Jean Savaron, né le à Clermont-Ferrand et mort le dans la même ville, est un magistrat, jurisconsulte et historien français.
Il est connu comme l'auteur du premier ouvrage sur l'histoire de Clermont en Auvergne (Les Origines de Clairmont, ville capitale d'Auvergne, 1607), son édition commentée de Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, et sa défense de l'autorité et de la souveraineté des rois de France dans ses traités et dans ses interventions aux États généraux de 1614, où il fut député du Tiers état d'Auvergne.
Biographie vignette|gauche|Hôtel Savaron. Bas-relief au tympan de la porte de l'escalier, dans la cour intérieure, avec deux sauvages tenant l'écu des Savaron. vignette|gauche|Hôtel d'Albiat ou maison des Centaures. Bas-relief au tympan de la porte de l'escalier, dans la cour intérieure, avec un centaure et une centauresse, tenant l'écu des AlbiatOn discerne encore les armes de la famille d'Albiat : de sable à six flanchis d'or posés 3, 2 et 1.. Famille Jean Savaron est le fils d'Antoine Savaron, seigneur de VillarsVillars était un fief situé sur la paroisse d'Orcines, à mi-chemin entre Chamalières et Orcines., conseiller à la cour des aides de MontferrandAntoine Savaron est devenu conseiller à la cour des aides dès sa création en 1559. Il est mort vers 1574., et de Jehanne d'Albiat. La famille Savaron est une famille de la bourgeoisie de Clermont qui est bien connue depuis Guillaume Savaron, fils de Robert, marchand à Clermont, consul de la ville en 1483 et 1494 et député aux États généraux de 1484 à ToursC'est ce Guillaume qui acheta la seigneurie de Villars, avec son frère, en 1490 et 1493. ; Guillaume Savaron est l'arrière-grand-père de Jean. Son grand-père Hugues fut également consul de Clermont, en 1511 ; c'est lui qui fit construire l'hôtel Savaron, rue des Chaussetiers, où l'on peut voir la date de 1513 et le chiffre d'Hugues Savaron. La famille maternelle est une famille de marchands de Montferrand ; son grand-père François d'Albiat a été consul de Montferrand en 1558. La famille d'Albiat possédait l'hôtel d'Albiat, rue de la Fontaine (aujourd'hui rue Jules-Guesde) à Montferrand.
Son frère aîné, François, dont il était très proche, est procureur du roi en la sénéchaussée et siège présidial de Clermont et lui succède, à sa mort, dans l'office de président et de lieutenant général en la sénéchaussée. Un autre frère, Jacques, est militaire et seigneur de La Motte-Mazerier, près de Gannat, par son mariage avec une Coëffier.
Enfance et jeunesse Jean Savaron est né le Cette date, donnée par A. Vernière dans son ouvrage, remonte à un manuscrit latin anonyme postérieur de quelques années seulement à la mort de Savaron ; cependant, il est difficile d'avoir une idée de la valeur de cette source. ou, selon diverses sources, en 1567. Il perd son père à 8 ans, le . Il a fait les mêmes études que son frère François, à Clermont, puis au collège de Billom et à Paris, enfin à Bourges où ils suivent pendant 5 ans les cours du grand CujasOn connaît ces détails par la dédicace à son frère de son édition de 1609 des Carmina de Sidoine Apollinaire.. Tous deux, comme beaucoup de Clermontois, choisissent le parti du roi contre la Ligue et ils prennent les armesJean Savaron le rappelle dans l'un de ses discours lors des États généraux. ; la bataille de Cros-Rolland, près d'Issoire, le Le même jour que la bataille d'Ivry. sonne le glas de la Ligue en Auvergne et les Savaron rentrent dans la vie civile.
Les deux frères épousent, le , deux sœurs, Jacquette et Françoise de La Grillière, qui sont leurs cousines aussi bien du côté paternel que du côté maternel : Jacquette est la femme de François et Françoise la femme de Jean.
Carrière de magistrat Il fut d'abord conseiller en la sénéchaussée et siège présidial de Riom, puis, en 1598, conseiller à la cour des aides de Montferrand et garde du sceau de cette cour. En 1604, il est président et lieutenant général en la sénéchaussée et siège présidial de Clermont, succédant à Antoine DalmasLes lettres de provision sont du 25 septembre pour l'office de président et du 3 octobre pour celui de lieutenant-général. A. Vernière, Le Président Savaron..., p. 7.. Le , il devient aussi maître des requêtes de la reine Marguerite, rentrée en grâce et de retour à Paris, au moment où celle-ci allait, à la suite d'un long procès, entrer en possession du comté de Clermont, hérité de sa mère Catherine de MédicisLe 27 juin 1606, une députation des officiers du présidial et de la municipalité de Clermont, conduite par Savaron, lui rend foi et hommage. Mais, Marguerite fit immédiatement donation de ce comté au dauphin, futur Louis XIII, n'en gardant que l'usufruit, et elle envoya le 17 juillet la députation clermontoise à Saint-Germain-en-Laye, où se trouvait la cour, pour faire hommage au dauphin..
États généraux de 1614 Savaron fut élu député du Tiers état aux États généraux qui s'ouvrirent à Paris le . Le prestige de son éloquence et de son érudition était tel qu'à plusieurs reprises il fut chargé de porter la parole de son ordre, ce qu'il fit avec une grande fermeté. Il exposa au roi les misères du peuple : « Que diriez-vous, sire, si vous aviez vu, dans vos pays de Guyenne et d’Auvergne, les hommes paître de l’herbe à la manière des bêtes ? Cette nouveauté et misère inouïe en votre État ne produirait-elle pas en votre âme royale un désir digne de Votre Majesté, pour subvenir à une calamité si grande ? » ; mais, parmi les remèdes qu'il défendit pour assainir les finances de l'État, il y avait la suppression de l'« excès des pensions » : « Quelle pitié qu’il faille que Votre Majesté fournisse, par chacun an, cinq millions six cent soixante mille livres, à quoi se monte l’état des pensions qui sortent de vos coffres ! Si cette somme était employée au soulagement de vos peuples, n’aurait-il pas de quoi bénir vos royales vertus ? ». Ce discours créa un incident grave avec la Noblesse, qui était la principale bénéficiaire de ces pensions, incident qui ne fut aplani que par l'entremise du Clergé et l'habileté de l'évêque de Luçon, Richelieu, dont les talents furent pour la première fois remarqués à l'occasion de ces États générauxG. Hanoteaux, « Richelieu aux États de 1614 », Revue des Deux Mondes, tome 119, 1893. (Wikisource).
Il défendit notamment le premier article du cahier de doléances du Tiers, voté à la quasi-unanimité par celui-ci : Il s'opposa en cela au cardinal Duperron, qui soutenait, avec la majorité du Clergé, les théories ultramontaines. Cette controverse, qui se poursuivit au-delà des États généraux, est à l'origine de son Traité de la Souveraineté du Roy et de son royaume (1615).
Relations scientifiques : l'érudit et le collectionneur Jean Savaron fait pleinement partie de la « République des Lettres » dans le premier quart du . Il correspond avec Jean BeslyAuteur de l’Histoire des comtes de Poitou et ducs de Guyenne., Jérôme Bignon, Pierre Dupuy, André Duchesne, Papire Masson, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, Paul Petau, François Pithou, Scévole de Sainte-Marthe et bien d'autres. Ils échangent des informations et des copies de documents. Il a pu en rencontrer certains au cours de ses voyages à Paris – on sait que c'est le cas pour Duchesne – ou en accueillir d'autres à Clermont, comme Scévole de Sainte-Marthe en 1612. Il est de ce fait très souvent cité par les auteurs de ce temps.
Il collectionne les monnaies et médailles anciennes et en échange avec le président Expilly. Un inventaire de ses collections, copié par PeirescManuscrit autographe de Peiresc, La Haye, musée Meermanno-Westreenianum, n° 80. Le texte en est donné par A. Vernière, op. cit., pp. 60-62., montre qu'il en possédait plusieurs milliers, mais qu'il conservait aussi des bagues et intailles, des poteries et des curiosités naturelles diverses comme « un petit serpent desseiché avec sa boite de cuir doré » ou « deux noix petrifiées ».
Demeure vignette|droite|Maison de Jean Savaron, place du Terrail Jean Savaron n'habitait pas l'hôtel Savaron de la rue des Chaussetiers, construit par son grand-père, Hugues Savaron, au début du ; l'hôtel Savaron, où il a passé ses jeunes années, est certainement allé à son frère aîné François. Le président Savaron habitait une maison sur la place du Terrail, à l'est de la cathédrale, où l'on peut voir son chiffre (IS) et celui de sa femme (FS).
La maison comporte trois niveaux ; les deux niveaux supérieurs présentent deux grandes fenêtres accolées, avec des encadrements en pierre de Volvic. Au-dessus, un fronton en pierre de Volvic porte une inscription latine : VNA ROSA
L'inscription signifie : « Une seule rose diffusera pour toujours des parfums agréables et, perpétuellement fraîche, elle ne sera jamais fanée par les ans. » est une anagramme de .
Trois boules habillent le fronton : deux grosses aux extrémités et une, plus petite, au faîte ; c'est sur les supports des deux boules latérales que figurent les chiffres de Jean Savaron (à droite) et de Françoise Savaron (à gauche).
Mort et postérité Il meurt à Clermont le , des suites d'une pleurésie. Le , il est inhumé dans la cathédrale, dans un bas-côté devant la chapelle Sainte-Catherine (devenue plus tard la chapelle Saint-Jean). Il avait, dès le , fait son testament, où il confiait à son frère François le soin de faire imprimer ses ouvrages inéditsA. Vernière, op. cit., pp. 13 et 18..
Il laissait de nombreux enfants qui lui survécurent et dont plusieurs épousèrent des parents proches de Blaise Pascal. Sa postérité agnatique s'éteignit en 1790 avec son arrière-arrière-petit-fils Claude Savaron, officier de marine ; mais sa postérité par les femmes est très nombreuse au . On trouve dans cette descendance le ministre Edmond Guyot-Dessaigne (1833-1907) et son frère Léonce (1839-1889), député de Haute-LoireGénéalogie..
Œuvres Éditions d'auteurs latins Le premier ouvrage publié par Jean Savaron est une édition des œuvres de Sidoine Apollinaire (430-486), évêque de Clermont, qui paraît à Paris en 1598Caii Solii Apollinaris Sidonii Arvernorum episcopi opera Jo. Savaronis studio et diligentia castigatius recognita, Parisiis, in officina Plantiniana, 1598.. L'année suivante, il donne une deuxième édition, augmentée d'un commentaireCaii Solii Apollinaris Sidonii Arvernorum episcopi opera Jo. Savaro Claromontensis in Montisferranda subsidiorum curia senator et vicancellarius multo quam antea castigatius recognovit, Parisiis, ex officina Plantiniana, 1599.. Une nouvelle édition augmentée paraît encore en 1609. En 1602, il publie une édition commentée de l'historien Cornelius Nepos. Il a écrit aussi des notes sur Grégoire de Tours, qu'il n'a pu publier, ainsi que sur d'autres auteurs ; ces notes se trouvent en marge de divers ouvrages qui lui ont appartenu et qui sont conservés maintenant dans les fonds anciens de la bibliothèque du patrimoine de Clermont Auvergne Métropole.
Les Origines de Clairmont vignette|gauche|Les Origines de la ville de Clairmont, réédition augmentée par Pierre DurandPierre Durand (1604-1684), seigneur de Champfleury, marchand drapier puis visiteur général des gabelles en la cour des aides de Clermont-Ferrand, appartenait à une lignée de marchands libraires et imprimeurs de Clermont, qui furent aussi échevins de la ville (cf. Pierre Égullion, Imprimeurs, libraires et relieurs du Bas-Pays d'Auvergne et du Puy-de-Dôme, 1491-1939 (« Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand », 58), Clermont-Ferrand, Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand, 2000, 289 p. . Philiberte Savaron, nièce de Jean Savaron et épouse de Guillaume Lagayte, substitut du procureur du roi en l'élection de Clermont, était sa tante par alliance. Son propre père, Bertrand Durand, avait été le premier éditeur des Origines de Clairmont., Paris, François Muguet, 1662.