La Compagnie des mines d’uranium de Franceville (COMUF) est une compagnie minière française créée par le CEA puis détenue par la COGEMA dans les années 1970-1990, puis par Areva.

Elle est créée le par la France à l’initiative du commissariat à l'Énergie atomique (CEA) auquel se sont associés des groupes industriels, chimiques et bancaires français pour exploiter la « province uranifère » du bassin de Franceville (francevillien), précambrien constitué de , dans le Haut-Ogooué dans l'actuelle République gabonaise, et plus particulièrement le gisement d’uranium de Mounana dont les premiers indices avaient été mis en évidence entre 1953 et 1956 par les prospecteurs du CEA.

Après plus de trente-huit années d'activité (mine aériennes, et souterraines), l'entreprise prépare la fermeture du site à partir de 1997 et ferme officiellement ses portes en 1999 en raison de la chute des prix de l'uranium et de l'épuisement du gisement, laissant derrière elle des friches minières et industrielles radioactives qui feront l'objet d'un et d'un , peu avant que le Gabon n'intègre dans son droit national et son code minier le principe pollueur-payeur. Des travaux de réhabilitation sont encore en cours en 2010 sous l'égide d'Areva.

Fin 2006, Areva reprend des activités de prospection, et créé en 2008 la filiale Areva Gabon, dont le siège est à Franceville..

Histoire Jusqu'en 1953, à la demande de la France qui prépare un important programme nucléaire militaire et civil nécessitant de l'uranium enrichi, le CEA prospecte de nombreuses zones d'Afrique dont cette région du Gabon, à partir de la « base Maba » de Franceville.

En quelques années, les prospecteurs découvrent plusieurs gisements uranifères : Boyindzi, Oklo, MikouloungouMontagnon M (1999) La mine d'uranium de Mikouloungou au Gabon. Chantiers de France, (317)., Okelobondo et quelques zones uranifères un peu moins riches (Bangombé et Mbérèse).

En avril 1953, un permis d'exploitation concernant une zone de , centré sur la ville minière de MounanaMounana, en langue locale, est un toponyme signifiant « les trous », en référence aux trous laissés par les carottages faits par les prospecteurs du CEA dans les années 1950. est attribué au CEA qui commence les travaux d'exploration en 1955, trouve des conglomérats radioactifs sur le mont Iboundji et confirme le l'importance du gisement de Mounana où la COMUF creusera une grande carrière profonde de et d'un diamètre d'environ (1,185 million de tonnes extraites, et la carrière d'Oklo sera encore plus grande avec 1,2 million de m³ de matériaux extraits et une profondeur double de ). C'est dans cette région que sera découvert en le « phénomène d'Oklo », traces fossiles d'une réaction nucléaire souterraine spontanée, étudiées durant plusieurs années avant abandon de la mine et inondation par remontée de la nappe phréatique et les pluies, PDF 667 pages.

Les installations minières sont à l'origine de deux bourgades urbaines dont Mounana, située dans le département de la Lemboumbi-Leyou dont le chef-lieu est Moanda.

Le Gabon devient un État indépendant le , et élabore peu après sa propre stratégie de développement minier, les ressources du pays étant alors encore exploitées par des entreprises privées étrangères, dont la COMUF qui de plus détenait un monopole sur l'exploitation de l’uranium. L'État gabonais autorise la COMUF à rester au Gabon, mais en devient actionnaire à 25 % du capital.

Fin 1960, le Gabon exige que l'uranium soit en partie raffiné avant d'être exporté ; .

En moins d'un an (), la production industrielle d'uranate de magnésie démarre puis se développe à partir du minerai provenant de 4 gîtes géologiques : ) la carrière de Mounana (de 1961 à 1967], puis, après agrandissement (de 1972 à 1975) ; ) la mine souterraine (de 1965 à 1971] ; ) le gisement d’Oklo (à partir de 1968) ; ) le gisement de Boyindzi (à partir de la fin 1980).

En 1982, les principaux actionnaires étaient l’État gabonais, la Compagnie de Mokta et la COGEMA.

Selon le site internet d'Areva, de 1960 à 1999, la COMUF a produit au total plus de d’uranium ; ou selon un communiqué de 2010 ou encore selon une étude de 2004 conjointement réalisée par l'OCDE et de l'AIEA évoque. 0,38% d’uranium ont été extraites du minerai dans l’usine qui a eu une capacité de traitement de par an d’uranium métal. Selon l'AIEA (2000), environ 7,5 millions de tonnes de minerai d'uranium ont été extraites des mines ou vertes et des galeries.

La SEEG (privatisée en 1997 en devenant filiale du groupe français Véolia. Elle a hérité des infrastructures de la COMUF après leur rétrocession à l'État gabonais en 1999.

L'après-mine Séquelles sociales L'industrie (pétrolière et minière notamment) importée au Gabon a bouleversé les structures socioculturellesMoutou G (1982) Industrialisation et transformations socioculturelles dans le Haut - Ogooué (Gabon), thèse de doctorat de sociologie, Paris - Nanterre, 245 pages. et urbanistiques Ekarga-Mba MBA E (1987) « Esquisse d’une étude urbaine des principales agglomérations de la Province du Haut - Ogooué », MUNTU, revue du CICIBA, , Libreville, - 72.

Seuls quelques dizaines d'habitants vivaient sur le territoire des principales mines d'uranium au Gabon. À Mounana, la COMUF a induit l'apparition d'une ville champignon dès 1961 avec ses premiers logements miniers, suivi de la construction d'autres quartiers alors que d'autres gisements sont exploités (Mikoulongou en 1965, Boyindzi en 1967 et Okelobondo en 1974) alors que les chocs pétroliers dopent le marché de l’uranium notamment pour la France qui a fortement développé sa filière électronucléaire et qui achète 80 % des exportations de la COMUF qui double en quelques années sa production d’uranium (qui passe de /an pour la période 1960-1974 et grimpe à /an la décennie suivante), la population de la ville-champignon grandit alors au rythme de la production d'uranium, au point d'obtenir un statut de préfecture (en 1977) mais se trouve sans ressources à la fermeture des mines. Ainsi la population de Mounana chute de 6500 en 1993 RGPH, 1993 à en 2000 (soit -38 %), la ville champignon risquant de devenir ville-fantôme Koumba JP De villes champignons à villes fantômes : la trajectoire de Gamba et Mounana (Gabon) Annales de l’Université Omar-Bongo , en ligne :2009-10-27.

Séquelles minières Non loin de la grande Forêt tropicale et plutôt en zone de savane, pour limiter les coûts de transport, les unités industrielles ont été construites le plus près possible des mines et à Mounana en surplomb des rivières Ngamaboungou et Mitembé qui recevront durant plusieurs décennies des eaux d'exhaure radioactives, acides pH descendu jusqu'à 2 et remonté à 6 après les travaux de réhabilitation selon le Centre national gabonais de la prévention et de la protection contre les rayons ionisant (CNPPRI), corrosives et polluées par des métaux lourds et du radonRadon 226, thorium, vanadium, plomb, uranium en solution selon CNRPPI, 2005 Une partie du réseau d'eau potable aurait pu être également contaminéKoumba JP (2006) La Crise du système minier au Gabon, thèse de doctorat de géographie, Université de Rennes 2, Rennes, 2006, 403 pagesKoumba JP (2000) Mounana et sa région : les effets de l'arrêt de l’exploitation du gisement de l’uranium, mémoire de maîtrise, université Omar-Bongo, Libreville, 153 pagesKoumba JP (2004) Système pétrolier et diversification économique à Gamba, mémoire de Stage en entreprise à Shell Gabon, Gamba, 80 p..

Selon un rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (rapport déposé le ), Le contrôle de la sûreté et de la sécurité des installations nucléaires (conclusions du rapporteur) ; Rapport n° 278 (1995-1996) de M. Claude Birreaux, député, fait au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, déposé le 19 mars 1996 ; voir chap 2.2.3 Les bassins de stockage des résidus reçoivent une couverture protectrice.

Les mines souterraines : elles ont été beaucoup plus discrètes dans le paysage, mais ont aussi laissé des séquelles minières (émanation de radon via les puissants ventilateurs utilisés pour aérer les galeries de mines. Des risques d'affaissements miniers ou d'effondrement ou de pollution de la nappe à partir des galeries sont aussi à prendre en compte ( de galeries avaient déjà été creusées en 1980, 20 ans avant la fermeture de l'entreprise).

Une remodelage du relief a été fait, mais des phénomènes d'érosion et de ruissellement sont encore localement visibles sur l'imagerie aérienne ou satellitale et de l'uranium est encore présent à l'air libre.

Séquelles sanitaires Certains auteurs et diverses ONG signalent un nombre anormal de pathologies pulmonaires chez les anciens ouvriers, mais aussi d'un nombre anormal de malformations congénitales observées à Mounana et aux environs chez les nourrissons et les jeunes ( ainsi que de maladies dermatologiques, ophtalmologiques ou cardiovasculairesSherpa (ONG), 2013 Santé des mineurs de l’uranium sur les sites d’AREVA au Gabon et au Niger, mis en ligne 2013-11-07, consulté 2014-03-01).

Des ONG (Aghir In’Man, alerte Sherpa et la CRIIRAD notamment) s'inquiètent des risques de pollution de l'eau et du fait que les populations riveraines non informées des risques par AREVA utilisent des matériaux radioactifs pour construire des bâtiments (hôpitaux, maternité, école). Des rapports dénoncent la négligence coupable du groupe AREVA : manque d’information des travailleurs quant à la dangerosité du minerai exploité, absence de protections adaptées, manque de fiabilité des dispositifs de contrôles radiologiques, dépassement des normes sanitaires conduisant à l’exposition des populations à un risque sanitaire inacceptable selon l'ONG SherpaAreva au Gabon ; Rapport d’enquête sur la situation des travailleurs de la COMUF, filiale gabonaise du groupe AREVA- COGEMA , écrit en collaboration avec la CRIIRAD (Bruno Chareyron, responsable du laboratoire), Médecins du Monde (M. Brugière, directeur général, Patrick Bouet et Stéphane Sisco) et les associations d’anciens travailleurs de la COMUF sous la direction de William Bourdon, président de Sherpa ; PDF, 37 pages, daté 2007-04-04, consulté 2014-03-01.

Suivi épidémiologique Le Anne Lauvergeon en déplacement à Niamey, a annoncé qu'AREVA avait entrepris auprès des gouvernements concernés les démarches permettant la création d’un observatoire de la santé autour de ses sites miniers, notamment en Afrique. Areva annoncera en une procédure de création d'un tel observatoire au Gabon, visant Communiqué de presse AREVA Activités minières : lancement de l’Observatoire gabonais de la Santé, 19 octobre 2010 (à partir de plus d’un million de données saisies pour la région de Mounana, au Gabon selon AREVA AREVA (2009) Areva au Niger, rapport Mai 2009, PDF, 21 pages, dont la première réunion (de création de l'OSM) se tiendra le avec les ONG SHERPA et Médecins du Monde. Fin 2012 L'OSM a examiné 650 anciens travailleurs de la COMUF sur le site de Mounana. C'est une action inédite mais l'ONG SHERPA quitte le dispositif et sort des accords signés avec AREVA et Médecins du monde le

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Commissariat à l'Énergie atomique COGEMA Énergie nucléaire en Afrique AREVA

Liens externes

Bibliographie Barret J (1979) La Mise en valeur des ressources du sous-sol gabonais, thèse de doctorat de de géographie, université Paul-Valéry, Montpellier, 301 pages Bongue-Boma P(1980) Les Effets de l’implantation de la COMILOG et de la COMUF sur l’emploi et les revenus dans la région du Haut-Ogooué (Gabon) Thèse de doctorat de , Science économique, Grenoble, Université de Grenoble Chauvet RJ (1975) Description du gisement d'uranium d'Oklo. IAEA. Sym, 204, 53-66. Delavine M (1982) Uranium milling at COMUF. In CIM BULLETIN (Vol. 75, No. 842, ). 101 6TH AVE SW, STE 320, CALGARY AB TZP 3P4, Canada : Canadian Inst Mining Metallurgy Petroleum. janv 198