(en grec : ), dit le Calfat, né vers 1015 et mort le , est un empereur byzantin qui a régné pendant du au .

Neveu de dont la sœur Marie avait épousé un calfat du nom d'Étienne, Michel ne montra aucune reconnaissance ni à l'endroit de l'impératrice Zoé qui l'avait adopté, ni à l'endroit de son oncle Jean à la suggestion duquel il devait le trône. Réformateur, méprisé à cause de ses origines modestes, supprima les privilèges de l'aristocratie de la cour et voulut procéder à une profonde réforme de l'administration. Après avoir feint le plus grand respect à l'endroit de ses deux bienfaiteurs, il les fit exiler sur les conseils de son oncle Constantin. Mais si l'exil de Jean l'Orphanotrophe, détesté pour le fardeau fiscal imposé au peuple, ne provoqua aucune réaction, celui de l'impératrice Zoé, dernière survivante avec sa sœur Théodora de la dynastie macédonienne à la légitimité forte, provoqua une révolution. Michel et son oncle Constantin durent fuir Constantinople pour chercher refuge au monastère du Stoudion où, rattrapés par la foule, ils eurent les yeux crevés et furent enfermés dans deux monastères différents le . Sa chute, racontée en détail par les chroniqueurs de l'époque, illustre l'influence de la population de la capitale dans le jeu politique byzantin au .

Origines vignette|gauche|Michel Psellos est, avec Jean Skylitzès, notre principale source sur le règne de ; ici avec son étudiant qui deviendra .

Au départ, rien ne destinait au trône impérial. Son oncle Jean, surnommé « l'Orphanotrophe » ou « l'Eunuque », avait fait carrière dans l'administration impériale après avoir quitté sa Paphlagonie natale. Devenu protonotaire de (976-1025), il avait épousé le parti de (1028-1034), dont il était devenu le parakoimomenosLe parakimomène (en grec παρακοιμώμενος, ) était un titre porté par un haut dignitaire du palais des empereurs byzantins, généralement un eunuque. Chargé tout particulièrement d'assurer la protection du souverain pendant la nuit (portant d'ailleurs une arme), le parakimomène devait jouir de la confiance totale de l’empereur., avant d'embrasser la carrière ecclésiastique et de devenir syncelle, poste de secrétaire général du patriarche de Constantinople généralement appelé à lui succéder. Il fut par la suite chargé de l’orphelinat Saint-Paul de ConstantinopleÉdifié autour de l'église Saint-Paul, cet orphelinat était une véritable cité. De nombreuses maisons logeaient des pauvres et des infirmes : vieillards, nourrissons, impotents, paralytiques, aveugles, estropiés, au nombre de plusieurs milliers. Tellement grand qu’il , cet orphelinat était doté d'immenses revenus., d'où son surnom d'« Orphanotrophe ».

Très ambitieux, Jean l'Orphanotrophe n'eut de cesse que chaque membre de sa famille ait obtenu un poste important à la cour. Sa fratrie se composait de cinq hommes, dont trois (Constantin, Georges et lui-même) étaient eunuques et ne pouvaient à ce titre accéder au trône impérial. Ce n'était pas le cas des deux autres frères, Nicétas et Michel, dits « barbus ». Georges fut nommé protovestiaire, Nicétas et Constantin furent faits successivement doux (gouverneurs) d'Antioche. Quant à Michel, après avoir été introduit au Palais par l'orphanotrophe et être devenu l'amant de l'impératrice Zoé, il épousa celle-ci, devenant empereur sous le nom de (1034-1041). Zoé, avec sa sœur Théodora, était l'ultime représentante de la dynastie macédonienne qui instaura, dans l'ordre politique byzantin, une légitimité dynastique inédite. Leur main signifiait donc l'obtention du pouvoir, à défaut de représentant masculin de cette famille. La sœur de , Marie, avait pour sa part épousé un homme qui avait commencé sa carrière comme calfatUn calfat est un ouvrier employé en construction navale pour le calfatage des bordés des navires. de bateaux du nom d'Étienne, et avait probablement accumulé une fortune assez considérable pour pouvoir devenir membre de la famille impériale. Nommé par Jean commandeur de la flotte, il devait en 1038 remplacer Georges Maniakès en Sicile, mais se révéla piètre officier et ne parvint pas à empêcher l'invasion sarrasine.

Le futur était donc le fils de ce couple et par conséquent le neveu de Jean l'Orphanotrophe. Il recevra le surnom méprisant de « Calfat » en souvenir des origines modestes de son pèrePsellos, qui ne trouve rien à dire de bon sur , écrit : (Psellos, Chronographie, , 26). Selon Évelyne Patlagean, les origines de modeste de pourraient expliquer la violence de la réaction à sa tentative de remettre en cause les représentantes de la dynastie macédonienne qu'étaient Zoé et Théodora (.).

Adoption par l'impératrice Zoé thumb|right|L'Empire byzantin vers 1025.

Souffrant depuis sa jeunesse d'épilepsie, mal auquel s'ajoutèrent à la fin de sa vie des œdèmes généralisés, n'entreprit pas moins en 1041 une campagne contre les Bulgares qu'il mena avec succès. Il en revint toutefois épuisé et il devint évident pour la cour et en particulier pour Jean l'Orphanotrophe qu'il allait mourir. Désirant garder le contrôle du gouvernement et établir une « dynastie paphlagonienne », Jean amena l'empereur à faire nommer Michel, fils d’Étienne et de Marie et alors commandant de la garde personnelle de , « césar », donc numéro deux de l'État et successeur éventuel de l'empereur. Pour asseoir sa légitimité, ils suggérèrent à l'impératrice Zoé, à qui le pouvoir retournerait au décès de son mari, d'adopter Michel. Zoé accepta cette suggestion et lors d'une cérémonie à l'église de la Vierge des Blachernes, l'éleva à la dignité de césar, .

D’après Michel Psellos, une fois devenu césar, continua de mener une vie effacée pour ne pas sembler aspirer trop ouvertement au trône. Il se tenait à l'écart dans les cérémonies officielles et ne s'asseyait pas à la table impériale, sauf lors de banquets officiels. Ses deux frères, Constantin et Nicétas, qui avaient mis en lui leurs espoirs de promotion, avaient même pris soin de lui choisir une résidence peu voyante hors de Constantinople. Non seulement son oncle l'empereur ne se soucia aucunement de lui, mais Michel ne pouvait se rendre au Grand Palais que sur convocation.

Lorsque sentit sa fin approcher, il abdiqua et se fit moine au monastère des Saints-Côme-et-Damien. L'impératrice Zoé, qui avait pourtant été abandonnée par l'empereur, vint en larmes le supplier qu'il la reçoive une dernière fois, mais sans succès. Son frère Jean, resté à son chevet jusqu'à la fin, resta trois jours auprès de lui après le décès.

Craignant qu'un autre prétendant n'apparaisse une fois connu le décès de l'empereur, Constantin et Nicétas se hâtèrent de forger un ordre impérial faisant venir le nouveau césar au Palais. Inquiet de la tournure que pouvaient prendre les événements, Jean l'Orphanotrophe revint lui-même au Palais où il fut accueilli par ses frères avec la plus basse flatterie. Lors de la réunion familiale qui suivit, Jean, conscient de l'attachement qu'éprouvait le peuple pour la dynastie macédonienne, enjoignit ses frères et le futur empereur à ne rien faire sans l'approbation de l'impératrice. Obéissant à leur aîné, les frères se rendirent alors auprès de Zoé et lui promirent que Michel ne serait empereur qu'en titre, celle-ci gardant les rênes du pouvoir, à moins qu'elle ne préfère régner qu'à travers lui, auquel cas il demeurerait son dévoué serviteur.

Le règne vignette|gauche|redresse|L'impératrice Zoé qui fut co-impératrice avec Argyre, , et .

À la mort de , le , le pouvoir revint donc à Zoé à qui il appartenait de choisir le nouvel empereur. Ce ne fut que trois jours plus tard qu'elle se décida en faveur du jeune Michel, dont elle aurait noté les prédispositions pour le gouvernement. Zoé présenta alors le futur empereur à la foule qui attendait sa décision et celui-ci fut couronné par le patriarche Alexis Studite à Sainte-Sophie. Durant les premiers jours, voire les premières semaines, le scénario se déroula comme prévu, affectant la plus grande soumission à l'égard de l'impératrice et la plus grande affection à l'endroit de son oncle Jean.

Pourtant, très vite, Michel V changea d'orientation, suscitant la critique des chroniqueurs de l'époque. Autant Psellos estimait son prédécesseur au point d'excuser volontiers ses crimes (Psellos, Chronographie, , 7)., autant il détesta chez qui il ne put rien trouver de bon. Lui reprochant l'obscurité de ses origines, il eût espéré que le pouvoir transformerait le nouvel empereur : .

Quant à son caractère, Psellos reproche surtout à son hypocrisie : . Ses premières victimes devaient être précisément les personnes qui le portèrent au pouvoir. Psellos, sans qu'il soit possible de savoir jusqu'où la réalité s'arrête pour laisser place à la damnatio memoriae, en fait un adepte de la castration comme châtiment pour ses opposants, y compris les membres de sa propre parenté, ce qui pourrait avoir profondément choqué l'opinion de l'époque. Parmi les autres chroniqueurs de son règne, Jean Skylitzès a souligné l'inaptitude au pouvoir de Michel, allant jusqu'à affirmer qu'il était incapable d'agir par lui-même, amenant parfois à des divergences avec le récit de PsellosSur certaines questions posées par le récit de Psellos du règne de Michel V et les distorsions de la réalité que l'auteur a pu appliquer, voir , 51-60.. Selon lui, Michel V défaillit dans l'heure même qui suivit son couronnement.

Bientôt, l'empereur manifesta clairement son désir d'être son propre maître et de gouverner seul. Il prit comme principal conseiller non pas Jean l'Orphanotrophe comme l'avait fait son prédécesseur, mais un autre de ses oncles, le domestique des Scholes Constantin, à qui il fit conférer par Zoé la dignité de nobellissime. Or, depuis longtemps, Constantin était profondément jaloux de Jean et entendait bien provoquer sa chute. À l'issue d'une altercation entre les deux hommes au cours d’un repas avec l'empereur, Jean quitta en fureur le palais pour se rendre non à sa résidence de Constantinople, mais dans l'une de ses propriétés à l'extérieur de la ville. Il croyait sans doute que l'empereur le rappellerait avec des excuses pour la conduite de Constantin. De fait, quelques jours plus tard, un navire impérial se présenta au port de sa résidence avec l'ordre de venir expliquer sa conduite devant l'empereur. Mais alors que le navire approchait du Grand Palais, un autre navire s'approcha, prit l'Orphanotrophe à son bord et le conduisit en exil sous le regard de l'empereur qui regardait la scène d'un balcon du palais ; il devait y mourir peu aprèsSelon Skylitzès, qui estime que est incapable de prendre une décision par lui-même, c'est Zoé qui écarte Jean l'Orphanotrophe, ce qui apparaît peu vraisemblable car elle n'exerce alors qu'une influence limitée sur le gouvernement de l'Empire.. Jean étant très impopulaire, cette déchéance ne devait pas créer d'émoi dans la population. À la suite de quoi, Michel fit castrer tous les membres de la famille de Jean ayant atteint la puberté. Toutefois, ce choix de Michel de se détourner de l'essentiel de sa famille proche fut sévèrement jugé, dans la mesure où il ne disposait d'aucun appui d'importance parmi l'élite politique byzantine, capable de soutenir sa légitimité.

Sur le conseil de son oncle Constantin, il fit sortir de prison nombre de personnes qui avaient été emprisonnées par Jean, comme Constantin Dalassène, Michel Cérulaire et Georges Maniakès qu'il fit catépan d'Italie où les Normands menaçaient de prendre Bari et où les Arabes étaient en voie de reprendre les places fortes que Maniakès avait déjà conquises en Sicile.