Dorothée Le Maître, née le à Uzel et morte le à LoudéacRelevé des fichiers de l'Insee, est une géologue et paléontologue française, spécialisée dans l'étude des stromatoporoïdés, des faunes du Dévonien et de la géologie de l'Afrique du NordMireille Gayet et Claude Babin, Des paléontologues de A à Z, Ellipses, 2007, 232.. Ses expéditions d'observation et de collecte des fossiles dans leurs sites d'origine font d'elle l'une des premières femmes à se rendre directement sur place pour étudier les échantillons dans leur environnement naturelDenise Brice, « Mademoiselle Dorothée LE MAITRE (1896-1990) » Ensemble XLVII, 1, 1990..
Biographie Après avoir effectué ses études secondaires et le début de sa licence de sciences naturelles à la Faculté libre d'Angers, Dorothée Le Maître termine sa licence à Lille où elle était partie pour enseigner dans une institution privée. En 1926, elle devient assistante au laboratoire de géologie de la Faculté catholique de Lille où elle fera toute sa carrière. En 1948, elle est nommée professeur de géologie puis en 1950 elle est rattachée au CNRS en tant que maître de recherche. Elle montera les échelons jusqu'au plus élevé, celui de directeur scientifiqueLe dossier personnel de Dorothée Le Maître est conservé à la Faculté catholique de Lille, il sera consultable en 2026.. En 1949 et 1950, elle est présidente de la Société géologique du Nord. En 1966, elle prend sa retraite et retourne vivre dans sa ville natale : Uzel-près-l'OustDenise Brice, « Mademoiselle Dorothée Le Maître et son œuvre (1896-1990) », Annales de la Société géologique du Nord, Lille, 1991, 1 ( sér.) : 15-18..
Paléontologie Dorothée Le Maître obtient son diplôme d'études supérieures en 1928 en présentant un travail sur les faunes dévoniennes de l'Avesnois. Elle continue à travailler sur le Dévonien et soutient en 1934 sa thèse intitulée Étude sur la faune des calcaires dévoniens du Bassin d'Ancenis. Calcaire de Chaudefonds et Calcaire de Chalonnes (Maine-et-Loire)Dorothée Le Maître, Étude sur la faune des calcaires dévoniens du Bassin d'Ancenis. Calcaire de Chaudefonds et Calcaire de Chalonnes (Maine-et-Loire), mémoire de la Société géologique du Nord, Lille, 1934, 261 p..
De 1935 à 1937, elle délaisse le Dévonien pour s'intéresser aux spongiomorphes (appelés spongiomorphides à l'époque) du Lias et du Bajocien du Maroc. C'est la seule étude de faunes hors Paléozoïque qu'elle effectuera. La période 1944-1952 est principalement consacrée à l'étude et la publication de mémoires sur les faunes d'Afrique du Nord (Dévonien du Tafilalt, faunes de l'Adora de Mauritanie). Les organismes constructeurs de récifs et leurs faunes associées ont été au centre des études paléontologiques de Dorothée Le Maître. La connaissance approfondie des calcaires récifaux lui a permis d'effectuer une étude sur la succession et l'évolution des organismes constructeurs du Paléozoïque au Mésozoïque.
Elle dirigea la thèse de Denise Brice sur les brachiopodes dévoniens de l’Afghanistan.
Géologie Dorothée Le Maître allait sur le terrain, elle ne se contentait pas d'étudier les échantillons qu'on lui confiait. Le service géologique des mines du Maroc lui a confié deux missions dans le Tafilalt : la première en 1938 et la seconde en 1939. En 1946, elle est nommée collaborateur au Service géologique de l'Algérie et du Service géologique de France. À la suite de l'obtention de ce statut, le centre de recherches sahariennes la charge de trois missions dans le Sud-Oranais (Vallée de la Saoura). Ces missions ont lieu en 1947, 1949 et 1952. En parallèle, avec Pierre Pruvost, elle lève les coupes de Pontivy et de Châteaulin dans le centre de la Bretagne pour le Service de la carte géologique de France. Pendant toute sa carrière, elle est membre assidu et très actif de la Société géologique du Nord.
Elle a travaillé en gardant des liens importants entre recherche académique et recherche appliquée. Que ce soit par ses collaborations avec le secteur du pétrole ou avec différents organismes miniers. Par exemple, entre 1954 et 1956, elle se rend par trois fois à Alger pour préciser certains repères paléontologiques nécessaires aux recherches pétrolières qui étaient en cours.. Entre 1954 et 1964, une vingtaine de sociétés l'ont contactée pour dater des terrains à l'aide de l'identification de faunes : la Société des pétroles de Valence, la Société saharienne de recherche pétrolière (SSRP), la Compagnie des pétroles France-Afrique (COPEFA), le service de géologie et de prospection minière, la Compagnie française des pétroles Total, l'Institut français du pétrole (IFP), l'oasis oil company of Libya, la Société anonyme française de recherches et d’exploitation du pétrole (SAFREP), la Compagnie de recherche et d'exploitation du pétrole (CREPS), le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le Bureau de recherche de pétrole (BRP), la prospection et exploitation pétrolières en Alsace (PREPA), la Société nationale de recherche et d'exploitation de pétrole en Algérie (S.N. REPAL), l'EUROFREP, la Régie autonome des pétroles, la société africaine des pétroles Dakar, la FRANCAREP Société nationale des pétroles d'Aquitaine (SNPA)Bruno Mistiaen et Francis Tourneur, « French palaeontologists and the study of Palaeozoic corrals in North Africa in the XXth century », Symposium on Fossil Cnidaria and Sponges, Liège, 2011..
Enseignement
Prix et récompenses 1933 : Prix Gosselet de la Société des arts et des sciences de Lille pour la qualité de ses premiers travaux 1941 : Prix FontannesOgilvie, Marilyn Bailey ; Harvey, Joy Dorothy et Rossiter, Margaret W. 2000. The biographical dictionary of women in science : pioneering lives from ancient times to the mid-20th century. Routledge. 1500p. ()Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, juillet-décembre 1941, version électronique : 1956 : Prix Kuhlmann 1959 : Grand prix Bonnet de l'Académie des sciences 1959 : promue Officier d'Académie au titre de la recherche
Principaux travaux Les spongiomorphes
Les spongiomorphes sont le principal sujet d'étude pendant la période 1935-1937. Dorothée Le Maître publie 2 notes (1935 et 1936) et 2 mémoires (1935 et 1937) concernant les spongiomorphides et leurs algues associées. C'est le seul thème de recherche qui ne sera pas dans des terrains paléozoiques. Le matériel étudié a été récolté par l'abbé G. Dubar entre Gibraltar et le Haut-Atlas (Maroc). Jusqu'à son étude de spongiomorphes étaient décrites, elle ajoute espèces. Son travail prouve l’existence des spongiomorphes au Maroc pendant le Jurassique en particulier pendant le Lias et le BajocienBrice, Denise, 1990. Mademoiselle Dorothée Le Maître. Son Œuvre. Fossil Cnidaria, Munster, 19 (21) : 4-8. Son travail comble la lacune sur l'extension stratigraphique des spongiomorphes qui étaient connus précédemment au Trias (Alpes, Amérique du Nord et Japon) et dans le Jurassique supérieur (Suisse et Japon) mais pas pendant le Jurassique inférieur.
Le Paléozoïque africain Le Paléozoïque africain est étudié à l'aide du matériel récolté lors des 5 missions de terrains effectuées par Dorothée Le Maître (section géologie) mais aussi de collections qui lui furent confiés entre autres par le professeur Théodore Monod (matériel de l'Adrar mauritanien) Plusieurs mémoires importants témoignent de l'étude de ce matériel. Dorothée Le Maître y décrit de nombreux Stromatoporoïdés et polipiers (Rugueux, tabulés, chaetétides). Ses descriptions sont précises et perspicaces et concernent les caractères macroscopiques et microscopiques visibles sur les spécimens. Elle ne s'est pas limitée à la description des organismes constructeurs de récifs, elle a aussi décrit la plupart des groupes d'Invertébrés associés à ces récifs : des brachiopodes des trilobites des bryozoaires des crinoïdes des bivalves des gastéropodes et ptéropodes
Parmi les Stromatoporoïdés et polypiers décrits, beaucoup étaient inconnus ou découverts pour la première fois en Afrique. En comparant les faunes africaines avec les autres faunes dévoniennes (Ardennes, Massif Armoricain, Asturie, Bohême, Autriche…), elle est la première à formuler l'hypothèse selon laquelle la faune africaine est plus proche de la faune d'Amérique du Nord que de celle d'Europe. Ces affinités sont utilisées comme argument en faveur de la théorie de la tectonique des plaques.
Les principales conclusions de ces études sur le Paléozoïque africain sont : l'âge Dévonien et non Carbonifère comme précédemment admis des calcaires de la région de Mechra ben Abdou le gisement de Hamar Laghdad appartient à l'horizon des calcaires de Konieprus (Bohême) l'âge Eifelien et non Givétien du récif à polypiers de la piste d'Erfoud
Le Dévonien de France
Dorothée Le Maître a deux régions françaises de prédilection : le massif Armoricain (sa région d'origine) et le Dévonien du Nord de la France (sa région d'adoption). Sa thèse sur les faunes du Dévonien du bassin d'Ancenis est le point de départ ayant permis la révision de formations récifales des Alpes carniques.
Publications 1929 : La faune des couches à Spirifer cultrijugatus à Fourmies, Annales de la Société Géologique du Nord. 27-74. 1929 : Note sur la présence de Beloceras multilobatum BEYRICH dans le Frasnien de Trélon (Nord), Annales de la Société Géologique du Nord. 137-139. 1930 : Sur la présence d'Algues et de Foraminifères du genre Endothyra dans les calcaires d'âge dévonien, C.R. Académie des Sciences. 90 : 763-764. 1930 : Observations sur les Algues et les Foraminifères des calcaires dévoniens, Annales de la Société Géologique du Nord. 42-50. 1931 : Contribution à l'étude des Polypiers dévoniens du Bassin d'Ancenis, Bulletin Société géologique de France. . I: 573-580. 1931 : Foraminifères des terrains dévoniens de Bartine (Turquie), Annales de la Société Géologique du Nord. 17-24. 1931 : Sur la présence d'''Harpes macrocephalus GOLDF. dans le Coblencien supérieur à Fourmies, Annales de la Société Géologique du Nord. 126-130. 1931 : La faune des calcaires dévoniens du Bassin d'Ancenis, C.R. sommaires de la Société géologique de France. 13 : 188-190. 1931 : Sur la présence d'Endothyra dans le Famennien de Jeumont (Nord), Annales de la Société Géologique du Nord. 213-214. 1932 : Les Stromatoporoïdes de la zone d'Étrœungt (Note préliminaire), Annales de la Société Géologique du Nord. 207-212. 1932 : Amphigenia Bureaui Oehlert et ses gisements dans les calcaires dévoniens du Bassin d'Ancenis, Annales de la Société Géologique du Nord. 263-273. 1932 : Observations sur la faune du Calcaire de Cop-Choux (Loire-Inférieure), C.R. sommaires de la Société géologique de France. 108-109. 1933 : Description de Fistulipora contracta sp. nov. de la zone à Spirifer cultrijugatus de Fourmies, Annales de la Société Géologique du Nord. 146-149. 1933 : Description des Stromatoporoïdes de l'assise d'Étrœungt, Mémoire Société géologique de France. IX (1):20:1-31. 1933 : Sur l'âge du Calcaire de Chaudefonds (Maine-et-Loire), C.R. Académie des Sciences. 197 : 1665-1666. 1934 : Étude sur la faune des calcaires dévoniens du Bassin d'Ancenis, Calcaire de Chaudefonds et Calcaire de Chalonnes (Maine et Loire). Mémoire de la Société géologique du Nord. 1-261. 1935 : Description des Spongiomorphides et des Algues du Lias marocain, Mémoire du Service des Mines et de la Carte géologique du Maroc. 34 : 16-61. 1935 : À propos d'un travail de M. HERITSCH sur le Dévonien de Graz (Autriche), Annales de la Société Géologique du Nord. 107-109 1935 : Le Maître D. & Dubar G. Sur la présence de Solénopores et de Spongiomorphides dans le Lias du Maroc, C.R. Académie des Sciences. 200: 571-572. 1936 : Le Maître D. & Dubar G. Sur des gisements nouveaux de Spongiomorphides et d'Algues dans le Lias et le Bajocien du Maroc, C.R. Académie des Sciences. 203 : 339-340.