thumb|Une grosse ferme traditionnelle en Autriche (commune d'Oberneukirchen). Une construction agricole est à l'origine une bâtisse construite à la campagne, et que l'on a appelée rustique, lorsque les matériaux employés étaient dits rustiques ou grossiers, ou rurale, le synonyme de campagne. Architecture sans architecte, on lui donnera au le nom d'architecture vernaculaire. Dans les sociétés industrielles, le terme renvoie à une catégorie prévisible de bâtiments exclusivement consacrés à l'agriculture : granges, étables et hangars divers.
Anciennement À l'instar de beaucoup de pays qui ne se sont pas développés industriellement, en France, jusqu'au , 80 % de la population vit à la campagne (soit 16 millions de personnes) et principalement de l'agriculture. Le déclin s'amorce avec la révolution industrielle et surtout à partir du . En 1968, seulement 15 % de la population vit de l'agricultureMolinier Jean. L'évolution de la population agricole du à nos jours. In: Économie et statistique, N°91, Juillet-Août 1977. pp. 79-84. doi : 10.3406/estat.1977.3127 Consulté le 15 mars 2014.
Faisant abstraction d'une lecture chronologique, ou géographique, lorsqu’aucune activité économique ne s'est substituée à l'agriculture, les exploitations agricoles sont souvent de taille modeste, familiales et les agriculteurs de modestes, voire de pauvres paysans. Les fermes rassemblent alors sous un même toit, hommes, femmes, enfants, bétail et fourrage. Dans les sociétés féodales, un seigneur ou un chef exerce certains droits plus ou moins appuyés sur les corps et les sols. Dans la société romaine antique par exemple, l'ensemble de la société hormis les citoyens romains, est réduite en esclavage au service du dominus, le maître et sert de domesticité dans le domus, à la campagne, dans la villa rustica. Dans la société médiévale, le seigneur exerce une activité dont le Annie Antoine. Terre et paysans en France aux . Éditions OPHRYS, 1998. Consulter en ligne.
Dans beaucoup de cas, la terre ne suffit pas à la subsistance de la famille qui doit alors trouver des activités annexes. En France, les maçons de la Creuse, les nourrices morvandelles sont des exemples connus et étudiés de ce phénomène.
Ce qui prime dans ces constructions agricoles, c'est l'économie. Les constructions qui se développent, leur situation géographique, leur implantation, leur orientation, leur organisation éventuelle en village, les matériaux employés ainsi que leur mise en œuvre sont dictés par l'économie, par le terroir, par la survie également. Que l'exploitation ait un tant soit peu de succès et des matériaux un peu plus cossus sont alors employés, la chaux se substitue à l'argile, la tuile au chaume, la pierre de taille aux simples pierres non ouvragées cueillies dans le lit du ruisseau.
Les témoignages de construction les plus anciens ont disparu du fait de leur précarité : bois, terre crue, couverture végétale, mise en œuvre de matériaux de construction précaires, font que ces constructions n'étaient pas destinées à durer, de même que les toits de chaumes des plus solides chaumières ont progressivement disparu au profit de toitures en tuiles de terre cuite, plus commodes d'entretien et plus sûres. Seuls subsistent souvent de ces périodes reculées, des monuments de prestige dédiés au seigneur ou commandés par lui pour un usage collectif, tels les fours pressoirs ou moulins banaux.
Selon les régions, des témoignages bâtis construits en dur, d'une architecture plus évoluée traversent les siècles.
Tentative de classification
Architecture sans architecte, les constructions rurales sont longtemps restées en marge de la réflexion et du discours inhérent à l'architecture. Un auteur du , chargé par les pouvoirs publics de rédiger un manuel pratique sur la manière de les améliorer, tente de leur appliquer quelques-uns des critères de classification alors en vigueur, ceux formulés par Vitruve dans son De architectura : .
L'ordonnance, nous dit-il, c'est-à-dire l'ordre dans lequel les bâtiments doivent être placés autour de l'habitation principale, doit être établi d'après l'importance que le propriétaire attache dans chaque espèce d'exploitation à la surveillance du service de chacun de ces bâtiments, en sorte que ceux qu'il doit surveiller plus fréquemment soient plus près de son habitation. La prudence veut aussi que les récoltes les plus susceptibles de propager ou déterminer un incendie soient entièrement isolées. On entend par distribution, l'arrangement des différentes parties dont une construction est composée, le nombre des pièces, leur étendue et leur distribution intérieure sont relatifs à la destination de l'établissement et doivent être combinés avec goût et convenance; c'est-à-dire que leur ensemble présente le coup d'œil le plus régulier et les distributions les plus commodes. Cet art doit nécessairement entrer dans les principes d'une sage économie ; par économie, on parle de la circonspection sage et éclairée au moyen de laquelle on parvient à son but avec le moins de frais possible sans compromettre ni la solidité, ni la convenance d'aucune partie du travail. Le propriétaire doit au , calculer et apprécier tous les besoins de son exploitation pour établir les bâtiments nécessaires au logement et à la conservation des hommes des animaux et des récoltes qu'elle doit comporter. Suit alors une classification basée sur les revenus de la propriété :
Pour un homme pauvre, un vieillard même avec sa femme ayant un petit jardin, une simple chambre à four suffira, avec un petit grenier au-dessus pourvu qu'il y ait place pour son lit, sa maie à faire le pain, sa table, une petite armoire et trois ou quatre chaises. Si c'est pour un manouvrier ou un petit propriétaire qui n'a pas une nombreuse famille, il se trouvera convenablement logé avec une chambre un peu grande au rez-de-chaussée, dans laquelle on ferait un retranchement pour l'emplacement de son four et qui suffirait pour placer ses outils et ses enfants. Le grenier au-dessus servirait pour mettre son bois sinon devant sa porte et ses petites provisions. Si cette habitation est destinée à un métayer on lui fera deux chambres au rez-de-chaussée. On y ajoutera un four au-dehors, une laiterie, un poulailler, un rang à porcs, un petit cellier et un escalier intérieur pour monter au grenier dont une partie servira de chambre à blé. Peut être aura-t-il besoin encore d'une petite écurie pour 2 ou 3 chevaux, une étable pour autant de vaches, une petite grange et une petite bergerie, le tout proportionné à ses facultés et à l'étendue de son exploitation. Si elle doit être occupée par un fermier ou propriétaire de grande culture, il faut qu'elle soit plus vaste et plus commode, les pièces assez nombreuses et de dimensions assez grandes pour satisfaire à tous les besoins de son ménage. Si enfin elle doit être la demeure d'un riche propriétaire, il faut lui procurer toutes les commodités et les distributions d'une maison de plaisance. Quant aux animaux et aux domestiques, comme ils sont toujours en rapport avec l'importance de l'exploitation, on pourra facilement calculer l'étendue des bâtiments qui doivent les loger tous, tant en santé qu'en état de maladie.
Une architecture vernaculaire
Au , le terme d'architecture vernaculaire, l'architecture des gens, par opposition à l'architecture pour les gens est créé pour décrire l'ensemble de ces constructions ancrées dans leurs environnement. Elle se base alors sur les documents encore visible à cette époque.
Une typologie plus récente distingue différents plans fondamentaux, toutes maisons existant sous une forme élémentaire mais aussi sous des formes dérivéesC. Bans et P. Gaillard-Bans, C. Lassure, G. I. Meirion-Jones. cités sur le site web pierreseche.com : la maison à pièce unique, la maison longue ou « longère », la salle sur rez-de-chaussée ou « salle haute », la maison au plan à distribution axiale, la maison profonde à nef et bas-côtés.
Du pittoresque des vieilles chaumières
En France, au et jusqu'au , des peintres et des écrivains écrit George Sand dans sa nouvelle Promenades autour d'un village. trouvent du charme et du pittoresque aux vieilles chaumières engoncées dans leur végétation, aux paysans avec leurs habits, leurs coutumes, leur parler local démodé. Les hygiénistes font de l'univers agricole leur cheval de batailleA. Sénac, J. J. Jung. Bulletin des sciences agricoles et économiques : Quatrième section du Bulletin universal des sciences et de l'industrie, Volume 3. 1825 (Consulter en Ligne). Ils découvrent le mauvais état des bâtiments ruraux, les conditions d'hygiène déplorables.
Matériaux vignette|Cabane en pierre sèche, à la toiture refaite, au lieudit Nouel, à Lalbenque (Lot) Les constructions agricoles sont liées à leur terroir. Dans toutes les localités, on ne trouve pas toujours tous matériaux dont on aurait besoin, ni les meilleurs d'entre eux d'ailleurs. Quelquefois on manque totalement des uns ou des autres, soit que les forêts sont éloignées et les bois de construction rare et cher ; là c'est la pierre de taille dont on ne trouve des carrières qu'à de grandes distances et dont il faut passer faute de moyens suffisants ; ailleurs on manque totalement de moellons ainsi que de sable et de gravier ou là encore on manque de tuiles. Il faut y suppléer par de la lave ou du bardeau ou autres matières Un propriétaire qui veut bâtir doit bien savoir quels sont les matériaux à sa portée, de leur prix et de leur transports, de leur fabrication et s'instruire enfin de meilleure manière d'employer les uns et les autres. Les matériaux les plus nécessaires sont le bois, le fer, la pierre, la terre, le sable. Avec de la terre on fait des briques, des tuiles, des carreaux, du ciment, du pisé. Avec les pierres on fait de la chaux, qui avec le sable produit des mortiers presque toujours indispensables. Toutefois, on fabrique aussi des mortiers avec une espèce d'argile (une terre franche) qui a beaucoup d'adhésion et quelquefois on se passe totalement de mortier ce qui produit des murs à sec bons pour les clôtures mais sujets à réparations. Les murs et fondations Partout en Europe, vers 1815, plusieurs moyens président pour construire un bâtiment rural :
Torchis
Beaucoup de bâtiments sont construits en torchis, qui consiste en une charpente dont les interstices sont remplis avec de la terre argileuse mêlée de foin ou de paille. Ils présentent plusieurs désavantages dont celui d'être dispendieux en bois.
En maçonnerie de cailloux On construit aussi avec des cailloux de silex, ou avec du bloc marneux posé avec du mortier de chaux et sable, ou simplement avec de la poudre marneuse délayée à consistance de mortier ; les encoignures sont consolidées avec de petites pierres ou gros blocs, provenant de la même carrière. Rarement on rencontre dans ces constructions l'emploi de la brique qui est très coûteux.
En bauge
On construit aussi avec de la bauge montée par assises de dix-huit pouces de hauteur, sur une base en caillou et mortier : en Picardie et en Champagne une grande quantité de maisons sont bâties de bauge ou terre d'argile, mêlée de paille, construction qui a l'avantage de réserver le bois pour les ouvrages où son emploi est indispensable. Un bâtiment élevé en terre bien pétrie, sur une épaisseur convenable, et isolé du sol d'environ trois pieds, au moyen d'une base en caillou ou bloc posé en mortier, présente beaucoup de solidité et surtout d'économie.
Le pisé