Le Palais sénatorial (en italien : Palazzo Senatorio) est un palais situé à Rome sur la place et la colline du Capitole.

Hôtel de ville depuis 1144, il est de fait le plus ancien hôtel de ville du monde. Construit entre les sur les ruines du Tabularium et du temple de Véiovis, il a été rénové au sous la direction de Michel-Ange et plus tard de Giacomo della Porta.

Il est flanqué du palais des Conservateurs et du palais Neuf, avec lesquels il compose le complexe des musées du Capitole.

Jusqu'à l'annexion de Rome au royaume d'Italie en 1870, ce fut le siège du sénateur de Rome.

Histoire vignette|Vue depuis le Forum Romain. Après la chute de l'Empire romain d'Occident, l'administration de Rome passe sous le gouvernement de l'Église catholique jusqu'aux soulèvements qui conduisent à la naissance de la municipalité de Rome en 1143-1144. Le Capitole, sur lequel se dresse le Tabularium, édifice de la République romaine également utilisé comme archives de l'État à l'époque de l'Empire romain, devient le centre de l'administration de la ville après la démolition d'une forteresse de la famille Corsi, édifié au , détruite en 1105. par le pape Pascal II.

La construction proprement dite d'un palais à usage d'hôtel de ville, sur les ruines du temple de Véiovis et du Tabularium lui-même, commence entre la seconde moitié du , en utilisant la structure des bâtiments existants comme renfort et terrassement pour compenser la différence de hauteur entre les pentes sud du Capitole et le Forum Romain . Au cours des , le palais subit quelques interventions en vue de le fortifier telles que la fermeture de quelques arcs de la loggia et la construction de plusieurs tours aux fonctions de contreforts. Lorsque le projet de rénovation est confié à Michel-Ange, le palais Sénatorial est devenu un complexe de quatre ailes flanqué de tours d'angle crénelées. Sa façade est tournée vers la place ; derrière les murs du soubassement se trouvent des oubliettes et des entrepôts ; le premier étage abrite la salle du tribunal, accessible par un escalier indépendant ; une loggia ouverte est aménagée dans la partie droite de la façade, au-dessus de laquelle se trouvent sans doute les appartements du sénateurZöllner, Thoenes, ..

En 1538, le pape Paul III, de la maison Farnèse, confie à Michel-Ange les travaux du futur palais Sénatorial donnant sur la place du Capitole avec la restauration du palais des Conservateurs et la création du palais Neuf. Michel-Ange réorganise la place du Capitole avec notamment le déplacement de la statue équestre de Marc Aurèle depuis le palais du Latran, ainsi que les plans de la construction des façades des futurs palais, mais il ne verra pas son œuvre achevée. Le palais Sénatorial, toute la statue équestre, est alors tourné non pas vers le Forum, mais vers le terrain vague s'étendant devant la Rome moderneMurray, .. Le palais actuel ne doit au plan initial de Michel-Ange que son ordre colossal et le niveau inférieur traité comme un sous-sol contre lequel est placé le grand escalier doubleMurray, . : l'argent manque pour une rénovation de fond de l'ancien bâtiment ; la tâche de l'architecte se borne à donner un aspect régulier à la façade, à placer l'accès au tribunal dans l'axe central et à transformer l'escalier en conséquence. Michel-Ange de revendique certainement pour cela l'intégralité du soubassement. Il conçoit un escalier cérémoniel du type de sa première esquisse pour le vestibule de la bibliothèque Laurentienne : deux longues volées symétriques convergeant au centre en un perron en avancée. Au-dessus était prévu un balcon ouvert se prolongeant en une coursière aménagée sous les portes-fenêtres de l'étage haut. Contre la face postérieure de l'aile de la façade se dressait un campanile. En gravissant la colline depuis la ville par la Cordonata capitolina, on verrait ainsi se dresser successivement et les uns au dessus des autres, la statue équestre, la statue de Jupiter, le baldaquin et le campanile, impressionnante démonstration du pouvoir juridictionnel suprême.

Ces projets n'altèrent pas l'aspect de château fort du bâtiment. Le soubassement en pierre de taille, le soulignement de l'axe central et le laborieux contournement des deux tours d'angle par les volées d'escalier ne sont pas sans rappeler le palais de Justice de Jules II commencé par Bramante dans la Via Giulia, palais qui, selon le vœu du pape, était destiné à devenir le Palais Sénatorial. La réalisation du baldaquin ne fut pas menée au-delà de premières amorces que l'on peut encore voir sur l'édifice. Elle est abandonnée après la transformation intérieure du palais en 1573-74 et les modifications intervenues au niveau de l'enchainement des étages.

Il n'existe pas de données précises concernant l'exécution des travaux. Le projet existe dès 1542P. Pecchiai, Il Campidoglio nel Cinquecento, sulla scorta dei documenti, Rome, 1950. : le gros œuvre de la partie gauche est en cours de réalisation quelques années plus tard, celui de la moitié droite après la démolition de la loggia Squarcialupi, dont le bilan final est établi en date du . En 1554, le portail d'entrée du perron supérieur de l'escalier est en cours de construction ainsi que l'élargissement de la tour d'angle droite jusqu'au niveau de la galerie placée devant l'étage supérieur. Après une inspection de Pie IV le , des travaux de réparation sont effectués : à la demande du pape, un nouveau projet voit le jour pour la rénovation de la façade, d'après lequel un bilan des travaux est établi le Zöllner, Thoenes, .. vignette|Le palais sénatorial de nuit sur la place du Capitole entre le palais Neuf et le palais des Conservateurs. À la mort de Michel-Ange, les travaux se poursuivent sous la direction de l'architecte Giacomo Della Porta, qui termine l'édification du bâtiment en 1605 avec sa façade baroque, sur la base des dessins de Michel-Ange, mais proposant des variations importantes. La façade principale du bâtiment, qui n'a été achevée qu'entre 1593 et 1598, réunit les salles du Sénateur avec celles de la chambre haute, donnant vie à ce qui deviendra par la suite la salle Jules César. Le grand ordre de pilastres n'est plaqué sur l'édifice qu'en 1593. Il reprend le système du palais des Conservateurs, mais ne consiste qu'en de larges bandes de travertin : l'espace manque pour une articulation plus profonde du relief, le plan du mur est déterminé par l'escalier de Michel-Ange, directement adossé à l'ancien mur. Michel-Ange ne songeait pas encore à un ordre de pilastres dans les années 1540 : pour ce faire, il lui aurait fallu transformer l'escalier ou faire éliminer le relief mural de la maçonnerie existante. Cette idée peut remonter à un commanditaire ultérieur, peut-être Pie IV, qui voulut ennoblir le siège sénatorial et donner un visage uniment moderne au Capitole. Tels qu'ils sont réalisés, les pilastres font plutôt l'effet d'un décor cérémoniel apposé après-coup. Le vrai motif pathétique de la façade demeure l'escalier de Michel-Ange.

L'aménagement de la place selon le projet de Michel-Ange, y compris le trottoir, est achevé entre les . Apparemment, il n'y eut jamais de plans complets complets pour le palais Sénatorial ; la gravure d'Étienne Dupérac (1568) semble dériver de croquis et de déclarations d'intention. Dominant le palais, la tour et son clocher sont édifiés par l'architecte Martino Longhi l'Ancien.

Dans une salle du bâtiment, des fresques ont été retrouvées, qui sont restées longtemps cachées et qui ont été endommagées plusieurs fois au cours des siècles, datant des années vingt ou trente du . Elles représentent un Christ triomphant, les saints Pierre et Paul et y figurent les traces d'un halo ayant appartenu à une Vierge Marie. Certains historiens de l'art pensent qu'elles ont pu être réalisées par l'atelier de Pietro Cavallini, d'autres pensent à une œuvre de Filippo Rusuti. Compte tenu du lieu de la découverte et du fait qu'à l'époque le palais était le siège de la plus haute autorité administrative de la ville, il semble probable que cette dernière ait fait appel au savoir-faire de certains des meilleurs artistes de la commune. La présence d'un noble symbole représentant une colonne à côté de la figure de saint Pierre, suggère une commission de la famille Colonna. Le patron a été identifié par certains érudits en la personne de Pietro Colonna. Ceci, cependant, ferait remonter l'œuvre à la fin du , à la période comprise entre 1288 et 1297Carlo Alberto Bucci, Il capolavoro ritrovato sui muri del Campidoglio, La Repubblica, 15 juin 2010,consulté le 13 août 2020..

Description Extérieur

Façade vignette|Réplique de la Louve Capitoline placée près de l'entrée secondaire. La façade du bâtiment fait face à la place du Capitole et a une seule entrée, accessible par le double escalier monumental, et deux rangées de fenêtres. Sur les côtés, les deux tours contreforts sont encore visibles, tandis que sur la façade arrière, la tour de Nicolas V (1451) abrite le bureau du maire.

Le double escalier conçu par Michel-Ange est décoré par un ensemble sculptural composé d'une statue de Roma (déesse), représentant initialement Minerve assise, placée au sommet d'une fontaine, et sur les côtés deux statues monumentales représentant le Nil (à gauche ) et le Tibre (à droite), ces deux dernières provenant du temple de Sérapis sur le Quirinal. Sur le bord, deux bassins constituent avec la statue de la déesse Roma le vestige d'un projet commandé par le pape Sixte V et abandonné après sa mort.

Sur le côté gauche, vers la via di San Pietro in Carcere, en descendant vers le Forum romain, l'entrée secondaire est marquée par une colonne avec un chapiteau ionique surmonté d'une copie de la Louve capitoline.

Avant la donation de Sixte IV, le groupe du Lion dépeçant un cheval, aujourd'hui dans les collections capitolines d'antiquités, était installé au sommet du grand escalier d'accès au palis, son emplacement médiéval. C'est la seule sculpture du Capitole avant cette dotation. Elle marquait le locus iustitiae, mentionné dans les documents du , où l'on prononçait les sentences capitales, qui y étaient parfois exécutéesCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, ..

Tour de la Patarina vignette|Tour de la Patarina. Au sommet du bâtiment se trouve la tour de la Patarina, construite entre 1578 et 1582 sur un projet de Martino Longhi l'Ancien pour remplacer la tour précédente d'origine médiévale et haute de plus de 35 mètres, détruite par la foudre vers le milieu du . La structure carrée en briques est divisée en trois ordres superposés, dont deux sont bien visibles. Ces derniers sont ornés de quatre arcs (un pour chaque façade) qui enserrent les chambres des cloches occupées par deux cloches en bronze datant de 1804 et 1805. Au sommet se trouve une réplique d'une statue représentant Minerve et un paratonnerre pour protéger la structure. L'horloge placée à l'origine sur la façade de la basilique Santa Maria in Aracoeli voisine a été transférée sur la façade principale en 1806.

L'épithète dérive du Patarina, le nom par lequel une cloche de Viterbe a été rebaptisée comme butin de guerre. La capitale de la Tuscie donna en effet refuge aux pataris, mouvement né dans l'église milanaise et considéré comme hérétique par l'église romaine. Cette cloche a été coulée plusieurs fois à partir de 1506 même si son sort n'est pas clair.

Les cloches de la tour sonnent généralement à l'occasion de l'élection du maire et de Noël, même s'il y a eu des carillons extraordinaires, comme ceux à l'occasion de l'abdication de Benoît XVI le Benedetto XVI non è più Papa:« Sono un pellegrino all'ultima tappa », La Repubblica, 28 février 2013, consulté le 13 août 2020..

Intérieur

Salle Jules César vignette|Session de l'Assemblée Capitoline dans la salle Jules César, avec sur le mur du fond, la statue qui donne son nom à la pièce.