Gamzigrad-Romuliana, palais de Galère (en serbe cyrillique : ; en serbe latin : ), également connu sous les noms de Felix Romuliana ou de Gamzigrad, est un site archéologique de Serbie situé près du village de Gamzigrad, sur le territoire de la ville de Zaječar. Depuis 1983, il est inscrit sur la liste des sites archéologiques d'importance exceptionnelle de la république de Serbie (référence : AN 40).. et, depuis 2007, sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO ..

Le site est notamment constitué d'un palais fortifié construit sur l'ordre de l'empereur romain Galère à la fin du et au début du et d'un mémorial abritant des mausolées édifiés pour l'empereur lui-même et pour sa mère Romula. Il témoigne d'un programme culturel et idéologique caractéristique de la période de la Tétrarchie, inaugurée par l'empereur Dioclétien. La population de Gamzigrad est d'origine valaque.

Localisation et histoire du site Localisation

Le site se trouve à proximité de l'ancien limes danubien, dans le secteur de l'actuelle ville serbe de Bor, riche en mines en cuivre..

Histoire antique et médiévale Après les conquêtes de l'empereur Trajan en 107, une province de Dacie est créée mais elle est perdue par l'Empire sous Gallien, en 268. L'empereur Aurélien transfère les légions sur la rive sud du Danube et réorganise la région en créant la province de Dacia Ripensis (la « Dacie de la rive »), avec comme capitale la ville de Ratiaria.

Romuliana est étroitement associée à l'empereur Galère, né aux alentours de 250 ap. J.C. à proximité du site actuel. Après sa victoire sur les Perses de Narseh en 297, fils adoptif de Dioclétien, Galère devient César dans le cadre du système de le Tétrarchie, inauguré par Dioclétien, et engage alors la construction d'un palais dans sa région natale. Selon l'historien romain Aurelius Victor, l'ensemble fut nommé « Romuliana » d'après le nom de la mère de Galère, Romula, une Dace. En 305, Galère est élevé au rang d'Auguste et, comme l'impose le système de la Tétrarchie, il doit d'abandonner le pouvoir lorsqu'il célébrerait le vingtième anniversaire de son arrivée au pouvoir.. Après cette élévation, Galère donne à son palais une envergure plus prestigieuse et la construction devient un outil de propagande politique.. Dans la réalisation de l'ensemble, la Legio V Macedonica joue un rôle décisif. À proximité du palais, sur la colline de Magura, sont édifiés deux mausolées, dont le premier est destiné à sa mère Romula, impliquée dans une persécution des Chrétiens en 303 et morte peu avant 306, et dont le second lui est destiné..

Deux autres empereurs romains sont liés à Romuliana : Maximin II Daïa (vers 270-313), neveu de Galère et Licinius (vers 263-324), né à Felix Romuliana.

Après la mort de Galère, le palais tombe progressivement en désuétude et devient une communauté villageoise encore susceptible d'accueillir une cour impériale. Au milieu du , l'ensemble est incendié, peut-être par les Huns. L'époque de l'empereur byzantin Justinien se caractérise par une phase de reconstruction, même si de nombreux matériaux du palais originels, notamment les plus précieux, sont réutilisés dans d'autres bâtiments. Au début du , à la suite des attaques des Avars et des Slaves, le site est progressivement abandonné.

Histoire des fouilles et controverses sur l'identification

Histoire des fouilles vignette|droite|Proposition de restitution du palais Le site est découvert au et fouillé dans un premier temps à partir de 1953 par l'archéologue serbe Đorđe Mano-Zisi, conservateur en chef honoraire du musée de Belgrade..

Les fouilles sont par la suite à peu près continues à part quelques brèves interruptions. De 1957 à 1963 les fouilles du site sont dirigées par Dj. Stricevic..

Une première phase de restaurations suit, en particulier une porte de l'enceinte et des salles au pavage de mosaïques ou d'opus sectile.

Milka Čanak-Medić étudie les vestiges et propose de dater les vestiges de l'époque tétrarchique et constantinienne, dans une étude publiée en 1978.

Dragoslav Srejović fouille le site à partir des années 1970 et l'identifie comme celui du palais prévu pour la retraite de Galère, semblable au palais de Dioclétien à Split, en 1975.

Problèmes d'identification et controverses

L'identification à Romuliana est confortée en 1984 par la découverte d'une inscription avec le nom de la citéVoir la reproduction de l'inscription FELIX/ROMULI/ANA ., mais, à cette époque, cette identification ne fait pas l'unanimité. Certains auteurs plaçaient la ville dans le nord-ouest de l'actuelle Bulgarie et la tombe de Galère dans la rotonde Saint-Georges de Thessalonique. Les fouilles entreprises par la suite confirment l'appartenance du site au programme politique, idéologique et religieux de Galère ; en 1989 les zones à l'intérieur des enceintes avaient été explorées et les fouilles de 1989-1993 surtout apportent des éléments décisifs à la compréhension générale du site. Les fouilles sur la colline de Magura apportent alors des éléments d'une ..

Organisation générale et vestiges Organisation générale vignette|Plan du site central.

Les fouilleurs ont pu déterminer que l'ensemble des constructions retrouvées sur le site furent bâties durant une période courte : les techniques de construction sont les mêmes et les commanditaires étaient les mêmes.

Les constructions religieuses organisent l'espace. L'espace intérieur aux enceintes est divisé en deux zones au nord et au sud ; la structure architecturale de Romuliana avait donc un caractère résolument « binaire » selon les archéologues Dragoslav Srejović et Miloje Vasić, se présentant dans sa conception .

Cependant les vestiges ne sont pas circonscrits à l'espace protégé par les enceintes, les premiers fouilleurs ont localisé des vestiges romains à l'extérieur, en particulier sur le plateau dénommé Magura, situé à l'est de la porte principale, deux monticules en particulier retenant l'attention car détachables sur l'horizon en dépit de la présence d'une épaisse forêt de chênes.

Ces deux sites dont considérés comme complémentaires.

Les fouilles permettent de qualifier Romuliana comme appartenant à un programme complexe au service de la Tétrarchie et de Galère et ne laissant aucune place au hasard, , .

Vestiges Enceinte vignette|droite|La porte occidentale

Les fouilles ont permis de mettre au jour un double système de fortifications, une muraille plus récente englobant une muraille plus ancienne..

La muraille la plus ancienne, inégalement préservée, est constituée de 16 tours de sur 10, reliées par des remparts épais de ; elle est le plus souvent construite en briques. Les murs intérieurs étaient longés par un portique dont subsistent aujourd'hui quelques vestiges. La muraille extérieure, la plus récente, compte 20 tours ; les murs intérieurs étaient également longés par un portique dont subsistent quelques colonnes. Le second rempart, plus massif que le premier, mesure de large et est construit selon la technique de l'opus mixtum, avec une alternance de briques et de pierres..

Deux portes monumentales permettent d'accéder au palais, le portail occidental et le portail oriental. Le portail occidental, étudié dès 1953, possède une base en grès surmontée d'un appareil relevant de l'opus mixtum ; de part et d'autre de l'entrée se trouvent deux niches destinées à accueillir des sculptures.. Le portail oriental, moins bien conservé, présente la même structure et les mêmes matériaux de construction que le portail occidental ; en revanche, sa décoration et l'accent porté sur les éléments symboliques suggèrent qu'il constituait l'accès principal de l'ensemble fortifié ; une reconstitution de la porte est en cours, s'appuyant sur la base des éléments préservés. Entre ces deux portes s'étendait sans doute un decumanus, séparant le palais fortifié en deux zones nord et sud mais dont aucun élément archéologique probant n'a été retrouvé...

Deux autres portes, de dimension plus modestes, ont été mises au jour au nord et à l'est, sans trace visible de décoration architecturale ; une porte de moindre importance, une poterna, a également été découverte, créée pour assurer la vie matérielle du palais.

Vestiges dans la double enceinte Partie nord Palais I vignette|droite|Mosaïque représentant Dionysos à un banquet. Ce palais, qui s'inscrit dans un plan octogonal, abrite trois péristyles et des thermes. Le vestibulum, la salle d'accès, est conservé avec ses plaques de marbres et ses colonnes de serpentine et de granit rouge ; le sol est recouvert de mosaïques représentant un labyrinthe central entouré de motifs géométriques. La salle centrale, qui a pu servir de salle du trône, est décorée de motifs géométriques et de scènes de chasse. Le triclinium, la salle de réception, est orné de tuiles colorées, fabriquées selon la méthode de l'opus sectile ; son accès est décoré d'une mosaïque représentant le dieu grec Dionysos.

Des fragments de sculptures représentant Galère en « maître de l'univers » (Pantocrator) ont été retrouvés dans nombre de salles ; sa main droite, tenant un globe de porphyre rouge, a été retrouvée dans le triclinium ; la tête de cette sculpture a été exhumée dans la partie sud-est du complexe palatial. Les sculptures en marbre représentant les dieux grecs se conformaient aux canons des et Les murs du palais était recouverts de marbre blanc, de porphyre vert et de fresques. Les chapiteaux des colonnes de l'atrium étaient faits de marbre venu de l'île grecque de Proconos, tandis que les murs d'une salle polygonale située dans le palais étaient recouverts de plaques de porphyre vert du Péloponnèse.

Palais II Les vestiges d'un second palais et ceux d'un bâtiment doté d'un couloir ont été repérés mais n'ont été que partiellement investigués.

Temples Les vestiges de deux temples ont été mis au jour dans la double enceinte : un petit temple, dans la partie nord de Romuliana, était consacré à la mère de l'empereur divinisée, Diva Romula et le second temple, plus grand, dans la partie sud du palais, était dédié à l'empereur divinisé, Divus Galerius.

Le temple nord est caractéristique d'un tetrastile prostilos et ressemble au temple de Jupiter du palais de Dioclétien à Split, construit en 305. Ses vestiges incluent un haut podium, une crypte cruciforme, un escalier et un autel sacrificiel. Il était dédicacé à la déesse Libera. L'architrave, le podium et les piliers sont constitués de grès vert, les frises de grès blanc et les chapiteaux, avec leurs éléments figurés, en marbre.

Vestiges sur la colline de Magura et à ses abords Tétrapyle Le Tétrapyle se situe au pied de la colline de Magura et ses . L'édifice était placé à un endroit d'où l'on pouvait avoir une vue générale sur Romuliana et, à cet endroit, la route se divisait en deux embranchements : le premier sur un axe est-ouest menait à Romuliana, le second orienté vers le sud menait à la colline de Magura..

L'édifice symbolise le régime et réunit en un regard le palais, résidence de l'empereur, ainsi que le mausolée et les édifices commémoratifs de la colline de Magura. La construction .

Mausolées Les mausolées sont considérés comme ceux de Romula et de Galère, mort à Serdica, et localisés sur une portion de la colline de Magura s'étendant sur carrés. Ces ruines furent au début des fouilles archéologiques considérées comme des avant-postes ou des tours d'observation, donc des constructions à finalité militaire. Les recherches des années 1990 ont permis de démontrer que le monticule était un mont sacré, lieu de vénération depuis les temps les plus anciens, voire préhistoriques. Selon Srejović et Vasić, . Le lieu se trouvait dans l'axe de la porte orientale de Romuliana.

Un premier mausolée fut érigé sur le côté nord, et, à ses abords, fut élevé un cercle de pierre surmonté d'un tumulus. Le second mausolée fut élevé sur la face sud peu après, pourvu également d'un tumulus présentant les mêmes caractères que le premier.