Nicolas TcheidzeLa transcription en langue française des patronymes géorgiens a été stable jusqu’à la fin du : les règles constituées par l’intermédiation de la langue russe, confirmées par la Légation de la République démocratique de Géorgie en France (1921-1933) et proches de la prononciation en langue géorgienne, étaient utilisées sans exception ; elles le sont encore aujourd’hui par le ministère français des Affaires étrangères et par la plupart des universitaires français s’intéressant à la Géorgie. L’usage a progressivement changé avec l’intermédiation de la langue anglaise et la définition d’une translittération latine proche de la transcription anglaise (2002). Ainsi ნიკოლოზ ჩხეიძე donne Nikoloz Tchkhéïdzé en transcription française, simplifié en Nicolas Tchéidzé, et Nikolay Cheidze en transcription anglaise (et en translittération latine).L'orthographe Nicolas Tcheidze figure sur le passeport diplomatique établi par les autorités françaises en 1921 et dans les fichiers de la Légation géorgienne en France numérisés par l'OFPRA.(en , Nikoloz (Carlo), Tchkhéidzé, en ), né le dans le village de Pouti, district de Chorapni, région de Koutaïssi, en Géorgie, à l'époque dans l'Empire russe, est un homme politique russe, transcaucasien, et géorgien, membre du Parti ouvrier social-démocrate de tendance menchevique, exilé en France à la suite de l'invasion de son pays par l'Armée rouge, et mort le dans le domaine géorgien de Leuville-sur-Orge, en Seine-et-Oise...

Issu d'une famille aristocratique (noblesse Aznaouri), il fut le chef de l'opposition au tsar Nicolas II au sein des et s russes (1907-1917), président du Comité exécutif du Soviet de Petrograd (février à ), président de l'Assemblée parlementaire transcaucasienne (de février à mai 1918), président des différentes assemblées parlementaires géorgiennes (Conseil National, Assemblée constituante et Parlement de mai 1918 à mars 1921), interlocuteur de Georges Clemenceau, Lloyd George, Thomas Woodrow Wilson et Emanuele Orlando à la conférence de paix de Paris (1919) au titre de la Géorgie.

Biographie La jeunesse Appelé familièrement par ses parents dès son plus jeune âge Carlo, Nicolas Tcheidze gardera toute sa vie ce surnom.Le Petit Parisien, 31 mars 1917 : ... Nicolas Tcheidze que, depuis son enfance, ses parents et ses intimes appellent familièrement Carlo ..... Après des études au lycée de Koutaïssi, il entre à l'université d'Odessa, puis à l'Institut vétérinaire de Kharkov qu'il quitte lors de mouvements étudiants en 1889.

Il devient directeur de l'hôpital de Batoumi, en Adjarie. Il entreprend des cours d'alphabétisation et de formation politique pour les ouvriers de cette région industrialisée du Sud-Ouest de la Géorgie. En 1901, il se heurte à Joseph Djougachvili (le futur Staline), dont il réprouve les méthodes, et qu'il soupçonne d'être un agent de la police politique tsariste, l'Okhrana.

Député de l'Empire russe (1907 à 1917) Avec son frère Kaléniké, il est sensibilisé très jeune aux idées marxistes. En en Imérétie, sous l'initiative d'Egnaté Ninochvili, il prend part avec Silibistro Djibladzé et Noé Jordania à un club de réflexion appelé « Troisième Groupe », Messamé Dassi. En 1893 à Tiflis, il participe à la naissance du Parti ouvrier social-démocrate géorgien, parti qui s'intégrera jusqu'en 1917 au Parti ouvrier social-démocrate de Russie. En 1903, lors des débats idéologiques entre la tendance menchévique et la tendance bolchévique, il se range dans la tendance menchévique s'opposant à Lénine.

De 1907 à 1917, il est élu député aux et Doumas russes, représentant la Géorgie, et devient chef de l'opposition parlementaire aux gouvernements soutenant le tsar Nicolas II : ses talents d'orateur en langue russe en font un dangereux débatteur pour le pouvoir en place. En 1913, après une prise de position résolument républicaine, son arrestation et sa déportation sont décidées. La visite de Raymond Poincaré en Russie empêche l'exécution de ces mesures. Il lui est attribué une appartenance maçonnique au Grand Orient de l’Empire russe., par un historien polonaisLudwik Hass (1918-2008), historien, spécialiste de la franc-maçonnerie, estime qu’en 1913, il existe environ 400 francs-maçons dans l’Empire russe, regroupés en 40 loges dont une à Tiflis et une autre à Koutaïssi, dans lesquelles cohabitent certains K.D., certains sociaux-révolutionnaires et certains sociaux-démocrates : Nicolas Tchkhéidzé est l’un de ces derniers.

Président du Comité exécutif du Soviet de Petrograd (février à octobre 1917) En , Nicolas Tcheidze est élu président du Comité exécutif du Soviet de Petrograd, qui devient le Soviet des soviets de toutes les Russies .. Le gouvernement provisoire russe présidé par Aleksandr Kerenski lui propose à plusieurs reprises de devenir ministre , mais il refuse s'estimant plus utile à la tête du Soviet. Viktor Tchernov, chef de file du Parti social-révolutionnaire russe écrit dans ses mémoires : Tcheidze était modeste de sa personne, empreint de la plus grande dignité. Il prononçait de nombreux discours devant les foules rassemblées;.. Alors que le Soviet, composé de représentants mencheviks, sociaux-révolutionnaires et bolcheviks, est divisé sur la question, Nikoloz Tcheidze, avec l'aide d'Irakli Tsereteli, fait voter la poursuite de la guerre contre l'Empire allemand ; sur le plan international la décision s'inscrit dans la continuité de la parole de l'État russe et assoit quelque peu l'autorité du Gouvernement provisoire ; sur le fond il estime que la priorité doit être donnée à l'élimination de la menace de l'Empire allemand aux côtés des démocrates européens (alors qu'il avait voté personnellement contre l'augmentation des budgets militaires lors de la Douma). Albert Thomas, ministre français, écrit le : L'admirable sens politique de Nicolas Tcheidze retarda l'avènement du désordre. Que se serait-il passé, si la paix de Brest-Litovsk eût été conclue plus tôt ? Que s'en serait-il suivi pour la France ?..

Président de l'Assemblée parlementaire transcaucasienne (février à mai 1918) Le , à Tiflis, il est élu président de l'Assemblée parlementaire transcaucasienne provisoire, dite Sejm, et composée des députés élus sur les territoires arménien, azerbaïdjanais et géorgien lors des élections constituantes de l'ex-Empire russe du ..

Les intérêts divergents des nationalités représentées ne peuvent être surmontés : ils conduisent à des recherches d'alliance internationale incompatibles entre elles (Empire allemand pour les Géorgiens, Empire ottoman pour les Azerbaïdjanais et Russie pour les Arméniens). Les trois nationalités proclament trois républiques différenciées à trois jours d'intervalle, du 26 au , à Tiflis.

Président des Assemblées parlementaires géorgiennes successives (mai 1918 à mars 1921) Nicolas Tcheidze est élu président du Conseil national géorgien le (assemblée parlementaire provisoire composée des députés élus sur le territoire géorgien lors des élections constituantes de l'ex-Empire russe du ), puis président de l'Assemblée constituante de Géorgie le (élue lors des élections constituantes géorgiennes du 14 au ), puis président du Parlement de Géorgie du au (nouveau nom de l'Assemblée constituante de Géorgie devant l'invasion de l'Armée rouge et avant l'exil) ..

Parallèlement il préside en 1919 et en 1920, la délégation géorgienne à la conférence de la paix de Paris où il propose en particulier au Français Georges Clemenceau et au Britannique Lloyd George la mise sous protectorat britannique (ou français) de la Géorgie afin de se garder de la menace soviétique à la condition expresse que l'administration des affaires intérieures restent de la responsabilité du gouvernement géorgien. Le , il pose la première demande d'admission de la République démocratique de Géorgie à la Société des NationsLettre du Président de la Délégation géorgienne à la Conférence de la Paix, au Comité exécutif et à l'Assemblée de la Société des Nations: 37 rue de la Pérouse, Paris, le 21 mai 1919. La Délégation de la République géorgienne au nom du peuple et du gouvernement géorgien a l'honneur de solliciter l'admission de la Géorgie dans la Société des Nations, conformément aux stipulations du Pacte du 28 avril 1919. Signée Nicolas Tcheidze.. Le , la demande est renouvelée auprès du Secrétariat généralLettre du Président de l'Assemblée constituante de Géorgie et de la Délégation géorgienne à la Conférence de la Paix : Londres septembre 1920, demandant inscription à la prochaine Assemblée générale à Genève et annonçant un mémorandum explicatif (envoyé le 18 septembre 1920). Signée Nicolas Tcheidze.. Les représentants de la France (ainsi d'ailleurs que ceux de la Grande-Bretagne) expriment leurs réserves, craignant de ne pouvoir porter secours en cas d'agression : la demande est rejetée le , 19 pays ne prennent pas part au vote, 13 États votent contre et 10 États vote pour..

En février et , devant l'invasion du territoire géorgien par les armées de la Russie soviétique et l'attaque conjuguée des armées turques désireuses de s'emparer de Batoumi, Nicolas Tcheidzé se résout à l'exil comme la plupart des membres du parlement et du gouvernement : il émigre dans un premier temps à Constantinople, puis en France,  dans l'idée de mener de l'extérieur le combat de libération.

Exilé en France (1922 à 1926) Il continue à défendre la cause géorgienne auprès des classes politiques européennes , n'épargnant pas sa peine à renouer (ou nouer) des contacts anciens tissés lors de la conférence de la paix de Paris (ou nouveaux dans la mouvance de l'Internationale socialiste). Ainsi la Tribune de Genève publie le un article relatant une de ses interventions en marge de la Société des NationsLa Tribune de Genève, signature E.C., : Un assez grand nombre d'invités se sont rendus chez M. et Mme Jean Martin, à Martigny, pour y rencontrer M. Nicolas Tcheïdzé, président de l'Assemblée constituante de Géorgie, et considéré, bien qu'en exil, comme le véritable chef de l'État par tous les Géorgiens opprimés. ... L'essentiel est de ne pas désespérer, de croire en la vitalité du peuple géorgien. Sa volonté de vivre finira par triompher. La sympathie des peuples libres, à défaut de l'aide de gouvernements trop lointains et impuissants, raffermira son courage et l'aidera à surmonter ses épreuves ..... Au sein du Parti ouvrier social-démocrate géorgien en exil, il conduit la tendance minoritaire, Oppozitsia, en désaccord avec les promesses faites à distance à une insurrection nationale latente sur le territoire géorgien, sachant que la France, la Grande-Bretagne et l'Italie ne fourniraient ni armement, ni munitions et estimant que l'Armée rouge et la police politique bolchévique sont trop bien implantées : le prix à payer pour attirer l'attention de la communauté internationale sur le sort de la Géorgie lui parait trop fort. L'insurrection est déclenchée en , entre et insurgés sont fusillés, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont déportées, l'organisation clandestine du Parti ouvrier social-démocrate géorgien est complètement démantelée.

Nicolas Tcheidze se suicide dans le domaine géorgien de Leuville-sur-Orge le ; transporté à Paris, il meurt le . Quelques heures avant son suicide, il avait écrit une lettre demandant que personne ne soit incriminé pour sa mort .. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ( division) à Paris, en présence de toute la classe politique géorgienne en exil et des ténors du Parti socialiste français dont Léon Blum, qui prononce son éloge funèbre, et Bracke ..

L'homme