Les noms des Roumains sont les dénominations données au fil du temps et selon les territoires, aux locuteurs de la langue roumaine, ou, dans un sens plus élargi, des langues romanes orientales.
thumb|Famille « valaque » (Oláh család) de Meria en Transylvanie austro-hongroise, 1911.
Endonyme En roumain, l'endonyme Rumân ou Român est attesté au Voir note 1., mais c'est seulement au qu'il commence à être traduit dans d'autres langues par « Roumains », (Rumänen, Romanians, Румынь, Rumeni ou Rumanos). Simultanément, sous l'influence des « Lumières », il change de sens en roumain. Jusqu'au il signifiait « Romains » dans le sens d'une lointaine origine romaine devenue quasi-légendaire et aussi en référence à l'Empire romain d'Orient dont la dénomination officielle était « Romanía »Les expressions communément employées aujourd’hui : « Byzantins » ou encore « Empire byzantin » sont d'origine occidentale : elles ont été inventées en 1557, par l'historien allemand Hieronymus Wolf., en , terme repris par les Ottomans sous la forme Rûm ou « Roum » désignant tous les chrétiens orthodoxes. Avec la renaissance culturelle roumaine, « Roumains » prend le sens d'une nation émergeant dans le cadre du nationalisme romantique, aspirant comme les Italiens ou les Allemands à constituer son propre État unitaireFlorin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, revue et augmentée, éd. Univers encyclopédique, Bucarest, 1997..
Exonymes Avant le milieu du , les Roumains, comme beaucoup d'autres peuples, étaient connus par des exonymes. Dans leur cas, il s'agissait de « Valaques, Moldaves » ou « Moldo-Valaques » (et aussi des noms régionaux comme Olahs en Hongrie orientaleSteriu T. Hagigogu, Romanus şi valachus sau Ce este romanus, roman, român, aromân, valah şi vlah, Bucarest 1939., Diciens en DobrogéeGeorge Vâlsan, Graiul românesc, I, 1927, , , Opere postume, Bucarest 1936, ou Timocènes en SerbieDimitrie Drăghicescu, Les Roumains de Serbie (en français), Paris 1919, cité sur ). « Valaques » ne désigne pas seulement les Roumains, mais aussi les locuteurs, minoritaires, des langues romanes balkaniques : Aroumains (aussi Aromounes, Aromans, Farsherotes, Gramoshtènes, Valaques, Vlaques, Vlachs, Vlachos, Vlakhos, Koutso-vlaques, Koutso-valaques, Wallachiens, Cipans, Tchipanes, Tchobans, Zinzares et d'autres), Istro-roumains (aussi Istro-romans, Istriens, Ciciens, Cicériens, Tchitches, Tchitchériens) et Mégléno-roumains (aussi Mégléno-romans, Mégléniotes, Moglénites)Gilles De Rapper, Pierre Sintès et Kira Kaurinkoski, Nommer et classer dans les Balkans : les Valaques, E.F.A. [efa.gr] et De Boccard, Paris, Karl-Markus Gauss, « La Nation disparue. Chez les Aroumains de Macédoine », in Voyages au bout de l'Europe, L'Esprit des péninsules, 2003 (trad. Valérie de Daran) Gheorghe Zbuchea, Cezar Dobre, Românii timoceni, Bucarest 2005 ..
Histoire Dans l'antiquité tardive, ni les hellénophones ni les romanophones d'Europe du Sud-Est n'avaient de nom spécifique, mais étaient dénommées par les chroniqueurs byzantins « Romées » (Ῥωμαίοι - Rhômaíoi, soit les citoyens de la Βασιλεία των Ῥωμαίων - Basileía tôn Rhômaíôn : « empire des Romains » en grec). Les romanophones s'auto-désignaient comme Romani, Români, Rumâni, Aromâni ou Armâni et quelques autres variantes conservées dans leurs langues romanes orientales (et attestées par écrit à partir du )<ref>Ernest Gellner a écrit que « ce sont les états qui créent les nations » : comme la notion de « Roumain » ou « Aroumain » n'apparaît pas avec la Roumanie moderne (comme l'affirment des ouvrages occidentaux, austro-hongrois et soviétiques) mais la précède, cet « état » fut l'Empire romain. Les premières attestations écrites des roumanophones se désignant eux-mêmes par le nom de “romain” datent du , lorsque des humanistes notamment italiens commencent à décrire leurs voyages dans les zones habitées par des « Valaques ». Ainsi, Maria Holban (ed.), Mihai Berza (pref.), Călători străini despre Țările Române [« Récits de voyageurs étrangers au sujet des pays roumains »], Vol. 1, , Editura Științifică, Bucarest 1968, et vol. 2 à 6, Bucarest 1976, citent : Tranquillo Andronico qui écrit en 1534 que les roumains (Valachi) « s’appellent eux-mêmes romains » (nunc se Romanos vocant in : A. Verress, Acta et Epistolae, I, ). En 1532, Francesco della Valle qui, accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti à travers la Transylvanie, Valachie et Moldavie note que les « roumains » ont préservé leur nom de « romains » et qu'« ils s’appellent eux-mêmes roumains (Romei) dans leur langue ». Il cite même une phrase en roumain : Sti rominest ? (« sais-tu roumain ? », ()) : …si dimandano in lingua loro Romei … se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire : Sai tu Romano… in: Cl. Isopescu, « Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento », in Bulletin de la Section Historique, XVI, 1929, - 90). Ferrante Capeci qui écrit vers 1575 que les « habitants des provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Honfro-valaquie et Mésie s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) » (Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli... in Maria Holban, Op. cit., vol. II, – 161). Pierre Lescalopier qui remarque en 1574 que « Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plupart de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur… Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain… » (in : « Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople », fol. 48 in Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, ). Le saxon transylvain Johann Lebel qui note en 1542 que « les roumains se désignent eux-mêmes sous le nom de Romuin »: Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani, /Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur… /Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti (Ioannes Lebelius, « De opido Thalmus », in : Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, – 12). Le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) qui observe en 1554 qu’« en leur langue les roumains s’appellent romin, comme ceux qu’en polonais, nous appelons valaques ainsi que les italiens » (qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur in : Stanislaus Orichovius, « Annales polonici ab excessu Sigismundi », in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555). Le croate Anton Verancsics qui remarque vers 1570 que les roumains vivant en Transylvanie, Moldavie et Valachie se nomment eux-mêmes romains (roumains): …Valacchi, qui se Romanos nominant… et Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno (in : « De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae », in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores II, Budapest 1857, ). Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany qui cite en 1699 les expressions roumaines : Sie noi sentem Rumeni (« nous aussi, nous sommes roumains ») et Noi sentem di sange Rumena (« nous sommes de sang roumain ») : Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, . À la même époque, le chroniqueur moldave Grigore Ureche (Letopisețul Țării Moldovei, ) écrit : În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul… (« en Transylvanie il n'y a pas que des Hongrois mais aussi beaucoup de Saxons et partout des Roumains »). Dans son testament littéraire, le poète valaque Ienăchiță Văcărescu écrit : Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire (littéralement « A mes descendants Vacaresques/je laisse en héritage/la croissance de la langue roumanesque/et la patrie en hommage »). Enfin dans son Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790 (« Histoire des faits du voïvode Mavrogénos et de la rébellion de son temps autour de 1790 »), Pitar Hristache versifie : Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/De la Țara Românească (« Je commence selon mon idée/avec quelques plumiers/l'histoire Mavrogénie/de la Valachie »).</ref>. De leur côté, lorsque les auteurs byzantins voulaient distinguer les locuteurs Thraco-Romains parmi les « Romées », ils les appelaient « Besses », du nom d'une tribu thrace antique : ainsi, en 570, le pèlerin Antonin de Plaisance en visite au monastère Sainte-Catherine du Sinaï décrit les langues les plus parlées par les moines : « Grec, Latin, Syriaque, Copte et Besse ». Au le nom de « Valaques » commence à supplanter celui de « Besses » : dans son Strategikon, Cécaumène précise au que les romanophones de Thessalie « descendent des anciens Thraces et Daces » et qu'« on les appelle Besses ou Valaques »..
L'exonyme « Valaques » (d'origine germanique : voir l'histoire du terme Valaque) se généralise au mais par métonymie, son sens s'élargit : dans le cadre du royaume bulgaro-valaque du , il distingue les insurgés des Grecs, restés fidèles à l'Empire byzantin, et par la suite, le pastoralisme étant l'occupation principale des romanophonesJacques Bourcard, « Les peuples des Balkans » dans La Géographie , Paris 1921., il identifie toutes les communautés pastorales des BalkansStelian Brezeanu, Palaiovlachoi - Stari Vlah - A medieval Balkan history and toponymy, Istituto Romeno’s Publications, ed. GeoCities 2006 sur ., de Hongrie médiévaleAlexandru Filipașcu, L’ancienneté des Roumains de Marmatie (en français), éd. de l’université de Cluj au Centre d’études et de recherches transylvaines de l'université Ferdinand- de Sibiu, « Bibliotheca rerum Transsilvaniae », 1945, à 33. et du bas-Danube, même après qu'elles ont abandonné leurs idiomes romans et adopté des langues slaves méridionales, le grec ou l'albanaisAlexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.), Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate (« Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens ») , éd. Enciclopedică, Bucarest 2001, ..