Nicolas Desmarets rédige le un mémoire destiné au Roi et à lui seul. Ce mémoire l'informe de la situation économique désastreuse du pays due aux conditions atmosphériques exceptionnelles et déplorables mais aussi à la situation de guerre, la France est en effet en Guerre contre l'Europe entière depuis 1700 à propos de la succession d'Espagne.

Le mémoire

Un pays exsangue Des conditions exceptionnelles et des matières manquantes ou détournées

Le pays est, tout d'abord, ravagé par une grande famine en 1709. Cela rappelle à beaucoup de contemporains de l'époque la situation de 1694 où le pays avait connu un hiver très rude et un gel des cultures provoquant une inflation sur les prix considérables, ces hivers sont connus sous les noms de "grands hyvers". C'est pourquoi Nicolas Desmarets fait référence ligne 1 à la "situation présente des affaires si mauvaises". Les températures, constamment inférieures à -10 degrés jusqu'au descendent jusqu'à -20,5 degrés à Paris le 20<ref>Françoise Labalette, Les terribles ravages du "grand hiver" in Historia, mars 2009, no 759, p. 46-49.</ref>. Six autres vagues de froid s'enchaînent jusqu'à la mi-mars : le sol gèle en profondeur et détruit massivement la végétation. Ainsi, le prix du setier de froment sera multiplié par six entre et . En fait, dès janvier de fortes gelées détruisent les cultures céréalières et fruitières et de gelées répétitives empêchent de replanter des graines, de plus, le parlement de Paris qui a pris l'exemple du grand hyver de 1693 refuse d'autoriser la plante de nouvelles cultures. Paris ne peut être réapprovisionné car la Seine est gelée, il faudra attendre avril pour que l'on puisse passer dans Paris soit 3 mois. Le prix du blé, alors denrée nécessaire à toute survie, augmente rapidement . Le setier de blé passe de 7 livres à 64 livres ce qui rend l'accès inégal à la population à la nourriture, le marché noir augmente rapidement. Pour remédier aux maux des peuples, du blé est importé en masse dans les régions non touchées par l'hyver (Midi et Étranger) et les cultures d'orge ont servi d'aliment de remplacement. Le pouvoir royal essaie d'aider tout le monde mais partout les maisons d’assistance spécialisées (bureaux des pauvres, orphelinats municipaux, hospices pour aveugles ou pour vieillards, hôtels-Dieu et hôpitaux généraux) sont pleines. La situation est tellement désastreuse qu'une ordonnance royale d'avril ordonne aux détenteurs de grains de déclarer leurs réserves.

Le blé n'est pas le seul aliment touché, le vin l'est également. En effet, des températures records de – 23 degrés Celsius s'abattent sur Paris ce qui gèle le vin, alors principale boisson de nombre de gens. Le vin est découpé à la hache tellement le climat est polaire à Paris. Ainsi comme le dit le contrôleur général des finances les Français " n'achètent point de sel, ils ne boivent de vin" (ligne 7). Pour le vin, il y a certes l'excuse du gel mais pour le sel, l'explication est indirectement liée au climat général. En fait, les peuples ont tellement de mal à survivre en ces temps de famine qu'ils ont beaucoup recours à la contrebande des faux-saulniers. Le faux-saunier était un contrebandier qui allait acheter, par exemple en Bretagne, sur l'autre rive de la Vilaine, du sel qu'il revendait dans le Maine, après l'avoir fait passer en fraude sans payer la gabelle. Il encourait la condamnation aux galères s'il travaillait sans armes, la peine de mort s'il avait des armes. Le pouvoir royal comprit vite l'action illégale de ces gens et il y eut 400 faux-saulniers déportés aux galères.

Des sujets royaux sans un sou

Du fait de l'inflation énorme que connaissent les denrées alimentaires, les peuples ne sont plus disposés à payer les impôts que demande l'état royal pour assurer la guerre contre les puissances européennes. Ainsi, le ministre des finances parle de "peuples qui ne payent point la taille ni la capitation" (ligne 5). Les autres payeurs des impôts sont, eux aussi, dans l'impossibilité de payer l'impôt. Nicolas Desmarets nous dit clairement à la ligne 15 que la noblesse et le clergé souffrent autant que le Tiers-état de la situation pesante sur l'économie. Les parlementaires ainsi que d'autres officiers ont "payé des sommes immenses" comme on peut le voir ligne 19. Ici, le contrôleur général fait allusion aux charges d'officiers qui sont vénales depuis l'édit de la Paulette promulgué en 1604 sous Henri IV le feu grand-père de Louis XIV. Les sommes pour devenir officier, soit la charge des offices, ont considérablement augmenté depuis la politique de guerre incessante de Louis XIV. Avec l'augmentation, les officiers n'ont plus les moyens de payer et donc de remplir les caisses de l'ÉtatEn effet, Tocqueville dira que le prix de la valeur totale des offices passa de 200 millions de livres en 1614 à 542 millions de livres en 1715.. L'État pourrait se tourner vers l'emprunt, or cette solution se révèle elle aussi désuète puisqu'une partie des banquiers (soit les financiers indépendants de l'État qui manipulent l'argent sans théoriquement dépendre de la situation du Royaume). Alors pourquoi ces gens qui normalement, profitent des périodes de crises pour faire des profits énormes en prêtant à des taux énormes chutent-ils ? Tout simplement parce qu'en France dans les années 1700, Samuel Bernard, grand financier, avec l'appui de Louis XIV tente de réunir les institutions financières sous une seuleJean-Marie Thiveaud, Systèmes de finances : la longue marche d'un concept, 1991,p.18 : la Banque et celle-ci seraient étroitement liées à l'État (ce qui est déjà le cas dans les autres nations européennes à l'époqueJean-Marie Thiveaud, Systèmes de finances : la longue marche d'un concept, 1991,p.17). Les banquiers deviennent en fait progressivement financiers et sont donc liés au destin du Royaume de France, qui dit crise du Royaume dit alors crise pour eux aussi. En fait, les financiers donnaient de l'argent au Roi et obtenaient une lettre de change comme simple remboursement. Les lettres de change furent titrisés et mises en bourse ce qui provoqua une bulle spéculative sur les titres et entraîna la perte de plusieurs financiers avec les "catastrophes lyonnaises" de 1709Herbert Luthy, La banque protestante en France, de la Révocation de l'Édit de Nantes à la Révolution, Tome 1 : « Dispersion et regroupement (1685-1730), 1963, p.784. C'est ce phénomène de "désordre" qui explique selon Desmarets la chute des sieurs de Hogguer, Bernard et Nicolas (ligne 26). Les fermiers généraux, soit les personnes qui ont contracté un bail de relevé d'impôts au Roi en échange d'une forte somme ne sont pas remboursés de leur investissement comme l'exprime le contrôleur au Roi ligne 23. Cette situation laisse entrevoir une baisse des achats de bail ce qui serait une catastrophe pour la monarchie qui a besoin d'argent frais. Bien que Desmarets soit opposé au système de ferme généraleComité pour L'Histoire Économique et Financière de la France, L'administration des finances sous l'Ancien Régime, Colloque de Bercy 22-23 février 1996, p.105, il ne peut, dans la situation présente, trouver une autre solution.

Tous les moyens déjà employés

Le contrôleur des finances semble désemparé devant la situation que la France connaît en 1709. Tous les revenus semblent fuir l'administration comme le pense l'homme d'état ligne 30 "le Roi ne reçoit presque rien de ses revenus ordinaires, et qu'en même temps on a épuisé la ressource des affaires extraordinaires et forcé toute sorte de crédit." En fait, les dépenses de la monarchie s’élèvent à 220 millions de livres et les revenus ordinaires n'assurent que 38 millions de livresNicolas Desmarets, Mémoire de M. Desmarets, sur l'administration des Finances, depuis le vingt février de l'année 1708. jusqu'au premier septembre 1715, Bibliothèque nationale de France, 2011, p.9, il reste donc 182 millions de livres à trouver. Ainsi, le conseiller ne trouve pas l'imagination pour un autre moyen de rentrée d'argent, disant que " tout a été mis en usage". Il fait allusion aux innombrables revenus que le Royaume perçoit. La couronne s'était déjà sortie d'une situation épineuse en créant la Capitation en 1695 en pleine Guerre de la Ligue d'Augsbourg. Les aides s'élèvent à plus de la moitié de la valeur du produit qu'elles taxent, la Gabelle et le Minage sont déjà beaucoup de taxes pour les Français auxquelles se rajoutent les impôts que prélève le clergé comme la dîme. Les rentes constituées, elles, au vu de la situation ne sont pas à la fête, ces obligations de l'Ancien Régime perdent toute crédibilité lorsque la situation économique est catastrophique or c'est précisément le cas en 1709. En fait, Desmarets a lancé l'impression de billets à intérêts, prémices de Law, pour combler le manque de pièces-or dans le royaume. Naturellement, la spéculation est forte sur cet "argent fictif" et Desmarets veut contrer ceux qui font monter la valeur des billets en réduisant fortement la valeur de l'argent pour lui redonner sa valeur réelle mais il n'y arrive pas à cause des événements de 1709. Malgré cela, Desmarets estime avoir tiré 11 millions de livres de cette opération monétaireNicolas Desmarets, Mémoire de M. Desmarets, sur l'administration des Finances, depuis le vingt février de l'année 1708. jusqu'au premier septembre 1715, Bibliothèque nationale de France, 2011, p.10. L'État semble avoir épuisé toutes les idées d'offices. La fastidieuse cour de Louis XIV possède des centaines d'offices allant de chancelier de France, connétable de France jusqu'au premier écuyer tranchant qui coupe la viande du Roi. De 1693 à 1709, furent créées quarante mille charges d'officiers selon Tocqueville. L'aliénation des domaines fait partie du domaine corporel du Roi de France et donc ne constitue pas l'essentiel de ses revenus. En 1709, le domaine royal est à son maximum d'extension puisque le domaine royal est le Royaume de France depuis Henri IV. Le Roi ne peut qu'étendre son domaine par de futures conquêtes or il est déjà en guerre contre les principales nations européennes. En réalité, le Roi a quand même reçu de l'argent de financiers comme Bernard qui lui a prêté 6 millions de livres.

Les conséquences de la situation L'impossible paiement

Beaucoup de personnes gardent alors leur argent et ne consomment que très peu ce qui explique le malaise financier que connait le Royaume ainsi " Le Roi ne peut payer les pensions de l’hôtel de ville, les appointements et les gages des officiers, encore moins les pensions de toute nature" (l.33). L'État est dans une situation de guerre et consacre la plupart de son argent aux militaires ce qui le condamne à ne pas verser de gages aux officiers, qui avaient été contraints de verser des sommes énormes pour la monarchie et qui paient également l’impôt de la capitation. En réalité, les officiers ont deux moyens de subsistance : les gages et les épicesJoël Cornette, Absolutisme et Lumières (1652-1783) ,Carré Histoire, 2012, p.94, les gages étant l'argent donné par la monarchie (une somme assez faible) et les épices étant les biens prélevés sur la population liés au statut de l'officier ; or comme celle-ci est en crise, l'office est de moins en moins rentable.

L'affaiblissement de l'armée