Le Parti nationaliste basque (PNV - Partido Nacionalista Vasco en espagnol, EAJ - Euzko Alderdi Jeltzalea en basque) est un parti nationaliste basque d'orientation démocrate-chrétienne et social démocrate. EAJ-LPB est favorable à la reconnaissance de la nation basque, dans une Europe fédérale. Issu du catholicisme social et de la démocrate chrétienne, EAJ-LPB acte sa sortie du confessionnalisme lors de son congrès de Pampelune, en 1977. Sa branche française est le Parti basque.

Histoire

De la fondation aux années 1930 EAJ-LPB est créé en 1895 à Bilbao, capitale de la Biscaye, par Sabino Arana Goiri et son frère Luis. Les deux frères sont indissociables — ensemble, ils créent le drapeau basque (ikurrina) en tirant leur inspiration de l'Union Jack et probablement de la bannière du royaume de Navarre, ainsi que l'Eusko Abendaren Ereserkia (Hymne du peuple basque).

Le est marqué par le réveil des nationalités en Europe et l'éclosion de nations reposant sur la souveraineté des peuples. À la suite de la perte des institutions biscayennes (les fueros) mais aussi de l'industrialisation massive qui, selon Sabino Arana, sapent les fondements de l'identité biscayenne et basque, ce dernier reprend le concept de nation en adoptant des thèses « ethnicistes » de l'époque et en les adaptant au cas basque : « arraza » ou « souche familiale ». Il parle d'Euzkadi comme d'un « ensemble de familles basques » (La Patria, ). Ce nationalisme prône par ailleurs ce qu'il appelle un « renouveau de la société traditionnelle » en se basant sur les valeurs catholiques et celles supposées du peuple basque traditionnel.

Sabino Arana Goiri a un rapport particulier à l'Espagne, à la fois xénophobe d'un point de vue national et défenseur des ouvriers espagnols d'un point de vue catholique. Anti-espagnol sur le plan ethnique, anti-libéral sur le plan économique et anti-communiste sur le plan politique, Sabino Arana Goiri, épaulé par son frère Luis, veut créer un instrument de « libération nationale et sociale » du peuple basque ; ce sera EAJ-.

Il défend une nation, basée sur les sept territoires historiques du Pays basque : Alava, Basse-Navarre, Biscaye, Guipuscoa, Labourd, Navarre et Soule : « Zazpiak Bat », « les sept en un ». Lui-même est avant tout Biscayen. Son premier livre : Bizkaia por su independencia (pour l'indépendance de la Biscaye) relate une idée maîtresse : la Biscaye a toujours été un territoire libre qui s'est auto-gouverné. Marqué par le nationalisme triomphant de son époque, de type allemand, objectif : « je suis construit basque », lui-même évoluera sur le plan intellectuel, en s'ouvrant au nationalisme de type français, basé sur la subjectivité : « je choisis d'être basque ». Régulièrement emprisonné par l'État espagnol, malgré son activité pacifique, Sabino Arana Goiri contracte une maladie rare et meurt prématurément, en 1903, à l'âge de .

À la suite de la perte des dernières colonies espagnoles et au sentiment de décadence de l'empire qui en découle, les milieux économiques de la moyenne bourgeoisie biscayenne et Bilbaina fortement basquistes, se rapprochent d'EAJ-LPB et de Sabino Arana Goiri, à travers la société culturelle « Euskal Herria » dirigée par l'armateur Ramon de la Sota, un des rares grands industriels, à soutenir les thèses d'EAJ-LPB. L'Alderdi (le Parti) se développe alors rapidement, en Biscaye, puis dans les autres territoires du Pays basque sud. À la fin de la dictature de Primo de Rivera, la République espagnole est rétablie en 1931. EAJ-LPB devient le premier parti du Pays basque sud ou espagnol. Il suit les préceptes du catholicisme social, l'aile sociale de l'Église, fondatrice de la démocratie chrétienne.

Après des années de tergiversation, sous la république espagnole, EAJ-LPB arrache finalement un statut d'autonomie, le 06 , en pleine guerre civile espagnole et se battra aux côtés des Républicains. Le gouvernement basque, dirigé par le jeltzale José Antonio Aguirre, parvient à mobiliser volontaires, « les gudaris », les combattants basques. Ils se battent contre le franquisme et plus tard le nazisme, avec les résistants français. Le bataillon Gernika contribue à la libération de la Pointe de Grave, en Gironde. L'écrivain François Mauriac, ami du président Aguirre, écrit : « vous avez marqué le tournant de la démocratie-chrétienne en Europe », s'agissant des seuls catholiques de l'État espagnol, ouvertement anti-franquistes.

Dictature franquiste EAJ-LPB est interdit durant le franquisme. Le président est condamné à mort et en pleine Seconde Guerre mondiale, et se cache à Berlin, avant de rejoindre le continent américain via les pays scandinaves. Il relate cet épisode rocambolesque de sa vie, dans le livre De Gernika à Nueva York, pasando por Berlin (« De Gernika, à New York, en passant par Berlin »). EAJ-LPB et le gouvernement basque se reconstituent dans la clandestinité et l'exil. Membre de la démocratie chrétienne européenne, EAJ-LPB participe à la construction de l'Union européenne. La CDU allemande adhère à ce mouvement, au siège du gouvernement basque en exil à Paris. Le régime franquiste, en collaboration avec le gouvernement français spolie cet immeuble. Les résistants basques, le gouvernement basque et EAJ-LPB, en général, subissent un revers diplomatique. L'espoir de voir le régime franquiste renversé par les alliés occidentaux disparaît. Durant des années, EAJ-LPB, le gouvernement basque et les services secrets basques (Los Servicios - Zerbitzuakà) avaient coopéré notamment avec la CIA, dans la lutte contre le communisme. Le Lehendakari Agirre avait affirmé que les défaites du moment préparaient les victoires à venir.

Le dictateur Franco meurt en . Au Pays basque sud, le mouvement ETA, créé en 1959, fera l'objet d'une opposition farouche de la part d'EAJ-LPB, principalement pour ses méthodes mais aussi pour son projet révolutionnaire.

Principal parti de la Communauté autonome du Pays basque En 1977, lors des premières élections générales suivant la fin du franquisme, EAJ-LPB arrive en tête du scrutin au Pays basque. L'année suivante, le parti appelle à l'abstention lors du référendum constitutionnel espagnol, mais soutient en revanche, lors du référendum portant sur la question quelques mois plus tard, le Statut d'autonomie du Pays basque. Lors des premières élections au Parlement basque en 1980, le parti recueille 38 % des suffrages exprimés au Pays basque sud et s'impose comme le principal parti de la CAV (Comunidad Autónoma Vasca), la Communauté autonome basque.

À la tête du gouvernement basque à partir de 1980, EAJ-LPB entreprend de défendre le Statut d'autonomie et d'impulser un nouveau mouvement de décentralisation, tout en faisant reculer la violence politique et accélérant la restructuration de la vieille industrie manufacturière en crise.

En 1985, des tensions au sein du parti mènent à la création d'un groupe dissident dans le bastion de la province de Guipuscoa, qui devient un parti à part entière en 1987, lorsque ses membres créent Eusko Alkartasuna (« Solidarité basque », EA), dont le président du gouvernement basque, Carlos Garaikoetxea, prend la tête. Cette scission est principalement due à : un conflit personnel entre Carlos Garaikoetxea et le leader d'EAJ-LPB, Xabier Arzalluz ; l'organisation du Pays basque : un gouvernement central fort et des provinces faibles (EA). des provinces fortes (PNV).

Des dissensions idéologiques entre les deux partis apparaissent également. EA adopte une ligne sociale-démocrate, alors qu'EAJ-LPB demeure lié à sa ligne démocrate-chrétienne. La scission est d'autant plus amère pour EAJ-LPB, qu'elle est conduite par le chef du gouvernement en personne. Mais depuis 1991, les deux partis forment régulièrement des coalitions électorales afin de maximiser le vote nationaliste centriste.

À la suite des élections au Parlement basque de 2009, EAJ-LPB perd la tête du gouvernement basque après de règne, suite à l'accord, qui peut apparaître contre-nature, entre le Parti socialiste du Pays basque - Gauche basque et le Parti populaire, qui permet finalement au socialiste Patxi López d'ouvrir une parenthèse de trois ans dans la gestion de la communauté autonome par EAJ-LPB.

EAJ-LPB, en Pays basque nord ou français

L'influence d'EAJ-LPB est considérable sur la vie culturelle, sociale et économique, du Pays basque nord ou français, en tant que parti promoteur du drapeau basque, l'ikurriña ou d'institutions majeures : Eusko Ikaskuntza (Société d'Études basques), Euskaltzaindia (Académie de la langue basque) ou encore, Euskalzaleen Biltzarra (la réunion des Euskalzale). Les Euskalzale sont attachés à la langue et à la culture basque. EAJ-LPB a également permis le développement des ikastolas (école immersive en langue basque) et des coopératives, repris au nord, avec la génération abertzale et euskalzale, des années 1970. Sabino Arana Goiri avait lui-même noué des contacts avec des personnalités du Pays basque nord, comme Pierre Broussain, maire d'Hasparren (Lapurdi), à l'époque.

Le premier mouvement régionaliste, nommé « Euskalherriste », dans les années 1930 a été influencé par EAJ-LPB, au sud. La génération des dirigeants démocrates chrétiens, des années 1960 et 70, au premier rang desquels Michel Labéguerie, Jean Errecart ou Jean Etcheverry-Aïnchart, a nourri des liens étroits avec EAJ-LPB. Un groupe de sympathisants jeltzale anime la revue « Ager » dans les années 1980. EAJ-LPB se constitue officiellement en Parti politique, en 1990 et entame une activité militante et partisane, à partir de 1996 et jusqu'à nos jours.

Dans les institutions européennes

Il est membre fondateur du Parti démocrate européen (PDE) avec notamment le MoDem en France ainsi que l'Olivier et la Marguerite de Romano Prodi en Italie. Il compte un député européen en la personne de Izaskun Bilbao, qui siège au groupe ADLE.

Ailleurs Le parti a également des bureaux dans les pays où habitent des minorités basques : Venezuela, Argentine, Mexique, Uruguay, Chili et aux États-Unis.

Idéologie

Dans ses statuts, EAJ-LPB se définit comme un parti « basque, démocratique, aconfessionnel et humaniste, ouvert au progrès et à toutes les avancées de la civilisation au bénéfice de l'humain ». Devenu aconfessionnel, EAJ-LPB est classé au centre de l'échiquier politique. Basé sur les principes traditionnels du nationalisme romantique du (langue, la religion, l'ethnie...) et de la doctrine sociale de l'Église catholique, EAJ-LPB s'est ouvert au aux principes du Nationalisme civique et à la Démocratie chrétienne.

Résultats électoraux

Élections générales espagnoles +Résultats du PNV au Pays basque. Année Congrès des députés Sénat % Députés Rang 1977 29,3 1979 26,7 1982 31,7 1986 27,2 1989 22,8 1993 24,5 1996 25,0 2000 30,4 2004 33,7 2008 27,1 2011 27,4 2015 24,8 2016 24,9 04/2019 31,0 11/2019 32,0 2023 24,0

Élections au Parlement basque Année % Tête de liste Mandats Rang Gouvernement 1980 38,1 Carlos Garaikoetxea Garaikoetxea I 1984 42,0 Carlos Garaikoetxea Garaikoetxea II, Ardanza 1986 23,7 José Antonio Ardanza Ardanza 1990 28,5 José Antonio Ardanza Ardanza 1994 29,8 José Antonio Ardanza Ardanza 1998 28,0 Juan José Ibarretxe Ibarretxe I 2001 42,7 Juan José Ibarretxe Ibarretxe II 2005 38,7 Juan José Ibarretxe Ibarretxe III 2009 38,7 Juan José Ibarretxe Opposition 2012 34,6 Iñigo Urkullu Urkullu I201637,4Iñigo UrkulluUrkullu II202039,1Iñigo UrkulluUrkullu III 2024 34,8 Imanol Pradales Pradales

Élections européennes