Henri Guilbeaux, né le à Verviers (Belgique) et mort le à Paris, est un écrivain, journaliste et militant socialiste, anarchiste, puis communiste français connu pour son pacifisme durant la Première Guerre mondiale.

Parcours Dès 1906, Henri Guilbeaux entame une carrière de journaliste littéraire en collaborant avec diverses revues comme Les Hommes du jour et la Revue des lettres et des arts, ou il croise Léon Bazalgette. Parallèlement, il participe à des périodiques militants ou très engagés comme La Bataille syndicaliste, La Guerre sociale, L’Effort libre, L'Assiette au beurre dont il devient rédacteur en chef sous le pseudonyme de James Burkley jusqu’à la disparition de la revue, en Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : Henri Guilbeaux..

En 1911, il publie l'un des premiers essais sur Jules Laforgue, puis se rapproche de Stefan Zweig« Guilbeaux, un petit homme chétif avec des yeux gris, vifs, inquiets, et une faconde des plus animées, en lui-même n'était nullement doué [...] Son expression ne s'élevait pas au-dessus du médiocre, sa culture n'atteignait en aucun domaine à la profondeur. Toute sa force était dans la polémique. Par une malheureuse disposition de son caractère, il appartenait à la famille d'esprits qui ont besoin de toujours se déclarer « contre », peu importe contre quoi [...] Or maintenant, lui, l'antimilitariste, avait soudain trouvé un adversaire gigantesque, la guerre mondiale. La timidité, la lâcheté de la plupart, l'audace, la folle témérité avec laquelle il se jetait dans la lutte firent de lui pour un moment un personnage important et même indispensable. » Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, Stefan Zweig. et se rend fréquemment à Berlin où il fréquente des intellectuels ouverts au dialogue avec la France.

En 1913, il sort chez Figuière une Anthologie des lyriques allemands depuis Nietzsche préfacée par Émile Verhaeren. Il est membre du Club anarchiste communiste, un groupe adhérent de la Fédération communiste anarchiste et rédige des critiques d’art dans son journal, Le Mouvement AnarchisteDictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Henri Guilbeaux..

Refusant l'esprit revanchard, la haine antiallemande et la « logique de guerre », il est proche, au sein des courants syndicalistes de l'époque, des militants Alfred Rosmer et Pierre Monatte, qui, en , refusent l’« Union sacrée ».

D’abord mobilisé au début 1915, il fut affecté à un régiment d’infanterie à Saint-Brieuc, puis réformé définitivement peu après. Il se lie d'amitié avec Romain Rolland et participe à la Conférence de Kiental en 1916« Quelques souvenirs sur la seconde conférence de Zimmerwald (Kienthal, 24-30 avril 16) » par Henri Guilbeaux in Bifur, juillet 1930.. L'année suivante, le 15 janvier, il lance à Genève la revue Demain qui devient l'organe littéraire des Français expatriés en Suisse. Interdite de diffusion en France, elle publie des poèmes de Pierre Jean Jouve, des essais de Rolland et de Marcel Martinet, et disparaîtra en septembre 1919, l'ultime numéro étant publié à Moscou.

Durant son exil, il se rapproche en de Lénine qui souhaite retourner en Russie, et signe le protocole de Berne. Il devient le correspondant français de la Pravda. Proche des bolcheviks, son nom est désormais fiché à Paris par le Bureau. Selon Rolland Roudil, Notice sur Guilbeaux in Dictionnaire Pierre Jean Jouve, en ligne. mais l'extradition est reportée. Désigné comme « futur Lénine français » par le bureau, il est condamné par le conseil de Guerre français pour Haute Trahison à la peine de mort par contumace en . Il est finalement expulsé par les autorités suisses vers la Russie.

De à , Guilbeaux vit dans un premier temps à Moscou« En Russie, Guilbeaux, polémiste incurable, tout comme précédemment à Paris, gaspilla ses dons en querelles et en chicanes et se brouilla peu à peu avec ceux-là mêmes qui avaient respectés son courage, avec Lénine d'abord, puis avec Barbusse et Rolland, et finalement avec nous tous. » Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, Stefan Zweig.. Il y représente la gauche française de Zimmerwald lors de la génèse de la Troisième InternationaleRomain Ducoulombier, Camarades ! La naissance du parti communiste en France, Perrin, 2010, .. Puis, après la mort de Lénine qui était son seul allié face à Staline, il devient correspondant en 1923 à Berlin pour le journal L'Humanité. Il publie son essai sur Lénine directement en allemandWladimir Iljitsch Lenin. Ein treues Bild seines Wesens. Ins Deutsche unter Mitwirkung von Rudolf Leonhard, Berlin, Verlag Die Schmiede 1923.. En 1929, le peintre Rudolf Schlichter exécute son portrait. Expulsé du Parti communiste français, il se retrouve sans ressources. Romain Rolland rejoint alors un comité de soutien pour que Guilbeaux puisse revenir en France. Dix ans après sa condamnation par contumace, la sentence est cassée au cours d'un procès en révision, mais il paraît moralement et physiquement épuisé« Il finit comme il avait commencé, par des brochures insignifiantes et des tracasseries mesquines ; il est mort tout à fait ignoré dans un coin de Paris, peu après avoir obtenu sa grâce. Celui qui pendant la guerre avait été le plus audacieux et le plus vaillant adversaire de la guerre, celui qui, s'il avait su utiliser et mériter l'élan que lui avaient donné les évènements, aurait pu devenir une des grandes figures de notre époque, est aujourd'hui complètement oublié [...] » Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, Stefan Zweig..

Il passe les dernières années de sa vie à mettre en garde l'opinion contre le stalinisme. Selon Pierre Broué, il travaille alors pour les services secrets français (sans doute en échange de sa grâce), et eut même des élans de sympathies pour MussoliniMarche sur Rome - L’État fasciste - Corporatisme - Expansion mondiale du fascisme, Paris, Mignolet et E. Storz, s.d., propos jugés délirants et sans doute le fait de son épuisement intellectuel, de son isolement et de ses frustrationsP. Broué, Histoire de l'Internationale Communiste. 1919-1943, Fayard, 1997, .. vignette|Pierre tombale d'Henri Guilbeaux au cimetière d'Auvers-sur-Oise. Il est enterré dans la commune d'Auvers-sur-Oise.

Œuvres Mon crime. Contre-attaque et offensive, Genève, éditions de la revue Demain, Le portrait authentique de Vladimir Ilitch Lénine, Paris, Librairie de L'Humanité, 1924 Du Kremlin au Cherche-Midi, Gallimard, 1933. Walt Whitman, Portraits d'hier, n°37, 1910. 32p. Jules Laforgue, Portraits d'hier, n°47, 1911. 29p.

Sources Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : notice biographique.

Notes et références Notes

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