Les Francs-tireurs et partisans - main-d'œuvre immigrée (couramment appelés FTP-MOI ou F.T.P.-M.O.I.) sont les unités de la résistance intérieure française communiste fondées en pour conduire la guérilla urbaine en France contre l'occupant nazi. Les plus célèbres d'entre eux sont notamment les vingt-trois résistants étrangers du groupe Manouchian-Boczov-Rayman, incluant les dix de l'Affiche rouge dont sept étaient juifs.
Formés par des cadres syndicaux des « groupes de langue » de la Main-d'œuvre immigrée (MOI) à l'initiative de l'Internationale communiste (Komintern) existant avant la guerre, ils sont intégrés en aux Francs-tireurs et partisans (FTP), eux-mêmes fondés aussi en 1942 par le Parti communiste français. Ils sont alors dirigés à Paris par Joseph Epstein et, en région parisienne, par Simon Cukier.
Historique thumb| Sur les dix de l'Affiche rouge, sept étaient juifs dont quatre étaient des Polonais juifs, l'histoire des FTP-MOI étant liée à celle l'immigration polonaise dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, qui a formé une ossature importante aux volontaires des brigades internationales durant la guerre d'Espagne, en particulier via les Bataillons Dombrowski.
La résistance armée fut initiée très tôt en France par de nombreux attentats dès 1940, décrits dans les autobiographies de Roger Pannequin, Albert Ouzoulias, Auguste Lecœur, Charles Tillon et les ouvrages des historiens Alain Guérin et Pierre MauryPierre Maury, La Résistance communiste en France, 1940-1945 : Mémorial aux martyrs communistes, Pantin, le Temps des cerises, 2006, 567 ., comme la destruction à l'explosif par des mineurs polonais du Pas-de-Calais de véhicules allemands à Vimy, en septembre 1940, celui du 21 août 1941, perpétrée sous l'égide de l'Organisation spéciale (OS) ou encore le vol d'une demi-tonne de dynamite aux mines de Dourges en septembre 1941. Des campagnes de propagande, affichages et tracts, veulent renverser la terreur et démoraliser l'occupant, afin de retourner un nombre suffisant de soldats engagés dans la Wehrmacht. L'armement, qui ne cessera de manquer, est fourni par des soldats anti-hitlériens du Comité Allemagne libre pour l’Ouest (CALPO), des cheminots, des mineurs, ou acheté au marché noir avec de l'argent obtenu grâce à l'état major de Joseph Staline, .
À l' les rapports de la police allemande, attentive à la région stratégique du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, signalent qu'y est publié le premier numéro de Nasz Głos (Notre voix)"Presse de la résistance polonaise en France ()", sur Patrimoines Partagés, par Henryk Citko, conservateur à la Bibliothèque Nationale de Pologne, en août 2017, par des groupes polonais MOI du Parti communiste français (PCF), sous la rédaction de Józef Spira, résistant communiste transféré en Pologne fin 1941-début 1942. Puis en a émergé le premier numéro de Niepodległość (L'Indépendance), rédigé par le même Józef Spira, mais avec l'aide de Maria Kostecka-Wiernik. Son départ en Pologne est comblé dès la fin 1941 par Nasza Walka (Notre Combat)"Les polonais et la Pologne dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale" par Edmond Gogolewski, aux Editions Septentrion en 1996 , organe à la fois central et régional des sections polonaises du PCF-MOI"La presse clandestine polonaise en France pendant la Seconde guerre mondiale par Jan E.Zamojski J, Acta Poloniae Historica, 1987 , avec Jerzy Tepicht, Michał Kot, Roman Kornecki, Eugenia Łozińska et Józef Siwek-Diamand, tous des anciens du quotidien Dziennik, ou Dziennik Ludowy, polytypé à Paris par la direction des sections polonaises de la MOI, sa diffusion fluctuant de 600 à . Mais assez vite, les résistants préfèrent aux attentats la mise en place discrète de petits groupes armés clandestins, en vue de protéger de façon armée la diffusion de la grande grève patriotique des cent mille mineurs à tout le bassin du Nord-Pas-de Calais, en .
Sa répression très sévère, avec plus de et fusillés, plaça les Polonais au premier rang des étrangers arrêtés en France entre et , dont la plupart dans les deux départements septentrionaux, la police française leur appliquant le qualificatif de"Les polonais dans la résistance communiste en France" par Paweł Sękowski, docteur en histoire moderne et contemporaine de l'Université Paris-Sorbonne, professeur à l'université Jagellonne de Cracovie .
Cette répression s'est aussi traduite par des déportations de mineurs polonais pour aller travailler en Allemagne. Entre 1942 et 1943 dans le département du Nord, leurs effectifs ont chuté de moitié, leurs têtes étant mises à prix, sur fond également de passage clandestin de responsables communistes polonais vers le Sud de la France, pour créer, entre 1942 et 1943, d'autres unités de combat polonaises des FTP-MOI, ainsi que vers la région parisienne, où les Polonais transférés du Nord-Pas-de-Calais seront au tout début à la direction des FTP-MOI. D'autres Résistants polonais de France ont été aussi transférés secrètement par les réseaux résistants vers les territoires polonais occupés par les Allemands, afin de renforcer les cadres du Parti ouvrier polonais (Polska Partia Robotnicza) et sa branche militaire, la Garde populaire (Gwardia Ludowa), au moment où elle s'est constituée.
En raison de ces nombreux départs, les postes de responsabilité des « trios » de la FTP-MOI furent même parfois vacants, y compris dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, doté du plus grand réservoir de militants, problèmes surmontés seulement au cours du second semestre 1943. Par ailleurs, après la guerre, de nombreux mineurs communistes polonais et ex-Résistants du Nord-Pas-de-Calais participeront à la Reemigracja, pour reconstruire leur pays d'origine, devenu communiste.
Les groupes de FTP-MOI sont créés en région parisienne, en même temps que les FTP, puis mis en place en - par Boris Holban et les cadres de la Main-d'œuvre immigrée avec aussi des ashkénazes jetés dans la clandestinité par le régime de Vichy et des sympathisants ne faisant pas toujours partie du PCF, des réfugiés ayant fui avant guerre le régime fasciste de Mussolini, des rescapés du génocide arménien, et d'anciens brigadistes espagnols, ou bien leurs fils et filles, moins exposés car encore célibataires et proches des Jeunesses communistes. Ces résistants défendent Paris, Lyon, Grenoble, ou encore Toulouse"Avec tous tes frères étrangers : de la MOE aux FTP-MOI" par Dimitri Manessis et Jean Vigreux, aux Editions Libertalia, en Février 2024.
Bien qu'intégrés aux FTP, ces groupes dépendent directement de Jacques Duclos, numéro deux du PCF, qui, dans la mesure où les communications le permettent, leur transmet les ordres venus de l'Internationale communiste, dont le siège est à Moscou.
Les FTP-MOI compteront parmi les groupes de résistance les plus actifs et les plus déterminés, notamment parce qu'ils sont en tant qu'étrangers, et juifs pour beaucoup, directement visés par les lois sur le statut des Juifs du régime de Vichy, qui ne leur laisse le choix que de la clandestinité ou de l'internement, suivi de la déportation. Parce qu'ils dépendent directement du Komintern, par l'intermédiaire de Jacques Duclos, on a souvent pensé que ce sont eux que l'on envoie en première ligne lorsque vient l'ordre de Moscou d'intensifier le combat, alors que les groupes français sont beaucoup plus insérés dans une dynamique nationale. Ils ne s'attaqueront jamais qu'à des cibles militaires, des fournisseurs collaborant directement avec la Wehrmacht ou de présumés traîtres.
À partir de fin 1942, les FTP-MOI mènent en moyenne un fait d'armes tous les deux jours. Les combattants clandestins reçoivent un peu d'argent, toujours insuffisamment, pour se cacher et survivre entre deux opérations. La logistique nécessaire n'aurait jamais pu être fournie sans le soutien d'un milieu sympathisant. Soutenue dans un premier temps par la France libre, l'action des FTP-MOI, parce qu'elle entraîne des représailles et l'exécution d'otages, est très vite désavouée, dans le cadre de rivalités politiques, tant par Marcel Cachin que par Charles de Gaulle, si bien qu'elle sera privée par Winston Churchill de livraisons d'armes. C'est ce désaveu que tentera d'exploiter le régime de Vichy en en commandant au Comité d'action antibolchévique la campagne de propagande de l'Affiche rouge, qui aura au contraire pour effet de créer un mythe des partisans, alors que l'effectif de ceux-ci, cumulé sur l'ensemble de la période, n'aura pas dépassé trois cents.
Structure des FTP-MOI La direction des FTP-MOI de Paris est assurée par Boris Holbande son vrai nom Boris Bruhman dit Olivier dit Roger., Karel Stefka dit Carol, Joaquim Olaso Piera dit Emanuel, Boris Milevd'origine bulgare dit Charles, dit GabyParis la Rouge De Rémi KAUFFER page, Alik Neuer dit Jules, Joseph Davidovitch dit Albert, Missak Manouchian, dit Georges et Alfredo Terragni dit Secondo.
Ils sont composés de plusieurs détachements et équipes : détachement composé d'une trentaine de Roumains. détachement composé d'une quarantaine de juifs et dont le responsable technique est Gilbert Weissberg de son vrai nom Samuel Weissberg qui avait un laboratoire rue Saint-Charles ou il fabriquait des engins pour les attaques. détachement composé d'une quarantaine d'Italiens. détachement, mixte, composé de roumains, de Bulgares, de Tchèques, d'Hongrois, d'Espagnols Le détachement des dérailleurs, une trentaine d'hommes. L'équipe spéciale, chargée de repérer et d’éliminer des personnalités, composée d'une dizaine d'hommesL'ange tueur de l'Affiche rouge. L'équipe de renseignements, composée d'une vingtaine de personnes. L'équipe médicale avec une dizaine de médecins.
Chaque cellule de combat comprenait un responsable militaire, un responsable politique et un responsable technique. Chaque détachement disposait d'un service technique équipé d'un laboratoire servant à préparer des engins pour les attaques.
Entre et les FTP-MOI accomplirent un grand nombre d'attentats à Paris. Les résistants ayant commis les attentats ignoraient eux-mêmes quels en avaient été les effets. Les historiens restent extrêmement prudents pour évaluer les dégâts. Les documentaristes le sont parfois moins. Ainsi, dans le documentaire de Mosco Boucault Des terroristes à la retraite, on entend une voix off égrener les actions des FTP « 92 hôtels allemands attaqués à la bombe, 33 hôtels attaqués à la grenade, 15 bureaux de recrutement incendiés, 11 traîtres abattus, 125 camions militaires détruits, 31 formations militaires attaquées, 10 trains militaires attaqués ou déraillés »Des terroristes à la retraite, documentaire de Mosco Boucault (réalisateur), 1985, minute. Dans ce même documentaire, Boris Holban, commissaire militaire des FTP-MOI jusqu'en , explique que le but de ces actions était de porter des coups à l'occupant, de harceler l'armée allemande afin de la démoraliser et de lui rendre la vie impossible à Paris en empêchant celle-ci de se transformer en ville de loisirs pour les Allemands.
Les FTP-MOI en région parisienne
Dès la constitution des Francs-tireurs et partisans en , il est décidé de mettre sur pied des FTP-MOI en région parisienne. Au plus fort des actions à Paris, 65 personnes, tous services confondus, en font partie. Les FTP-MOI de la région parisienne sont regroupés en quatre détachements dont trois à dominante nationale, le quatrième étant spécialisé dans les déraillementsDenis Peschanski, article Francs-tireurs et partisans de la Main-d'œuvre immigrée dans Dictionnaire Historique de la Résistance, dir. Francois Marcot, pp.187-188.
En , Missak Manouchian devient commissaire technique des FTP-MOI de Paris, dans une période qui lui semble difficile car "à partir de juin" 1943, les "instructions venues d'en haut sont devenues très rares", et que "le matériel fait défaut", même si les archives démentiront ce sentiment.