L'élection présidentielle américaine de 2016, cinquante-huitième élection présidentielle américaine depuis 1788, a lieu le et conduit à la désignation du républicain Donald Trump comme quarante-cinquième président des États-Unis et de son colistier républicain Mike Pence comme quarante-huitième vice-président des États-Unis.

Alors que la quasi-totalité des enquêtes d'opinion le donnaient perdant, le candidat républicain l'emporte sur la candidate démocrate, Hillary Clinton, en obtenant contre 232. Il est devancé de de pourcentage (soit près de de voix) par sa rivale au plan national, ce qui fait de lui le cinquième candidat remportant une élection présidentielle aux États-Unis sans avoir obtenu le plus grand nombre de suffrages populaires. Son élection est confirmée le , lors du vote du collège électoral (304 votes contre 227). Dans le même temps, les démocrates échouent à prendre le contrôle du Congrès.

Cette campagne électorale reste dans l'actualité plusieurs années après son terme en raison d'une enquête sur l'ingérence présumée du gouvernement russe (« Russiagate ») visant à favoriser la candidature de Donald Trump.

Organisation du scrutin Conditions d'éligibilité

Les conditions d'éligibilité au poste de président des États-Unis sont définies par le cinquième alinéa de la section de l' de la Constitution.

Ne peuvent se présenter que les citoyens américains de naissanceLa Constitution prévoit également que les citoyens américains au moment de la constitution des États-Unis (1787) étaient considérés comme Américains de naissance (on peut dire qu'on considère ici la « naissance » des États-Unis). Cette disposition est dorénavant sans objet, ceux ayant vécu à cette époque étant depuis longtemps décédés. âgés d'au moins . Il faut en outre qu'ils aient résidé pendant au moins quatorze ans aux États-Unis.

À l'origine, il n'était pas prévu de limite au renouvellement du mandat du président. C'est le amendement de la Constitution des États-Unis, adopté par le Congrès en 1947 et ratifié en 1951, qui instaure de manière officielle une limitation à deux mandats, à la suite de la quatrième élection de Franklin Delano Roosevelt en 1944.

Barack Obama ayant déjà accompli deux mandats il ne peut se présenter à nouveau. Les anciens présidents George W. Bush et Bill Clinton sont également dans ce cas, contrairement à George H. W. Bush et Jimmy Carter qui, n'ayant été élus qu'une fois chacun, peuvent théoriquement être candidats.

Conditions d'élection

L'élection présidentielle de 2016 a lieu, comme celle qui a eu lieu en 2012 et comme il est prévu pour l'élection devant se tenir en 2020, sur la base d'une répartition formelle fondée sur le recensement de 2010.

L'élection présidentielle américaine est une élection au suffrage universel indirect. Les citoyens électeurs américains élisent qui vont à leur tour voter pour un candidat précis. Ces grands électeurs sont répartis à travers les différents États des États-Unis selon une clé de recensement en partie démographique (le nombre de grands électeurs d'un État est égal au nombre de représentants et sénateurs – 2 par État – de cet État). Dans chaque État, la majorité simple suffit pour remporter la totalité des grands électeurs, à l'exception du Maine et du Nebraska, où chaque grand électeur est désigné dans le cadre d'un district congressionnel. Pour l'emporter, un candidat doit remporter la majorité des électeurs, donc au moins 270. vignette|Partie du bulletin de vote au Wisconsin consacrée au choix du binôme présidentiel.

Modalités de vote

Développement du vote par correspondance Pour s'adapter à la tradition d'organiser la présidentielle un mardi, jour de travail, ont décidé de faciliter la vie aux salariés, en particulier les ouvriers qui ne peuvent pas quitter leur poste. pour se mettre dans de longues files d'attente devant les bureaux de vote des grandes villes, en début et fin de journée. Ces files sont d'autant plus longues que le nombre de votants à la présidentielle américaine a augmenté de 49,4 % en une dizaine d'années, passant de en 1996 à en 2008. Ces ont décidé que les électeurs n'ont plus à se justifier ni fournir la preuve d'un motif (absence, voyage) pour voter par correspondance. Les électeurs des grandes villes prennent conscience du gain de temps procuré par le vote par correspondance lors des primaires des deux partis, qui voient des files d'attente apparaître, car le nombre d'électeurs est des deux côtés près de deux fois supérieur à ce qu'il était avant 2008.

La progression du vote par correspondance explique la longueur du dépouillement en 2012 et plus encore en 2016, les opérations se poursuivant un mois après l'élection. Dans le Wisconsin, gagné avec seulement d'avance, les résultats au n'incluaient pas encore les votes par correspondance, dont le dépouillement est centralisé au niveau de l'État, de la plus grande ville de l'État, MilwaukeeCommuniqué de la commission électorale du Wisconsin peuplée de plus de .

En 2008, 30 % des Américains avaient fait leur choix en avance, soit dans des bureaux de vote, soit par la poste, la méthode la plus répandue. En 2012, la proportion avait été évaluée à 35 %, selon Michael McDonald, expert du vote anticipé et professeur à l'université George Mason., contre 10,5 % en 1996 (trois fois plus). En 1992, seuls 7 % des Américains votaient par anticipation. Cette proportion pourrait avoir encore augmenté en 2016., selon une étude du Pew Research Center.

En pratique, le vote par correspondance a surtout progressé chez les démocrates, les républicains préférant le vote par procuration.

Contestation du vote par correspondance Les délais de vote par anticipation sont raccourcis dans certains États, comme dans l'Ohio, où la majorité républicaine a supprimé la « », semaine durant laquelle les électeurs pouvaient à la fois s'enregistrer et voter. Les démocrates ont attaqué la décision devant les tribunaux, arguant que cette procédure bénéficiait surtout aux minorités, mais la Cour suprême des États-Unis n'a pas tranché en leur sens..

Réduction des horaires de vote L'élection présidentielle américaine de 2016 est la première à se tenir depuis que la Cour suprême des États-Unis a fait invalider en 2013 un pan essentiel de la loi électorale de 1965 qui obligeait les anciens États ségrégationnistes à recueillir le feu vert de l'État fédéral avant de modifier leurs règles du jeu électoral. L'une des conséquences est qu'une quinzaine d'États républicains ont durci les conditions de vote ; selon des organisations non-gouvernementales qui leur sont opposées, cette initiative a pour but de réduire le vote des jeunes, des salariés et des minorités, considérés comme plus susceptibles de voter démocrate.

Certains États ont réduit les horaires des bureaux de vote, interdit le vote anticipé ou requis des pièces d'identité que certains électeurs n'ont pas. La Caroline du Nord a par exemple été épinglée pour avoir supprimé la possibilité de voter tôt dans de nombreux bureaux. En Caroline du Nord, la nouvelle loi électorale a été bloquée en par la Justice, après qu'il a été expliqué devant un tribunal que le vote le dimanche (deux jours avant) était supprimé dans les comtés où « la part de population noire et démocrate est disproportionnée ».

Réduction du nombre de bureaux de vote Selon l'expert en droit électoral Ari Berman, les fermetures de bureaux de vote ont été particulièrement nombreuses au Texas (403 fermetures entre 2012 et 2016), en Louisiane (103), et dans l'Alabama (66) ou en Caroline du Nord (27).

L'Arizona a fait fermer 70 % des bureaux de vote dans le comté de Maricopa, le plus peuplé d'Arizona, qui abrite d'habitants de Phoenix la seule ville démocrate de la région.. En quatre ans, les bureaux de vote du comté de Maricopa sont passés de 200 à 60.. Conséquence, les électeurs de cette ville ont dû effectuer près de cinq heures de queue pour voter aux primaires présidentielles du Parti démocrate américain de 2016, qui se sont tenues au mois de , selon Kristen Clarke, qui dirige un groupement d'avocats basé à Washington défendant le droit de vote pour tous (Lawyers' Committee for Civil Rights Under Law).

Vote électronique Le vote électronique est notamment utilisé en Pennsylvanie qui a mis en place le vote électronique sans copie papier, c'est-à-dire sans possibilité de vérifier le résultat en cas de contestation..

D'autres États comme la Californie, le Nevada, le Colorado et la Floride utilisent des machines à voter AVC Edge permettant d'altérer les élections en utilisant une carte mémoire.. Afin de permettre la prise de conscience de cette problématique, l'information a été diffusée quatre jours avant les élections. Toutefois, le nombre d’États qui utilisent ce système de vote électronique est limité...

Le Parti vert des États-Unis a obtenu la possibilité de recompter les voix de certains bureaux de vote, pour un coût de 1,1 million d'euros en raison d'anomalies statistiques qui posent des questions..

Pour l’équipe de campagne d'Hillary Clinton, Marc Erik Elias estime que sans preuves suffisantes de piratage ou de tentatives venant de l’extérieur pour modifier la technologie servant à voter, son équipe n'a pas choisi de contester le résultat de vote, au contraire de certains militants.

Dates L'élection des grands électeurs se déroule le mardi , appelé . Le président élu est officiellement désigné lors du vote du collège électoral réunissant les grands électeurs, le , il entrera en fonction le , appelé .

Contexte

L'élection revêt un caractère inédit à plus d'un titre. Malgré une embellie économique aux États-Unis et la relative popularité du président sortant, la campagne pour la présidentielle se passe dans un climat extrêmement peu serein sur fond, notamment, de précarité pour les classes populaires, de tensions raciales et de guerre contre le terrorisme. À l'occasion des primaires démocrates et républicaines, ce climat profite aux candidats « antisystème » dans les deux camps : Bernie Sanders au Parti démocrate et Donald Trump au Parti républicain, même s'ils sont en profond désaccord sur la grande majorité des sujets.. Mais, de ces deux candidats anti-système, seul Trump remportera la nomination, Sanders devant s'incliner, après une course serrée et riche en péripéties, devant Hillary Clinton. La primaire démocrate est marquée comme celle de 2008 par une très forte participation, plus de d'électeurs, très au-dessus des primaires comparables, pour lesquelles un président ne se représente pas. La primaire n'avait réuni que d'électeurs en 1992, puis d'électeurs en 2000 et d'électeurs en 2004. Le record historique de 2008, la participation de d'électeurs, n'est pas loin d'être égalé et signifie qu'une personne sur deux ayant voté démocrate au scrutin final l'avait déjà fait à la primaire démocrate.

Bien qu'un peu moins élevée, la participation à la primaire du Parti républicain est historiquement importante, avec environ d'électeurs, une progression de 67,8 % par rapport aux d'électeurs des primaires présidentielles du Parti républicain américain de 2012 et un chiffre qui représente près du double des d'électeurs des primaires présidentielles du Parti républicain américain de 2008. thumb|Hillary Clinton, fortement concurrencée par Bernie Sanders, finit par être la candidate du Parti démocrate.