La partition de l’Empire ottoman (du 30 octobre 1918 au ) correspond à une série d’événements politiques qui eurent lieu après la Première Guerre mondiale. Le vaste ensemble de territoires et de peuples qui composaient autrefois l’Empire ottoman fut divisé en plusieurs nouveaux paysRoderic H. Davison; Review "From Paris to Sèvres: The Partition of the Ottoman Empire at the Peace Conference of 1919-1920", Paul C. Helmreich in Slavic Review, vol. 34, n° 1 (Mar. 1975), après son éclatement. La Société des Nations (SDN) accorda des mandats à la France sur la Syrie et le Liban et au Royaume-Uni sur la Mésopotamie (qui devint plus tard l'Irak) et sur la Palestine (divisée ultérieurement en Palestine et Transjordanie). Les provinces de l'Empire ottoman dans la péninsule arabique devinrent le royaume mutawakkilite du Yémen, le royaume du Hedjaz et une partie des États arabes du golfe Persique, le Hedjaz étant ultérieurement réuni au sultanat du Nedjd pour former l'Arabie saoudite. Ceux des États arabes du golfe Persique qui étaient déjà sous influence britannique avant la guerre, formèrent les émirats du Koweït, du Qatar, du Bahreïn, d'Oman et les Émirats arabes unis.
220px|vignette|Les revendications et projets de partage de l’Empire ottoman en 1918 : si elles avaient été concrétisées, l’état turc n’aurait plus contrôlé que le Nord de l’Anatolie, n’aurait plus eu de forces armées et n’aurait gardé d’accès maritime que sur la mer Noire.
Après l’occupation de Constantinople par les troupes britanniques, françaisesPlus précisément le COC : « Corps expéditionnaire d’occupation de Constantinople », cf.: Jean Nicot, conservateur au Service historique de l’Armée, Répertoire numérique des journaux des marches et opérations 1914 - 1918. et italiennes en à la suite de l’armistice de Moudros, le gouvernement ottoman doit signer en vaincu le traité de Sèvres en 1920. Ce dernier reconnaissait formellement les nouveaux mandats de la Société des Nations au Moyen-Orient, l’indépendance du Yémen, et la souveraineté britannique sur Chypre. Cependant, la guerre d'indépendance turque contraignit les anciens Alliés à revenir à la table des négociations avant que le traité ne soit ratifié. Les Alliés et la Grande Assemblée nationale de Turquie signèrent et ratifièrent le nouveau traité de Lausanne en 1923, remplaçant le traité de Sèvres et gelant la plupart des questions territoriales. La question non résolue de Mossoul fut, plus tard, négociée dans le cadre de la Société des Nations en 1926.
Reniant leurs engagements précédents vis-à-vis des Arabes, les Britanniques et les Français se partagèrent la partie orientale du Moyen-Orient (aussi appelé « Grande Syrie ») entre eux par les accords Sykes-Picot. D'autres accords secrets furent conclus avec l'Italie et la Russie (voir la carte)P. Helmreich, From Paris to Sèvres (Ohio State University Press, 1974). La déclaration Balfour, du nom du secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères, signée en 1917, encouragea le mouvement sioniste international à militer pour un « foyer juif » en Palestine.. Le régime tsariste avait également conclu des accords durant la guerre dans le cadre de la Triple-Entente sur la partition de l'Empire ottoman, mais après la révolution russe, la Russie devenue bolchevique ne participa pas à la partition : bien au contraire, elle fournit au mouvement national turc des armes et céda à la République turque la région de Kars.
L’Empire ottoman, important État islamique en termes géopolitique, culturel et idéologique, disparut le lors de la déposition du sultan-calife Mehmed VI qui a conduit, sur le plan politique, au passage du sultanat à un régime républicain en Turquie ; sur le plan spirituel l’abolition du califat a conduit à l’instauration de la laïcité en Turquie, mais fit disparaître l’instance régulatrice de l’islam sunnite. La partition de l’Empire ottoman conduisit à l’augmentation de l’influence des puissances occidentales au Proche-Orient, notamment de la Grande-Bretagne et de la France.
220px|vignette|Les langues parlées dans les Balkans, en Anatolie et au Proche-Orient en 1913.
Contexte Les puissances occidentales crurent longtemps qu'elles finiraient par dominer les territoires sous l'autorité du faible gouvernement central de l'Empire ottoman. Le Royaume-Uni anticipait un besoin de «sécuriser» la zone en raison de sa position stratégique sur la route de l'Inde coloniale, et se percevait elle-même comme enfermée dans une lutte pour une influence impériale connue sous le nom de Grand JeuFromkin, A Peace to End All Peace (1989), .. Alors que la guerre mondiale menaçait, les Ottomans cherchèrent la protection des grandes puissances. Ils furent rejetés par le Royaume-Uni, la France et la Russie, et, enfin, conclurent une alliance avec l'AllemagneFromkin, A Peace to End All Peace (1989), ..
La partition fut planifiée par les puissances occidentales dans plusieurs accords conclus par les « Alliés » dès le début de la Première Guerre mondialePaul C. Helmreich, From Paris to Sèvres: The Partition of the Ottoman Empire at the Peace Conference of 1919-1920 (Ohio University Press, 1974) . Du côté britannique, les bases de la réflexion et de la vision des intérêts britanniques sur les possessions ottomanes ont été jetées par la commission de Bunsen. Les puissances étaient en désaccord sur leurs objectifs d'après-guerre qui étaient contradictoires et conclurent plusieurs accords double et tripleHerbert Henry Asquith, (1923) The Genesis of the War. p. 82.
Mandats français vignette|200px|droite|Carte de la Syrie mandataire.
La Syrie et le Liban devinrent un protectorat français (à peine déguisé sous la forme d’un mandat de la SDN)Fromkin, A Peace to End All Peace (1989), .. Le contrôle français rencontra immédiatement une résistance armée, et, afin de lutter contre le nationalisme arabe, la France divisa le territoire de son mandat en Syrie et au Liban en quatre sous-ÉtatsQuilliam, Syria and the New World Order (1999), . "In order to inhibit Arab nationalism from developing potency and challenging their administration, the French authorities operated an imperial policy of divide and rule. The dismemberment of 'Historical Syria' into artificial statelets signified a policy that sought to thwart the appeal of Arab nationalism. As the region is full of ethnic, religious, and linguistic minorities, the dismemberment followed a logical pattern that generated structural problems for the future. Mount Lebanon was detached from Syria with the surrounding Muslim environs of Sidon, Tripoli, and Beqa'. The remaining territory was subdivided into four mini-states: Aleppo, Damascus, Latakia, and Jabal al-Druze, thus disrupting the coherence of Arab nationalism within Bilad al-Sham.".
Mandat du Liban
Le Grand Liban était le nom d'un territoire créé par la France. Il fut le précurseur du Liban moderne. Il exista entre le et le . La France sculpta son territoire à partir du Levant (mandatée par la Société des Nations) afin de créer un « refuge sûr » pour la population chrétienne maronite. Les Maronites gagnèrent leur autonomie et assurèrent leur position dans le Liban indépendant en 1943.
L’intervention française au nom des Maronites avait commencé avec les accords de capitulations de l'Empire ottoman, conclus entre le et le . En 1866, quand Youssef Bey Karam conduisit un soulèvement maronite au Mont-Liban, une force navale sous commandement français arriva pour les aider, menacer le gouverneur, Dawood Pacha, de la Sublime Porte et plus tard mettre Karam en sécurité.
Mandats britanniques vignette|Mandat britannique en Palestine et en Transjordanie.
Les Britanniques reçurent trois territoires sous mandat. Un des fils du chérif Hussein, Fayçal, fut installé comme roi d'Irak et un trône fut donné à Abdallah, un autre fils de Hussein, en Transjordanie. La Palestine mandataire fut placée sous administration britannique directe, et la population juive fut autorisée à augmenter, initialement sous la protection britannique. La plupart de la péninsule arabique tomba dans les mains d’un autre allié britannique, Ibn Séoud, qui créa le royaume d'Arabie saoudite en 1932.
Mandat de la Mésopotamie
La Grande-Bretagne et la Turquie se disputaient le contrôle de l'ancienne province ottomane de Mossoul dans les années 1920. En vertu du traité de Lausanne de 1923, Mossoul passa sous le mandat britannique de Mésopotamie, mais la nouvelle république turque réclama la province car, selon elle, elle faisait partie de son cœur historique. Un comité de trois représentants de la Société des Nations se déplaça dans la région en 1924 pour étudier le cas et, en 1925, recommanda que la région restât lié à l'Irak, et que le Royaume-Uni devrait exercer le mandat pour encore 25 ans, pour garantir les droits de la population kurde. La Turquie rejeta cette décision. Néanmoins, le Royaume-Uni, l'Irak et la Turquie signèrent un traité le , qui entérinait la plupart de la décision rendue par le comité de la SDN. Mossoul resta sous mandat britannique de la Mésopotamie jusqu'à ce que l'Irak obtienne son indépendance en 1932 à l'insistance du roi Fayçal, même si les Britanniques conservèrent des bases militaires et des droits de transit pour leurs forces dans le pays.
Mandat de la Palestine vignette|droite|200px|La reddition de Jérusalem aux Britanniques le après la bataille.
Pendant la guerre, la Grande-Bretagne avait fait trois promesses contradictoires concernant le sort éventuel de la Palestine. La Grande-Bretagne avait promis, par l’intermédiaire de Thomas Edward Lawrence, l'indépendance d'un État arabe unifié couvrant la plupart du Moyen-Orient arabe en échange d'un soutien arabe aux Britanniques pendant la guerre. La Grande-Bretagne avait également promis de créer et de favoriser un foyer national juif dans la déclaration Balfour en 1917. Enfin, les Britanniques avaient promis par la correspondance McMahon-Hussein que la famille hachémite disposerait d’une seigneurie sur la plupart des terres dans la région en échange de leur soutien qui se manifeste par la grande révolte arabe.
La révolte arabe permit aux forces britanniques du général Allenby de vaincre les forces ottomanes en 1917 et d’occuper la Palestine et la Syrie. Le territoire fut administré par les Britanniques jusqu’à la fin de la guerre.
Le Royaume-Uni obtint le contrôle de la Palestine lors de la conférence de la paix de Paris qui créa la Société des Nations en 1919. Herbert Samuel, un ancien ministre britannique des postes, qui avait contribué à la rédaction de la déclaration Balfour, fut nommé le premier haut commissaire en Palestine. En 1920, à la conférence de San Remo, en Italie, le mandat de la Société des Nations sur la Palestine fut attribué à la Grande-Bretagne. En 1923, la Grande-Bretagne transféra une partie du plateau du Golan au mandat français sur la Syrie en échange de la région Metoula.
Mouvements d'indépendance Lorsque les Ottomans partirent, les Arabes proclamèrent un État indépendant à Damas, mais ils étaient trop faibles, militairement et économiquement, pour résister longtemps aux puissances européennes, et bientôt la Grande-Bretagne et la France reprirent le contrôle du Levant.
Durant les années 1920 et 1930, l’Irak, la Syrie et l'Égypte se dirigèrent vers l'indépendance, même si les Britanniques et les Français ne partirent formellement de la région qu'après la Seconde Guerre mondiale.