thumb|Polichinelle (putxinel·li) créé par le marionnettiste catalan Ezequiel Vigués i Mauri.

Une marionnette est un objet de jeu théâtral ou à usage sacré utilisé depuis les plus anciennes civilisations et répondant à des caractéristiques propres à chaque culture. La marionnette peut être constituée de tous matériaux, elle est manipulée par le marionnettiste et fabriquée par un constructeur.

La marionnette est le plus souvent articulée et prend une forme humaine ou animale. Cependant, le théâtre d'objet qui utilise des objets manufacturés, le théâtre d'ombres et même certaines formes d'animation cinématographique peuvent entrer dans le domaine marionnette. Ainsi la marionnette peut se jouer sur scène, derrière un rideau, dans un castelet, mais également dans la rue ou à la télévision. En fonction des formes artistiques, les marionnettistes peuvent être visibles ou cachés.

Leurs formes peuvent être extrêmement variées : marionnettes à fils comme Pinocchio, ou à gaine comme Polichinelle, Punch, Pulcinella, Kasperl, Guignol (les plus connues en Europe), mais aussi marionnettes à tringle, marionnettes à tige des théâtres d'ombres de Chine et d'Indonésie, ou marionnettes sur l'eau vietnamiennes. Les marionnettes représentent des personnages (réels ou imaginaires) ou des animaux ; leur rôle peut être parlé ou muet.

Le mot français « marionnette », dérivé de Marion, diminutif de Marie, désigne à l'origine une petite figurine de la Vierge. Dans d'autres langues européennes, le terme s'apparente au mot « poupée » : « » en anglais, « » en allemand, « » dans le théâtre de marionnettes sicilien où il existe aussi un dérivé du mot « enfant » : « » : le fantoccino, au pluriel fantoccini, sont des marionnettes italiennes, plus précisément celles qui sont élégantes et exhibées sur des théâtres fixes, par opposition aux puppi et pupazzi ambulants des places publiques ; en français, le mot fantoche, vers 1870, qualifie de genre de spectacle, et prend un sens péjoratif quand il qualifie un personnage public manipuléLe Grand dictionnaire universel du siècle de Pierre Larousse (1872) — cf. Danielle Pouplan, « Fantoches et marionnettes », 11 juin 2019, sur hypotheses.org.. On retrouve aussi en portugais : « » ; en revanche, on dit « » ou « » en espagnol.

Le terme « théâtre de marionnettes » désigne à la fois le genre théâtral et le lieu de la représentation.

Histoire Antiquité thumb|upright=0.8|Figurines articulées en terre cuite, , musée national archéologique d’Athènes. Les marionnettes exercent un pouvoir de fascination depuis très longtemps. Dans l'Antiquité, des statuettes articulées, appelées en grecL'adjectif (nevro-spastos) signifie mot-à-mot : « mû par des ficelles »., étaient utilisées dans des cérémonies religieuses. Hérodote y fait allusion dans ses Histoires à propos de cérémonies dionysiaques en Égypte Histoires, I, XLIIII, traduction Pierre-Henri Larcher, 1850.. À la suite des fouilles d'Albert Gayet à Antinoupolis vers 1900, on parle d'un théâtre de marionnettes d'Antinoé, à l'époque copte, avec corps en bois et figures en ivoire.

Dans le Banquet de Xénophon, Philippe, amuseur public originaire de Syracuse qu'accompagnent une flûtiste et un cithariste, parle de ses marionnettes Chapitre IV, traduction Talbot., ce qui suppose l'existence de spectacles. Dans Du mouvement des animaux Aristote compare les mouvements des animaux à ceux de marionnettes. Héron d'Alexandrie décrit un théâtre mécanique d'automates.

Rome connaît aussi des spectacles de marionnettes. Des auteurs comme Horace, Pétrone, Apulée, Perse y font allusion, et les Pères de l'Église les condamnent. Dans le Festin chez Trimalcion, une figurine en argent représentant l'esprit d'un mort (larva) exécute une danse macabre sous les yeux des convives Satyricon, Trimalchion, ch. XXXIV, traduction Charles Héguin de Guerle, 1861.. Ce sont les Romains qui auraient introduit les marionnettes en Gaule et en Germanie durant la décadence de l'empire.

En Asie aussi, les marionnettes sont très anciennes puisqu'on en a trouvé dans des sites de la civilisation de la vallée de l'Indus. Les spectacles à Sutradhra (homme tireur de fils) mettent en scène des personnages de la religion, mais aussi des personnages humains, dont Vidouchaka., origine possible de tous les karagöz et polichinelles. Cette tradition ancienne en Inde. s'est élargie à Ceylan, puis au Siam, à la Birmanie, à l'Indonésie (ancêtre des wayang), en Perse (Pendj, Ketchek Pehlivan, Cheïtan, Hassan Ilodja, Shah Sélim…), au Turkestan…

thumb|upright=0.8|gauche|Danse funéraire de Si galé galé chez les Toba Batak de Sumatra. En Birmanie, les Yokthe Thay possédaient la vertu de guérir. En Indonésie, à Toba Batak du Nord de Sumatra, les habitants créaient des marionnettes sophistiquées appelées Si galé galé. Commandées par un système complexe des cordes et des leviers internes qui leur permettaient de se déplacer et de danser d'une façon réaliste, les Si galé galé jouaient un rôle crucial dans les cérémonies funéraires.

La Chine semble connaître les marionnettes depuis près de , selon George Soulié de Morant. Le personnage de Kvo est un polichinelle. Le Bunraku japonais a pu être à l'origine importé de Chine.

En Amérique du Sud, des fouilles archéologiques récentes ont permis de mettre au jour un bas-relief réalisé durant la période d’invasion toltèque entre 400 et 900 qui montre la figurine d’un marionnettiste animant une marionnette à gaine de type Guignol.

En France Le mot français marionnette date du Moyen Âge et vient d’un des nombreux diminutifs du prénom Marie, à l’instar de Marion, Mariotte ou Mariolle, signifiant « petite Marie chérie ». Ces diminutifs servaient à désigner la Vierge Marie et ses représentations plastiques (1306). À partir du , le vocable désigne toute figurine de bois, sacrée ou profane, mais s’étend également aux poupées utilisées en sorcellerie.

Dieppe (Seine-Maritime) organise des mitouries dès 1443http://racines.traditions.free.fr/fet3ete/mitourie.pdf..

On trouve pour la première fois l’acception scénique de « marionnette » en 1584 dans l'ouvrage Les Sérées (« Les Soirées ») de Guillaume Bouchet (1513-1594).

Au , à Paris, à l'occasion des foires annuelles de Saint-Germain et de Saint-Laurent, le théâtre de la foire présentait, entre autres, des spectacles de marionnettes. Un marionnettiste connu était Pierre Datelin, dit Jean Brioché, qui importe en France le personnage de Polichinelle et présente ses spectacles sur le pont Neuf. Comme marionnettiste il y avait également son fils François, Jean-Baptiste Archambault, François Bodinière, Jean et Alexandre Bertrand, Jérôme, Arthur et Nicolas Féron.

Parmi les pièces jouées, il y avait des parodies d'opérasAinsi, Hippolyte et Aricie ou la Belle-Mère amoureuse, parodie d'Hippolyte et Aricie de Rameau, pour chanteurs et marionnettes, que Philippe Desrousseaux reprend le 29 mars 2014 à l'Opéra-Comique. : pendant que des marionnettes en costumes somptueux miment l'action, des chanteurs, soutenus par quelques instruments, parodient les livrets sur des refrains populaires, alternant allusions grivoises, jeux de mots vaseux et humour décaléTélérama du 12 mars 2014, ..

Dominique Séraphin (1747-1800) crée un Théâtre Séraphin. en 1772, d'ombres chinoises, qui perdure jusque vers 1870, et dont un recueil est publié en 1875. Castagna est un autre entrepreneur de marionnettes (Fantoccini italiens) de la fin . Le Théâtre du Beaujolais. créé en 1784 devient Théâtre Montansier en 1790.

La censure étant moins pesante sur les spectacles de marionnettes que sur les autres arts du langage, des auteurs comme Fuzelier, Lesage ou d'Orneval, profitent de la liberté d'expression qu'ils permettent.

La Révolution française marque l'apparition de nombreuses marionnettes spécifiques comme Guignol, créé à Lyon en 1808 par Laurent Mourguet, ou Lafleur, apparu à Amiens à la même époque.

Au , sont réputés Maurice Sand (1823-1889), Louis Edmond Duranty (1833-1880), Louis Lemercier de Neuville (1830-1918). En 1881 est créé le théâtre d'ombres du Chat noir, et en 1888 le Petit Théâtre.. Alfred Jarry monte dès 1888 à Rennes un spectacle de marionnettes, avant de lancer le théâtre des Pantins à Paris, dix ans plus tard..

Au , Gaston Baty (1885-1952), Yves Joly (1908-2013).., Jean-Loup Temporal (1921-1983)., Jacques Félix. (1923-2006), et beaucoup d'autres, participent au renouveau de l'art de la marionnette en domaine francophone. Des théâtres dédiés spécifiquement aux arts de la marionnette sont ouverts, comme le Théâtre aux Mains Nues.

À partir de 2008, la Bibliothèque nationale de France lance un programme de numérisation de marionnettes en collaboration avec la compagnie Dominique Houdart – Jeanne Heuclin et Georges Lafaye. La numérisation continue en 2015 avec le théâtre Gérard-Philipe de Frouard, « scène conventionnée pour les arts de la marionnette et les formes animées ». Pour chaque marionnette (ou autre objets de ces fonds), huit clichés sont pris selon des angles de vue toujours identiques, ainsi que des clichés montrant leur manipulation..

En Europe thumb|upright=0.8|Théâtre de burattini, vers 1770, en Italie. L'art des marionnettes de la civilisation romaine a vraisemblablement essaimé avec les armées romaines, au moins dans toute l'Europe, avant de presque disparaître à la chute de l'Empire romain, puis de renaître dès le Moyen Âge. Sur des thématiques religieuses chrétiennes, comme la nativité, par la crèche de Noël (crèche vivante ou à base de poupées animées), les épisodes de la passion. Le Concile de Trente (1545) a émis des prescriptions canoniques s'opposant à ce genre de jeux, sans pour autant les faire disparaître totalement.

Cet art a connu un regain de popularité en Occident après la Seconde Guerre mondialeGilbert David, « La marionnette ou l’enfance de l’art », Études françaises, volume 15, numéro 1-2, avril 1979, p. 81 (lire en ligne)..

Italie La tradition des théâtres de marionnettes est ancienne. Chaque ville avait son personnage préféré. Les plus connus, encore aujourd'hui, sont les Napolitains Pulcinella et Scaramuccia. Outre les théâtres ambulants utilisant des (marionnettes à gaine), il y avait des théâtres fixes, comme le théâtre Fiano à Milan, présentant des fantoccini (marionnettes à fils), le théâtre des à Rome (marionnettes à tête de bois), qui jouaient des comédies, des mélodrames et des spectacles de danse.

Parmi les troupes anciennes célèbres : Théâtre de marionnettes sicilien Opera dei Pupi.

Actuellement en Italie centrale la compagnie de marionnettes (marionnettes siciliennes) Art G.Botta est active.

Espagne Les marionnettes, qui portent le nom de (mot qui voulait dire « joueur » au ), jouent des intrigues issues du Romancero, aux thèmes historiques, lyriques ou romanesques, avec beaucoup de personnages de saints ou d'ermites, ce qui leur a aussi valu le surnom de . Don Quichotte détruit El retablo de Maese Pedro (Tréteaux de maître Pierre).

Angleterre thumb|upright=0.8|Un spectacle de Punch et Judy dans son castelet. vignette|redresse| Affiche pour le Théâtre de Thomas Holden et ses fantoches, rue du Faubourg-Poissonnière, vers 1879. Sous le nom de , les marionnettes ont d'abord joué des pièces religieuses et historiques. Le Polichinelle italien y devient Punch. Samuel Pepys fit le premier compte rendu écrit sur le spectacle de deux personnages emblématiques Punch et Judy, le . Le spectacle était mené par un italien du nom de Pietro Gimonde, surnommé Signor Bologna. Traditionnellement il n'y a qu'un seul marionnettiste appelé , qui contrôle les deux marionnettes à la fois.

Swift, Stell, Addison, Fielding, William Hogarth, George Cruikshank, parlent de ces spectacles avec admiration dans leurs œuvres.

Au , sont réputés Thomas Holden (1847-1931), entre autres à Paris vers 1880 où il dispose d'un théâtre à son nom., Tiller Clowes Marionettes..