Taormine (, , du via le ) est une commune de la ville métropolitaine de Messine, dans la région Sicile, en Italie.
Géographie Situation Taormine est située sur la côte est de la Sicile, à peu près à mi-chemin entre Messine et Catane (), au sud de la province de Messine.
Elle s’étend sur une terrasse du Mont Tauro à 200 m d’altitude, un des derniers sommets des monts Peloritani.
La ville est en balcon sur la mer face à l’Etna. La Calabre, distante d'environ 30 km, est visible par temps clair ainsi que la nuit.
Histoire Période grecque La légende dit que des marins grecs, passant sur la côte orientale de la Sicile, avaient oublié de sacrifier à Poséidon. Celui-ci, en colère, fit chavirer leur embarcation. Le seul survivant, Théocle, parvint au Cap Schiso, non loin du site de Naxos (aujourd'hui Giardini-Naxos). Il retourna ensuite en Grèce pour narrer à ses compatriotes les merveilles de la Sicile. Certains, convaincus, décidèrent de venir s’y installer. Strabon évoque la plage appelée « Etable à fumier » jonchée de débris de bateaux victimes du Charybde, 6, 268.Pierre Lévêque, « Les colonies chalcidiennes de la côte orientale », La Sicile, Presses Universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 261-278. ..
Taormine, entre les puissantes cités de Catane au Sud et de Messine au Nord, à proximité du continent, faisant face à la Grèce, occupait une position géographique clef. Cette situation a déterminé une grande part de son histoire. La ville actuelle ne se situe qu'à 5 km du site antique de Naxos, et on est certain que la cité romaine de Tauromenium (emplacement actuel de la ville) n'a pas existé avant la destruction de Naxos par Denys l'Ancien en .
Les circonstances entourant sa fondation restent quelque peu confuses et incertaines. Les Sicules occupent le site, Denys l’Ancien également. Ce dernier, selon Diodore de Sicile, après avoir détruit Naxos, mit en exil les survivants et attribua le territoire de la ville aux Sicules qui, délaissant le site de la cité antique, s'établirent au Nord sur la colline du Taurus. Ils y construisirent tout d'abord un camp provisoire (en ), puis érigèrent des murailles en pierre. Le camp devint alors une forteresse classique, et une nouvelle ville baptisée Tauroménion fut créée, XIV, 58-59.. Le lieu était toujours dans les mains des Sicules en , tenant en échec Denys l'Ancien qui l'assiégea en vain pendant une grande partie de l'hiver -394. Même s'il avait réussi une fois, de nuit et par surprise, à se frayer un chemin à travers les murs, il fut repoussé en subissant de lourdes pertesIbid. 87-88. Cependant, dans le traité de paix conclu en , il fut expressément stipulé que Tauroménion devait être assujettie à Denys, qui expulsa la plupart des Sicules qui s'étaient installés là, et qui y installa ses propres mercenairesIbid. 96.
Nous n'avons pas d'informations sur Tauroménion entre cette date et , date à laquelle Diodore nous rapporte qu'Andromaque, père de l'historien Timée de Tauroménion, réussit à réunir ce qui restait des exilés de Naxos, disséminés à travers la Sicile, et à tous les installer à TauroménionIbid., XVI, 7. Contrairement à ses précédents témoignages, Diodore relate ici ces évènements comme s'il s'agissait d'une nouvelle fondation de la ville, voire comme la première fois qu'on donnait son nom à la cité. On ne sait pas exactement ce que sont devenus les anciens habitants. Cependant on peut considérer ce témoignage fiable dans les grandes lignes, et que c'est à cette date () que la ville de Tauroménion fut enfin considérée comme une cité grecque à part entière, prenant ainsi la place de Naxos même si elle n'en occupait pas le siteWesseling, ad Diod. XIV 59., pouvant expliquer l'approximation de Pline l'Ancien affirmant que Tauromenium avait jadis été nommée NaxosPline III, 8, s 14.
Cette nouvelle implantation semble être devenue prospère rapidement. À l'époque de l'expédition de Timoléon en , c'était vraisemblablement une ville importante. Ce fut le premier endroit en Sicile où ce chef mit pied à terre, réussissant à déjouer la vigilance des Carthaginois qui gardaient le détroit de MessineDiodore XVI 68; Plutarque Timol. 10.. La cité était encore sous la direction d'Andromachus, dont le gouvernement juste et équitable contrastait avec celle des tyrans et despotes des autres villes siciliennes (comme à Syracuse par exemple). Il accueillit chaleureusement Timoléon, et lui offrit repos et sécurité jusqu'à ce qu'il puisse mener à bien ses plans dans les autres régions de la SicileDiod. l. c.; Plut. l. c.. Contrairement aux autres tyrans et chefs qui furent chassés par Timoléon, il est certain qu'Andromachus conserva son statut de chef et son autorité, et ce jusqu'à sa mortMarcellin. Vit. Thucyd. § 27.
Tauroménion est ensuite assez peu mentionnée dans les textes. Il est probable qu'elle passa sous l'autorité d'Agathocle de Syracuse, qui conduisit l'historien Timée à l'exil. Quelque temps après, la ville fut soumise par un tyran local du nom de Tyndarion, contemporain de Hicétas de Syracuse et de XXII Exc. H. p. 495.. Tyndarion fut l'un de ceux qui invitèrent Pyrrhus en Sicile (). Lorsque le monarque (formidable général de guerre mais piètre homme politique) débarqua avec son armée à Tauroménion, Tyndarion le rejoignit avec toutes ses forces, le supportant dans sa marche sur SyracuseDiod. l. c. pp. 495, 496. Quelques années plus tard, on retrouve la trace de Tauroménion : elle est alors tombée sous la coupe de Hiéron de Syracuse, et elle a servi de bastion dans la guerre contre les MamertinsIbid. p. 497.. vignette|Taormine vue de Mont Venere, Monts Péloritains. Elle fit également partie des villes laissées sous sa domination par le traité de paix avec les Romains en Diod. XXIII p. 502. C'est pourquoi le nom de Tauroménion n'est pas cité pendant la première guerre punique.
Période romaine Tauromenium fit partie intégrante du royaume de Syracuse jusqu'à la mort de Hiéron. Elle passa ensuite sous la domination de Rome lorsque la totalité de la Sicile devint une province romaine. On ne possède cependant que peu d'informations sur sa participation à la deuxième guerre punique, même si d'après une allusion d'Appien (Sic. 5) il semble qu'elle se soit soumise à Marcellus en des termes favorables.
C'est probablement à cette occasion qu'elle obtint la position particulièrement bénéfique qu'elle conserva sous la domination romaine. En effet, Cicéron nous rapporte que Tauromenium était une des trois villes siciliennes disposant du statut de civitas foederata (cité alliée). Ainsi elle garda une indépendance nominale et n'était même pas sujette comme Messine à l'obligation de fournir des bateaux de guerre (Cicéron Verrines II 6, III 6, V 19).
La ville subit de lourds dommages lors de la première guerre servile ( à ). Elle tomba aux mains des esclaves insurgés qui, étant donné la position de la ville, en firent un de leurs bastions. Ils furent ainsi capables de défier longuement le consul Publius Rupilius. Ils résistèrent jusqu'à ce qu'ils furent réduits à la famine, et trahis par un de leurs chefs du nom de Sarapion. Tous les survivants périrent par l'épée (Diod. XXXIV. Exc. Phot. p. 528; Oros. v. 9). Tauromenium a aussi subi un lourd tribut lors de la guerre menée par Sextus Pompée en Sicile. En raison de la position stratégique de la ville, il en fit en un de ses principaux points d'appui contre Auguste.
La ville fut d'ailleurs témoin d'une bataille navale entre une partie de la flotte d'Octave, commandée par le triumvir en personne, et celle de Pompée qui se termina par la défaite de celui-ci et la quasi-destruction de sa flotte (Appian, B.C. v. 103, 105, 106-11, 116; Dion Cassius XLIX 5). Après la défaite de Pompée, Auguste choisit d'y établir une colonie romaine par mesure de précaution du fait de sa position de force. Il fit ainsi expulser les anciens habitants pour y installer ses colons (Diod, XVI 7). Strabon mentionne Tauromenium comme une des villes subsistant encore de son temps sur la côte est de la Sicile, même si la population était inférieure à celle de Messine ou de Catane (Strab. VI pp. 267, 268). Pline et Ptolémée lui assignent tous deux le rang de colonia (Plin. III 8. s. 14; Ptol. III 4. § 9), et il semble d'ailleurs que ce fut une des villes de Sicile à continuer de recevoir de la considération sous l'Empire romain.
Son territoire était connu pour la qualité de son vin (Plin. XIV 6. s. 8), et produisait une sorte de marbre qui semble avoir été très demandée (Athen. v. p. 207.). Juvénal mentionne également ses produits de la mer, en particulier des mulets de choix (Juv. v. 93.).
Époque médiévale Les Itinéraires placent Tauromenium à 40 km de Messine et à la même distance de Catane (Itinéraire d'Antonin p. 90; Table de Peutinger). La ville demeure une des plus importantes villes de Sicile après la chute de l'Empire d'Occident. Grâce à sa position de force, elle fut l'une des dernières places-fortes à demeurer aux mains de l'Empire byzantin dans la région. Cependant la ville fut prise par les musulmans en 902 après un siège de deux ans, et fut partiellement détruite. La ville résista farouchement, ce n'est que sous l'émir aghlabide Ibrahim II lui-même, qui venait d'abdiquer au profit de son fils pour se consacrer à la guerre sainte en Sicile, que la cité finit par tomber. Il faudra deux autres sièges, en 913 et 962, pour vaincre définitivement la résistance des habitantsJean-Yves Frétigné, Histoire de la Sicile, Pluriel / Fayard, 2018, .
Lors de la conquête normande de la Sicile musulmane, Taormine est prise en 1079 par les troupes dirigées par Roger de Hauteville et son fils Jourdain. Taormine fit alors partie du comté puis du royaume de Sicile proclamé en 1130 par le fils de Roger de Hauteville, Roger II. Il s’ensuivra une longue période de prospérité.
En , le roi d'Angleterre Richard Cœur-de-Lion y séjourna quelques jours avec le roi Tancrède de Sicile ; le roi de France Philippe Auguste vint à Taormine les rejoindre peu après, avant leur retour à Messine et leur départ pour la Terre sainteFerdinand Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, t. II, chap. XIV, p. 442..
vignette|redresse|Corso Umberto par Giovanni Crupi, 1906.
À la fin du , Taormine fut rendue célèbre par Wilhelm von Gloeden qui y travailla pendant la majeure partie de sa vie à photographier principalement des hommes nus. Le premier touriste important de Taormine fut Goethe qui dédia à la ville quelques pages exaltantes dans son livre intitulé Voyage en Italie.
Le peintre Otto Geleng est aussi reconnu pour avoir participé à la renommée de Taormine, même s'il était mieux connu dans sa ville de Berlin où il exposait les peintures qu'il avait peintes en Italie. Cependant, ce qui distingue Geleng est son choix de peindre les régions les plus méridionales de l'île, réussissant à capturer les vues et lumières les plus spectaculaires. Il peignit souvent les endroits où se trouvaient des ruines grecques, en particulier Taormine. Ses œuvres ont fait parler de la beauté de Taormine, et en ont fait une destination touristique prisée. L'artiste arriva à 20 ans à la recherche de nouveaux sujets pour ses peintures. Sur sa route vers Taormine, il devint si amoureux du paysage qu'il décida d'y faire halte pendant une partie de l'hiver. Geleng commença à peindre tout ce que Taormine pouvait offrir : les ruines, la mer, les montagnes, paysages qu'on ne retrouve nulle part en Europe. Lorsqu'il exposa plus tard ses peintures à Paris et Berlin, on critiqua son imagination débridée. En entendant ceci, Geleng les incita à venir avec lui à Taormine, leur promettant de payer leur voyage s'il ne disait pas la vérité.