Mustapha Osman (), né en ou à Tunis et décédé à une date inconnue à New York est un journaliste, caricaturiste, maquettiste et décorateur de cinéma tuniso-américain.
Osman est le premier caricaturiste tunisien, cofondateur de deux journaux satiriques à Tunis, Al Moudhik et Al Moumathil, et l'un des animateurs les plus emblématiques du paysage journalistique en Tunisie pendant les années 1920. Il est aussi un militant destourien.
Mustapha Osman participe en 1927 à la création de Tunis Films, la toute première société tunisienne de distribution de films. Dans les années 1930, il quitte la Tunisie pour s'installer aux États-Unis et se dirige vers le cinéma hollywoodien pour devenir décorateur-scénographe au sein de la grande société de production de cinéma américaine Paramount Pictures.
Mustapha est le frère aîné du grand photographe tunisien Habib Osman.
Biographie Jeunesse Mustapha Osman naît entre 1906 et 1907. dans une famille tunisoise de la classe moyenne ; son père s'appelle Hassan et sa mère Sallouha Nouri. Il porte le prénom de son grand-père paternel d'origine turque, a une sœur et quatre frères, dont le photographe Habib Osman.. Il grandit dans la médina de Tunis.
Dès son enfance, Mustapha Osman s'intéresse au dessin et semble plutôt prédisposé à devenir un peintre. Après des études primaires, il poursuit ses études secondaires au Collège Sadiki. Attiré par le dessin, il éprouve également un penchant pour la lecture, ce qui lui permet d'acquérir une culture générale, d'éveiller sa conscience, de développer ses aptitudes rédactionnelles et d'accroître ses capacités de pensée. Très grand consommateur de journaux, il découvre le monde de la presse écrite. Mustapha Osman dessine tout le temps, devenant un autodidacte du dessin. Sa disposition à faire de la caricature est un don naturel qu'il perfectionne par lui-même.
Sa passion et ses compétences acquises l'amènent à frapper très tôt à la porte de la presse.
Carrière journalistique Armé de ses acquis et porté par son amour pour le dessin, Mustapha Osman commence sa carrière dans le monde de la presse en tant que rédacteur et caricaturiste. Il offre alors à la presse tunisienne ses premières caricatures avec son frère Habib, avant que ce dernier ne s'oriente vers le reportage photographique. Rapidement, il prend la tête de la mouvance des caricaturistes de la presse tunisienne et devient une grande figure du journalisme dans le pays pendant les années 1920. Mustapha Osman est aussi l'un des rares caricaturistes à signer ses œuvres. même si ses caricatures n'ont pas besoin d'être signées tant elles sont typiques. D'autre part, Osman se distingue dans la rédaction. Il a un coup de crayon riche, profond et plein d'originalité.
À seulement seize ans, il dépose une demande d'autorisation pour la publication de son propre journal, Ach-Chabiba Attounissia, cependant sa demande n'aboutit pas. Osman fait une brève apparition dans le journal An-Nahdha du Parti réformiste destourien en 1923 et contribue à la fondation de deux journaux satiriques à Tunis pendant le protectorat français.
Al Moudhik
gauche|vignette|Mustapha Osman jeune à Tunis.
En 1920.., Osman fonde Al Moudhik, hebdomadaire humoristique et satirique en langue arabe., avec Abdelaziz Mahjoub qui s'occupe de la direction du journal.Revue d'histoire maghrebine, , 1974, .. Al Moudhik est le premier journal humoristique tunisien publiant des caricatures aux côtés de poèmes arabes maghrébins d'expression populaire et d'anecdotes amusantes.. Son numéro initial paraît au début du mois de . Le périodique se distingue par son style satirique et ses caricatures dessinées par Osman, le premier caricaturiste tunisien. Ainsi, la presse humoristique commence à faire paraître de la caricature locale.
Le nom que porte le journal prouve son caractère humoristique : Al Moudhik est un mot arabe signifiant . ou même pris dans le sens du mépris. Toutefois, il ne fournit aucune indication sur la nature de son objet risible, seule la tendance sociale et politique de l'hebdomadaire peut le faire. En effet, au niveau social, le journal met en évidence la dégradation des valeurs authentiques de la société tunisienne. Quant au niveau politique, il oriente le risible vers tout ce qui n'est pas de valeur communiste.
La sémantique du titre comporte au fond tant de richesses qu'il regroupe les deux catégories indispensables du rire : le rire que provoque le risible dans le monde extérieur et celui né du talent du journaliste dans ses modes d'expression et ses tournures d'esprit. Ce choix est fait dans le but d'établir une ambiguïté servant à protéger le périodique de l'éventuelle censure. À travers ce journal, Osman aborde le discours journalistique avec humour et commence sa carrière avec un grand rire qu'il partage avec Mahjoub.
vignette|Osman posant pour le photographe Riva dans les années 1920.
Historiquement, un journal portant le même nom avait été fondé et dirigé par Abdallah Zarrouk en 1910. Le tout premier numéro avait paru le . En , le journal satirique connaît une première suspension causée par les autorités beylicales. Relancé le par Othman., frère aîné d'Abdelaziz Mahjoub, le périodique subit un arrêt de parution à partir du ou du mois de de la même année, et ce jusqu'en 1920, année de sa reprise par Mustapha Osman et Abdelaziz Mahjoub.
À partir de 1921, le périodique est soumis à une surveillance minutieuse par le service de presse français. Chaque publication fait l'objet d'une traduction complète en langue française et d'un rapport adressés aux autorités du protectorat. Al Moudhik reste fidèle à son enthousiasme communiste et ne perd pas son ton sarcastique et méprisant contre le protectorat. Il exprime des idées nettement nationalistes et ne cache pas sa répugnance face au colonialisme.
En devenant un membre du Parti socialiste français en Tunisie, Abdelaziz Mahjoub utilise Al Moudhik pour diffuser les idées de ce parti. à partir de , avec comme nouveau slogan : . À partir de cette même date, l'hebdomadaire est édité par l'imprimerie de Robert Louzon, fondateur du Parti communiste tunisien. Cette tendance communiste du périodique prend fin le .
Le journal satirique critique sévèrement, avec d'autres journaux tunisiens., Abdelaziz Thâalbi peu de temps avant sa tournée entamée le au Moyen-Orient pour y mener une campagne de propagande favorable à la cause nationale ; cette vague sarcastique pousse ce dernier à un exil volontaire. Al Moudhik disparaît définitivement de la scène journalistique en 1923 après que Mustapha Osman l'ait abandonné pour consacrer la totalité de son temps à son deuxième journal, Al Moumathil.
Al Moumathil
vignette|Emblème d'Al Moumathil signée Osman.
Mustapha Osman décide en 1920, conjointement avec Slouma Ben Abderazek, de fonder un hebdomadaire satiriqueL'Afrique française : bulletin mensuel du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc, vol. 36, Tunis, Comité de l'Afrique française, 1926, . en langue arabe., un manuscrit d'impression lithographique et de tendance destourienne qu'ils baptisent Al Moumathil. Ben Abderazek prend les commandes de la direction tandis qu'Osman s'occupe de l'animation du journal.. Le périodique paraît en trois couleurs : rouge, vert et jaune. Assimilant les individus aux acteurs et leurs actes aux rôles distribués sur la scène du théâtre, l'hebdomadaire caractérise le monde qu'il présente d'hypocrite et de faux car Al Moumathil n'est rien d'autre qu'un personnage qui, autant sur la scène que dans la vie, se caractérise par ses attitudes, ses pensées et ses sentiments. On a tendance à croire que cet hebdomadaire est spécialisé dans l'information théâtrale mais une simple analyse de contenu démontre qu'il n'a aucun rapport avec la vie artistique ; cette confusion est alimentée par le fait que le nom du journal peut être employé en arabe dans deux sens : et . Ayant tendance à reproduire la réalité sociale de la régence de Tunis dans ses travers et ses vices, Al Moumathil se dit représenter les revendications du peuple tunisien dans le domaine journalistique. Sa griffe, conçue et dessinée par Mustapha Osman, présente un cavalier portant fièrement l'étendard de la Tunisie. Le périodique voit le jour en 1921 ou . et continue à paraître d'une façon irrégulière jusqu'en , date de son dernier numéro avant sa suspension.
Au début, en tant que gérant, Slouma Ben Abderazek expose Al Moumathil à la location. Le journal connaît ainsi le passage de trois directeurs : Mohamed Cherif Ben YakhlefAl Moumathil, - 14 ; 17 () - 18 ()., Ali NajarAl Moumathil, 19 () - 21 (). et Hadj Ali Ben MustaphaAl Moumathil, 22 () - 31 ().. Les différents directeurs y manifestent une très grande liberté d'expression et, s'engageant dans des critiques risquées, provoquent l'intervention de Ben Abderazek qui, pour sauver Al Moumathil de la suspension, retire sa gérance pour la relouer à un autre directeur jugé plus modéré, avant qu'il ne reprenne lui-même les commandes de la directionAl Moumathil, 15 - 16 ; 32 () - 39 bis () ; - 44. à partir du paru le . Cette instabilité contraint Al Moumathil à changer continuellement de camp. Le périodique apparaît donc comme une mosaïque d'idéologies.
Dévoré par la flamme patriotique, Mustapha Osman s'écarte de la presse humoristique en 1923 pour se dédier à Al Moumathil. Dans les colonnes de cet hebdomadaire, il approche les débats journalistiques de manière sérieuse et lance souvent des appels émouvants pour inciter ses lecteurs à allouer une grande importance à l'enseignement : . Il écrit aussi : . Osman ne mâche pas ses mots et fait partie des journalistes tunisiens qui ont travaillé avec sérieux, passion, intelligence et compétence dans la presse nationale.
vignette|Une du numéro 41 bis d'Al Moumathil paru le . vignette|Caricature d'Osman critiquant la loi sur la naturalisation.
L'hebdomadaire satirique déclenche une campagne de critique sévère à l'égard de l'autorité occupante à travers les caricatures d'Osman. Le , le résident général publie un décret facilitant aux Tunisiens l'acquisition de la nationalité française.. La procédure de naturalisation devient gratuite par le décret beylical du . Al Moumathil désavoue cette décision et la dénonce comme une manœuvre politique et une atteinte à la personnalité tunisienne. Le , le journal satirique se pare d'une caricature d'Osman où le peuple tunisien, armé d'une plume symbolisant le savoir et l'éducation, frappe le dragon de la naturalisation au front et le précipite en bas d'un roc.
Le périodique part en guerre contre l'équipe du journal An-Nahdha, notamment Hassen Guellaty, Chedly Kastalli et Mohamed Noômane. Dans une caricature d'Osman, on les aperçoit assis sur un temple en train de s'écrouler parce que ses colonnes sont le désaccord, le mensonge et la mystification. Sur une autre gravure signée Osman, on voit passer une dame sous la pluie, représentant la Tunisie, qui décline la proposition dAn-Nahdha et préfère s'abriter sous le parapluie destourien.
En , Osman rédige une mise au point concernant sa relation avec An-Nahdha : .
En 1924, Al Moumathil est accusé d'être influencé par le mouvement fasciste à cause des ressemblances entre les caricatures qui y sont publiées et celles du journal fasciste italien Travarso delle idee édité à Rome. Certaines sources croient que la contribution d'un Italien aux illustrations d'''Al Moumathil est très claire et vont même jusqu'à dire que le dessinateur du périodique satirique ne pourrait être qu'un caricaturiste italien utilisant comme pseudonyme pour cacher sa véritable identité.