Georges Delerue, prononcé [], né le à Roubaix (Nord) et mort le à Burbank (Californie), est un compositeur et musicien français, spécialiste de musiques de films.

Auteur de plus de trois cents musiques de films, il reçoit à trois reprises le César de la meilleure musique, en 1979 pour Préparez vos mouchoirs, en 1980 pour L'Amour en fuite et en 1981 pour Le Dernier Métro, et l'Oscar de la Meilleure partition originale lui est décerné en 1980 pour I Love You, je t'aime.

Biographie Enfance ouvrière Georges naît dans un milieu amateur de musique : ses parents, Georges Delerue, contremaître à la fabrique de limes de la rue Decrême, et Marie Lhoest, qui aime chanter Gounod ou Bizet en s'accompagnant au piano, emmènent souvent leur fils dans une des sept salles de projection que compte alors Roubaix. L'enfant se passionne pour le cinématographe et dès l'âge de cinq ans essaie de bricoler un projecteur, avec le Meccano censé le mettre sur les traces de son père, et de reproduire des pellicules à partir de ses dessins. Cette passion ne le quittera plusG. Delerue, cité in Gimello, .

Élève de l'école professionnelle Turgot, qui le forme aux métiers de la métallurgie, il est inscrit en 1939 par sa mère au conservatoire pour apprendre à jouer de la clarinette qu'il a héritée de son oncle, mais il ne s'y intéresse guère« Biography : itinéraire d'un élève doué, ».. Dès l'année suivante, à quatorze ans et demi, il doit cesser toutes études et prendre un travail dans l'usine où travaille son père afin d'aider financièrement sa famille. Toutefois, il goûte avec son grand-père maternel, chef de chœur, le plaisir de la musique chantée en groupe et participe en tant que clarinettiste à la fanfare locale.

Il réussit à convaincre ses parents de lui laisser les après-midi pour étudier au conservatoire le solfège. Il est admis dans la classe de piano de Madame Picavet-Bacquart, qui lui fait découvrir Bach, Mozart, Beethoven, Chopin, Grieg« Biography : itinéraire d'un élève doué, ».. Richard Strauss devient son idéal. vignette|Hollywood, buste en 3D de Georges Delerue réalisé au lycée professionnel Turgot de Roubaix et la fiche d'inscription scolaire du compositeur. Souffrant d'une scoliose ancienne, il est opéré à la suite d'une chute de bicyclette. Cinq mois passés allongés dans un plâtre sont une épreuve qui détermine l'adolescent à consacrer sa vie à la composition musicale. En 1943, en dépit des réticences qu'ont suscitées son extraction sociale, son inculture musicale et le retard en solfège qu'ont induits ses obligations professionnelles, il est admis en classe d'harmonie par un nouveau directeur, plus ouvert, Alfred Desenclos, lequel perçoit le talent de son élève et obtient des parents de celui-ci qu'il abandonne l'usine.

Conservatoire de Paris En 1945, Georges Delerue termine le conservatoire de Roubaix par un premier prix de piano, un premier prix de musique de chambre, un premier prix d'harmonie, un deuxième prix de clarinette et réussit les épreuves d'admission au Conservatoire de Paris« Biography : itinéraire d'un élève doué, ».. Il apprend la fugue dans la classe de Simone Plé-Caussade et la composition dans celle d'Henri Büsser, que remplace Darius Milhaud en 1948. Bénéficiaire de la bourse Fernand-Halphen, il doit toutefois, pour financer ses études, jouer dans les bals jusqu'en province. Il accompagne à l'orgue baptêmes, mariages, obsèques. Attiré par le jazz, il se produit dans les pianobars du quartier de l'Opéra.

C'est dans ce cadre qu'il produit en 1947 une première œuvre, Panique, et s'initie à la direction d’orchestre auprès de l'ex-chef d'orchestre des Ballets russes Roger DésormièreN. Guillot, « Georges Delerue/Roger Désormière : leçon de direction d'orchestre », Comité Roger Désormière, novembre 2015.. Il reçoit des leçons également de Jean Rivier. Il produit son premier quatuor à cordes l'année suivante, en 1948 et, afin d'améliorer sa situation financière, travaille comme prête-plume pour le compositeur de musique de film Jean Marion.

Radio France En 1949, il obtient le Premier Prix de Composition ainsi que le Premier Second Grand Prix de Rome, auquel il avait échoué deux ans plus tôt. Il compose un Concertino pour trompette et orchestre à cordes en 1951 et l'année suivante, en 1952, il est nommé compositeur et chef d'orchestre à la Radiodiffusion française. C'est là qu'il écrit en 1955 sa Symphonie concertante.

En 1957, il crée à l'Opéra de Nancy, en collaboration avec Jésus Etcheverry (direction musicale) et Marcel Lamy (mise en scène), un opéra sur une pièce de Boris Vian d'après la légende des Chevaliers de la Table ronde, Le Chevalier de neige. Sur les conseils de Darius Milhaud, il commence à composer pour le théâtre, pour Jean Vilar, puis pour le cinéma, avec Hiroshima, mon amour en 1959.

La Nouvelle Vague Sa rencontre avec les deux réalisateurs issus de « la Nouvelle Vague » que sont François Truffaut et Jean-Luc Godard sera déterminante pour faire connaître sa musique bien au-delà des frontières de la France, notamment avec ses compositions pour Jules et Jim en 1962 et Le Mépris en 1963. Son écriture musicale s'inscrit dès lors dans une veine romantique qu'il ne cessera de développer, parfois dans un style léger et aérien (Le Roi de cœur, Le Diable par la queue, Les Caprices de Marie), parfois dans une écriture plus grave et tourmentée (L'Insoumis, L'important c'est d'aimer). Collaborateur fidèle de Truffaut, il composera pour ce dernier une dizaine de partitions dont notamment Les Deux Anglaises et le Continent, La Nuit américaine, L'Amour en fuite, Le Dernier Métro, La Femme d'à côté ou Vivement dimanche !, le dernier film du cinéaste. Truffaut lui offre deux rôles de comédien dans ses films : celui du notaire dans Les Deux Anglaises et le Continent et son propre rôle de compositeur dans La Nuit américaineArmand Hennon. François Truffaut, la passion des seconds rôles : 100 portraits d’acteurs et d’actrices. Lett Motif, 2024 , pp. 144-147..

Le spectacle populaire Autre collaboration privilégiée avec le réalisateur Philippe de Broca, la musique de Delerue sait aussi prendre une dimension plus aventureuse comme en témoignent ses partitions pour Cartouche, L'Homme de Rio ou L'Africain. Les films de Philippe de Broca lui ouvrent naturellement les portes d'un cinéma français populaire, où Delerue compose la musique de grands succès publics pour les films de Gérard Oury (Le Corniaud, Le Cerveau), d'Henri Verneuil (Cent Mille Dollars au soleil), d'Édouard Molinaro (Hibernatus), ou d'Henri Colpi (Heureux qui comme Ulysse).

Musicien prolifique, il compose également pour la télévision et la radio (Jacquou le Croquant, Les Rois maudits de 1972, l'indicatif de Radioscopie de Jacques Chancel). Il composera aussi la musique du spectacle de nuit La Cinéscénie du Puy du Fou (pour la période 1982-2002), auquel ont prêté leurs voix Alain Delon, Jean Piat, Suzanne Flon, Robert Hossein ou encore Philippe Noiret en 1981.

Dans les années 1970, il rencontre la faveur de nouveaux réalisateurs comme Claude Miller, Yannick Bellon ou Alain Corneau. Le cinéma français le récompensera trois années consécutives en 1979, 1980 et 1981, où il obtient le César de la meilleure musique pour ses compositions sur les films Préparez vos mouchoirs, L'Amour en fuite et Le Dernier Métro.

Carrière internationale Les cinéastes étrangers commencent également à s'intéresser à son travail, notamment Fred Zinnemann (Un homme pour l'éternité, Chacal) ou Mike Nichols (Le Jour du dauphin), mais sa peur panique de l'avion l'oblige à limiter ses déplacements aux États-Unis. Il ne se décidera à s'installer à Hollywood qu'à partir de 1980, où il remporte l'Oscar de la meilleure musique pour le film I Love You, je t'aime de George Roy Hill. Il travaillera notamment sur les musiques de Salvador en 1985 et de Platoon en 1986 pour le réalisateur Oliver Stone. Son séjour américain lui laissa un sentiment d'insatisfaction : il ne trouva pas la liberté de composition nécessaire.

Parallèlement à sa carrière américaine, il continuera de composer pour le cinéma français, dont on retiendra les très belles partitions de Un homme amoureux de Diane Kurys en 1986, le diptyque La Révolution française en 1989 et surtout son magnifique Concerto de l'Adieu composé pour le film Diên Biên Phu en 1992.

vignette|Le tombeau familial au Père Lachaise, division 44, porte à l'ombre d'une grande croix une inscription In memoriam. Georges Delerue meurt à d'une attaque cérébrale au de Burbank.. Il est enterré au Forest Lawn Memorial Park de Glendale, en Californie ; une mention in memoriam figure sur la sépulture familiale au cimetière du Père-Lachaise (division 44), matérialisant sa présence en France.

Martin Scorsese utilise le Thème de Camille, musique du film Le Mépris, dans son film Casino. Catherine Corsini reprendra aussi ses musiques dans son film Partir (2009). Wong Kar Wai, reprendra Julien et Barbara du film Vivement dimanche! dans son film 2046 (2004).

Compositions

Musiques de films Cette liste est non exhaustive, Georges Delerue a composé des musiques pour 348 films Filmographie sur ciné ressources :

Musique de télévision 1958 : L'Alcade de Zalamea, de Marcel Bluwal (téléfilm) 1959 : Macbeth, de Claude Barma 1959 : Marie Stuart, de Stellio Lorenzi 1960 : Andromaque, de Roger Iglésis 1961 : La Reine morte, de Roger Iglésis 1962 : Les Caprices de Marianne, de Claude Loursais 1962 : Le Cid, téléfilm de Roger Iglésis 1963 : Le Scieur de long, de Marcel Bluwal 1963 : La Surprenante Invention du professeur Delalune, de Marcel Cravenne 1964 : Les Indes noires de Marcel Bluwal 1964 : Woyzeck, de Marcel Bluwal 1967 : Le Secret de Wilhelm Storitz d'Éric Le Hung 1967 : Les Aventures de Huckleberry Finn (Mark Twain), de Marcel Cravenne 1968 : Thibaud ou les Croisades de France Bennys et Henri Colpi 1969 : Fortune de Louis Falavigna et Bernard Dabry 1969 : Jacquou le Croquant de Stellio Lorenzi 1971 : Adieu mes quinze ans de Claude de Givray 1972 : Les Rois maudits de Claude Barma 1972 : L'Homme qui revient de loin de Michel Wyn 1974 : Paul et Virginie de Pierre Gaspard-Huit (feuilleton télévisé) 1974 : La Cloche tibétaine de Michel Wyn (mini série télévisée) 1975 : Splendeurs et misères des courtisanes (mini-série) de Maurice Cazeneuve 1975 : Les Compagnons d'Eleusis de Claude Grinberg 1975 : Paul Gauguin (mini-série) de Roger Pigaut 1976 : Milady de François Leterrier 1977 : Le Chandelier (téléfilm) de Claude Santelli 1978 : Photo souvenir (téléfilm) d'Edmond Séchan 1978 : Madame le juge de Nadine Trintignant (série TV), épisode : Un innocent 1978 : Messieurs les ronds-de-cuir (téléfilm) de Daniel Ceccaldi 1980 : Les Chevaux du soleil de François Villiers 1980 : Les Visiteurs de Michel Wyn 1980 : Fantômas de Claude Chabrol 1980 : Arsène Lupin joue et perd d'Alexandre Astruc 1981 : Le Mythomane de Michel Wyn 1985 : Amos, le grand-père justicier (Amos) de Michael Tuchner 1986 : L'Épée de Gédéon de Michael Anderson 1986 : Saison 1 d'Histoires fantastiques, épisode 18 Dorothy et Ben de Thomas Carter 1986 : Sin of Innocence d'Arthur Allan Seidelman 1987 : Les Rescapés de Sobibor de Jack Gold 1987 : Queenie, la force d'un destin de Larry Peerce 1991 : The Josephine Baker Story de Brian Gibson

Musiques de documentaires 1952 : Les ingénieurs de la mer de Jean Raynaud 1952 : Nos soldats en Afrique noire du Service cinématographique des armées 1952 : Paysages antarctiques de Luc-Marie Bayle et Jean Rouilly 1953 : L'Aventure et ses terre-neuvas d'André Nester 1953 : Madagascar, terre de traditions et d'avenir du Service cinématographique des armées 1953 : Soldats du Maroc de Bernard Simiot 1978 : Le Testament de l’île de Pâques de Jacques-Yves Cousteau 1979 : Le Nil de Jacques-Yves Cousteau 1987 : Tours du monde, tours du ciel de Robert Pansard-Besson

Œuvres pour la scène

Opéras Ariane Le Chevalier de neige Une regrettable histoire Médis et Alyssio