Christian (von) Wolff ou Wolf, né à Breslau le , mort à Halle-sur-Saale le , est un philosophe, juriste et mathématicienMarcel Thomann, Christian von Wolf sur le site universalis.fr. Il se situe historiquement entre Gottfried Wilhelm Leibniz et Emmanuel Kant.
Biographie
Il est le fils d'un brasseur et est destiné de bonne heure à la théologie. Il se distingue par sa précocité, s'adonne avec ardeur à l'étude des sciences pendant ses études primaires et secondaires au lycée Sainte-Marie-Madeleine de Breslau. Il suit ses études aux universités d'Iéna et de Leipzig. C'est à Leipzig qu'il connaît la philosophie de Descartes et entre en relation avec Leibniz qui lui obtient, en 1706, la chaire de mathématiques et de physique de l'université de Halle en Prusse. Il étend bientôt son enseignement à la philosophie et obtient auprès de ses auditeurs un succès retentissant. La raison d'être de ce succès est un rationalisme très clair qui prétend démontrer déductivement jusqu'aux vérités de la foi. Cette prétention alarme les collègues piétistes de Wolff, Franke et Lange, qui obtiennent contre lui, en 1723, un rescrit du roi-sergent enjoignant au philosophe accusé d'athéismeJean-Louis Dumas, Histoire de la Pensée Tome 2 : Renaissance et Siècle des Lumières, Tallandier 1990 de quitter la Prusse dans les quarante-huit heures sous peine du gibet.
Mais Wolff trouve un asile auprès du landgrave Charles de Hesse-Cassel, qui le nomme professeur de philosophie à Marbourg et conseiller aulique. Au bout de quelque temps, le gouvernement prussien, honteux de sa rigueur, l'autorise à rentrer dans le royaume, mais il n'y retourne qu'à l'avènement de Frédéric II, qui lui rend la chaire de Halle en 1740, et le nomme vice-chancelier de l'université.
Système philosophique
Wolff n'eut d'autre but que celui de coordonner les matériaux de la science, épars de tous côtés : il composa à cet effet un grand corps de philosophie, en 24 vol. in-4, rédigé en latin, et qui comprend la logique, l'ontologie, la cosmologie générale, la psychologie empirique et rationnelle, la théologie naturelle, la philosophie pratique universelle, le droit naturel, l'éthique, la politique, l'économique, le droit des peuples, les mathématiques et les sciences physiques. Il a en outre traité presque tous les mêmes sujets dans sa langue nationale. On le voit, l'œuvre de Wolff constitue un système de doctrine à peu près complet, si l'on excepte l'esthétique qui fut traitée par son principal disciple, Baumgarten.
Ce système est directement issu de celui de Leibniz que Wolff a eu le mérite d'exposer sous une forme très cohérente et avec une clarté parfaite qui le rendit populaire dans les écoles. L'idée qui domine ce système est qu'il est possible de fonder la connaissance sur la pure déduction et que, par suite, le principe d'identité est le seul qui domine toute connaissance. Notamment le principe leibnizien de la raison suffisante se ramène au principe d'identité, car il serait contradictoire que quelque chose soit sorti de rien ou de quelque chose qui ne suffit pas à le produire. Sont donc absolument vrais les seuls jugements analytiques, et l'expérience ne peut avoir d'autre rôle que de corroborer la déduction. Les principales thèses leibniziennes : monadologie, optimisme, distinction de la perception et de l'appétition, morale de la perfection, sont reprises et étayées sur une argumentation minutieuse qui poursuit la vérité dans ses plus infimes conséquences.
La philosophie symbolique de Wolff Jean ÉcoleJean Ecole, La Métaphysique de Christian Wolff, volume I, éd. Georg Olms, 1990 note cependant que Wolff est le premier à avoir donné une forme achevée à la question du rôle du symbolisme dans les rapports du corps et de l'esprit. Avant lui, cette question ne faisait guère qu'affleurer, au gré des problèmes théoriques que rencontrait le dualisme. Les mots et les signes nous permettent de parler de choses que nous ne nous représentons pas directement, par exemple parce qu'elles échappent à l'intuition. À certaines conditions, il est possible d'enfermer dans un langage abstrait une connaissance valable de ces incorporels. Certes, cette connaissance est aveugle, obscure, en ce sens qu'elle ne s'appuie sur aucune donnée des sens, aucune connaissance intuitive, mais elle peut être distincte, intégrer des notions simples sans les confondre entre elles. Il n'y a donc pas forcément de lien direct entre le contenu sémantique d'un énoncé et ce que nous nous représentons. L'on peut alors désigner par un signe connu l'idée abstraite qui échappe en tant que telle à notre expérience. Cependant, si l'âme est bien une représentation du corps, une perspective singulière sur l'Univers, comment pourrait-elle posséder des idées abstraites qui ne soient pas une image de ce qui arrive au corps? La réponse est la suivante : les idées abstraites en l'homme supposent toujours une idée du signe qui la désigne. Le signe a bien un support dans le corps, mais pas l'abstraction qu'il désigne. Par exemple, quand nous entendons le mot "Dieu", nous avons dans l'âme une idée de ce signe (une image acoustique). Seul ce signe existe dans le corps, dans le cerveauThèse de Favaretti Camposampiero, intitulée Conoscenza simbolica, parue en tant que tome 119 de la troisième section des Gesammelte Werke de Wolff, éd. Georg Olms.
Même si l'on peut reprocher à Wolff une prolixité fatigante et un appareil pédantesque, résultant de la folle prétention d'appliquer à toutes les sciences la méthode géométrique, ses ouvrages, grâce à leur clarté et à leur unité systématique, devinrent l'encyclopédie philosophique de toutes les universités allemandes. Il y eut ainsi, durant plus d'un demi-siècle, une école wolffienne, alors qu'il n'y eut pas d'école leibnizienne proprement dite. Le rationalisme wolffien inspira toutes les sciences particulières, depuis la médecine jusqu’à l'esthétique. Kant, dont la critique visait à détruire le dogmatisme de Wolff, parle de lui en ces termes: "tel celui qui loge dans l'ordre des choses arrangé par Wolff avec peu de matériaux pris de l'expérience mais une majorité de notion subreptices "Träume eines Geistersehers. Wolff fut en effet un des plus grands philosophes de l'Aufklärung (mouvement culturel équivalent des philosophes des Lumières allemands). Les principaux disciples de Wolff, en philosophie, furent Bilfinger, Gottsched, F. Ch. Baumeister, et surtout A. G. Baumgarten, Ploucquet et J. H. Lambert. (Présentation basée sur un texte de Théodore Ruyssen). Dans la Critique de la raison pure, Kant affirme aussi que . Hegel l'a comparé à Melanchthon : (præceptor Germaniæ).
Notes et références
Publications Bibliographie des œuvres de Christian Wolff Marcel THOMANN, « Bibliographie des œuvres de Christian Wolff », in Christian WOLFF, Jus naturae, Hildesheim, Georg Olms Verlag, 1972, p. LXV-LXXXI.
Écrits de la période de Leipzig (1703-1706) 1703 Q.D.B.V. Philosophia practica universalis, Mathematica methodo conscripta, indultuque Superiorum A.O.R. MDCCIII. d. 12 Januarii Placidae Eruditorum disquisitioni submissa a M. Christiano Wolfio, Vratislaviensi, et Respondente Laurentio Davide Bollhagen, Starg. Pom. (Leipzig, 1703) (thèse d’habilitation). Meletemata, sect. 2, n. 1, p. 189-223. Dissertatio prior de rotis dentatis, quam pro Loco in Facultate philosophica obtinendo, gratioso ipsius indultu, d. XX. Octob. Anni M.DCCIII. horis ante et pomeridianis publice, ventilandam proponit M. Christianus Wolfius, Vratislaviensis (Leipzig, 1703). Meletemata, sect. 2, n. 2, p. 223-224. Disquisitio philosophica de loquela, quam amplissimae Facult. Philosophicae gratioso indultu A.O.M. MDCCIII. die 20 Decembris Horis locoque consuetis, sub Praesidio Dn. M. Christiani Wolfii, Vratislaviensis, Praeceptoris atque Fautoris sui maximoque colendi, Placido Eruditorum Examini submittit Joannes Justus Graevius, Spangenberga, Hassus Casselan. Philos. et Medi. Studiosus (Leipzig, 1703). Meletemata, sect. 2, n. 3, p. 244-267. 1704 Dissertatio algebraica de algorithmo infinitesimali differentiali, quam gratioso indultu amplissimi philosophorum ordinis in Academia Lipsiensi pro Loco in eodem obtinendo postrema vice disputaturus publico Eruditorum examini in Auditorio Majori ad XX. Decembr. A.O.R. MDCCIV submittet M. Christianus Wolfius (Leipzig, 1704). Meletemata, sect. 2, n. 4, p. 267-290. 1705 Methodum serierum infinitarum, indultu Superiorum Praeside M. Christiano Wolfio, die XXIII. Dec. 2. 1705. placidae eruditorum disquisitioni submittet Justus Gothardus Rabenerus (Leipzig, 1705). Meletemata, sect. 2, n. 5, p. 290-319. 1706 Eclipsis solis d. XII Maji A.M.DCCVI, in diversis Germaniae locis observata, Acta eruditorum, Jul. (Leipzig, 1706). Meletemata, sect. 1, n. 1, p. 3-5.
Écrits de la première période de Halle (1706-1723) 1709 Ærometriae elementa, in quibus aliquot aeris vires ac proprietates juxta methodum geometrarum demonstrantur (Leipzig, 1709) 1710 Der Anfangs-Gründe aller mathematischen Wissenschaften (Halle, 1710) 1713 Vernünfftige Gedancken von den Kräfften des menschlichen Verstandes und ihrem richtigen Gebrauche in Erkäntniß der Wahrheit (Halle, 1712/13, très souvent réédité, traduit en français sous le titre de Logique, ou Réflexion sur les forces de l'entendement humain et sur leur légitime usage dans la connaissance de la vérité par M. Chrétien Wolff, traduite de l'allemand sur la cinquième édition et revue sur toutes les suivantes, par Jean Deschamps, Berlin, 1736; Lausanne et Genève, 1744; traduit en latin par Wolff lui-même sous le titre: Cogitationes rationales de viribus intellectus humani earumque usu legitimo in veritatis cognitione, cum iis qui veritatem amant communicatae et nunc ex sermone germanico in latinum translatae a Christiano Wolfio (Francfort et Leipzig, 1730)); 1719 Vernünftige Gedanken von Gott, der Welt und der Seele des Menschen (Francfort et Leipzig, 1719); 1720 Vernünftige Gedanken von den Menschen Thun und Lassen zur Beförder ihrer Glückseligkeit (Halle, 1720); 1721 Vernünftige Gedanken von dem Gesellischen Leben der Menschen (Halle, 1721); 1723 Vernünftige Gedanken von den Absichten der natürlischen Dinge (Francfort, 1723); 1724 Ammerkungen über die Vernünftige Gedanken von Gott, der Welt und der Seele des Menschen (Francfort, 1724)
Écrits de la période de Marbourg (1723-1740) 1724 De differentia nexus rerum sapientis et fatalis necessitatis, nec non systematis harmoniae praestabilitae et hypothesium Spinosae luculenta commentatio, in qua simul genuina Dei existentiam demonstrandi ratio expenditur et multa religionis naturalis capita illustrantur (Halle, 1724) 1726 Oratio de Sinarum philosophia practica (Halle, 1726) (Traduction française partielle par Johann Heinrich Samuel Formey : Discours sur la morale des Chinois par Monsieur Wolff, La Haye, 1741) 1728 4. Philosophia rationalis sive Logica (Logica latina). Praemittitur discursus praeliminaris de philosophia in genere (Francfort et Leipzig, 1728) 1729 De habitu philosophiae ad publicam privatamque utilitatem (Marbourg, 1729) (Traduction française par J.H.S. Formey: Réflexions générales sur l'Utilité d'une saine Philosophie, La Haye, 1743.) 1730 Philosophia prima sive Ontologia (Francfort et Leipzig, 1730). 1731 De theoria negotiorum publicorum (Marbourg, 1731) (Traduction française par Jean Deschamps: La théorie des affaires publiques, Berlin, 1740. Annotations par J.H.S. Formey) Cosmologia generalis, methodo scientifica pertractata, qua ad solidam, inprimis Dei atque naturae, cognitionem via sternitur (Francfort et Leipzig, 1731) 1732