vignette|Presse new-yorkaise se faisant l'écho de massacres de la population juive en Russie et du désir de génocide (3 novembre 1905) Les pogroms antisémites en Russie sont des actions de masse violentes envers les Juifs, en tant que minorité nationale et religieuse, qui se déroulèrent dans l'Empire russe jusqu'en 1917, puis en Biélorussie et en Ukraine, en 1919, lors des interventions étrangères et de la guerre menée par les armées blanches contre la Russie révolutionnaire. Les pogroms sont une des manifestations typiques de l’antisémitismeЭнциклопедия Холокоста. Статья «Антисемитизм»(encyclopédie de la Shaoh -antisémitisme)Энциклопедия Холокоста. Статья «Погромы»(Encyclopédie de la Shoah).

Origine russe du terme « pogrom » vignette|Les cadavres des tués au cours du pogrom de 1906 dans la cour de l’Hôpital juif de Białystok L’expression « pogroms antisémites en Russie » n’est pas un pléonasme car d’autres minorités furent également victimes de pogroms, mot russe signifiant « destruction, pillage, émeute » et s’appliquant de façon neutre à tout groupe.

Des pogroms surviennent à des époques différentes dans divers pays où vivent des Juifs. Mais, comme l’écrit la « Petite encyclopédie juive », c’est dans l’Empire russe au qu’il faut chercher l’origine du mot « pogrom » et du lien établi avec l’antisémitisme. Du fait même de l’occurrence de nombreux pogroms dirigé contre des Juifs en Russie, le mot russe pogrom (Погро́м) pour désigner ces agressions est en effet passé dans toutes les langues européennesEncyclopédie juive électronique>. Dans le cas d’une destruction complète, c’est le terme razgrom qui est utilisé ou encore celui de reznia signifiant « massacre ». La connotation antisémite du terme apparait avec son emprunt dans des langues étrangères, et est moins marquée en russe.

En français, le terme désignant initialement un mouvement antisémite a retrouvé par extension le sens premier russe d’« émeute meurtrière », mais dans certaines sources on trouve aussi les termes « soulèvement » ou « révolte ». qui sont impropres car les émeutiers en question ne se soulèvent pas contre le pouvoir, mais agressent les minorités.

Pogroms intervenus avant le Malgré une présence juive ancienne dans la Rus' de Kiev , le nombre de Juifs en Russie fut restreint jusqu’à la seconde moitié du «Правда о русских евреях» (la vérité sur les juifs russes).. Simon Dubnow remarque que : Simon Dubnow Дубнов, Семён Маркович|Дубнов С. М. Краткая история евреев. Часть 3 Средние века и новое время. Глава 6. Евреи в Польше и Руси (XII—XV вв.) (Petite histoire des Juifs, Moyen Âge et temps modernes).. Après le partage de la Rzeczpospolita, des centaines de milliers de Juifs se retrouvèrent sous juridiction russearticle titre = Евреи России https://web.archive.org/web/20080714011033/http://www.pseudology.org/evrei/Evrei_Russia_documents.htm ответственный = Составитель и редактор Семёнов Ю. И. издание = Национальная политика в императорской России издательство = Центр по изучению межнациональных отношений РАН, Координационно-методический центр Института этнологии и антропологии имени Н.Н. Миклухо-Маклая- 1997. Simon DubnowДубнов, Семён Маркович|Дубнов С. М. Краткая история евреев. Часть 3 Средние века и новое время. Глава 10. Переходное время (1750—1795 гг.).lien web|url=http://www.crjs.ru/publish/book080a.php|title=От редактора|last=Будницкий|first=Олег Витальевич.|publisher=Международный исследовательский центр российского и восточноевропейского еврейства|accessdate=2010-01-02|archiveurl=https://www.webcitation.org/614kT1iy4|archivedate=2011-08-20..

Une zone de Résidence de la population juive fut créée dans vingt-cinq des divisions administratives de l’Empire, dont les dix voïvodies de la Pologne russe et quinze gouvernements impériaux : un en Moldavie russe, deux en Lituanie, quatre en Biélorussie et huit en Ukraine : il était très difficile aux Juifs d’obtenir des dérogations pour s’établir hors de ces vingt-cinq divisions. À cette zone de Résidence russe s’ajoutaient d’autres zones où la population juive était importante, en Allemagne et en Autriche-Hongrie où elle était relativement protégée des persécutions, mais les frontières entre ces empires rendaient les échanges malaisés, et le professeur Samuel Ettinger de l’université hébraïque de Jérusalem écrit que : .

En 1914 la communauté juive de l’Empire russe comptait 5 millions de personnes, soit la moitié de la population juive mondiale, malgré une forte émigration vers les États-Unis ( entre 1861 et 1914). Celle-ci était stimulée par les restrictions imposées aux Juifs de l’Empire russe, cantonnés dans la « zone de Résidence » et exclus ou limités en nombre dans plusieurs domaines de la vie économique, publique et intellectuelleLidia Milakova, Nicolas Werth (préface), Le livre des pogroms, Calmann-Lévy, 2010, ..

Pogroms de 1821—1902 vignette|gauche|Pogrom de Kichinev en 1903. vignette|gauche|Pogrom de Kichinev en 1903. Le premier pogrom recensé dans l’Empire russe se déroula en 1821 à Odessa à la suite d’une rumeur malveillante affirmant la participation de Juifs au meurtre, à Constantinople, du patriarche grec orthodoxe Grégoire V de Constantinople. En 1849, 1859 et 1871, des pogroms se déroulèrent encore à OdessaHenry Laurens, La Question de Palestine Fayard 1999, T.I L'invention de la Terre sainte . où, en 1871, des centaines de magasins, tavernes et maisons juives furent pillés et saccagés (sans qu’il y eut toutefois de morts).

En 1862, un pogrom se déclencha à Akkerman, dans l’actuelle Ukraine. La plupart des participants étaient des Grecs de la ville, concurrents commerciaux directs des juifs. Le pogrom d’Odessa fut organisé par des marchands grecs en réponse au fait que les Juifs leur auraient ravi le contrôle de la plupart des banques et de l’exportationИрина Дружкова. Еврейские банкиры в Одессе XIX века. (Banquiers juifs d'Odessa)..

Le règne d’Alexandre III de Russie fut marqué, à ses débuts, par les pogroms des années 1881 et 1882ВТ-ЭСБЕ|Александр III... Ces pogroms se produisirent dans un contexte d’instabilité politique de la Russie impériale, après l’assassinat d'Alexandre II de Russie par « Narodnaïa Volia », le 1881. À partir de là, des rumeurs circulent affirmant que le nouveau tsar, Alexandre III, aurait donné au peuple le droit de en guise de représailles.. La première vague de violences, de pillages et de massacres commence et durera jusqu’en 1884. Le plus grand nombre de pogroms survient dans la zone de Résidence où les Juifs étaient les plus nombreux et où, cent ans plus tôt, ils affermaient les grandes propriétés foncières de l'aristocratie polonaise catholique, où travaillaient les serfs ukrainiens orthodoxes, que les popes excitaient contre les « tueurs du Christ ». L'ambiance d'anarchie, l'apparente incapacité ou la réelle réticence des autorités russes à contrôler la violence des cosaques ou des civils, ont un impact majeur sur le psychisme du Juif ukrainien moyen..

C'est dans cette situation que surviennent les premiers frémissements du sionisme moderne en Ukraine, articulé par le mouvement Bilou qui envoie, en 1882, ses premiers colons fonder des communautés en Palestine.. Plus tard, la Jewish Colonization Association prendra le relais, pas seulement vers la Palestine mais vers beaucoup d'autres destinations. D’autres, pas partisans de l’émigration, sont attirés par le hassidisme ou encore par les mouvements révolutionnaires, notamment le Bund (Union générale des travailleurs juifs).. Environ deux millions de Juifs, principalement des non-religieux, émigrent entre 1881 et 1914, principalement vers les États-Unis. Cette forte émigration n'eut cependant que peu d'influence sur le nombre d'habitants juifs de la Zone qui reste stable aux environs de cinq millions de personnes, en raison d'un taux de mortalité infantile sensiblement plus bas parmi les Juifs, majoritairement urbains, de classe moyenne et se livrant à des ablutions régulières, que parmi la population chrétienne, majoritairement paysanne et peu instruiteMusée de la Shoah de Vilnius, aujourd'hui en Lituanie (visité en juillet 2016)..

Dans les années 1890, les pogroms recommencèrent. Selon une déclaration du gouverneur de Nijni Novgorod : . À Starodoub (gouvernement de Tchernigov), le , se déroula un pogrom, dont les marchands locaux, mécontents de la concurrence de la part des Juifs, furent les principaux participants Simon Dubnow Дубнов, Семён Маркович|Dubnow S. M.заглавие=History Of The Jews|оригинал=История евреев|ссылка=https://books.google.com/books?id=1J8dWG84lFgC&pg=PA479&lpg=PA479|издательство=Plain Label Books|pages=479|..

En 1895 un pogrom eut lieu à Koutaïssi dans l’actuelle Géorgie. En 1897, dans le bourg de Chpola, gouvernement de Kiev, (les 18—) et dans le bourg de Kantakouzenka, gouvernement de Kherson (les 16 et ), des meneurs locaux saccagèrent et pillèrent des magasins et des maisons appartenant aux Juifs. Quelques habitants prévinrent les autorités de la préparation de ce pogrom, mais les détachements de soldats arrivèrent trop tard. Du 19 au , au moment des fêtes de Pâques, eut lieu un troisième pogrom à Nikolaïev (Gouvernement de Kherson).

Si ces pogroms commis par des chrétiens orthodoxes restèrent impunis, en revanche la tentative des catholiques Polonais d'organiser un pogrom à Częstochowa en 1902, fut écrasée par les forces russes avec détermination ; les meneurs furent sévèrement sanctionnés.

Pogroms des années 1903—1907 vignette|Blessés juifs réfugiés en Allemagne après les pogroms en Russie de 1903. Durant les années 1903-1905, les pogroms sont liés à l'agitation révolutionnaire que connaît la Russie.. Les 6 et , lors de la Pâque orthodoxe et de la Pâque juive, eurent lieu les violents Pogroms de Kichinev de 1903, provoqués par des calomnies et l'accusation à l'encontre des Juifs de meurtres rituels dans les environs de Dubăsari et par des appels antisémites parus dans le journal Bessarabetz (« Le bessarabien » en russe), dont le rédacteur était Pavel Krouchevan. furent tuées et , environ et magasins pillés et détruits. Les organisations juives de Russie et d'autres régions firent preuve de solidarité vis-à-vis des victimes de ce pogrom. Haïm Nahman Bialik, visitant Kichinev pour rassembler des informations sur place, écrivit sous l'inspiration de ce qu'il avait vu, le poème Légendes du pogrom. Beaucoup de représentants de l'« intelligentzia » russe, comme Léon Tolstoï, Vladimir Korolenko et d'autres encore, se manifestèrent pour décrire leur indignation face à ces pogroms de Kichinev. Les descriptions de ces crimes, dans l'édition du du journal New York Times aux États-Unis, ont alerté l'opinion mondiale sur le scandale de ce pogrom suscité par des calomnies envers la communauté juive. Le tollé qui en résulta fut accentué par le fait que la justice russe ne fit montre dans les peines infligées, d'aucune sévérité à l'encontre des assassins, pillards et vandales.

Après les pogroms de Kichinev, dans la plupart des ouïezds, furent créés des « milices juives d'auto-défense ». Leurs détachements eurent à faire face au pogrom de Gomel, le et le , contribuant à en limiter les effets. De même en août-septembre 1904, dans les villes et villages d'Ukraine et de Biélorussie, des conscrits appelés pour la guerre russo-japonaise, organisèrent une série de pogroms. Ceux de la ville d'Oleksandriïa furent les plus cruels du gouvernement de Kherson. La foule fit irruption dans la synagogue le jour du Yom Kippour et tua environ vingt personnes en prière.

vignette|gauche|Iekaterinoslav, enfants juifs victimes des pogroms, 1905.