vignette|Carte de la Crimée (vert sombre), du reste de l'Ukraine (vert pâle), et de la Russie (rose).
L'annexion de la Crimée fait référence à l'invasion de la péninsule de Crimée (Ukraine) menée par la fédération de Russie en février et , et à son rattachement ultérieur à la Russie le . Ce conflit post-soviétique a lieu au lendemain de la révolution ukrainienne de février 2014 et fait partie de la guerre russo-ukrainienne.
À partir du , des troupes russes occupent la péninsule de Crimée, puis des mouvements de troupes sont entrepris par l'armée de terre russe près de la frontière ukrainienne. Ces évènements provoquent une crise diplomatique internationale.
Le déploiement de ces troupes russes fait suite aux manifestations de l'Euromaïdan en Ukraine ayant abouti à la destitution du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovytch par le parlement, le . La Russie considère que le nouveau gouvernement ukrainien est « illégitime »Ukraine: Poutine nie que des forces russes encerclent les bases en Crimée, AFP, .. Le gouvernement ukrainien du nouveau président Oleksandr Tourtchynov accuse la Russie « d'invasion » et « d'occupation armée » tandis que la Russie nie être à l'origine de la présence de soldats russes en Crimée et affirme que ces soldats sont des « forces locales d'auto-défense », tout en évoquant la possibilité d'envoi de troupes en Ukraine. Vladimir Poutine avouera en avril que ces troupes occupant la Crimée étaient bien des soldats de l'armée russe. Le , le parlement de Crimée, illégitime, déclare l'indépendance de la république de Crimée.
Le , à la suite d'un référendum tenu le , le gouvernement russe annonce que la république de Crimée (correspondant à l'ancienne république autonome de Crimée) et la ville de Sébastopol, anciennement ukrainiennes, deviennent deux nouveaux sujets de la fédération de Russie et le gouvernement ukrainien commence alors à retirer ses troupes de Crimée. Début avril, une insurrection armée séparatiste soutenue par la Russie émerge dans l'est du pays. Commence alors la guerre du Donbass.
Au niveau international, les États-Unis, l'Union européenne et d'autres pays s'opposent à la Russie, l'accusant de violer le droit international et la souveraineté de l'Ukraine. L'Assemblée générale de l'ONU adopte le avec pour et 11 contre, une résolution non contraignante qui souligne le caractère invalide du référendum en Crimée et le rattachement de cette péninsule à la Russie. Sur les membres, 58 s'abstiennent et une vingtaine ne prend pas part au vote.
Contexte historique et géopolitique
vignette|gauche|upright=1.5|Composition ethnique de la population de Crimée par districts et villes (2001) :1. En rouge : russe (moy. : 59 %)2. En jaune : ukrainien (moy. : 24 %)3. En vert : tatare (moy. : 12 %)4. En violet : autres ethnies (moy. : 5 %).
Le Khanat de Crimée a été annexé par l'Empire russe en 1783, mais ce n'est qu'au que les colons russes deviennent le groupe de population le plus important. La Crimée est devenue le « cœur du romantisme russe » au temps de la Russie impériale, et la région a continué à attirer les vacanciers sous l'URSS. La Crimée avait une certaine autonomie au sein de l'URSS en tant que république socialiste soviétique autonome de Crimée entre 1921 et 1945, mais Joseph Staline déporte les Tatars de Crimée et abolit l'autonomie de la Crimée. En 1954, Nikita Khrouchtchev transfère la Crimée de la RSFS de Russie à la république socialiste soviétique (RSS) d'Ukraine de manière symbolique. Le , un référendum rétablit l'autonomie de la Crimée, qui se proclame « république autonome », avant même la déclaration d'indépendance de l'Ukraine du , qui sera reconnue internationalement en .. À ce moment-là, la péninsule criméenne fait toujours partie de la RSS d'Ukraine, l'un des quinze États formant l'ex-URSS. En , le parlement de Crimée fonde la république de Crimée avec l'aval du parlement ukrainien qui reconnaît certains droits d'autogestion.. Le la Crimée proclame son indépendance (qui devait être approuvée par un référendum prévu le ) et introduit la première constitution de la Crimée.. Mais dès le lendemain, la Crimée ajoute dans sa constitution que son territoire fait partie de l'Ukraine.. Le , le parlement d'Ukraine annule la déclaration d'indépendance et ordonne au parlement de Crimée de faire de même (sous une semaine). En , les deux parlements parviennent enfin à un accord, et la Crimée bénéficie d'un statut de république autonome. La république autonome de Crimée aura une autonomie administrative et territoriale, au sein de l'Ukraine. Elle décidera en toute indépendance sur les questions soumises par le Conseil constitutionnel de l'Ukraine..vignette|gauche|upright=1.5|Carte politique de la Crimée avec en jaune, la république autonome de Crimée ; en rouge, la municipalité de Sébastopol au statut spécifique ; les oblasts de Kherson et de Zaporijjia sont en vert, tandis que la mer Noire est à l'ouest et au sud, la mer d'Azov est à l'est.
Le , Iouri Mechkov est élu président de la Crimée, poste qu'il sera le seul à occuper de 1994 à 1995. Un triple référendum est lancé le , en même temps que les élections régionales et nationales. Il porte sur une plus grande autonomie de la Crimée, sur la double-nationalité et sur l'importance des décrets présidentiels ; les trois votes sont positifs. En , le parlement de Crimée vote le retour à la constitution de . En , le président de la Crimée, Mechkov, en accord avec son parlement, décide de réécrire une nouvelle constitution. Le , le mémorandum de Budapest signé entre la Russie et l'Ukraine garantit l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Le le parlement d'Ukraine abolit la constitution de 1992 et la légalité du Président de la Crimée. De juin à , c'est le président d'Ukraine Leonid Koutchma qui gouverne directement la Crimée par décrets présidentiels. En , le parlement de Crimée vote une nouvelle constitution, encore une fois contestée par les autorités ukrainiennes, jusqu'en , après bien des amendements. Une seconde constitution de la Crimée, donnant moins d'autonomie, est finalement ratifiée par le parlement de Crimée, le . Le parlement ukrainien confirme à son tour cette constitution le . Elle entre en vigueur le ..
Le , les accords de Kharkov sont signés entre l'Ukraine et la Russie, prolongeant, jusqu'en 2042 au lieu de 2017, l'utilisation de la base navale de Sébastopol contre des rabais importants sur le gaz russe. Les intérêts pour la Russie de prendre la Crimée sont également énergétiques, celle-ci disposant d'importants champs de gaz.
Déroulement vignette|La médaille « Pour le retour de la Crimée » : le revers de la médaille date le début de la campagne de Russie en Crimée au . Février
Destitution de Ianoukovitch
En , dans le contexte des manifestations pro-européennes de l'Euromaïdan, débutées en 2013, dénonçant la corruption et le caractère pro-russe du pouvoir en place, le président de l'Ukraine Viktor Ianoukovytch est destitué par le parlement ukrainien et remplacé par un gouvernement d'intérim dirigé par Oleksandr Tourtchynov et Arseni Iatseniouk.
Le , le président ukrainien Viktor Ianoukovytch téléphone au président russe Vladimir Poutine et déclare son intention de quitter Kyïv. Poutine cherche à le dissuader de quitter la capitale, mais Ianoukovytch se rend à Kharkiv puis à Donetsk. Dans le documentaire russe d', , Poutine déclare avoir tenu une réunion toute la nuit du , dans laquelle il annonce sa décision d'imposer le de la Crimée à la Russie. À Donetsk, Ianoukovytch demande de l'aide à Poutine ; ce dernier suggère qu'ils se retrouvent à Rostov-sur-le-Don, mais l'avion de Ianoukovytch n'est pas autorisé à quitter l'aéroport international de Donetsk. Par conséquent, il s'envole pour la Crimée. Une fois sur place, les Russes organisent le transport de Ianoukovytch d'Ukraine vers la Russie.
Préparation militaire russe Le , les installations militaires russes de la Crimée sont sous le régime de sécurité renforcé, y compris le centre de recherche et de test de la flotte de la mer Noire à Théodosie, le quartier général de la flotte de la mer Noire à la base navale de Sébastopol, et les garnisons russes aux bases aériennes et de Hvardiïske. Les véhicules blindés de transport de troupes russes sont déplacés de Sébastopol à Théodosie et aux aérodromes de l'aviation navale russe de la flotte de la mer Noire.. Les Russes avaient déjà le contrôle des aérodromes en Crimée. Ainsi un pont aérien pouvait être établi sans parachutage militaire par les troupes aéroportées.
Dans les jours qui suivent la destitution de Ianoukovytch, les groupes armés pro-russes de Simferopol engagent des volontaires dans des milices, stimulés par la télévision pro-russe qui affirme que des nationalistes ukrainiens descendent sur la capitale de Crimée.
Le , le FSB et le renseignement militaire russe (GRU) contactent (député de la Rada d'Ukraine jusqu'en 2012 et ancien dirigeant communiste de Crimée sous l'URSS) puis Sergueï Axionov (député d'un groupe marginal prorusse) pour leur faire une proposition formelle de devenir premier ministre de la république de Crimée et leur annoncent leur intention de . C'est Axionov qui est finalement choisi..
Siège du parlement de Crimée
Le , un débat en vue d'un vote sur la tenue d'un référendum se tient au Parlement de Crimée à Simferopol. Mais le vote n'a pas lieu ce jour-là car le nombre de députés pour réunir un quorum n'est pas atteint, refusant d'enregistrer leur présence. Pendant ce temps, des milliers de manifestants s'affrontent à l'extérieur du bâtiment entre les pro-russes et les pro-Kyïv.
Au petit matin du , des manifestants ainsi qu'entre 50 et 100 Russes armés prennent d'assaut le siège du Parlement de Crimée et hissent le drapeau russe. Le site internet du Parlement est alors mis hors service et les téléphones des personnes entrant dans le Parlement sont confisqués.. Les journalistes sont également interdits d'accès. Un groupe de députés (une dizaine selon les organisateurs de la manifestation) vote la défiance du précédent gouvernement avant d'élire Sergueï Axionov comme nouveau Premier ministre de Crimée, bien que le Parlement communique plus tard que 61 élus sur 100 étaient présents. Le parti d'Axionov, , avait obtenu 4,02 % des voix aux élections de 2010. Dès son arrivée au pouvoir, il demande le soutien financier et sécuritaire de la Russie.. La tenue du référendum prévu initialement le est votée.
Invasion militaire russe Le même jour, la Russie engage des manœuvres militaires. avec son armée de terre aux zones frontalières avec l'Ukraine, au prétexte de « mettre à l'épreuve sa capacité d'action ».. Ces mouvements de troupes couvrent en fait une mobilisation à l'échelon régional provenant de la base navale de Sébastopol, comme les événements du week-end qui suit le révéleront. La base navale stratégique de Sébastopol est un élément primordial du système de défense russe, abritant la flotte de la mer Noire. Les forces russes stationnées en Crimée ne sont pas assez nombreuses pour encercler les bases des garnisons ukrainiennes. vignette|Exemple de petit homme vert, Perevalne entrée de la base de la 36e brigade d'infanterie navale.