La dynastie Jin de l'Est (ou Jin orientaux, Dong Jin 東晉/东晋) est une dynastie chinoise qui domina la Chine du Sud entre 317 et 420. Elle constitue avec la dynastie Jin de l'Ouest (265-317) qui la précéda une séquence de deux dynasties successives portant le nom de Jin (晉), que l'historiographie traditionnelle chinoise reconnaît parfois comme une seule dynastie Jin, fondées par des membres de la famille militaire des Sima (司馬).
Cette dynastie fut fondée à la suite de l'effondrement de la dynastie Jin de l'Ouest (265-317) qui dominait toute la Chine, dont le centre de l'empire, situé en Chine du Nord à Luoyang, tomba aux mains de peuples non-Chinois qui se partagèrent le Nord durant la période des Seize Royaumes (317-439). Un prince issu du clan impérial de la dynastie Jin, les Sima, réussit à prendre le pouvoir dans le Sud, et avec l'aide d'aristocrates qui s'étaient réfugiés auprès de lui il parvint à maintenir son indépendance, inaugurant ainsi une longue période de séparation entre la Chine du Nord et la Chine du Sud, qui devait durer jusqu'à la réunification par la dynastie Sui en 589.
La fondation dans le Sud d'une lignée assurant la continuité de la dynastie Jin, d'origine chinoise, contre les dynasties d'origine étrangère du Nord, entraîna une grande vague de migrations qui se poursuivit durant le , entraînant le développement de cette région, mais en même temps de nombreux problèmes puisque les nouveaux venus durent trouver des endroits où s'installer, se constituer des domaines, alors que leurs élites exerçaient le pouvoir politique, face aux anciennes populations d'origine chinoise ou indigène implantées depuis plus longtemps dans les régions méridionales. Progressivement se forma une nouvelle société chinoise, particulièrement florissante autour de la capitale Jiankang (l'actuelle Nankin) qui devint un centre politique, intellectuel et économique de premier plan. Se développa notamment une riche tradition littéraire et artistique, marquée notamment par le développement du bouddhisme.
La dynastie Jin de l'Est connut de nombreux troubles politiques, opposant les élites et le clan impérial qui ne fut jamais en mesure d'exercer une autorité incontestée. Ce contexte troublé, ainsi que divers conflits contre les royaumes du Nord, favorisèrent l'ascension des généraux appartenant à des clans d'origine militaire qui finirent par dominer les affaires de l'empire à la fin du . Le grand vainqueur des conflits de cette période, Liu Yu, détrôna le dernier empereur Jin et fonda sa propre dynastie, celle des Song du Sud, en 420. L'héritage des Jin de l'Est fut préservé par quatre autres dynasties méridionales qui lui succédèrent et accompagnèrent le développement du Sud, qui pesa dès lors de plus en plus dans l'histoire de la civilisation chinoise.
Cadre géographique : le Sud thumb|upright=1.8|Localisation des principales villes et entités géographiques de la période de division (220-589).
Après la prise de contrôle du Nord de la Chine par des dynasties d'origine non-Chinoise, les réfugiés du Nord s'établissent dans les terres méridionales passées sous le contrôle des Jin orientaux. Ces régions sont depuis longtemps intégrées dans l'espace chinois : elles avaient été dominées par des royaumes antiques (Chu, Yue, Wu) partageant de nombreuses affinités avec ceux de la plaine Centrale qui était le cœur de la civilisation chinoise, avant d'être des provinces des empires Qin et Han, qui s'étaient étendus jusqu'au Nord de l'actuel Vietnam. Après la chute des Han, le Sud avait été placé pour sa plus grande partie sous la domination du royaume de Wu, exception faite du Sichuan et de quelques régions voisines contrôlées par le royaume de Shu. Bien que constituant une bonne moitié de l'espace géographique chinois, ces régions ne représentent qu'une faible part de sa population, difficile à établir avec exactitude.
Les principaux foyers de peuplement y sont des sortes d'îlots entourés par de vastes espaces peu peuplés. Un premier ensemble est situé dans le Bas Yangzi, autour de Jiankang (aujourd'hui Nankin), capitale de Wu puis des Jin orientaux, du Lac Tai et de la Baie de Hangzhou. Il est aisément accessible depuis le Nord en passant par le bassin de la rivière Huai et de ses affluents, région occupée par de nombreux lacs et marécages. Plus à l'Ouest, la région du Moyen Yangzi et de la rivière Han (la province de Jing) était un autre espace important, autour des villes de Jiangling (l'actuelle Jingzhou) et Xiangyang, souvent disputé entre Nord et Sud, bien qu'il soit peu aisé d'accès pour le premier en raison des chaînes des Qinling et Funiu qui les séparaient. La région de Jiang, située entre Moyen et Bas Yangzi autour du lac Poyang et du bassin de la rivière Gan ouvraient l'accès vers les régions situées encore plus au Sud, qui étaient les moins peuplées. Les principales villes de cet extrême-sud étaient Panyu (l'actuelle Canton), et Jiaozhi (Hanoi), qui permettaient d'accéder aux routes maritimes du sud asiatique mais étaient situées très à l'écart du reste de l'empire. Tout à l'Ouest, le Sichuan constituait une région à part, enclavée car isolée du Nord par la chaîne du Daba, du Moyen Yangzi par les Trois Gorges, et des régions à son midi par d'autres montagnes. Cela explique pourquoi elle put être autonome à de nombreuses reprises durant la période de division.
Ces régions étaient peuplées par des Chinois, qui avant l'arrivée des migrants du début du parlaient leurs propres variantes de la langue chinoise et avaient des spécificités culturelles les différenciant des Septentrionaux. Les espaces moins peuplés situés entre ces archipels chinois, souvent des régions de collines et de forêts, étaient occupés par des populations non-Chinoises parlant des langues indigènes (certaines sans doute apparentées au thaï ou au vietnamien actuels) qui n'avaient pas été assimilées par les Chinois : les Man, les Liao, les Li et les Xi. En raison de la présence de nombreux cours d'eau et de régions de collines et de montagnes, les transports dans le Sud se faisaient beaucoup par voie fluviale. Le développement agricole passait par le drainage des espaces humides, l'irrigation et le défrichement des espaces forestiers, permettant l'expansion de la riziculture qui accompagna le développement démographique du Sud ; .
Histoire +La période de désunion « Trois Royaumes » 220-280 : 60 ans Chine du Nord : Wei à Luoyang Chine du Sud-Ouest: Shu, Chine du Sud-Est : Wu brève réunification : Jin occidentaux à Luoyang 265-316 : 51 ans nouvelles fragmentations au Nord : « Seize Royaumes » : 304-439 : 135 ans au Sud : Jin orientaux 317-420 : 103 ans « Dynasties du Nord » « Dynasties du Sud »Wei du Nord 386-534 : 148 ans Song du Sud 420-479 : 59 ans Wei de l'Est 534-550 : 16 ans Qi du Sud 479-502 : 23 ansWei de l'Ouest 535-556 : 21 ans Liang 502-557 : 55 ansQi du Nord 550-577 : 27 ans Liang postérieurs, ou Liang du Sud 555-587 : 32 ansZhou du Nord 557-581 : 24 ans Chen 557-589 : 32 ans
La fondation des Jin orientaux
La dynastie Jin dominait la Chine depuis 280, après avoir mis fin aux Trois royaumes. Mais son pouvoir n'avait jamais été fermement établi : une guerre civile terrible, la guerre des huit princes, avait considérablement affaibli le pouvoir des empereurs, tandis que les généraux issus de peuples non-Han venus du Nord (en premier lieu les Xiongnu) disposaient d'une emprise de plus en plus forte sur les territoires dans lesquels ils avaient été établis par les souverains chinois depuis les derniers temps de la dynastie Han. En 311, le général xiongnu Liu Yao profita du déclin des Jin pour prendre leur capitale Luoyang, massacrant une grande partie de la famille impériale, de l'aristocratie et de la population de la ville. L'empereur Huaidi, laissé en vie, fut par la suite mis à mort par un autre général xiongnu, Liu Cong. Un survivant du clan des Sima-Jin tenta de régner à partir de Chang'an sous le nom de Mindi, mais il fut finalement vaincu par Liu Yao qui le fit assassiner en 318. C'en était fini de la domination des Jin en Chine du Nord.
La survie de la dynastie Jin devait venir d'un de ses membres disposant du poste de gouverneur militaire de la province de Yangzhou, Sima Rui , qui se proclama empereur sous le nom de Yuandi en 317. Il établit sa capitale dans sa province, à Jianye/Jiankang, l'actuelle Nankin, ancienne capitale du royaume de Wu.
Les premières tensions internes et luttes contre le Nord thumb|Situation politique de la Chine du Nord en 327, au début de la période des Seize Royaumes et des Jin de l'Est.
La prise du pouvoir par les ethnies barbares du Nord et les massacres qui en avaient résulté avaient entraîné l'exil dans le Sud d'une grande partie de l'aristocratie ayant survécu à ces événements. Ceux-ci appuyèrent la montée sur le trône de Yuandi, mais firent rapidement en sorte de l'empêcher d'exercer pleinement son pouvoir. Cela fut facilité par le fait que, originellement placé à la tête d'une province d'importance secondaire et peu peuplée, il ne disposait pas de moyens militaires importants. Par la suite, les empereurs Jin furent généralement placés sous la coupe des clans les plus puissants. Les Wang, originaires du Shandong et établis dans le Moyen Yangzi, furent les premiers à tenter de dominer la cour de Jiankang, sous l'égide de Wang Dun et Wang Dao. Yuandi tenta de les mettre au pas, mais cela eut pour seul effet d'aboutir à la révolte et à la victoire de Wang Dun en 322 ; .
Parallèlement, plusieurs généraux émigrés dans le Sud qui avaient fait allégeance à Yuandi luttèrent contre les chefs de guerre du Nord, dans l'espoir de reprendre pied dans leur région d'origine. Le plus actif dans les premières années des Jin orientaux fut Zi Tu, à qui fut confiée une armée pour reprendre le Nord, dont le plus puissant commandant était alors , d'ethnie Jie, qui avait supplanté les chefs xiongnu. Mollement soutenu par le pouvoir central qui était plus préoccupé par la lutte contre le clan Wang et faisant face à un adversaire redoutable, il réussit une campagne qui l'amena jusqu'au Hebei. Mais il fut vaincu en 319 et dut rebrousser chemin vers le Sud où il ne réussit pas à monter une nouvelle expédition. Shi Le réussit rapidement à reprendre les territoires perdus, fondant la dynastie des Zhao postérieurs ; .
La lutte entre la cour et les Wang finit par tourner à l'avantage des premiers quand l'empereur Mingdi et ses alliés réussirent à tenir tête à Wang Dun puis son successeur Wang Han. Le nouveau grand général qui émergea durant ces luttes était Su Jun, qui profita dans un premier temps de ses succès, amassant titres et honneurs, et fut envoyé pour garder la frontière nord. Il entra finalement en conflit contre le pouvoir central, et saccagea la capitale en 328. Mais il fut vaincu par des généraux du Moyen Yangzi appuyant la cour impériale .
L'hégémonie de Huan Wen
Après la mort de Shi Le en 333, les Zhao postérieurs s'affaiblirent puis furent supplantés par d'autres chefs de guerre : d'abord Ran Min, d'origine Han, qui n'entendit pas causer des troubles aux Jin ; puis les généraux Murong, qui fondèrent la dynastie des Yan antérieurs, guère plus agressive envers leur voisin méridional dans un premier temps ; à l'ouest dominaient les Qin antérieurs, établis à Chang'an et dirigés par des guerriers d'ethnie Die.