Le Groupe de Résistance de Château-Gontier fut créé au cours de l'année 1942 par Élisée Mautaint et André Counord. Ce réseau fait partie de Libération-Nord et couvre l'arrondissement de Château-Gontier en Mayenne

Histoire Dès 1941, Adophe Bouvet entre en relation avec André Counord : l'action est alors toute individuelle, et de propagande et d'opposition. C'est en 1942 que l'organisation de résistance prend corps et se formeMarc Valée, Cinq années de vie et de guerre en pays mayennais, Groupe Iéna, 1963, ..

Création Au cours de l'année 1942, par des contacts entre anciens mobilisés, notamment entre Counord, Robert Lemonnier et Pierre Chabrun, des groupes de résistance se mettent en place à Château-Gontier et dans la région. Au même moment, Élisée MautaintDirecteur de l'école de Fromentières., avait déjà mission de prospecter le Sud de la Mayenne. Le capitaine Counord et le général Lemonnier rejoignent les Indépendants de la Mayenne et en , prennent contact avec le groupe de résistants de Sablé où ils retrouvent Victor Daum, Michel Lemore et Georget.

Réseau d'action André Counord prend la tête du groupe de Château-Gontier : il est composé initialement d'une dizaine de personnes dont Jean Delhommeau, Guillaumeau, Robert Lemonnier, et le gendarme Cantel. Élisée Mautaint et Ripoche (de Ménil), secrétaires de mairie instituteurs, se chargent de fournir ceux qui en avaient besoin en fausses cartes d'identité et tickets de rationnement. Pierre Chabrun, sous la direction de Counord est à la tête du groupe de Bazouges : il est composé entre autres de ParisInstituteur., Marcel SaulaisCultivateur à Bazouges., et Charles TalvatDe Saint-Sulpice..

Les Indépendants fusionnent avec le mouvement Libération-NordC'est un mouvement d'inspiration à la fois syndicale et socialiste. Pour la Mayenne, il voit le jour à Laval, au printemps de 1943, à la suite d'une réunion clandestine à la Maison du Peuple, 14, rue Noémie-Hamard, où se retrouvent d'une part, venant de Paris, François Tanguy-Prigent et Pierre Neumeyer, d'autre part des Mayennais parmi lesquels Pierre Boursicot, Auguste Beuneux, Pierre Coste..

Cinq sections sont créées avec pour responsables : André Counord, Robert Lemonnier et Ripoche pour Château-Gontier Camus pour Meslay Boursiol assurant les liaisons dans tout l'arrondissement. Adolphe Bouvet, chef du groupe de résistance du secteur de Saint-Sulpice

De fréquentes entrevues ont lieu à Saint-Sulpice, où l'existence du café tenu par sa femme facilite les réunions, et leur enlève, autant qu'il en est possible, leur caractère suspect. Pendant, plus d'un an, l'activité clandestine du groupe consistait surtout en préparatifs divers, en contacts et en reconnaissances, en vue de l'extension du mouvement, lorsque celui-ci disposera des moyens nécessaires. Bouvet diffuse les brochures, les journaux Libération notamment et les tracts. Il a enrôlé dans sa commune plusieurs habitants dont le charron Mordrais, et l'un des ouvriers Gonnin, parisien libéré, dont le vrai nom est Lepage. Il a aussi contacté plusieurs autres des communes alentour : Quelaines, et Villiers-Charlemagne.

Agrégation Au début de 1944, chaque groupe est prêt pour les missions diverses ou les tâches que la Résistance pourra être appelée à mener, et dont l'activité du groupe clandestin consistait alors en la recherche de terrains d'atterrissage et de parachutage, de lieux où recevoir et cacher armes et munitions, en la préparation du transport de celles-ci. Le groupe cherche également à mettre en place une défense anti-chars.

Mautaint est le représentant du premier Comité départemental de libération clandestin. Responsable de l'organisation militaire du sud de la Mayenne, il confie la mission d'implantation des groupes de Résistance à André Counord. À la suite de l'arrestation de Pierre Coste début , recherché par les Allemands, Mautaint part se cacher près de Couesmes-en-Froulay, tandis que sa femme et sa belle-sœur sont arrêtées et internées.

Robert Dupérier est désigné par le gouvernement provisoire, comme préfet de la MayenneIl devrait sa nomination à son ami Robert Lacoste qui l'a proposé à Michel Debré., où il arrive clandestinement au début de , comme chargé de constituer un nouveau Comité départemental de libération de la MayenneConstitué comme un Groupe de Résistance : les personnalités qui ont promis leur concours ne se connaissent pas entre elles, et ne sont connues que du préfet Robert Dupérier et du docteur Paul Mer. .

Pourvu d'un certificat médical de complaisance, il circule librement sous son vrai nom, comme réfugié parisien en convalescence. D'abord accueilli à Château-Gontier dans des familles amies du Groupe de résistance de Château-Gontier à partir du Marc Valée, Cinq années de vie et de guerre en pays mayennais, Groupe Iéna, 1963, ., il s'installe en À la suite des bombardements. à Loigné-sur-MayenneFerme de la Perraudière. Il attend là le jour où, de gré ou de force, il s’installera à la Préfecture. De cette retraite où il semble vivre en parisien replié ou en vacances, il dirige les opérations, parcourant le pays en bicyclette. Il a personnellement et soigneusement caché dans un arbre creux, la boîte de cigarettes anglaises contenant son arrêté de nomination, signé du Représentant qualifié du Gouvernement provisoire présidé par le général de Gaulle, ainsi que les documents secrets qui lui ont été confiés, les directives du Gouvernement provisoire de la République : quelques pages dactylographiées sur papier pelure... (Marc Vallée, Cinq années de vie et de guerre en pays mayennais).. Adolphe Bouvet, facteur et résistant de Saint-Sulpice, est son agent de liaison avec le futur Comité départemental de libération et les divers organismes de Résistance. La pièce attenante du café sera le lieu ordinaire de réunion des chefs ou de leurs émissairesMarc Valée, Cinq années de vie et de guerre en pays mayennais, Groupe Iéna. 1963. p. 84.. Dupérier indiquera dans sa première visite officielle en tant que préfet à Château-Gontier connaître Bouvet, et Landelle de Saint-Sulpice.

Counord devient chef des FFI de l'arrondissementIl est remplacé par Robert Lemonnier., puis du département du réseau FFI (Forces françaises de l'intérieur) en 1944. Le groupe compte environ 600 hommes à la veille du débarquement de Normandie. Il agrège au cours de l'été 1944, peu à peu, avec des groupes Armée secrète, OCM et des groupes FTP, qui se retrouvent pour constituer des unités FFI.

Entre temps et avant les parachutages, en , Bouvet héberge à plusieurs reprises Étienne de Raulin (Laboureur) et le général Marcel Allard (Rodolphe), ainsi que Counord. Toutes les réunions importantes se tiennent chez Bouvet, notamment les liaisons entre les différents autres groupes de résistance du département. Counord rejoint Raulin et Allard, qui l'un et l'autre, se tiennent cachés mais prêts à reprendre l'action en Mayenne.

Parachutages Le , Étienne de Raulin et Claude de Baissac se réunissent chez Paul Janvier pour préparer des parachutages dans la région de Château-Gontier. Le , Janvier reçoit la visite de Pierre Hunault (Besnier), de Craon et de son ami Camus, de Meslay-du-Maine, qui viennent organiser avec Claude de Baissac les parachutages dans la région de Meslay-du-Maine et de Château-Gontier. Ils partent au petit jour avec de l'armement pris dans la réserve de Bais. Le , Londres annonce que le parachutage est manqué à Meslay-du-Maine, mais réussi à Château-Gontier.

Le , un parachutage est attendu à Saint-Charles-la-Forêt (avec pour code radio « Avez-vous le mal de mer », deux fois) avec les groupes de Meslay, Bouère, Château-Gontier, mais, se retrouvant pris entre deux colonnes allemandes, ils doivent se replier. L'ennemi fait un prisonnier et de nombreuses bicyclettes sont abandonnées.

Le , un parachutage est attendu à Loigne-sur-Mayenne (avec pour code radio « N'éteignez pas les lumières » deux fois) avec les groupes de Saint-Sulpice, Bierné, Château-Gontier et Bazouges. L'opération est dirigée par Counord et les caisses parachutées sont réceptionnées avec l'armement, malgré les caisses du avion qui tombent dans un boisMarc Valée, Cinq années de vie et de guerre en pays mayennais, Groupe Iéna, 1963, .. Depuis le début de fin juin, Counord a quitté Saint-Sulpice et se cache à Villiers-Charlemagne.

Début juillet, les groupes de Meslay et Bierné accompagnés par les chefs Ollivault de Bouère et Legrand de Parné doivent recevoir un parachutage. Au dernier moment, ils s'aperçoivent qu'une rampe de lancement allemande est installée sur la commune du Bignon-du-Maine à du terrain prévu. Après avoir prévenu les avions par signaux, le parachutage est annulé.

Dans la nuit du 6 au , un parachutage d'armes a lieu avec succès entre Peuton et Loigné avec une équipe de 25 hommes recrutés par Adolphe BouvetIl y a Talvat père et fils, Jégou leur domestique, Mordrais, Gonnin, Landelle…. Les armes sont partagées le lendemain entre les différents groupes de résistance intérieure de la Mayenne.

Le , Paul JanvierPaul Janvier, Souvenirs de résistance d'un groupe du nord de la Mayenne : Réseau Navarre, Laval, 1970, 40 p. rencontre le Docteur Paul Mer à Laval qui lui apprend qu'il fait partie du Comité de Libération et que Robert Dupérier, futur préfet, est arrivé. Mer lui conseille de se méfier d'Étienne de Raulin (Laboureur), qui veut se faire passer comme commandant civil de la Mayenne. Janvier lui explique alors l'organisation de son groupe, et se met à disposition pour la fourniture d'armes à Laval. Janvier profite du voyage pour aller ensuite à Meslay-du-Maine afin de savoir ce que devient Étienne de Raulin (Laboureur), dont il n'a plus signe de vie et les causes de la non-réception du parachutage du . Il voit Camus et le prie d'envoyer Laboureur au plus vite chez lui.

Le soir, Janvier reçoit Pierre Hunault (Besnier). Claude de Baissac qui arrive au même moment accepte de lui livrer des armes. Janvier indique à Besnier de se mettre en liaison avec Henri de Mollans et lui conseille de prendre en main lui-même ses groupes en négligeant Laboureur. Le , un envoyé d'Henri de Mollans vient réclamer à Janvier des armes. Il lui explique les difficultés crées par Laboureur et lui dit avoir chargé Besnier de lui fournir ce qu'il demande dès que possible. Dans la soirée, arrivent à nouveau Claude de Baissac et Besnier pour fixer les terrains de parachutage dans la région de Laval-Château-Gontier. Janvier, après le départ de Baissac, exprime à Besnier ses doutes sur le bon déroulement de ces parachutages, compte tenu de tous les ennuis de ces derniers jours.

Chute d'une partie du réseau Une vague d'arrestations dans le réseau est déclenchée à partir de fin Provoquée soit par la mort de « l'espionne de Saint-Sulpice » le 28 juillet 1944 où les Allemands auraient trouvé sur elle la liste des résistants, soit par l'arrestation de deux résistants du groupe de Montigné à Laval qui aurait déclenché les arrestations.. Le , les Allemands arrêtent des résistants du groupe de Montigné dont certains ont eu des contacts avec le groupe de Saint-SulpiceAdolphe Bouvet prévient à temps le 29 juillet au soir : Counord, chef des FFI de la Mayenne, localisé à Villiers-Charlemagne..

C'est l’hécatombe pour une partie du Groupe de Résistance de Château-Gontier : le , le bourg de Saint-Sulpice est entièrement cerné par les Allemands, toutes les issues gardées. L'agent de liaison Adolphe Bouvet est arrêté et emprisonné le en même temps que Gonnin. Gonnin et Revaud (Groupe de Montigné) sont pour un motif que l'on ignore, transférés à Laval, puis au Mans.