L’aéroport de Toulouse-Montaudran est un ancien aéroport français qui était situé dans le quartier de Montaudran sur la commune de Toulouse en Haute-Garonne. Construit en 1917 par Pierre-Georges Latécoère, cet aéroport historique a vu l'émergence de l'industrie aéronautique à Toulouse et la naissance de l'aviation civile via les « lignes Latécoère » puis l'Aéropostale jusqu'en 1934. Bombardé durant la Seconde Guerre mondiale, il fut ensuite utilisé par Breguet Aviation et Air France Industries jusqu'en 2003. Aujourd'hui totalement intégré au tissu urbain de Toulouse, le site, partiellement inscrit monument historique, héberge depuis 2018 le campus Toulouse Aerospace ainsi que les musées de la Halle de La Machine et l'Envol des pionniers.
Situation géographique L'aéroport de Toulouse-Montaudran était situé sur la commune de Toulouse, dans le quartier de Montaudran, au sud-est de la ville. Construit à une altitude de , le site aéroportuaire était établi des deux côtés de la ligne de chemin de fer reliant Toulouse à Sète, à proximité du canal du Midi et du quartier de Lespinet. D'une surface d'environ vingt hectares, il était bordé au sud-ouest par l'avenue de Lespinet, au nord-ouest par le chemin (puis avenue) des Herbettes, au nord et à l'est par le chemin Carrosse. Dans les années 1960, l'aéroport est agrandi vers le sud-est d'environ quarante hectares pour prolonger la piste au-delà du chemin Carrosse.
Histoire
Création du site par Latécoère (1917-1926)
vignette|Montage des Salmson 2 dans l'usine de Montaudran, 1918.|alt=Montage des Salmson 2 dans l'usine de Montaudran en 1918 vignette|Salmson 2 sur le terrain de Montaudran, 1918.|alt=Salmson 2 sur le terrain de Montaudran en 1918 vignette|Aérodrome en 1921.|alt=Aérodrome en 1921 vignette|Laté 28 devant l'usine Latécoère.|alt=Laté 28 devant l'usine Latécoère En 1912, l'usine de Pierre-Georges Latécoère produit du matériel ferroviaire près du pont des Demoiselles et de la ligne de chemin de fer reliant Toulouse à Sète. La Première Guerre mondiale ouvre de nouvelles possibilités à l'industriel, qui se lance dans la fabrication d'obus de gros calibre dans le cadre de l'effort de guerre. Il gagne en une importante commande de onze mille wagons pour la Compagnie du Midi, ce qui l'incite à construire une nouvelle usine, plus grande. Il achète ainsi à Montaudran un terrain de quarante-cinq hectares traversé par la voie ferrée..
Latécoère a besoin de fonds pour construire son usine. Il cherche auprès de Louis Loucheur, le ministre de l'Armement, un nouveau contrat de guerre. L’État ayant déjà une capacité industrielle suffisante pour l'artillerie et les wagons, c'est vers l'aviation que le ministre s'oriente. Latécoère signe ainsi le un important contrat visant à construire mille exemplaires de l'avion de reconnaissance Salmson 2. L'usine de Montaudran sort de terre au début de l'année 1918, avec une halle de montage, une piste engazonnée, ainsi que divers ateliers et bureaux dans différents bâtiments. Le premier avion produit à Montaudran effectue son vol inaugural dans le ciel toulousain au ... Les cellules des exemplaires suivants sont expédiées depuis Toulouse par fer vers le front où les avions sont montés.. Le site emploie alors près de mille cinq cents ouvriers et ingénieurs, et devient la première usine de fabrication d'avions à grande échelle à Toulouse.. Entre cinq et huit cents appareils sont produits au total, à raison de cinq à six par jour.
Entrevoyant la fin de la guerre, Latécoère réfléchit déjà à une utilisation civile de l'aviation pour du transport de courrier, et éventuellement de passagers. Il achète du terrain en face de ses usines, de l'autre côté de la voie ferrée, et l'aménage en établissant à ses frais un nouveau tracé du chemin Carrosse, un nouveau passage à niveau et garde-barrière, créant ainsi l'espace du nouvel aérodrome. Il cherche en parallèle un soutien politique auprès du gouvernement, en particulier du sous-secrétaire d'état à l'Aéronautique, Jacques-Louis Dumesnil. Au moment même de l'Armistice, le , il inscrit au tribunal de commerce de Toulouse les statuts de la première compagnie aérienne française, la « Compagnie Espagne-Maroc-Algérie » (CEMA). Le site de Montaudran s'établit alors comme un des berceaux de l'aviation civile et de l’industrie aéronautique. C'est depuis cette piste que décolle, le , le premier avion civil vers Barcelone, un Salmson démilitarisé et piloté par René Cornemont.. Ce vol d'un peu plus de deux heures marque la création des « Lignes aériennes Latécoère » qui deviennent la « Compagnie générale d'entreprises aéronautiques (CGEA) en 1921..
En , Latécoère parvient à effectuer des trajets entre Montaudran et Alicante en cinq heures.. La ligne Toulouse-Casablanca, établie le en onze heures pour ., est officiellement inaugurée le . et devient quotidienne (dans les deux sens) en 1922.. Elle est prolongée jusqu'à Dakar en 1925.. La compagnie exploite initialement le Salmson et la version civile du Breguet 14, avant de concevoir et fabriquer à Montaudran ses propres appareils de plus en plus performants : les « Laté » 14, 17, 25, 26 et 28 s'enchaînent alors rapidement. Depuis Montaudran, c'est Didier Daurat, d'abord recruté en tant que pilote, qui dirige l'exploitation des lignes aériennes Latécoère dès 1920.
L'année 1920 voit l'émergence d'une compagnie aérienne concurrente (« Aéro-Transport Ernoul ») qui ouvre à partir de janvier une ligne vers Bordeaux, et à partir de juin vers Montpellier. Elle n'opère pas sur l'aérodrome de Montaudran, propriété de Latécoère, mais non loin de là au domaine Ribaute, sur la commune de Quint. Cette compagnie n'a pas l'expertise, le professionnalisme et la rigueur de Latécoère et Daurat. La rentabilité n'est pas au rendez-vous, et plusieurs accidents entachent sa réputation. Elle est mise en liquidation judiciaire le , consacrant Latécoère comme étant « la » compagnie aérienne toulousaine..
L'Aéropostale (1927-1933)
En 1923, devant l'essor de Latécoère, qui exploite à Toulouse le seul aérodrome de la ville, le service de la navigation aérienne fait aménager un nouvel aéroport public à Francazal, destiné à recevoir les appareils de toutes les compagnies de navigation aérienne, ainsi que ceux des particuliers et des navigateurs faisant escale à Toulouse.. En l'absence de compagnie concurrente à Latécoère, Montaudran demeure le principal aéroport toulousain avec son activité commerciale régulière.
Fin 1926, Latécoère se recentre sur son activité industrielle aéronautique, en particulier la fabrication d'hydravions avec la Société Industrielle des Avions Latécoère (SIDAL). Rencontrant également des difficultés financières, il revend alors la CGEA et ses lignes aériennes à l'homme d'affaires Marcel Bouilloux-Lafont. Ce dernier renomme l'entreprise en Compagnie Générale Aéropostale, connue sous le simple nom d'Aéropostale. Montaudran est alors le lieu de départ des pilotes chevronnés que sont Jean Mermoz, Henri Guillaumet, Didier Daurat, Paul Vachet ou Antoine de Saint-Exupéry. Les principales lignes en partance de Montaudran acheminent le courrier en direction de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. L'aéroport se dote en 1928 d'un service permanent des douanes, tout en conservant son statut d'aérodrome privé.. La même année l'Aéropostale concrétise le projet fou de Latécoère: relier Toulouse à Buenos Aires, puis à Santiago. Au début des années 1930, l'importance et la notoriété de l'Aéropostale font de l'aéroport de Montaudran un lieu qui participe directement au rayonnement de la France. Albert (roi des Belges), Alphonse XIII (roi d'Espagne), et d'autres missions diplomatiques ont fait escale à Montaudran, tenu à visiter les installations, découvrir les appareils et rencontrer les équipages..
Latécoère, qui a conservé une participation dans l'Aéropostale, construit pour celle-ci à Montaudran ses hydravions, qu'il achemine en pièces détachées vers son centre d'essai sur l'étang de Biscarrosse. Après quelques prototypes décevants, le Latécoère 300 Croix-du-Sud effectue son premier vol en 1931 et entre en service dans l'Aéropostale en 1932.
À partir de 1931 éclate néanmoins l'affaire de l'Aéropostale qui conduit directement à la disparation de celle-ci au profit de la création d'Air France en 1933..
De la construction à la maintenance aéronautique (1933-2003)
vignette|Plan de l'aérodrome de Montaudran en 1948.|alt=Plan de l'aérodrome de Montaudran en 1948 Air France, dès sa création en 1933, envisage de déplacer la « tête de pont » de sa ligne à destination du Maroc et de l'Amérique du Sud depuis Montaudran vers l'aéroport de Marseille-Marignane, auparavant exploité par les compagnies Air Orient et Air Union, et disposant d'une ligne directe avec la capitale.. C'est finalement vers l'aéroport de Francazal qu'Air France déménage son activité de transport, après que l’État y ait établi en 1934 un commissariat spécial chargé du contrôle des passagers aériens... La société charge alors son Centre de Toulouse-Montaudran de l'entretien et de la réparation de tout le matériel du secteur Afrique, et l'utilise, en raison de son outillage, pour la réalisation d'accessoires. L'activité de maintenance tend toutefois à rapidement se spécialiser par type d'appareils pour l'ensemble de la compagnie, et non plus par secteur géographique.. Avec , Montaudran est en 1933 le plus important centre d'Air France.
De l'autre côté de la voie ferrée, l'activité est également importante chez Latécoère. En 1934, ce sont plusieurs centaines d'ouvriers qui travaillent à livrer le Latécoère 521 Lieutenant de Vaisseau Paris, nouvel hydravion géant transatlantique.. En , Latécoère rationalise son outil industriel : il vend à Breguet Aviation ses usines et centres d'essai de Montaudran, Anglet et Biscarrosse, pour construire un nouvel établissement au centre-ville de Toulouse, rue de Périole.. Montaudran produit alors les avions d'attaque au sol Br.693 et les hydravions Br.730..
En , la France prend des mesures pour interdire le départ de volontaires pour la guerre d'Espagne, dans le cadre de sa politique de non-intervention. Elle impose ainsi des contrôles stricts des mouvements aux frontières entre la France et l'Espagne, ce qui inclut le trafic aérien. Le décret du établit que les vols entre l'Espagne et Toulouse ne peuvent se faire que depuis Francazal.. Cependant, de à , plusieurs avions de l'armée républicaine espagnole atterrissent à Montaudran, Francazal, Pau ou Lézignan, parfois officiellement contraints de se poser faute de carburant suffisant.. Tous ces mouvements laissent penser que la France ait livré clandestinement des bombes aux républicains espagnols, malgré la posture officielle du Front populaire...
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les usines Breguet de Montaudran et de Saint-Martin-du-Touch travaillent pour l'occupant allemand ; elles sont rasées lors d'un bombardement allié qui survient le , faisant ... Les installations d'Air France, contrainte depuis 1943 d'effectuer des opérations de maintenance pour la Lufthansa, sont également durement touchées, mais l'activité reprend rapidement ; en 1946, environ y travaillent, effectif constant jusque dans les années 1990.. En 1947, le ministère des transports constate que « du fait de la guerre et de l'évolution de l'aviation, la plupart des aérodromes agréés ne remplissent plus les conditions techniques » nécessaires. Il établit ainsi que Montaudran est un « aérodrome privé agréé avec restriction, réservé exclusivement au centre d'ateliers de réparations d'Air France »..