Le propempticon ou propemptikon (, du verbe , « envoyer en avant ») est un type de poème de l'Antiquité caractéristique du genre rhétorique où le poète dit adieu et souhaite un bon voyage à une personne qui s'en va, le plus souvent en mer. Les topoï associés au genre sont la plainte de celui qui reste en arrière, l'éloge de la patrie, la conjuration des dangers et l'énumération des inconvénients du voyage. Les meilleurs vœux sont bien sûr adressés au voyageur.
Histoire Le propempticon apparaît pour la première fois dans un poème adressé par Sappho à son frère, qui fait du commerce en ÉgypteJ. M. Edmonds, « Sappho's Nereïd-Ode Again », The Classical Review, vol. 34, février 1920, , puis chez Théognis de Mégarefragment 691-2 West. Il devient une forme indépendante à l'époque hellénistique, chez Callimaque de Cyrènefragment 400 Pf. et ThéocriteIdylles, VII, 52-70.
Il existe deux tons au Propempticon : les tons « élogieux » et « schélastique ». Dans le premier, le poète s'adresse à un supérieur en lui souhaitant de nombreux succès ; il invoque également les raisons pour lesquelles il ne peut accompagner son interlocuteur. Pour sa part, le ton « schélastique », ou commun, est celui par lequel le poète s'adresse à un égal : un ami ou un amant. Un poète schélastique peut parfois reprocher son départ au destinataire.
Le thème est ensuite repris par les poètes latins. Horace ouvre ses Épodes par une dédicace en forme de propempticon à Mécène qui part pour Actium ; la dixième pièce du recueil est en revanche une sorte de propempticon à rebours, où il souhaite à un poète malveillant de mourir en mer. Ses Odes contiennent également deux propemptica, le premier étant adressé à Virgile, I, 3 et III, 27. Le thème se retrouve ensuite chez StaceSilves, III, 2, puis chez les chrétiens Sidoine ApollinairePoèmes, 24 et Paulin de NolePoèmes, 12 et 17 ; Robert Kirstein, Paulinus Nolanus, Carmen 17, Schwabe, Bâle, 2000 ; son douzième poème est d'ailleurs la première prière de voyage chrétienne.
Le genre survit à l'époque moderneKristi Viiding, Die Dichtung neulateinischer Propemptika an der Academia Gustaviana (Dorpatensis) in den Jahren 1632 - 1656, Univ. Press, Tartu, 2002. .
Propempticon élégiaque Properce Élégie I, 6
« Je l'entendrais se plaindre [...] et déclarer qu'un Amant infidèle est, de tous les monstres, le plus féroce ?... Non, Tullus, je ne saurais vous accompagner...» développe une forme particulière de propempticon où il applique à la fois le ton « élogieux » lorsqu'il s'adresse à son interlocuteur et le ton « schélastique » : le genre permet ainsi d'exprimer une totale dévotion et une fidélité sans faille Sharon L. James, Learned Girls and Male Persuasion: Gender and Reading in Roman Love Elegy, University of California Press, 2003.
Ce type de poème est également repris par OvideLes Amours, II, 11.
Apopempticon À l'inverse du propempticon, l’apopempticon est un poème d'adieu adressé par un voyageur à ceux qui restent en arrière.
Prosphoneticon Le Prosphoneticon, à l'inverse des deux premiers, est un poème célébrant un retour. Il y est fait mention d'un rapport préexistant d'amitié, du lieu dont le destinataire revient et de la protection divine dont celui-ci bénéficia. Le poème acquiert une dimension sympotique et des éléments érotiques se mêlent au banquet. Encore une fois, ProperceProperce, Élégies, II, 16 joue avec le style en faisant de l'arrivant l'ennemi du poète ; ce qui déroge des règles d'usages du Prosphoneticon.
Notes et références
Catégorie:Genre poétique antique