vignette|L'université de Tokyo, Une des plus prestigieuses universités du pays . Le système universitaire au Japon est le dernier échelon du système éducatif japonais. Il se constitue lors de l'ère Meiji à la fin du , tout en bénéficiant du réseau scolaire dense constitué lors des époques précédentes.
Il compte plus de , la plupart sont privés (environ 600), mais certains relèvent d'un système national () ou public (). Si les établissements privés scolarisent les trois-quarts des étudiants de premier cycle, les établissements nationaux captent eux plus de la moitié des étudiants de second cycle, et près de 70 % des étudiants de troisième cycle.
Les activités de recherche sont concentrées dans une dizaine d'universités nationales et quelques grosses universités privées. Les universités jouent un rôle important dans le développement économique du pays en s'imposant comme des pôles d'innovations importants. Le système universitaire du pays est l'un des seuls à avoir formé et employé plusieurs dizaines de prix Nobel.
Le système universitaire longtemps très élitiste connait une phase de massification après guerre, puis de généralisation à partir des années 2000 (plus de la moitié des lycéens poursuivent leurs études à partir de 2010). Il s'engage aussi dans une internationalisation dans les années 1990 pour capter plus d'étudiants étrangers, et ceux-ci passent le cap des en 2019. Le baisse de la natalité dans le pays fait peser des contraintes sur les plus petites universités, souvent rurales.
Historique Début du système universitaire lors de l'ère Meiji
Un embryon de système universitaire public voit le jour au Japon en 1877 avec la création de l'Université impériale de Tokyo, première des universités impériales du pays. Le gouvernement japonais prend initialement comme les exemples les systèmes universitaires français et anglosaxons pour structurer le fonctionnement, la pédagogie, et la recherche, avant de se rapprocher du modèle prussien à partir des années 1870. Une seconde université impériale est fondée en 1897 à Kyōto.. Dès 1900 la diète japonaise vote en faveur de la création de deux nouvelles universités impériales, l'une dans la région du Tōhoku et l'autre sur l'île de Kyūshū 九州大学年表 (~明治44年), archives de l'Université de Kyūshū, consulté sur www.arc.kyushu-u.ac.jp le 29 avril 2011. Ces projets sont repoussés en raison de la hausse des dépenses militaires occasionnée par les risques de conflit contre la Russie. L'Université impériale du Tōhoku ouvre finalement à Sendai en 1907 日本の各大学 創設趣旨, seishikan, consulté sur www.seishinkan.jp le 29 avril 2011, et l'Université impériale de Kyūshū ouvre elle à Fukuoka en 1911. Si les idées occidentales comme le progressisme et le socialisme rencontrent un échos très favorable au sein des enseignants et des étudiants de ces universités dès les années 1880, le pouvoir y voit une possible menace à son autorité.. Ce dernier adopte en 1886 le puis en1890. le rescrit impérial sur l'éducation, qui permettent de limiter la liberté d'expression des professeurs des universités impériales en les traitant comme des fonctionnaires. Si leurs administrations est en théorie très contrôlée par le ministère de l'éducation, deux incidents, l'affaire des sept docteurs en 1905 puis l' en 1913, permettent aux facultés de gagner en autonomie..
vignette|Fondée en 1858 comme école spécialisée, l'Université Keiō est l'une des plus anciennes du pays. L'ère Meiji voit aussi s'ouvrir de très nombreuses écoles privées, dont le cursus est destiné à l'enseignement de l'anglais et/ou de savoirs occidentaux. Si la plupart d'entre elles périclitent, certaines vont par la suite évoluer et constituer les premières universités privées. Ces écoles sont en majeure partie situées à Tokyo, mais des centres culturels importants comme Kyoto sont aussi concernés. Si ces écoles sont surtout animées par des formateurs japonais, certaines d'entre elles, comme Dōshisha à Kyoto, les universités Rikkyō et Sophia à Tokyo sont fondées par divers mouvements chrétiens.. D'autres, comme Waseda ou Keiō, sont liées à des personnalités politiques ou intellectuelles., et Tsuda ou Jissen, sont elles liées à des militantes du droit des femmes..
Les écoles spécialisées, publiques comme privées, voient leurs fonctionnements régulés et en parti unifiés par la loi sur l'enseignement spécialisé en 1903. Le cursus doit faire au minimum trois ans, et l'accès est conditionné à l'achèvement d'une scolarité en lycée au préalable. 31 écoles sont initialement reconnues, qui exercent dans différents domaines comme la médecine (pour cinq d'entre elles), le droit (pour 11 d'entre elles), les lettres et langues (pour huit d'entre elles), ou la religion (sept au total). Plusieurs des écoles relevant de l'État vont évoluer lors de réformes ultérieures pour devenir des universités de plein droit (dont l'École des langues étrangères de Tokyo, l'École de musique de Tokyo et l'École des beaux-arts de Tokyo)..
Essor de l'ère Taishō à la fin de la Seconde Guerre mondiale L'enseignement universitaire japonais accueille un nombre croissant d'étudiants : de en 1915, leur nombre passe à en 1940..
thumb|L'Auditorium Ōkuma de l'Université Waseda, inauguré en 1927. L'école ouverte en 1882 est l'une des premières institutions privées à accéder au rang d'université en 1920. Ce développement de l'enseignement supérieur est encouragé par la loi sur l'université de 1918 qui permet à plusieurs écoles privées spécialisées de se constituer en universités privées. Sous réserve de remplir des conditions de financement et d'accueil des étudiants particulières (fonds de dotation et nombre de bâtiments suffisants), ces écoles peuvent candidater pour recevoir cette reconnaissance par l'État. En , les écoles de Waseda et de Keiō sont les premières à valider ces conditions, suivies en avril de la même année par Meiji, Hōsei, Chūō, Nihon, Kokugakuin, et par Dōshisha. À la fin de l'ère Taishō en , 22 établissements privés sont reconnus comme universités.. Elles sont au nombre de 30 en 1930 et diplôment quinze mille étudiants par an, pour des effectifs totaux d'environ quarante mille étudiants.
La loi sur l'université de 1918 permet par ailleurs la création d'universités, souvent dotées d'une unique faculté, par des institutions publiques autres que le ministère de l'Éducation, notamment par des préfectures (création de l'université préfectorale de médecine d'Osaka en et de l'université préfectorale de médecine d'Aichi en 1920, et nouveau statut pour d'anciennes écoles qui deviennent l'université préfectorale de médecine de Kyoto en 1921 et l'université préfectorale de médecine de Kumamoto en 1922). En parallèle les universités impériales voient leur nombre croitre : l'Université impériale d'Ōsaka est instituée en 1931 et celle de Nagoya en 1939. Dans l'Empire s'ouvre à Séoul l'Université impériale de Keijō en 1924 et à Taipei l'Université impériale de Taihoku en 1928. Au total en 1940 ces diverses universités publiques sont au nombre de 19, et comptent plus de .
Les diplômés de l'enseignement supérieur constituent cependant une infime minorité ne dépassant pas 0,3 % de la population dans les . Les femmes restent aussi sous-représentées et n'atteignent que 9,9 % de la population étudiante en 1937. Presque exclues des universités nationales, elles peuvent néanmoins compter sur une cinquantaine d'écoles et d'universités réservées aux femmes. La politisation des étudiants est aussi notable. Dans les années 1910 se constituent des associations politiques étudiantes radicales — de gauche, comme de droite qui s'opposent frontalement sur les campus, notamment lors de de 1920 qui débouche l'emprisonnement d'un enseignant en raison de ses publications.. Les lois de préservation de la paix de 1925 visent les campus et, en application de celles-ci, trois mille étudiants sont arrêtés pour leurs activités à l'extrême-gauche, dont pour la seule année 1932, et mille de plus entre 1937 et 1945. Des enseignants sont aussi emprisonnés pour les mêmes raisons. Cette politisation des étudiants est d'autant plus forte que la crise économique qui touche le pays dès le milieu des années 1920 réduit les perspectives professionnelles..
Dès le début de la guerre contre la Chine en 1937, le système universitaire est assez largement mis à contribution dans le cadre de l'effort de guerre. L'accent est mis sur la formation d'ingénieurs et de médecins au travers de la création de nombreux instituts de recherche. Entre 1935 et 1945, le nombre d'étudiants dans les facultés de sciences passe de neuf mille à trente mille, et dans les facultés d'ingénierie, de à Ces chiffres intègrent les étudiants d'universités, mais aussi ceux de collèges universitaires aux formations plus courtes... Un entraînement militaire obligatoire est aussi institué au sein des universités en 1939 . Les étudiants sont assez largement épargnés par la conscription, mais la situation change à partir du déclenchement de la guerre contre la Chine en 1937, et l'âge est peu à peu abaissé pour intégrer la plupart d'entre eux. C'est ainsi qu'en 1943, cent trente mille étudiants sont mobilisés par l'armée.
Les réformes lors de l'occupation du pays
Le système universitaire japonais connait comme le reste du système éducatif une refonte importante lors de la période d'occupation du pays après sa défaite lors de la guerre du Pacifique. Un article de la nouvelle constitution du Japon, le 23e, porte sur la garantie de la liberté académique dans le pays.. La Loi fondamentale sur l'éducation adoptée en 1947 fournit un cadre aux réformes du système universitaire. Le système des universités impériales est démantelé, et afin d'assurer un accès plus large aux études universitaires, l'occupant fixe l'objectif d'une université nationale par préfecture. Les écoles normales et les écoles de médecine servent souvent d'embryons à ces nouvelles universités nationales, et leurs fonctionnements s'inspirent davantage du système universitaire américain. La première rentrée sous ce nouveau régime a lieu en 1949 : 70 universités nationales, 17 écoles publiques locales, et 81 universités privées sont alors recensés. En parallèle un système de collèges universitaires, ou , est mis en place pour fournir un cadre aux établissements dont la scolarité se limite à deux ans..
Les réformes doivent cependant faire face à une contexte politique chargé qui influe sur leurs contours. Les enseignants radiés avant guerre sont réintégrés par le SCAP dès , et le mois suivant des mesures d'épuration sont prises pour écarter les enseignants trop proches de l'ancien régime.. La volonté d'imposer une grande décentralisations aux universités nationales et de réduire le pouvoir du ministère de l'éducation sur celles-ci se heurte aux universitaires.. La , qui bénéficie d'un certain soutien par le SCAP, propose en 1949 d'interdire aux enseignants communistes d'exercer au nom de la protection des libertés académiques., alors que le Parti communiste japonais a la mainmise sur les directions de la Fédération japonaise des associations autonomes d'étudiants (ou Zengakuren). ou encore du . et mène par ces intermédiaires des opérations de déstabilisation dans le pays.. Alors que le contexte international est de plus en plus défavorables aux communistes japonais et qu'une certaines hostilité envers eux se matérialise dans la population japonaise, une série de lancées par le gouvernement du premier ministre Yoshida frappent les étudiants et les professeurs japonais en 1950. Des associations étudiantes sont dissoutes, et des enseignants renvoyés..
La forte croissance de l'après-guerre