Complots capitaux est un recueil de dix-huit nouvelles de science-fiction écrites par des auteurs français ou francophones.
Le recueil, réalisé sous la direction d'Olivier Delcroix, est paru aux éditions Le Cherche midi, collection NéO, en .
Les récits, rédigés spécialement pour l'ouvrage, proposent une « interprétation conspirationniste » d'événements historiques.
Extraits de la préface Une préface de six pages présente le recueil ; cette préface a pour titre « Complots Mode(s) d'emploi ».
(…) Voilà bien le propre des complots. Ils peuvent se nicher partout, à partir du moment où l'incompréhension, le doute, le secret et l'angoisse viennent s'insinuer dans nos esprits. Reprenons la définition du Grand Robert de la Langue française : un complot signifie « un projet concerté secrètement contre la vie, la sûreté de quelqu'un, contre une institution ». À la base de tout complot on retrouve un secret. Voilà le mot clef. Qui dit secret dit aussi manque d'explications. L'incompréhension de l'individu face à un acte mystérieux, une personne inconnue, ou plus généralement face au monde qui l'entoure : tout cela favorise la montée de l'angoisse. C'est sur ce terreau paranoïaque que, dès lors, on imagine les plus étonnants délires d'interprétation. « On nous cache tout, on nous dit rien », chantait Jacques Dutronc en 1966, sur des paroles du regretté Jacques Lanzmann. Quarante ans plus tard, rien n'a changé. Les théories conspirationnistes de toutes natures, historiques, politiques, philosophiques, sociologiques ou géostratégiques, se multiplient à l'infini et participent d'un brouillage global de l'information.
(…) Bref, les complots se portent bien. Et comme il n'est pas de complot sans secret, le romanesque n'est plus très loin. C'est ainsi qu'est née l'idée de ce recueil. Le principe en est simple. Dix-huit écrivains, jeunes débutants prometteurs ou romanciers confirmés, se sont vu proposer une « mission » : celle d'imaginer leurs propres explications à quelques complots célèbres, d'hier et d'aujourd'hui. Ils se sont amusés à s'emparer d'un complot illustre ou inédit, et en livrent une nouvelle version. L'ensemble n'offre ni plus ni moins qu'une relecture paranoïaque de l’Histoire. (…)
Liste des nouvelles Les résumés qui suivent indiquent les chutes et révélations finales des récits.
Azimut 68 Auteur : Jérôme Leroy Place dans l'anthologie : p. 13 à 24 Thème de la nouvelle : les complots américains contre le Général de Gaulle Résumé : Les Américains n'ont jamais aimé le général de Gaulle, trop nationaliste, trop indépendant, pas assez manipulable, et ont toujours voulu l'éliminer, soit physiquement, soit symboliquement. Ainsi, l'OAS, c'était eux qui l'avait financée ; l'attentat du Petit-Clamart de 1962, c'était eux. En 1967, les chefs de la CIA chargent l'agent spécial Bill Spread de contacter et de soutenir un inconnu, Daniel Cohn-Bendit, dans son agitation contre les gaullistes : l'agitation doit atteindre son apogée au printemps 1968…
On va marcher sur la Lune Auteur : Pierre Bordage Publication en recueil : Dernières nouvelles de la Terre... (2010) Place dans l'anthologie : p. 25 à 34 Lien externe : Thème de la nouvelle : Conquête de la Lune par les États-Unis Résumé : Le représentant de la Chine à l'ONU lance une « bombe » médiatique et politique : d'une part les États-Unis n'ont jamais réellement envoyé d'astronautes sur la Lune ; d'autre part les Chinois vont être les premiers à y envoyer des taïkonautes. Le premier humain à fouler le sol lunaire sera donc Chinois. Les Américains répliquent que l'on connaît depuis longtemps les théories du complot fumeuses qui promeuvent de telles théories idiotes, et que toutes les critiques ont été démontées scientifiquement. Le délégué chinois fait alors paraître devant l'assemblée générale des Nations unies un homme dénommé Richard Jenkin, qui déclare avoir été recruté par le FBI et la NASA à la fin des années 1960 pour réaliser des films montrant des astronautes américains marcher sur la Lune. Aujourd'hui, à plus de 80 ans, il souhaite se confesser et faire cesser ce mensonge éhonté : effectivement les Américains ne sont pas allés sur la Lune. Le scandale est énorme, et les autorités américaines peinent à se défendre. La dernière page du récit montre le délégué chinois être fier de lui : évidemment, les Américains sont allés sur la Lune, mais il est si facile, 45 ans après, de faire croire le contraire aux gens ! Les gens sont si naïfs, si crédules ! Une fois les Américains politiquement et symboliquement discrédités, il sera facile aux Chinois de faire croire à tout le monde qu'ils seront allés, eux, sur la Lune, alors que le programme de réalisation de films de propagande est déjà en cours de réalisation : ce que les Chinois ont faussement reproché aux Américains d'avoir fait, eux vont le faire sans remords !
Une bombe nommée Marilyn Auteur : Olivier DelcroixL'anthologie Noirs complots ainsi que la notice biographique en fin de volume indique (p. 380) qu'Olivier Delcroix, né le 18 juin 1967 à Toulon, était, lors de la publication de l'anthologie en 2008, journaliste au Figaro depuis 1991. Il avait été précédemment licencié ès lettres modernes et diplômé de l'École supérieure de journalisme de Paris. Il a été notamment journaliste au Figaro littéraire où il a chroniqué la science-fiction et la bande-dessinée. Il a produit pour France 5 un film documentaire, De Tintin à Titeuf, les mythes de la bande-dessinée. Il avait déjà publié trois nouvelles dans les registres de la science-fiction et de la littérature policière. Place dans l'anthologie : p. 35 à 64 Thèmes de la nouvelle : Marilyn Monroe et les essais nucléaires américains en 1962 (le titre de la nouvelle étant une référence à la bombe atomique) Résumé : Un photographe de mode qui a pris des photos de nu de Marilyn Monroë, avec son accord, et qui est tombé amoureux d'elle, découvre son journal intime peu après sa mort « par suicide ». Il apparaît que la célèbre actrice avait été irradiée par suite d'essais atomiques alors qu'elle tournait un film dans le Nevada, et qu'elle s'apprêtait à rendre publique cette information. Elle a donc été assassinée sur l'ordre de John Kennedy pour ces révélations. Le photographe est poursuivi par des tueurs de la Mafia qui souhaitent mettre la main sur ce journal intime afin de faire pression sur le président.
Le téléphone pleure Auteur : Philippe Ségur Place dans l'anthologie : p. 65 à 79 Résumé : Le narrateur du récit est le chanteur Claude François. Il est censé être mort accidentellement d'électrocution, dans un accident domestique survenu le à l'âge de trente-neuf ans. Si tout le monde savait… En fait, cet « accident » n'en est pas un ; tout est organisé ; tout est planifié pour faire croire à tous, y compris aux membres de sa famille, la réalité de son décès. Deux motivations l'ont poussé à cette mystification : d'une part, des dettes colossales qui s'accumulent année après année, car il n'est pas simplement chanteur mais aussi dirigeant de sept sociétés qui sont toutes au bord de la faillite avec des dettes importantes ; d'autre part il a emprunté de fortes sommes d'argent à des mafieux new yorkais, qui depuis deux ans le menacent, commettent des actes graves d'intimidation et disent vouloir s'en prendre prochainement aux membres de sa famille. Alors, pour protéger ceux qu'il aime, il est contraint de quitter ce monde brutalement en faisant croire à son décès, et de refaire sa vie ailleurs, sous une autre identité.
La Machination K. Dick Auteur : Michel de Pracontal Place dans l'anthologie : p. 81 à 106 Résumé : Le récit est divisé en 13 sections, dont les 11 premières ont pour narrateur Philip Marlowe, détective privé. Les deux dernières sections sont racontées par un narrateur extérieur omniscient, qui explique la vérité des choses au lecteur. Quand le récit commence par la bouche de Marlowe, celui-ci est un détective privé chargé par un client de faire des recherches sur le roman Numik, censé avoir été rédigé par Philip K. Dick avant son décès. Marlowe est embarrassé ; il ne sait par quel bout commencer son enquête ; de surcroît il ne connaît rien à la science-fiction. Il demande à sa secrétaire, Phyllis, de lui organiser un rendez-vous avec la fille de l'auteur défunt, Lisa Dick. Il va en bas de la rue pour acheter le bouquin en question. Quand il revient à son bureau, Phyllis a disparu. Il ne retrouve d'elle que ses vêtements et un trousseau de clef. À partir de cet instant, Marlowe va vivre ce que vivent certains des « personnages dickiens » dans les romans du célèbre auteur : il ne va plus comprendre dans quel monde il évolue et qui il est réellement…
Happy Birthday, Ground zero ! Auteur : Johan Heliot Place dans l'anthologie : p. 107 à 123 Résumé : Le récit débute le à New York : on est à 10 jours de la commémoration des attentats du 11 septembre 2001. Le jeune journaliste Hugo GreenbackJohan Heliot a créé une homophonie avec Hugo Gernsback (1884-1967), célèbre auteur de science-fiction. est informé que les attentats du résultaient d'un vaste complot. Pour preuve, on va lui faire rencontrer l'acteur qui a joué le rôle d'Oussama Ben Laden en 2001 et dans les années qui ont suivi. La destruction des tours jumelles avait été l'œuvre d'une organisation occulte appelée « Les Parques ». Puis Hugo découvre qu'il s'agissait d'un complot d'extraterrestres qui voulaient intimider le président Bush. En effet, depuis 1947 et « l'Affaire de Roswell », les dirigeants américains savent que des extraterrestres sont sur Terre. Tous les présidents successifs étaient parvenus à garder le secret, et George W. Bush s'apprêtait à dire la vérité au peuple américain, ce que les aliens souhaitaient éviter. À la fin de la nouvelle, le jeune journaliste découvre que le secret occulté était encore plus terrible que ce qu'il croyait : les attentats du ne constituaient pas un avertissement, mais une répétition à petite échelle de ce qui devait survenir plus tard, en l'occurrence le , dix ans après…
Over the Rainbow Auteur : Claude Godfryd La notice biographique en fin de volume indique (p. 381), que Claude Godfryd, né le 9 février 1950, est journaliste au Figaro et au Figaro littéraire. Place dans l'anthologie : p. 125 à 148 Remarque : la nouvelle évoque directement « l'Affaire du Rainbow Warrior » (1985) et le décès du photographe Fernando Pereira Résumé : En , le président Mitterrand, faussement informé que Greenpeace voulait faire croire qu'elle avait prélevé de l’eau contenant des taux anormalement élevés de radioactivité près de l'atoll de Mururoa, lieu des essais atomiques français, ordonne de couler le navire de Greenpeace. En juillet de la même année, des agents de la DGSE sont envoyés en Nouvelle-Zélande à cet effet. Pendant ce temps, à bord du navire, la jeune et belle Eva, agent secret du KGB, rompt sa liaison avec Fernando Pereira après lui avoir révélé la vérité sur ce sujet. Informée de l'opération française, elle est en fait chargée de faire en sorte que Fernando décède dans l'attentat. On apprend à la fin de la nouvelle, d'une part qu'elle était espionne, aussi, au profit du MI6 britannique, et d'autre part que Fernando Pereira n'était pas mort en 1985 et qu'aujourd'hui, en 1992, il vient de se venger d'Eva en tuant son époux.
La Diva et le Vatican Auteur : Nicolas d'Estienne d'Orves Place dans l'anthologie : p. 149 à 157