Jacques Fitz-James, duc de Berwick, né le à Moulins, dans le Bourbonnais, et tué le au siège de Philippsburg, est un militaire français des . Fils naturel du roi , il est fait maréchal de France en 1706. Raconter les campagnes de Berwick revient à énumérer les guerres du règne de et de : guerre de la Ligue d’Augsbourg, guerre de Succession d’Espagne, guerre de Succession de Pologne.
Le jeune Fitz-James Son enfance Jacques de Fitz-James est la souche de la famille de Fitz-James, qui, originaire d'Angleterre devient française par naturalisation.
Il est le deuxième enfant naturel de Jacques II Stuart, roi d'Angeleterre, et d'Arabella Churchill, sœur de John Churchill, duc de Marlborough. Son patronyme s'explique par cet usage ancien qui consiste à faire précéder le nom de famille du préfixe anglo-normand Fitz afin d'établir une différence entre le père et le fils. Fitz-James signife donc fils de Jacques. A l’âge de 7 ans, son frère et lui, quittent l’Angleterre pour la France afin d’y recevoir une éducation catholique dans les meilleurs établissements. Ils passent cinq années heureuses au collège de Juilly dirigé par les Oratoriens puis deux ans au sévère collège du Plessis et restent peu de temps au collège jésuite Henri IV de la Flèche. En effet, à l’avènement de Jacques II, ils retournent à Paris où Jacques fréquente une académie militaire. Il est présenté à Louis XIV qui l'accueille fort aimablement. Le jeune homme, ébloui par cette rencontre, lui restera fidèle jusqu'à sa mort en 1715. gauche|vignette|Le collège de Juilly. centré|vignette|Le collège jésuite de la Flèche en 1695.vignette|Le collège du Plessis. Ses premières armes gauche|vignette|redresse|James FitzJames (attribué à Pierre Mignard). Le jeune Fitz-James est devenu un beau garçon de 1,90 m, excellent cavalier, d’une loyauté absolue et plein d’humour, sous une apparence froide. Sa formation achevée, il entre dans la carrière des armes et combat en Hongrie sous le commandement du duc Charles V de Lorraine, comme aide de camp du duc d’Albermarle, lors de la guerre austro-turque. En 1686, il prend part au siège de Buda. Il n'a que 15 ans et il est fier d’afficher une légère blessure comme d’avoir fait deux prisonniers. Après cette première campagne, il passe l’hiver en Angleterre où son père le fait duc de Berwick (prononcé Berrick). Après une deuxième bataille contre les Turcs, Léopold 1er aimerait le garder à son service sous le grade de maréchal mais il décline l’offre, fidèle au roi Louis XIV. Il a 17 ans. Alors que la deuxième femme de Jacques II ne voit en lui que le bâtard royal, son père le gratifie de toutes les fonctions honorables et lucratives enlevées aux nobles qui ont refusé de se soumettre à ses ordres. Mais en 1688, le roi catholique Jacques Stuart est renversé de son trône par son gendre protestant, Guillaume III d’Orange Nassau, qui sait à peine parler anglais. Le roi déchu s’exile en France et échoue dans ses tentatives de regagner son trône malgré le soutien de Louis XIV et l'engagement du duc de Berwick qui prend une part très active dans la campagne d'Irlande. Après cet échec, ce dernier s’engage comme volontaire auprès des armées françaises qui combattent les coalisés de la Ligue d’Augsbourg. Il prend part au siège de Mons en 1691, à la bataille de Steinkerque en dans l’armée du maréchal de Luxembourg. En 1693, il est admis au grade de lieutenant-général qui était le sien dans les troupes royales anglo-irlandaises. Il a 23 ans quand il perd, à la bataille de Neerwinden, son ami Patrick Sarsfield. Lui-même est fait prisonnier. Reconnu dans les lignes adverses par son oncle, George Churchill, il est conduit au roi Guillaume qui, après un échange de politesses, l'échange contre le duc d'Ormonde, prisonnier des Français. Il se trouve encore aux Pays-Bas en 1694 et 1695. Le traité de Ryswick met fin à la guerre de La Ligue d’Augsbourg en 1697.
Ses deux mariages d'inclination gauche|vignette|redresse|Honora de Burgh (ou Burke). Le , le lieutenant-général de Berwick épouse la veuve de son compagnon d'armes, Honora de Burgh (1675–), dans la chapelle royale de Saint-Germain-en-Laye. Elle est la fille de William de Burgh et la veuve de Patrick Sarsfield Stuart Handley, « Fitzjames, James, duke of Berwick upon Tweed (1670–1734) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, mai 2007.. Admirée pour sa beauté, elle aurait introduit la contredanse anglaise à la Cour. Déjà mère d'un petit garçon né de son premier mariage, James-Francis-Edward Starsfield, elle donne naissance à un second fils, James Fitz-James Stuart, en . Mais sa santé est fragile, elle est malade de la poitrine et leur situation financière est difficile, d’autant que le roi a réduit les subsides donnés à la cour anglaise de Saint Germain. Le lieutenant n’exerce plus aucun commandement et semble ne plus percevoir de solde. Le prince de Conti prend pitié d'eux et les envoie séjourner dans sa seigneurie de Pézenas. Honora s’éteint dans cette ville le , elle est inhumée à Pontoise au couvent des bénédictines anglaises où la jeune sœur de son mari est religieuse. Voici l'éloge funèbre du duc de Saint-Simon qui comporte une erreur sur le nom de la ville:
"Le duc de Berwick perdit une très aimable femme qu'il avait épousée par amour et qui avait très bien réussi à la cour et à Saint-Germain ... Elle était à la première fleur de son âge, belle, touchante, faite à peindre, une nymphe. Elle mourut de consomption à Montpellier où son mari l’avait emmenée pour la guérir par ce changement d’air. Elle lui laissa un fils."
Affligé par ce deuil, le duc part passer six semaines en Italie, à Turin, Venise et Rome où il loge chez le cardinal de Bouillon. Trois ans plus tard, le , il épouse à Paris Anne (1675–1751), fille de Henry Bulkeley, intendant en chef de la Maison royale de Jacques II d’Angleterre. On l’appelait « la belle Nanette » et elle était assez hautaine quoique sans fortune. Elle passait pour une femme forte et courageuse, doublée d'une femme d'esprit. Jacques II meurt le , Charles II d’Espagne, le de l'année précédente.
Sa carrière de général et commandant d'armées
Sa participation à la guerre de succession d'Espagne (1701-1714) thumb|Philippe V recevant le duc de Berwick dans l'ordre de la Toison d'or. Jean Auguste Dominique Ingres.|gauche gauche|vignette|Assaut de Barcelone le 11 septembre 1714 par les armées de Berwick. vignette|Camp de l'armée française entre Saint-Sébastien et Fontarabie (juin 1719) Sont présents le duc de Berwick et le prince de Conti (Base Joconde). Dans son testament, le roi d’Espagne a désigné le duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, comme son unique héritier. Les Provinces Unies, l’Angleterre, l’Autriche et la Prusse qui soutiennent Charles III se coalisent contre la France. Le , Louis XIV délivre au duc de Berwick une lettre de naturalité indispensable à sa nomination de général d’armée. Il a 33 ans. En 1704, quand Léopold revendique l’héritage espagnol pour son fils cadet Charles de Habsbourg, avec le soutien du Portugal, Louis XIV fait partir en Espagne 18 bataillons et 19 escadrons dont il donne le commandement à Berwick. Celui-ci arrive à Madrid le et est aussitôt nommé capitaine-général des armées espagnoles. Il rétablit la situation en faveur de Philippe V qui, en signe de reconnaissance, lui remet l'ordre de la Toison d'or. A son retour à Versailles en octobre, le roi l’envoie commander en Languedoc où il réprime l’insurrection des camisards venus des Cévennes. En avril 1705, Berwick fait condamner Ravanel et Abdias Maurel dit Catinat à être brûlés vifs.
Au mois de , le roi le fait maréchal de France avant de le renvoyer en Espagne. Il a alors 36 ans. Les Anglais se sont emparés de Madrid et ont voulu imposer aux espagnols le roi Charles III. Les villes espagnoles se sont soulevées et la guerre a éclaté en tous les points du royaume. Berwick réussit à infliger des défaites aux Austro-Anglo-Portugais, notamment à Almansa et à Lérida (1707), et à rendre à Philippe V le royaume de Valence (dernière bataille où une armée française commandée par un général anglais affronta une armée anglaise commandée par un général français - Henri de Massué, émigré huguenot en Angleterre). Philippe V le remercie en lui donnant les villes de Lliria et Xerica (Jerica) érigées en duché avec la Grandesse de première classe pour lui et ses descendants, privilège extrêmement rare. En même temps il reçoit de Louis XIV le gouvernement du Limousin. De 1709 à 1713, il est de toutes les campagnes. Il maintient les frontières sud-est de la France dans le Dauphiné et la Savoie, ce qui permet à la France de reporter ses efforts sur la frontière nord-est. Lors du traité d'Utrecht en 1713 qui met fin à la guerre, il convainc Louis XIV de demander l'annexion de la vallée de l'Ubaye, pour renforcer la frontière française des Alpes. Comme Barcelone refuse de se soumettre si elle n’a pas l’assurance de conserver ses privilèges, Louis XIV vole une nouvelle fois au secours de son petit-fils en lui envoyant une armée commandée par le généralissime Berwick. En 1714, il prend Barcelone à l'issue d'un long siège meurtrier et désespéré. Le , Louis XIV meurt et Philippe d’Orléans assure la régence. Il fait entrer Berwick à la fin au Conseil de Régence, un honneur pour ce militaire de 44 ans qui a mené 26 campagnes dont les 11 dernières, sous son commandement, ont été glorieuses. Mais lui qui a sauvé deux fois l’Espagne doit obéir aux ordres et se résoudre à la combattre en 1719. Il enlève aux Espagnols Fontarabie, Urgell et Saint-Sébastien.
Un intermède entre 1716 et 1733 gauche|vignette|redresse|Le duc de Berwick. vignette|Le château de Warty avec ses tours en poivrière dans le coin droit de la gravure du représentant Clermont-en-Beauvaisis. vignette|redresse|Le château de Fitz-James au , avec son moulin à eau et ses douves. Comme il a prouvé au Languedoc qu’il est apte à gouverner autant une province qu’une armée, le régent lui donne le commandement en chef des provinces de Guyenne, Béarn, Navarre, Limousin, Auvergne, Bourbonnais, Forez, pays de Foix, Roussillon et d’une partie du Vivarais. Sans doute a-t-il jugé que Berwick, mi-anglais, mi-français, est tout indiqué pour gouverner la Guyenne, cette province toujours un peu rebelle à la tutelle d’un roi français. C’est au Parlement de Bordeaux que Montesquieu et Berwick se rencontrent et que naît leur amitié malgré leur différence d'âge. Berwick l'introduira dans les Cours et les sociétés européennes et lui facilitera l’accès aux milieux intellectuels et mondains de la capitale. Une de ses missions les plus urgentes est de préserver les provinces de la peste qui sévit à Marseille. Alors que sa santé est loin d’être bonne et qu’il est à la veille de partir aux eaux de Barèges, il reçoit l’ordre de se rendre à Montauban. Sagement, il préconise de rompre toutes les communications. À la mort du duc d’Orléans en 1723, le duc de Bourbon supprime tous les commandements de province. De 1724 à 1733, le maréchal de Berwick qui n’a point été habitué au repos goûte une vie simple et ordonnée à la campagne. Il a enfin le temps de profiter de sa famille et de la compagnie d’un petit nombre d’amis et aussi de faire construire la demeure moderne qui remplace l'antique forteresse de Warty. Le nouveau château est entouré de douves alimentées par la Brèche. La grille d'entrée, précédée par le moulin à eau, est flanquée de deux pavillons: la maison des bains et celle du garde. En 1733 le maréchal de Berwick est arraché à cette vie paisible et heureuse et doit reprendre du service. Il a 63 ans et encore belle prestance. gauche|vignette|redresse|Pavillon d'entrée du château.
Reprise de la carrière militaire lors de la guerre de succession de Pologne
vignette|Siège de Philippsburg et mort du maréchal de Berwick.