Le château des Ravalet, connu aussi sous le nom de château de Tourlaville, est une demeure du remaniée en 1859 par le vicomte de Tocqueville, qui se dresse sur le territoire de l'ancienne commune française de Tourlaville, dans le département de la Manche, en région Normandie.

Le château, qui a servi de cadre aux amours interdits de Julien et Marguerite de Ravalet, est classé au titre des monuments historiques.

Localisation Le château est situé près de la rivière Trottebec, à au sud-sud-est de l'église Notre-Dame de Tourlaville, au sein de la commune nouvelle de Cherbourg-en-Cotentin, dans le département français de la Manche.

Historique Un château primitif aurait été fondé dès le () comme l'évoque Charles de Gerville. Un peu plus tard une seconde forteresse lui succéda, et à son emplacement on construisit le château actuel en style Renaissance. Bâti en schiste bleu, entre 1562 et 1575, et restauré en 1859, il est aujourd'hui la propriété de la ville de Cherbourg-en-Cotentin.

Dans un vidimus de 1369, probable copie d'une charte de Guillaume le Conquérant, il est dit que Tourlaville (Torlachvilla) est la possession de Thorlac et précise l'existence au d'un personnage important nommé Turgot (Turgotus de Turlacvilla). Au , dans Les Grands Rôles de l'Échiquier de Normandie, sont cités les premiers seigneurs du lieu : en 1195, Guillaume de Tourlaville, fils de Hugues, puis en 1198, Walter de Tourlaville.

Le domaine de Tourlaville, jusqu'au milieu du était partagé en deux fiefs : la fiefferme possession du roi qui est en 1443 entre les mains de Guillaume du Fou, et le fief Aubert-Hermite, possession en 1450 de Martin Anquetil.

Le manoir médiéval appartenant au domaine royal, est vendu par en mal de finances dans les guerres qui l'oppose à Charles Quint et . C'est un certain Jean de la Guette, receveur général des finances, qui en fait l'acquisition, et qui aurait pu lui échapper sans le recours de sa femme. En 1555, un contrôle fiscal révéla un trou de dans sa comptabilité. Afin de conserver le domaine sa femme abandonna au roi sa terre de Monceaux, en région parisienne, en échange. En 1557, un neveu de Jean Laguette, Gilles Dancel qui en avait hérité, et à la suite de problèmes avec le fisc royal, cède le domaine à Adrienne d'Estouteville, dame de Bricquebec.

Le ., de Ravalet, abbé de Hambye, vicaire général de la cathédrale de Coutances, conseiller de Marie d'Estouteville, duchesse de Nevers, et son frère Jacques, procureur du roi des Eaux et Forêts du Cotentin, reçoivent de la duchesse Marie de Bourbon, fille d'Adrienne, la fiefferme de Tourlaville, devenant ainsi seigneurs de Tourlaville. Les deux frères font, dès , construire, sur le manoir ruiné, et en ne conservant que le donjon, le sous-sol de la salle des gardes et des prisons, le château Renaissance qui est terminé en 1563. Un aveu de 1564 énumère les paroisses dans lesquels la famille de Ravalet est alors possessionné : Tourlaville, Digosville, Bretteville, Octeville, Équeurdreville et Cherbourg ; ce qui fait de Tourlaville un immense domaine.. En 1575, de Ravalet, à la suite de son mariage avec Madeleine de La Vigne de Hennot dame d'Émondeville, reçoit de son père et de l'abbé de Ravalet son parrain, le manoir. En 1567, Jacques de Ravalet, écuyer, sieur de Tourlaville et d'un autre fief dudit lieu, est taxé pour ces fiefs de dans le rôle des nobles et roturiers, au titre du ban et de l'arrière ban de la vicomté de Coutances, réalisé par Gilles Dancel, seigneur d'Audouville, lieutenant général du bailli de Cotentin, tenu à Coutances les -. Le fief Tourlaville, qui valait un huitième de fief de haubert, était tenu du roi sous la vicomté de Valognes..

Madeleine et donnent naissance à dix enfants, dont Julien, né en 1582, et Marguerite, née en 1586, mariée en à l'âge de à Jean Lefèvre, sieur de Hautpitois, âgé de , receveur des tailles à Valognes. Les amours incestueux de Julien et Marguerite de Ravalet, leur valurent d'être décapités en place de Grève, à Paris, le . Ils seront inhumés en l'église de Saint-Jean de Grève. L'abbé de Hambye, après la mort de ses neveux, se démettra de sa charge et revient à Tourlaville et fait découronner la tour qui abritait la chambre de Julien et y édifie une chapelle expiatoire. après un accord de partage du , hérite de Tourlaville. Il meurt le , suivit trois jours plus tard par sa femme. En 1640, dans le rôle de la noblesse du grand bailliage du Costentin, est mentionné ainsi : ..

À la suite de graves problèmes financiers, le , Charles de Franquetot est mis en possession de la seigneurie de Tourlaville, suite à la clameur Féodale. Il améliore l'aménagement intérieur avant d'être assassiné dans la nuit du au , sous les coups de cinq individus dont deux étaient des valets, dans un salon proche de la chambre de Marguerite. Le valet de Charles de Franquetot est quant à lui mortellement blessé mais parviendra à parler. Les assassins s'emparèrent d'une grande quantité d'or, de louis d'or et d'argent déposés dans les coffres ainsi que . Furent suspectés : Jacques Risbec, avocat et ancien receveur et procureur de Charles de Franquetot. Vers 162, celui-ci avait été ordonné diacre et relevé de cet ordre afin d'épouser à Tourlaville Marguerite Goueslain ; Jean Sibran dit la Bastie, qui avait été chargé de veiller à l'héritage des enfants mineurs de de Tourlaville, qui connaissait donc bien la maison et le seigneur assassiné ; Thomas Duval, dit Toupin ; Charles Vallée dit Montagne et un certain Laverdure, ainsi que les sieurs Quilet et Gravey Maresq.

C'est son frère, Robert de Franquetot (1631), comte de Coigny, seigneur de Carquebut, qui hérite de la seigneurie qu'il conservera jusqu'à sa mort en 1708, sans alliance et sans descendance, en son château, et qui achèvera la construction des communs. Dès lors le château abritera pendant un siècle et demi les fermiers travaillant sur la propriété, et à l'intérieur certaines pièces serviront de grenier à foin.

Le domaine, devenu une ferme en 1661, passe aux Boudet de Crosville, en 1713, avec Hervé Boudet, fils de Jean Boudet troisième mari de Catherine de Varroc, elle-même veuve en secondes noces d'Antoine de Franquetot et demi-frère de Charles et de Robert, hérite de Tourlaville. À la mort d'Hervé en 1714, c'est son fils aîné, Jean-Baptiste Boudet de Crosville, qui lui succède, et à sa mort sans postérité (après 1723) à sa sœur Marie-Madeleine Boudet de Crosville épouse depuis 1694 de François Fouquet, fils du seigneur de Réville. C'est leurs fils, Hervé-François Fouquet, résidant à Valognes, qui au décès de sa mère en 1743, prend possession de Tourlaville. De 1755 à 1762, le château sert de logement à des canonniers gardes-côtes affectés à la défense de Cherbourg à la suite de la menace anglaise. Hervé-François décède en 1777, le château passe entre les mains de son cousin, Hervé Louis François Bonaventure Clérel de Tocqueville (1772-1856), le père d'Alexis de Tocqueville, âgé de et qui a pour tuteur, son cousin, André de Hennot.

À la Révolution française, le château en partie abandonné, qui est devenu une exploitation agricole, ne sera ni saisi ni dégradé. À la mort d'Hervé Clérel, c'est son fils Édouard Clérel qui hérite du château de Tourlaville, qui est dans un triste état, ce que constate en l'écrivain Théophile Gautier, à la suite d'une visite, et qu'il rapporte dans son Voyage en Normandie . Édouard restaurera le château en 1859, et en 1860 le donne à son fils aîné Bernard-Hubert Clérel de Tocqueville (1832-1864). À sa mort, sa veuve cède le château à son beau-frère, le vicomte René Clérel de Tocqueville (1834-1917), maire de la commune, qui rénove alors le bâtiment, rebâtit la tour ronde de l'ouest, aménage le parc et les jardins (dont une grotte), creuse les étangs, aménage une turbine à eau afin de produire de l'électricité, et fait construire, en 1872, une grande serre.

En 1910, ruiné et brisé par la mort de sa fille de , survenu en 1909, il vend le château à Valentin Lenavettier qui décèdera en 1916.

Utilisé comme hôpital militaire secondaire durant la Première Guerre mondiale, de à , où il accueillit , le château est revendu en 1922 par les héritiers de . C'est un marchand de biens qui s'en porte acquéreur et le revend un mois plus tard à Paul Gosse, industriel parisien. En 1930, le château est inscrit à l'inventaire des monuments historiques. En 1935, la veuve de Paul Gosse, avec une douzaine d'hectares cède le château à la ville de Cherbourg, pour la somme de de l'époque.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le château est occupé, d'abord par l'amiral Abrial avec son état-major en 1940, puis par l'armée allemande entre 1940 et 1944 et à la Libération, par les troupes américaines, entraînant encore de graves dégâts. La ville dès 1946, le nettoie et restaure le parc et les serres. Les travaux interrompus reprirent de 1962 à 1971.

Description Le château des Ravalet est une demeure caractéristique de la Renaissance cotentinoise avec ses fenêtres à meneaux, portes à moulures, lucarnes encadrées de deux volutes, comme celle de Chanteloup, qu'encadrent une niche vide avec au-dessus un fronton triangulaire denticulé contenant un buste d'homme, surmonté en pointe d'une urne en pierre posée sur un socle.

L'édifice se présente sous la forme d'un bâtiment massif et rectangulaire, que cernent plusieurs tourelles d'angles circulaires. Deux niveaux de combles, ont été ajoutés dans la seconde moitié du . L'ensemble est bâti en pierre de schiste bleue du Nord-Cotentin, à l’exception des encadrements des portes et fenêtres ainsi que des soubassement, qui sont en pierre calcaire extraite dans les carrières d'Yvetot-Bocage.

C'est Édouard de Tocqueville, mais surtout son fils, Augustin-René de Tocqueville qui dès 1871, avec l'aide de son architecte, Gabriel Malençon, a donné au château son aspect actuel. Ils restaurent notamment, toute la façade ouest, abattant la chapelle, et construisant à sa place la tour ronde identique à celle de l'est, et opposée à cette dernière, la tour carrée de même hauteur sur la façade nord, et dont le pignon est entièrement refait avec le percement de grandes fenêtres Renaissance. Le pignon oriental est doté d'une tour carrée de style médiéval, crénelée à son sommet avec mâchicoulis sur corbeaux ouvragés et une échauguette, à deux meurtrières et à toit conique dans son angle nord-ouest, réminiscence du Moyen Âge, mode très en vogue au . On peut voir ses armes : d'argent à la fasce de sable accompagnée en chef de trois merlettes de sable et de trois tourteaux d'azur (alias de gueules) en pointe, 2 et 1 qu'il fit graver sur la tour ronde accompagnées de celles de sa femme Marie-Augustine Crombez : d'or au chevron d'azur accompagné en chef de deux flèches au naturel posées en pal, et en pointe d'un pin de sinople qu'il a épousé en 1863..