depuis 1513.
De nombreux historiens identifient dans le Marforio la représentation du Tibre ou d'une autre divinité fluviale pertinente également dans les temps anciens. Le personnage est allongé sur le côté gauche avec un visage incliné qui se caractérise par des cheveux longs, une barbe très épaisse et une moustache. La pièce est stylistiquement attribuée à l'âge des Flaviens () et a une notoriété particulière à partir de la Renaissance car elle est utilisée pour afficher des écrits « pasquinades », diffamatoires envers le gouvernement, que les Romains signaient du nom de Pasquino.
Sur la nouvelle fontaine au fond de la cour, appose en 1734 une plaque commémorative pour l'inauguration des musées du Capitole, la surmontant de ses propres armoiries. Quatre statues ont été installées sur la balustrade surplombant la fontaine, aujourd'hui remplacée par quatre bustes. Plus tard, un précieux portrait du pape Corsini est placé au centre de la fontaine ; ses dimensions apparaissent hors d'échelle par rapport à celles colossales du Marforio.
De part et d'autre de la grande fontaine, sont installés quatre colonnes en cipollino (jusqu'au milieu du siècle dernier surmontées d'autant de bustes en marbre, aujourd'hui au musée pour des raisons de conservation) et deux protomés léonines (Gocciolatoio 1 et Gocciolatio 2).
Satyre della Valle
La statue du Marforio est entourée de statues antiques ; deux niches rectangulaires encadrées de travertin ont accueilli, après diverses retouches, les deux statues de satyres portant une corbeille de fruits sur la tête. Les deux sculptures ont été trouvées à Rome près du Théâtre de Pompée et conservées pendant une longue période non loin du lieu de la découverte, dans la cour du Palazzo della Valle (sans surprise elles sont appelées Satyre della Valle). Il s'agit de deux statues en miroir représentant le dieu Pan, le dieu grec de la vie rurale et de la nature, lié au culte de Dionysos, probablement utilisées comme atlante dans la structure architecturale du théâtre, peut-être à l'intérieur d'un petit portique ou d'une loggia. Le traitement du marbre et le rendu du modelé permettent de les dater de la fin de l'époque hellénistique. Le caractère de cette divinité, mi-homme, mi-bouc, avec une tête barbue et des cornes animales, est également souligné par la peau de panthère qui couvre son dos. Les figures sont deux hauts-reliefs d'où se détachent les bras, l'un élevant sur la tête un panier, l'autre abaissant une grappe de raisinCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, ..
Groupe de Polyphème Un groupe caractérisé par Polyphème tient un jeune prisonnier à ses pieds. L'œuvre provient des collections du Vatican et a été acquise par les Conservateurs en 1636, comme indiqué à sa base, date à laquelle le bras tenant la syrinx et la tête du jeune homme ont été ajoutés, croyant que les deux personnages représentaient « Pan avec un jeune homme ». Le groupe illustre un des moments marquants de lOdyssée, quand Ulysse et ses compagnons se trouvent dans l'antre de Polyphème. Il est datable de la fin de l'époque impériale et pourrait dériver de l'archétype hellénistique d'Ulysse tendant la coupe à PolyphèmeCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, ..
Statue colossale de Mars