Pierre Charles François Dupin (1784-1873), « Dupin puîné », est un mathématicien, homme politique, ingénieur et économiste français.

Biographie Fils de Charles-André Dupin (1758-1843), magistrat et député au Conseil des Anciens sous le Directoire, puis au Corps législatif sous le Consulat, et d’une lointaine cousine Catherine Agnès Dupin, Charles Dupin a deux frères : l'aîné, André Dupin, qui va devenir avocat et homme politique de tout premier plan sous la monarchie de Juillet et le benjamin, Philippe Dupin, également avocat et homme politique. Originaire comme lui du Nivernais, Charles Dupin est apparenté de loin à un autre « baron Dupin », second époux de la veuve de Danton.

Géomètre et ingénieur naval Charles Dupin entre à l'École polytechniqueOuvrir la , sélectionner l’onglet « Catalogues » puis cliquer sur « Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « Charles Dupin », résultat obtenu : « Dupin, Pierre Charles ». en 1801, deuxième au concours d'entrée ou premier selon une autre source. Remarqué par Monge et Carnot, il découvre dès 1802 les courbes du second degré à foyers réciproques.

vignette|gauche|Figure 3 : une cyclide de Dupin, enveloppe d'une famille d'hexlets correspondant à trois sphères fixées. La cyclide est tangente à ces trois sphères. Il sort de Polytechnique en 1803 comme ingénieur naval du corps du génie maritime et devient élève de l'École du génie maritime. La guerre entre la France et le Royaume-Uni, après la rupture de la paix d'Amiens, l'appelle ensuite à une grande activité : il concourt aux travaux de la grande flottille de la Manche, à la création du vaste arsenal d'Anvers, où il dirige quatre cents ouvriers militaires, aux travaux de Gênes et à ceux des forts de Hollande.

Dans le même temps, il poursuit ses recherches mathématiques, notamment dans le domaine de la géométrie différentielle, et crée avec Étienne Louis Malus la théorie de la courbure des surfaces (théorème de Malus-Dupin), les notions d' et de tangentes conjuguées, et applique ces découvertes à la construction des vaisseaux de guerre et à la conception des fortifications.

Appelé à Toulon pour concourir au relèvement de la marine française après la bataille de Trafalgar, il est envoyé à Corfou auprès de l'amiral Ganteaume, nommé commandant des flottes de la Méditerranée, à bord de la première escadre qui part de France à destination des îles Ioniennes. Dès son arrivée, il parvient à réparer en cinq jours le vaisseau amiral, qui avait perdu des mâts supérieurs dans une violente tempête, tandis que les basses vergues étaient brisées. Cette célérité permet à l'escadre française de cingler rapidement vers Toulon, échappant aux Anglais. À sa demande, Dupin reste à Corfou où il prend la responsabilité de l'arsenal et séjourne de 1808 à 1811. Il participe à la fondation de l'Académie ionienne (1808) et en devient le secrétaire pour la langue française. Il y prononce des discours remarqués sur l'instruction publique et sur la rénovation du peuple grec, se fait le promoteur de la langue grecque, provoque l'ouverture de cours publics et gratuits professés par les membres de l'Académie ; il se charge lui-même de la chaire de mécanique et de physique. Il fait découvrir au jeune Giovanni CarandinoÉgalement connu comme Jean Carantino ou Ioannis Karandinos., qui deviendra doyen de mathématiques de l'Académie, les mathématiques modernes et l'esprit de l'école d'analyse française. Ce dernier traduira les ouvrages fondamentaux de cette école, et sera le formateur de toute une jeune génération d'analystes grecs. On peut donc voir en Dupin celui qui a apporté les mathématiques modernes en Grèce.

Il rentre en France en 1811 par l'Italie. Sur le chemin du retour, une fièvre épidémique le retient pendant quinze mois. Il occupe sa convalescence à rédiger de nombreux mémoires de géométrie qu'il dédie à Monge et qu'il présente à l'Institut de France.

En 1813, il établit le musée maritime de Toulon, qui sert de modèle à de nombreuses institutions similaires, et fait restaurer les sculptures navales de Pierre Puget.

Débuts politiques sous la Restauration vignette|gauche|upright=0.8|Lithographie de Joseph Langlumé, d'après Nicolas Henri JacobFiche de Wellcome Library.. Se trouvant à Toulon lors de la Première Restauration en 1814, il fait paraître un mémoire dans lequel il réclame des institutions représentatives et se risque à faire l’éloge de Carnot et de Lanjuinais. Après la publication de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire de 1815, il reprend la plume pour faire connaître son opinion à ce sujet puis, à la nouvelle de la défaite de Waterloo, fait imprimer le programme d’une Pompe funèbre à célébrer en l’honneur des guerriers français morts pour défendre la Patrie, qu’il conclut par cet appel : « L’Europe nous regarde avec inquiétude au milieu même de nos revers ; car le lion blessé dans la retraite fait encore pâlir l’avide chasseur. Relevons notre tête au milieu du danger ; bandons la plaie qui saigne encore dans nos cœurs, et revolons aux combats, s’il ne nous est pas donné d’obtenir la paix avec honneur.. » La proclamation est signée : « Ch. Dupin, capitaine du génie maritime, correspondant de l’Institut de France ».

Lorsque l'autorité supérieure a ordonné à toutes les troupes qui devaient défendre Lyon de passer sur la rive gauche de la Loire, Dupin conduit le corps qu'il commande à Vicq-sur-l'Allier. Dévoué à son protecteur, Carnot, il proteste contre l'ordonnance qui le proscrit, offre de le défendre devant les chambres au cas où elles seraient appelées à le juger et rédige une défense préjudicielle, qui restera d'ailleurs inédite à la demande de Carnot lui-même.

Bientôt appelé à prendre la direction des travaux de l’arsenal de Dunkerque, il est autorisé par le gouvernement, en 1816, à faire un voyage d’étude en Grande-Bretagne. Il voulait consigner Il se livre à une enquête approfondie sur les grands arsenaux britanniques et recueille les éléments d’une étude intitulée Force militaire de la Grande-Bretagne, dont le gouvernement prend ombrage en raison des opinions libérales exprimées par l’auteur, dont l’ouvrage, déféré par le ministre de la Marine au conseil des ministres, est censuré. Il tombe en disgrâce pendant près de quatre ans pour avoir protesté contre cette décision.

Le gouvernement se ravise et le nomme officier de la Légion d'honneur. Il entre à l'Académie des sciences en 1818 et le fait baron en 1824.

En 1819, Dupin reçoit pour mission de délivrer « un enseignement public et gratuit pour l'application des sciences aux arts industriels ». Il crée alors la première chaire d'enseignement de mécanique appliquée aux arts au Conservatoire national des arts et métiers, où il enseignera la mécanique jusqu'en 1854.

Il fait de nouveaux voyages en Angleterre, effectue des recherches sur les applications de la statistique (« Il est à l'origine de la création des services statistiques français« baron Charles Dupin », dans Encyclopédie Larousse.. ») et publie des Mémoires sur la marine et les ponts et chaussées, un Essai historique sur les services et les travaux scientifiques de Gaspard Monge (un an après sa mort en disgrâce) et un traité de Géométrie appliquée aux artsTraduit en espagnol (Programa de un curso de geometrı́a y mecánica, aplicadas á las artes) par Juan Lopez de Peñalver y La Torre, 1827. (1824) qui, avec son enseignement, portent au plus haut point sa réputation de savant et de vulgarisateur.

Pionnier de la cartographie statistique moderne vignette|upright=1.1|La Carte figurative de l'instruction populaire de la France, publiée par Charles Dupin en 1826 et inspirée par les travaux de Georg Hassel et August Friedrich Wilhelm CromeGilles Palsky, « Connections and Exchanges in European Thematic Cartography. The case of XIXth century choropleth maps », dans Formatting Europe. Mapping a continent, 2007. est la première carte choroplèthe de l'histoire.Michael Friendly, Milestones in the history of thematic cartography, statistical graphics, and data visualization, 2008..

Charles Dupin est aussi considéré comme le créateur de la première carte statistique moderne, intitulée Carte figurative de l'instruction populaire de la France, qui constitue un bouleversement dans les représentations graphiques de l'espace basées sur des données quantitatives. D'abord présentée le lors d'une intervention elle est publiée plus tard dans l'année dans son traité Forces productivesTôt dans le siècle, une des premières utilisations de ce terme. et commerciales de la France. Il y introduit aussi la ligne Saint-Malo-Genève comme symbole de la dualité entre la France industrielle et urbaine du Nord-Est, et la France agricole et rurale du Sud-OuestC'est à cette occasion que Charles Dupin présente la première carte choroplète. Détails sur le site hypergéo.. Depuis, ce clivage traditionnel s'est ancré dans les consciences, de sorte que l'historien Pierre Nora considère cette ligne imaginaire comme un « lieu de mémoire ».

La carte représente les départements français avec un dégradé d'obscurité : plus un département est sombre, plus la proportion d'enfants qui n'ont pas accès à l'enseignement y est grande. Sans précédent, cette représentation visuelle vaut à la carte le surnom de « Carte de la France obscure et de la France éclairée », un surnom emprunté à Conrad Malte-Brun. La carte doit démontrer, en outre, l'inégalité de l'accès à l'enseignement en France, notamment entre le Nord et le Sud.

Il s'appuie en partie sur les travaux statistiques de William Playfair et développe une nouvelle méthode graphique qui prend le contrepied de la tendance traditionnelle, qui cherche une représentation de l'espace selon le critère de la précision topologique. L'expression des statistiques sous forme de cartes est un phénomène qui prend une ampleur inédite entre 1825 et 1840, à une époque où l'appareil administratif français moderne s'affirme : les autorités municipales et préfectorales ont de plus en plus besoin de données statistiques cartographiées. Aussi, différents corps de métier techniques s'approprie ces méthodes pour développer leurs cartes statistiques : ainsi les ingénieurs des mines produisent les premières cartes géologiques.

Une activité politique soutenue après 1827 vignette|gauche|upright=0.8|Charles Dupin, lithographie de Julien Léopold Boilly, 1820Fiche de l'Agence Photo RMN Grand Palais. La gravure a originellement paru dans Recueil de portraits de personnages célèbres faisant partie des quatre différentes classes académiques de l'Institut, 1820-1823.Fiche de la base Joconde.. Élu député par le électoral du Tarn (Castres) le par sur et contre 222 à Dor de Lastours, député sortant., il prend place dans les rangs des libéraux, sans jamais interrompre ses activités scientifiques, et fait ses débuts à la tribune en justifiant la célèbre épithète de « déplorable » appliquée au cabinet Villèle par le tableau des savants, des artistes et des gens de lettres privés de leurs emplois ou de leurs pensions sous ce ministère. Il obtient même que soit restituée au mathématicien Legendre la pension qu'il avait reçue de et qui lui avait été retirée.