Si-Mostéfa Boumezrag (en ) ou Mustapha Bou Mezrag ("l'homme au Javelot"), mort à Alexandrie (Égypte), est un homme politique et chef militaire de la régence d'Alger, bey du Titteri de 1819 à 1830.
De juin à , il résiste pendant cinq mois au corps expéditionnaire français au début de la conquête de l'Algérie par la France.
Biographie Origines et carrière jusqu'en 1830 En 1819, Hussein Dey, dey de la Régence d'Alger de 1818 à 1830, nomme Mostéfa Boumezrag à la tête du beylik du Titteri, province dont le chef-lieu est Médéa. La Régence d'Alger comporte deux autres beyliks, ceux d'Oran et de Constantine.
Les débuts de la résistance Après l'attaque française à Alger en , Mostéfa Boumezrag affronte avec combativité les troupes françaises. Après la capitulation du dey à Alger, Mostéfa se réfugie à Médéa avec ses troupes issues des Douairs, et prend le titre de pacha. . Il constitue une cour, nomme un trésorier (khaznadji) et un agha pour battre la monnaie.
Le conflit avec Ahmed Bey Tandis que le bey d'Oran cesse très tôt le combat, celui de Constantine, Ahmed Bey (Hadj Ahmed), poursuit la lutte (il ne fera sa reddition qu'en 1848, après l'émir Abd el-Kader). Mostéfa Boumezrag demande alors à Ahmed Bey de lui envoyer des cavaliers, de l'argent et des munitions pour continuer la guerre sainte. Celui-ci dépêche deux messagers pour lui signifier qu'il n’avait à attendre de lui ni servitude, ni contributions. En réponse, Mostéfa lui envoie le diplôme de dey de Constantine, accompagné du caftan (vêtement porté par les notables et par les généraux victorieux à l'occasion de festivals religieux). Ahmed tranche la tête d'un des deux messagers et dit au second « Je te laisse la vie, afin que tu ailles dire à ton maître comment j’ai reçu son message ». La guerre entre les deux hommes est consommée.
Boumezrag proclame la destitution d'Ahmed, et nomme à sa place Ibrahim-Bey gendre du cheikh El-Arab Ferhat-ben-Said, chef de tous les territoires sahariens, surnommé le « serpent du désert ». Sous la menace des clans, le bey de Constantine nomme son oncle Ben-Gana, agha des populations du désert et des oasis. Ferhat-ben-Said repousse Ben-Gannah, qui demande Ahmed-Bey d'intervenir pour le soutenir. À la suite de longs combats, Ferhat-ben-Said est obligé de demander du secours au duc de Rovigo (Savary)Les émissaires de Ferhat-ben-Said accueillis par le gouverneur français, chargés de richesses destinées à leur souverain, seront sur le chemin du retour, assaillis et dévalisés par les habitants appartenant à la tribu d’El-0uffia. Par vengeance et pour châtier l'affront, fait contre la France aux portes d'Alger, la tribu est massacrée. Cet événement est connu sous le nom de « Massacre de la tribu d'El Ouffia » ‘
Ferhat-ben-Said et Ibrahim-Bey campent devant les murs de Constantine avec plusieurs milliers de combattants. Mais Ahmed Bey réussit à corrompre les principaux cheikhs des populations d'Ibrahim, qui obligent celui-ci à prendre la fuite, accompagné de quelques cavaliers, jusqu'à la régence de Tunis. Peu de temps après, Ferhat-ben-Said de retour à Médéa, est assassiné dans sa demeure, sans doute par un tueur à gages aux ordres du bey de Constantine.
La défaite Malgré cet échec, Boumezrag refuse toujours de reconnaître la suprématie de la France et continue de prôner la guerre, envoyant des hommes combattre dans la région d'Alger, où règne une grande insécurité. Le général Clauzel, commandant des troupes françaises en Algérie à partir d', lance en novembre une expédition vers Blida, puis Médéa ; la ville est prise le ; Boumezrag réussit à la quitter avant d'être pris.
La reddition Après la reddition de Médéa, Mustapha Boumezrag, seul et sans soutien, ne sachant plus où se réfugier, et craignant de tomber entre les mains des populations sahariennes aux mains d'Ahmed-Bey, se rend le , accompagné de sa famille, de son fils Si-Ahmed-Ould el bey Bou-Mezrag, futur agha du Dirah supérieur, et de son agha, auprès du général Clauzel. Le général français le retient prisonnier, avec les égards dus aux chefs militaires de son rang, ainsi qu'à sa suite. Le bey de Titteri est transféré avec sa famille et sa suite en France, puis est autorisé à se rendre à Smyrne.
Le beylik du Titteri après Mostéfa Boumezrag Après la prise de la ville, un Maure d'Alger, Mustapha-Ben-Omar, est nommé bey. Malgré la présence d'une garnison française, Médéa est attaquée par les montagnards dès le départ du gros des troupes. Dès la fin du moisAbd el-Kader, Fayard, 1994, ., Clauzel envoie une colonne de renfort pour le secourir.
En , une nouvelle expédition est envoyée à Médéa par le commandant en chef Pierre Berthezène, contre la rébellion menée par un fils de l'ancien bey, Oulid BoumezragAbd el-Kader, Fayard, 1994, . Les auteurs ne précisent pas plus l'identité de cet Oulid.. Faute d'avoir pu soumettre les insurgés, il est décidé d'abandonner Médéa et Mustapha-Ben-Omar revient à Alger.
, qui occupe le beylik jusqu'en 1833. Sur la protestation de la France, il accepte d'évacuer, mais Hadj-Ahmed profite de son retraitCf. et envoie son lieutenant Mohammed Kadji, guerrier apprécié par de nombreux habitants, occuper le poste de bey.
Homme de confiance du bey de Constantine, ses propres concitoyens désabusés des soumissions et servitudes exigées par Hadj-Ahmed, entament des négociations avec la France, pour s'en libérer. Ces négociations n'auront aucune suite.
Personnalité et caractère Dans le livre édité par l'historien Léon Galibert, Boumezrag est décrit ainsi :
Une poésie populaire de Kabylie
+ Texte original (Kabyle) Transcription berbère (latine) Traduction لغَ بُمَزْرَاگْ لَفْحَلْ
وُرْنَسْعِ لَبْخَلْ
وُرْيَلِّ حَدْ أَنِّگَسْ
أَڢْكَانْتْ إِلْجَاهَلْ
يَدَّ ذَمَرْهُونْ غُرَسْ Laɣa Bumeẓṛag lefḥel
Ur nesɛi lebxel
Ur yelli ḥed nniges
Fkant i ljahel
Yedda d amarhun ɣureṣ L'agha Bou-Mezrag, le mâle guerrier
qui ne connaissait pas la paresse
n'avait personne au-dessus de lui.
Ils l'ont livré au païen
qui l'a retenu en otage
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Smaïl Aouli, Ramdane Redjala et Philippe Zoummeroff, Abd el-Kader, Paris, Fayard, 1994 Charles André Julien, Histoire de l'Algérie contemporaine, Paris, PUF, 1964
Articles connexes Hussein Dey Massacre de la tribu d'El Ouffia
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