La grève de 1229 à l'université de Paris a été une grève des maîtres associée à un boycott des étudiants dans une lutte contre l'évêque de Paris et Blanche de Castille, régente pour , mineur. Elle entraîna la paralysie de l'université pendant deux années. Les maîtres et les étudiants étaient unis pour protester contre la répression meurtrière d'une émeute d'étudiants par les autorités civiles, en violation des privilèges de l'université, selon lesquels les étudiants dépendaient de la justice ecclésiastique. Cette émeute avait eu lieu lors d'altercations le jour de mardi gras.
Le , après deux ans de négociation, le pape adressa aux professeurs et étudiants de l'université de Paris la bulle pontificale . Il accordait par celle-ci à l'université de Paris les principaux privilèges qui consacrèrent son indépendance intellectuelle et juridique.
Contexte
L'université de Paris était l'une des premières universités en Europe, considérée comme l'une des plus prestigieuses du fait de l’importance qu'elle accordait à la discipline-reine, la théologie. Fondée vers le milieu du , elle a reçu de l'Église sa charte officielle vers 1200. Elle était gérée par l’Église, et ses étudiants étaient eux-mêmes considérés comme des hommes d'Êglise, portant la robe et rasant le sommet de leur crâne, pour indiquer qu'ils étaient sous sa protection (privilège de for). Les étudiants suivaient les règles et les lois de l'Église, et n'étaient pas soumis aux lois ou aux tribunaux du roi. Ceci ne manquait pas de poser des problèmes, car les étudiants qui violaient les lois d'une ville ne pouvaient être poursuivis qu'au travers des tribunaux ecclésiastiques, et entraînait régulièrement des affrontements entre (littéralement « la Ville et la Robe », expression appliquée par les historiens des Universités anglaises à ce type de conflits, désignant la population non académique et la population universitaire)Jacques Verger , « Les conflits 'Town and Gown' au Moyen Âge : Essai de typologie », dans Patrick Gilli, Jacques Verger et Daniel Le Blévec (dir.), Les universités et la ville, Leyde, Brill, 2007, p. 237–255.
Les étudiants étaient bien souvent très jeunes, et entraient à l'école vers 13 ou 14 ans pour y rester 6 à 12 ans. Ils venaient de nombreuses régions, et parlaient différentes langues européennes ; tous étaient définis par leur langue maternelle. Cependant, la langue véhiculaire de l'université était le latin. Les « maîtres » de la faculté des arts furent en 1222Le Goff, Jacques, L'Europe est-elle née au Moyen Âge, 2003, ., Naissance des sentiments nationaux, §2, p. 232. regroupés en quatre « nations » : « française », incluant maîtres et étudiants des pays méditerranéens, « picarde », « normande » et « anglaise » – regroupement d'Anglais, d'Allemands, de Scandinaves et d'étudiants de l'Est de l'EuropeEnglish Scholars of Paris and Franciscans of Oxford - The University of Paris, sur bartleby.com (consulté le 28 février 2014)., et dont le fonctionnement était considéré comme très bon. L'immense majorité des étudiants provenaient de l'élite, ou des classes aristocratiques, du fait du coût du voyage, des frais de séjour à l'université, ainsi que du coût des études elles-mêmes, que les classes moins aisées ne pouvaient se permettre.
Émeute du carême de 1229 Le mardi gras (donc la veille du mercredi des Cendres, début du carême) était un jour traditionnellement consacré à festoyer, et de façon générale, à « lâcher la bride ». Aussi les étudiants en profitaient-ils bien souvent pour boire sans retenue et se livrer à quelques excès. Ainsi, lors du mardi gras de 1229, une altercation éclata entre un groupe d'étudiants et le propriétaire d'une taverne dans le faubourg Saint-Marcel, à propos du prix du vin.. Les étudiants furent frappés et jetés à la rue, mais revinrent en nombre le lendemain pour se venger, créant la panique dans le quartier. Armés de gourdins, ils firent irruption dans la taverne, frappèrent leurs adversaires de la veille et détruisirent l'établissement. Au cours de l'émeute qui s'ensuivit dans les rues, d'autres commerces furent endommagés.
Du fait du « for ecclésiastique » dont jouissaient les étudiants, et qui les exemptait de la justice du roi, des plaintes furent adressées aux tribunaux ecclésiastiques. Ceux-ci accueillirent ces plaintes avec beaucoup de prudence, connaissant la tolérance dont bénéficiaient les étudiants des universités. Néanmoins, Blanche de Castille, alors régente de France pendant la minorité de Saint Louis, exigea le châtiment des coupables, et l'université autorisa la garde de Paris à punir les émeutiers. Mais la répression exercée par les sergents royaux fut aveugle et violente. Peu soucieux de subtilités, ils s'en prirent à un groupe d'étudiants et en tuèrent un certain nombre, dont il fut dit ensuite qu'ils n'étaient en rien coupables de l'émeute qui s'était déroulée. Selon un chroniqueur anglais, 300 étudiants furent jetés à la Seine, et l’historienne Nathalie Gorochov évoque .
Grève et paralysie de l'université
La réaction de l'université fut de se mettre immédiatement en grève. Des classes furent fermées, et les étudiants en grève s'en allèrent, soit vers d'autres universités telles que celles de Reims, Toulouse ou Oxford, soit vers chez eux, soit enfin pour trouver à s'employer ailleurs. Tout enseignement cessa à la faculté, frappant durement l'économie du quartier étudiant, le Quartier latin (ainsi appelé du fait que le latin en était la langue véhiculaire), dont les besoins des étudiants constituaient un moteur essentiel. L'une des conséquences de la répression de 1229 et de la grève qui s'est ensuivie a été le renforcement de l'université d'Oxford et de celle de Cambridge, compte tenu des maîtres et des étudiants qui y vinrent alors, à l'invitation d'.
Après deux années de négociations, le pape — lui-même ancien étudiant de Paris. — publia la bulle pontificale Parens scientiarum (« la mère des sciences ») le , que l'on considéra a posteriori comme la Magna Carta de l'université de Paris parce qu'elle garantissait l'indépendance de l'université. Le statut d'ecclésiastique des étudiants n'est pas changé, le gouvernement de la ville n'a pas d'autorité sur l'université, seul l'évêque de Paris est responsable de l'ordre public. La menace de l'arrêt des cours dispensés par l'université resta un levier économique puissant.
Références
Voir aussi Bibliographie
Frederic Duncalf, Parallel source problems in medieval history, New York, Londres, Harper & Brothers, 1912. via Internet Archive. Voir le pour le contexte, 18 sources traduites et les problèmes relatifs à la grève.
Liens externes (traduction en français). .
Articles connexes Liste chronologique des grèves Studium generale Bulle pontificale Parens scientiarum Franchise universitaire
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