André Masson, né le à Balagny-sur-Thérain (Oise) et mort le à Paris, est un peintre, graveur, illustrateur et décorateur de théâtre français.

Il participe au mouvement surréaliste durant les années 1920 et en conserve l'esprit jusqu'en 1945. De façon plus marginale, il a également pratiqué la sculptureGilles Kraemer, « André Masson sculpteur ? Une (re)découverte », Le Curieux des arts, 5 août 2017..

Célèbre pour ses « dessins automatiques » et ses « tableaux de sable », il est marqué sur un plan esthétique par « l'esprit de métamorphose » et « l'invention mythique »Jean-Clarence Lambert, André Masson, Éditions Filipacchi, 1979, . et plus encore - sur un plan éthique - par un anticonformisme viscéral : , y compris au sein du groupe surréaliste dont il s'éloigne à peine il y est entré et qu'il dénonce comme « orthodoxe ». Il apparaît du coup comme un « rebelle » ou un « dissident »Martine Créac’h, "André Masson rebelle ?", Mélusine, 4 février 2016..

Ayant échappé de peu à la mort pendant la Première Guerre mondiale et sensible aux écrits de Sade et de son ami Georges Bataille, son œuvre peut être interprétée comme un questionnement sans concession de la barbarie humaine et des comportements pervers. Cette préoccupation primant chez lui sur toute considération esthétique, la critique explique le rôle marginal qu'il joue dans l'art moderne par le fait qu'« il ne s'est jamais soucié de plaire »Bernard Noël, André Masson. La Chair du regard, Gallimard, 1993. Interview en ligne..

Son influence est principalement notable à New York où il séjourne, pendant la Seconde Guerre mondiale, fuyant l'Allemagne nazie. Ses tableaux rompant en effet avec le schéma classique de figures se détachant sur un fond (afin de symboliser au mieux l'état de confusion mentale qui - selon lui - régit son siècle), ils servent de références aux peintres Jackson Pollock et Arshile Gorky, fondateurs de l'expressionnisme abstrait.

En revanche, les quarante dernières années de sa carrière (à partir de son retour des États-Unis) sont généralement boudées par la critique.

Biographie Les débuts André Masson est le fils d'un représentant en papiers peintsMairie de Balagny.. Sa famille s'installe à Lille en 1903, puis à Bruxelles deux ans plus tard. Il se forme très tôt à la peinture, étudiant à l'Académie royale des beaux-arts de 1907 à 1912. Il y apprend surtout la décoration murale et reçoit un premier prix de décoration. Sa première émotion artistique naît de la découverte de la peinture de James Ensor, dont il dit plus tard qu'il appréciait d'autant plus ce peintre qu'il était « considéré comme un dément par son époque »..

Un de ses enseignants lui fait découvrir l’œuvre du poète Émile Verhaeren et persuade ses parents de lui faire poursuivre sa formation à ParisNathalia Brodskaïa, Le surréalisme, Parkstone, 2009.. En 1912, il quitte la Belgique et s'inscrit dans l'atelier du fresquiste Paul Baudoüin, à l'École nationale des Beaux-Arts jusqu'en . Après un voyage en Toscane à la suite d'une bourse d'études, il se rend à Berne puis s'engage dans l'infanterie un an plus tard. Grièvement blessé à la poitrine au cours de l'offensive du Chemin des Dames, en , et pendant un temps laissé pour mort dans un cratère de bombe, il séjourne dans divers hôpitaux jusqu'à l'Armistice. De cette guerre, il garde toute sa vie une répulsion pour le bellicisme et la traduit dans plusieurs de ses œuvres, dont les Massacres, en 1934.

Après le conflit, Masson séjourne quelque temps dans une cabane abandonnée sur la rive de l'étang de Berre, puis se rend à Collioure, sur les pas de Henri Matisse et André Derain et enfin à Céret, se laissant influencer à la fois par Paul Cézanne et Vincent van Gogh (Paysage de Céret, Environs de Céret)Musée de Céret.. Il s'y installe en et y rencontre le peintre Chaïm Soutine. L'année suivante, Franck Burty Haviland l'accueille chez-lui au Couvent des Capucins de Céret où il épouse Odette Cabalé (1899-1984), originaire de la villeCamille Morando, André Masson Biographie, 1896 - 1941. Première partie, Édition Artcatos, 2010, .. Après la naissance de leur fille, la famille s'installe à Paris, dans le quartier de Montmartre. vignette|centré|alt=Vue Ouest de l'ancien couvent des Capucins.|André Masson a peint son tableau « le couvent des capucins à Céret » depuis cette vue.

Le surréalisme thumb|Plaque commémorative au rue Blomet à Paris, arrondissement La carrière de Masson commence véritablement en 1922, quand il s'installe au rue Blomet. Alors que ses œuvres témoignent de son intérêt pour le cubisme, le contact avec Miró, qu'il a pour voisin et avec qui il partage le même atelier, le fait évoluer vers une quête d'irrationnel. Plus encore sa rencontre avec les écrivains Roland Tual, Max Jacob, Antonin Artaud, Georges Limbour, Michel Leiris, Louis Aragon et Robert Desnos. L'atelier de la rue Blomet devient « l'équivalent pour le surréalisme du Bateau-Lavoir pour le cubisme ». Des années plus tard, Masson le décrit comme un « anti-cénacle » réunissant des « fanatiques » de « liberté », animés par la « certitude qu’il n’y avait d’ouverture que dans la transgression »Propos rapportés par Martine Créac’h, "André Masson rebelle ?", Mélusine, 4 février 2016..

En octobre de la même année, Masson se lie par un contrat verbal à la galerie Simon de Kahnweiler et y expose en , vendant toutes ses œuvres. Fréquentant également Juan Gris, les références au cubisme ne disparaissent pas complètement de ses tableaux mais son intérêt pour les productions dadaistes (notamment par l'intermédiaire de Limbour et Aragon) prend l'ascendant. Un contact est déterminant dans la carrière de Masson, celui avec le poète et écrivain André Breton, qui témoigne un vif intérêt pour les théories sur l'inconscient élaborées par la psychanalyse et qui a lui-même rencontré Sigmund Freud en 1922Jean-Bertrand Pontalis, « Les vases non communicants. Le malentendu Breton-Freud », in Sigmund Freud House Bulletin, vol. 2, , Vienne, 1978.

Recevant Breton dans son atelier en 1924, Masson lui vend sa toile Les Quatre éléments et rejoint le groupe des surréalistes dont le manifeste (rédigé par Breton) est publié au mois d'octobre. Le texte donne cette définition du mot « surréalisme » : « automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de tout autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale »André Breton, Œuvres complètes, t. I, Éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, ..

Deux mois plus tard, en , parait le premier numéro de la revue La Révolution surréaliste, dirigée par Breton. Au fil des cinq ans qui suivent naît une divergence entre Masson et Breton quant à l'interprétation du concept d'« automatisme » ; divergence qui conduit finalement Masson à rompre avec le mouvement et - provisoirement - avec Breton lui-même.

Écriture et dessin automatiques thumb|redresse|André Breton en 1924. thumb|redresse|Le premier numéro de la revue La Révolution surréaliste, publiée de 1924 à 1929. En 1927, inspiré par le principe de l'écriture automatique développé par Breton, Masson crée ses premiers « dessins automatiques »Florence de Méredieu, André Masson : Les dessins automatiques, Blusson, 1988.. Toutefois, le poète Georges Limbour, ami de Masson, estime plus tard que cette influence n'était qu'apparente et qu'en réalité tout opposait dès le début les deux hommes :

Le critique Bernard Noël estime également que Breton et Masson ont des approches toutes différentes de l'automatisme mais il l'exprime en ces termes : Masson explique lui-même plus tard sa divergence avec Breton :

Rencontres, voyages, ruptures

Durant l'été 1925, l'artiste séjourne à Antibes où il côtoie Picasso Dossier de presse de l'exposition "André Masson. De Marseille à l'exil américain", Marseille, 2015.. L'année suivante, il s'installe à Sanary-sur-Mer, où il invente le procédé des « tableaux de sable » en étalant de la colle sur le support de façon aléatoire puis en y projetant du sable.

En 1928, il voyage en Hollande et en Allemagne et s'initie à la gravure, à la sculpture (Métamorphose) ainsi qu'au décor de théâtre ou d'intérieur : Pierre David-Weill lui demande de décorer son appartement parisien. La même année, sous l'influence de Bataille, Masson s'adonne également à l'illustration de textes poétiques : Justine de Sade et Histoire de l'œil, de Bataille lui-même. Le graphisme devient alors nerveux et tourmenté, traduisant un mélange d'érotisme et de perversion. Pour des raisons liées à leurs parcours de vie respectifs, les deux hommes partagent un même questionnement, teinté de fascination, sur la cruauté humaine.

L'année 1929 est celle des ruptures : tout d'abord celle avec son épouse (Masson entretient alors une liaison avec l'artiste anglaise Paule VézelayFrançoise Levaillant, "André Masson, Une résistance d’exil (1938‐1947)", centre André Chastel, 2012. Texte en ligne.) ; celle également avec son premier marchand, Kahnweiler (qu’il quitte pour Paul Rosenberg) ; celle enfin avec Breton, qui prépare à l'époque la rédaction du deuxième manifeste surréaliste et qu'à ce titre il juge dogmatique. Il tisse alors une solide amitié avec Georges Bataille, lequel n'a jamais adhéré officiellement au mouvement surréaliste, jugeant Breton « moraliste » et même « puritain »Michel Surya, Georges Bataille, La mort à l’œuvre, Gallimard, 1992, pp. 171-174..

Le lien avec Bataille thumb|redresse|Georges Bataille vers 1943. En 1931, Masson illustre le Dossier de l'œil pinéal. L'anus solaire de Georges Bataille, publié clandestinement en raison de son caractère délibérément scabreux. Il ne quitte pas pour autant les circuits officiels de l'art : l'année suivante, il répond à une commande des Ballets russes de Monte-Carlo, les décors et costumes du ballet Les Présages, dont la première a lieu en . Et cette année-là, ses Massacres sont exposés à New York.

Au printemps 1934, après différents séjours dans le Midi, il s'installe à Tossa de Mar, en Catalogne, foyer d'intellectuels européens et américains et dont la beauté des paysages côtiers attire différents artistes, parmi lesquels Pere Créixams, Georges Kars et Marc Chagall. À cette occasion il découvre la tauromachie. En décembre, il se remarie avec Rose Maklès (1902-1986), belle-sœur de BatailleRose est effectivement la sœur de la comédienne Sylvia Bataille, épouse de Bataille avant de devenir celle de Jacques Lacan ; elle est aussi celle de Lucienne Morand, comédienne au théâtre de l'Atelier et épouse du dadaïste Théodore Fraenkel, et celle de Simone Piel, épouse de l'écrivain Jean Piel.. En , il participe avec celui-ci à la création de la revue Acéphale, dont il conçoit l'effigie. La même année, l'éditeur de la revue édite également Sacrifices, un album de cinq eaux-fortes de Masson, qu'accompagne un texte de Bataille.