La mode des années 1950 en France marque de profonds bouleversements à la suite des années de guerre. La haute couture va connaître son second âge d'or durant toute la décennie et redonner à Paris la place centrale qu'elle occupait depuis le milieu du , donnant ainsi à la mode française une influence mondiale à tous les niveaux, jusque dans la rue ; tous les regards sont tournés vers la capitale où le mot « élégance » est la seule règle. Cette époque est marquée par les couturiers Christian Dior en tout premier lieu, Cristóbal Balenciaga, Jean Dessès, Jacques Fath, Pierre Balmain et Hubert de Givenchy. Pour le quotidien, la mode est toujours réalisée par des couturières de quartier ou chez soi, copiant parfois les modèles de la haute couture qui sont diffusés plus largement.
Symboliquement, la mode des années 1950 débute un matin de , date connaissant un défilé historique qui révolutionne le vêtement et l'image de la femme. Celle-ci voit sa taille se cintrer, ses jupes rallonger et sa silhouette mise en valeur, oubliant le style informe des années de guerre ; le chapeau et le manteau sont des éléments indispensables à sa garde-robe. Alors que la femme doit tenir son foyer, la jeune génération, plus libre, s'approprie les codes de la couture ou invente ses propres styles. À la fin de cette période, la taille a disparu, les lignes sont plus floues.
De son côté, la mode masculine évolue de façon moins significative, le costume restant de rigueur pour de multiples occasions, bien que le progresse. Les fibres synthétiques ont envahi la confection.
L’élitiste haute couture n'étant pas suffisante pour faire vivre une maison de couture, les couturiers développent, à grand renfort de publicités, parfums et lignes secondaires luxueuses, prémices du prêt-à-porter qui va déferler la décennie suivante.
Histoire Préambule
Durant la Seconde Guerre mondiale, période de restrictions et d'angoisses peu propices à la mode, de nombreuses maisons de couture ont fermé et les tissus sont rationnés. Une entraide et solidarité s’établit dans la confection. Les robes et vestes larges, pratiques, souvent chaudes, ainsi que les jupes courtes, dominent le vestiaire féminin. À la fin de la Guerre, ce rationnement est toujours imposé. La capitale de la mode, que les Allemands avaient tenté de transférer de Paris à Berlin puis Vienne, au tout du moins de la créativité, est aux États-Unis avec les balbutiements du prêt-à-porter pour une mode simple et inventive héritée des années de guerre. Si les pays européens sont parfois au bord de la faillite, l'Amérique sort du conflit relativement indemne et riche ; elle lance le plan Marshall.
Lucien Lelong, alors président d'honneur de la Chambre syndicale de la couture parisienne, se bat pour redonner à Paris son rôle central dans la mode. Il porte Le Théâtre de la Mode, spectacle de petits mannequins habillés par le Tout-Paris de la mode, dans le monde entier. De nombreuses nouvelles maisons ouvrent leurs portes peu après la capitulation du Troisième Reich, comme celles de Pierre Balmain ou de Carmen de Tommaso, remplaçant celles qui ont définitivement fermé en 1939 comme Mainbocher. Certaines ouvrent après plusieurs années d'inactivité, à l'image de Schiaparelli et Molyneux, et conservent leur rang au sein de la haute couture parisienne. D'autres déménagent comme Maggy Rouff qui s'installe avenue Matignon, ou Jacques Griffe. Celles qui n'ont pas fermé durant la Guerre, continuent leur activité, comme les maisons de Robert Piguet, Jacques Fath, ou de Cristóbal Balenciaga. Partout en France l'industrie textile se reconstruit. Américains, Australiens, Anglais, les acheteurs du monde entier investissent Paris dès la Libération. Micheline Bernardini s'affiche vêtue d'un bikini, déclenchant de vives critiques à cause de ses dimensions, mais également parce qu'il laisse apparaître le nombril. Malgré l'euphorie de cette époque, il faut attendre un peu avant que la mode ne subisse un renouveau qui va balayer celle des années de conflit.
« La mode nouvelle » vignette|upright=0.70|Dior : le tailleur Bar de 1947. La mode des années 1950 débute le … 1947 ; ce matin là avenue Montaigne, un nouveau couturier, Christian Dior, présente sa première collection. Tenue secrète, des rumeurs se sont répandues sur l'importance de celle-ci, le nom du couturier est sur toutes les lèvres. À l'issue du défilé, la journaliste américaine Carmel Snow du Harper's Bazaar rebaptise cette collection « ». Dans les jours qui suivent, ce va révolutionner la mode mondiale, marquant par la profusion de ses tissus et par sa féminité exacerbée , par son optimisme, la fin des années de privations : malgré l'élitisme de la haute couture, le donne l'image d'un avenir meilleur. Alternant entre scandale et succès suivant les publics, l'inconnu Dior est propulsé au firmament de la mode. Il va dominer jusqu'à sa mort la haute couture, donnant à chaque saison de son influence majeure. La tendance des vêtements à la ligne floue des années de conflit passe rapidement à une silhouette corsetée, avec des vêtements cintrés marquant les hanches et la poitrine, complétés d'une jupe longue, large dans le bas, ou au contraire très étroite et tubulaire. . Les manteaux, bien qu'amples, sont également serrés à la taille pour épouser la silhouette du et assez longs pour couvrir jupe ou robe. Ces années là, les fourreurs et les modistes sont nombreux ; se couvrir les cheveux d'un large chapeau ou au moins un petit couvre-chef est obligatoire, de même que les gants le plus souvent. Les accessoires, que ce soit le sac à main, l'indispensable ceinture marquant la taille, ou les chaussures, se doivent d'être assortis. Bien que l'industrie de la chaussure soit très présente en Italie, les chausseurs Charles Jourdan et Roger Vivier créent des modèles luxueux en France. Les publicités pour les parfums et cosmétiques envahissent la presse, ces produits apportant des revenus aux couteuses maisons de couture.
Dès , le magazine ELLE résumant l'année écoulée titre en couverture « La mode nouvelle » ; sa rédactrice en chef Hélène Lazareff insiste sur la place prépondérante de la haute couture française qui . Une fois de plus, d'après ce magazine, la seconde collection de Dior Elle, , du 25 septembre 1947. Sont présentes également au sein de ce numéro les créations de Balmain ou Lelong.. Vogue précise qu' La prospérité de la haute couture française est de retour et celle-ci va influencer directement la rue.
Cristóbal Balenciaga, le , , a ouvert sa maison de couture en 1937 Avenue George-V mais rencontre le succès après la Guerre avec ses vêtements élégants, raffinés, alternant entre l'usage de couleurs sombres ou colorés. L'apparence de simplicité et d'équilibre qui résulte de ses créations cache en fait une rigueur à toutes les étapes de la confection, dont le montage est souvent compliqué. Son modèle phare des années 1950 et de multiples fois réinterprété consiste en Mais le couturier se fait également connaitre par d'autres styles très différents qu'il maitrise à la perfection : ses robes ballons, robes tonneaux ou robes sacs, ses capes, ses tailleurs… Ses vêtements semblent parfois flotter sur le corps. Si ceux destinés à la journée sont sobres et pratiques, les robes du soir sont . Le couturier ne cherche nullement à influencer la tendance de l'époque, il expérimente et coupe, il est la tendance. Éminemment respecté, Balenciaga fait l'unanimité des médias et des couturiers, y compris auprès du premier d'entre eux, Dior.
En cette période conservatrice, l'émancipation vestimentaire acquise par les femmes durant la Guerre est révolue, effacée par Dior. La « maîtresse de maison » se doit d'être toujours correctement habillée au foyer, y compris pour les tâches ménagères ; chaque moment de la journée est codifié par un style de tenue ; pour les courses ou le , il convient de se vêtir d'une robe élégante et d'être toujours apprêtée. écrit Good Housekeeping ; cité in : . La publicité véhicule cette image idéalisée. Les marques américaines Revlon, Helena Rubinstein ou Elizabeth Arden dominent le marché des cosmétiques et leur expansion va de pair avec le lancement permanent de nouveaux produits, appuyé par de larges campagnes de communication ; le maquillage des yeux et des lèvres est primordial. Le teint clair et la bouche foncée, les longs traits d' rehaussés d'indispensables faux-cils, sont des classiques. Les mannequins et modèles, dont le métier s'améliore et devient enviable grâce à Eileen Ford entre autres, contribuent à répandre ces préceptes de maquillage. Au-delà des couturiers, les photographes de mode perpétuent à diffuser l'image de la femme. Irving Penn est, ces années là, d'une influence déterminante. . Le cinéma est également un vecteur de diffusion de la mode, et de nombreux couturiers ont une activité de costumier.
« La nouvelle silhouette » Les fibres synthétiques se répandent, à l'image du nylon pour les bas qui deviennent de plus en plus fins, du Rhovyl, de l'acrylique, ou du Rilsan plus tard ; celles-ci donnent des vêtements chauds, solides, légers ou faciles à nettoyer et repasser. en est le principe. Un usage important du nylon mélangé à d'autres fibres est fait pour la fabrication de la lingerie qui entraine des ventes importantes de sous-vêtements grâce à son aspect pratique. Si le corset à baleines perdure, le porte-jarretelles ou la gaine-culotte prennent l'avantage. La guêpière ou le serre-taille font partie intégrante de la garde-robe féminine de celles qui suivent la mode afin de maintenir cette silhouette à taille étroite imposée par le style Dior. Les soutiens-gorge pointus se doivent de bien séparer chaque sein et faire une poitrine proéminente.
Les textiles s’allègent également pour l'ensemble complet-veston de l'homme qui n'a que peu évolué depuis les années de guerre, et seulement dans les détails. Les chemises sont confectionnées elles aussi en nylon, la cravate n'est pas systématique et parfois remplacée par un foulard. Pour ses loisirs, les premiers signes du apparaissent, l'homme peut s'habiller de tenues plus décontractées. Les premiers défilés et présentations pour hommes sont lancés, ainsi que des salons professionnels. Vers le milieu des années 1950, le centre de la mode masculine bascule des classiques tailleurs londoniens, spécialistes du sur mesure, vers l'Italie.
Les beatniks, mouvement importé d'Amérique, apparaissent ainsi que d'autres sous-cultures comme les Teddy Boys, développant leur propre mode. Ce pays, qui a développé par obligation le principe de la fabrication en série durant les années de Guerre, va importer son modèle partout en Europe, posant en leader les prémices du prêt-à-porter. L'idée même de ce « prêt-à-porter » et surtout le réseau commercial pour le distribuer n'existe pas, on parle alors de « confection », la production en plusieurs exemplaires d'un même modèle, à la distribution très localisée et le minimum d'essayages. Le Royaume-Uni se fait une spécialité dans la fabrication de différents textiles, qu'ils soient synthétiques ou naturels comme la traditionnelle laine. La mode londonienne reste classique, les restrictions en Angleterre perdurent jusqu'au début des années 1950. Seuls l'Américain et l'Anglais Edwin Hardy Amies, surtout pour son rôle auprès de la famille royale d'Angleterre, sont largement médiatisés. D'origine britannique, le est popularisé par les actrices hollywoodiennes. Les mannequins anglais de premier-plan, tels Goalen, Campbell-Walter ou Gunning viennent travailler en France, tout comme l'Américaine Suzy Parker. L'Italie de son côté développe une nouvelle créativité répartie entre Rome, Florence et Milan qui ne perce pas encore en France.