vignette|droite|Cristobal Rojas (1857-1990, Bordadora con Lampa [1889) Broderie à la lumière d'une lampe. Cristobal Rojas est un peintre vénézuélien impressionniste comme Malègue en littérature.

Sous la meule de Dieu et autres contes de Joseph Malègue est le titre du recueil, publié en 1965 aux éditions du Chalet, à Lyon, par Jean Lebrec, des trois plus longues nouvelles de Malègue sur les huit. Soit : La Mort d'Adam, Celle que la Grotte n'a pas guérie. Et Sous la meule de Dieu. Ce dernier texte est achevé en , le dernier que Malègue ait écrit avant sa mort en . Il raconte l’histoire d’un avocat de Nantes, à jamais meurtri par la perte de son fils, grièvement blessé lors des combats de juin et qui mourra comme un saint.

Lebrec les commente dans sa présentation du recueil, et édite quatre autres nouvelles, très courtes, dans L'Art de la nouvelle chez Joseph Malègue : L'Orage, La Pauvreté, Rêverie autour de la peine de mort et Notes d'urbanisme moral, qu'il commente longuement (70 pages). Tout au long de son monumental ouvrage, Joseph Malègue entre réalisme et impressionnisme. Les multiples éclats d'une œuvre oubliée, Honoré Champion, Paris 2025, Zofia Litwinowicz Krutnik considère Joseph Malègue comme un impressionniste en littérature et elle le montre pour la plupart des nouvelles, en particulier L'Orage.

Malègue est l'auteur d'une huitième nouvelle qui sera insérée dans Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut, roman posthume. Cette œuvre est censée être une . L'auteur de la « relation » est un ancêtre d'André Plazenat personnage du roman, qui enseigne le droit à Paris. Par lettre, l'enseignant confie le manuscrit à Jean-Paul Vaton, le narrateur-héros, pour qu'il en établisse une copie et la lui fasse parvenir. Ce document doit servir à l'élaboration d'une étude sur les tribunaux révolutionnaires. Dans le chapitre de Pierres noires intitulé, comme la nouvelle, La Révolution, Jean-Paul Vaton fait part de ses impressions sur ce qu'il retranscrit. Il lui semble entendre

Genèse et édition des différentes nouvelles vignette|right|Caricature de Daumier : Gens de Justice 1846 : « Voici le ministère public qui nous dit des choses très désagréables... tâchez donc de pleurer. » L'Orage est le premier texte paru de Joseph Malègue dans la revue L'Idée nationaliste et régionaliste en . Pour, Claude Barthe on croit souvent que Malègue a commencé avec Augustin ou Le Maître est là La revue L'Idée... s'occupe surtout de politique, mais Charles Vildrac, Charles le Goffic, notamment, y collaborant, cette ouverture à la littérature permet à Malègue d'y être accueilli.

En 1911, il entreprend une thèse sur les dockers de Londres, amère expérience de la misère et de sa propre gêne. Il en rédigeant La Pauvreté, jamais publiée car Zofia Litwinowicz pense qu'à Ces deux nouvelles sont publiées par Jean Lebrec en 1969.

La Mort d'Adam, sans doute écrite en 1922, reste également inédite jusqu'en 1965, lorsque les éditions du chalet l'insère dans un recueil intitulé Sous la meule de Dieu et autres contes de Joseph Malègue. La Révolution, composée à la même période, a d'abord eu une existence indépendante. Plusieurs fois remaniée elle se voit finalement intégrée dans Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut.Celle que la Grotte n'a pas guérie a été elle aussi publiée aux éditions du chalet en 1965, après avoir transité par la revue Sept les 19 et et été insérée en 1939 dans le recueil Pénombres.

Rêverie autour de la peine de mort, également parue dans Sept le avec des lithographies de Daumier sur les gens de Justice, est reproduite en 1969 dans L'Art de la nouvelle selon Joseph Malègue de Lebrec.Notes d'urbanisme moral, publiée le dans La Vie intellectuelle, est reprise dans l'édition de Lebrec en 1969.Sous la meule de Dieu, la plus longue des nouvelles, sert de titre au recueil des éditions du chalet en 1965. Elle avait déjà paru dans le quatrième numéro de la revue Construire à la fin de 1943.

Résumé des nouvelles L'Orage, La Pauvreté, La Mort d'Adam vignette|droite|Exécution de Louis XVI . Le bourreau montre la tête du roi à la foule. Léon Émery dit que les nouvelles de Malègue ne sont pas étrangères à l'actualité la plus brûlante et pour lui il y a ici une allusion implicite à la Révolution d'octobre et ses épisoede les plus sanglants (voir ci-dessous).La Révolution a été écrite début des années vingt au siècle passé. Dans L'Orage, deux jeunes gens discutent d'un ami plus âgé mort dans un orage voici peu. Le premier reçoit le second chez lui et raconte ce qu'a fait le vieil homme au balcon de la maison, lui rapportant des poèmes qu'il écrit face aux éclairs. Le dernier éclair le tue. Le récit se clôt par la lecture des poèmes de l'homme foudroyé.

Dans La Pauvreté, un étudiant pauvre s'efforce de vivre stoïquement face à son dénuement. Il se lie d'amitié avec René Tolknine, étudiant polonais plus pauvre encore, qui considère que son sort est comme une invite à l'abandon en Dieu. Il meurt lors d'une absence prolongée de Michel. Le concierge que ces locataires sans le sou n'intéressent guère, n'a pas gardé la lettre destinée à Michel. Il peut se passer de son message, pense-t-il, car :

Dans La Mort d'Adam, le personnage éponyme est ; le seul qui a entendu la malédiction de Yahweh après la faute ( (Genèse, III, 19)) ; le seul qui aperçoit les approches de sa mort. Car ces hommes qui vivent des siècles n'ont été témoins Peu avant l'échéance, apparaît une jeune femme très belle, descendante de Caïn et vivant au sein d'une autre horde. Elle finira par entraîner avec elle un membre de la horde d'Adam.

La Révolution, Celle que la grotte n'a pas guérie vignette|droite|« Et le poing du peuple se lève » et crève le parquet d'une réunion de la Cour impériale de Russie. Dessin inspiré de dans le New Yorker American, du 8 avril 1917. Pour Émery, cette nouvelle a quelque rapport avec la Révolution d'octobre : elle ne se sépare pas de l'actualité et sa rédaction est plus moins contemporaine d'épisodes sanglants de la révolution russe. La Révolution a comme scène une prison révolutionnaire improvisée de l'an II (une grange à Feurs). Pour Léon Émery, cette nouvelle devient le Un prêtre et son cousin président du Présidial de Riom, en passe d'être fusillés, y dissertent sur l'appel à la sainteté que constituent d'elles-mêmes les périodes troublées : il y a là l'implacable L'épisode semblant détaché de l'actualité, est écrit

Malègue Hommes et femmes sont, explique-t-il Ce qui détermine, quasi totalement, leurs destins, leurs convictions religieuses ou irréligueses. Celle que la Grotte n'a pas guérie raconte l'amitié de Jeannette et Noémi (dont les mamans sont également amies). Élégante vendeuse, Noémi se retrouve brusquement presque totalement paralysée, veillée d'abord par sa mère et ensuite par Jeanette pour des raisons que celle-ci ne s'explique pas mais qui la maintiendront aux côtés de la malade jusqu'à sa fin, cette dernière acceptant peu à peu son état.

Rêverie autour de la peine de mort, Notes d'urbanisme moral, Sous la meule de Dieu Dans Rêverie autour de la peine de mort, Malègue (qui a été avocat, rappelle Lebrec), décrit un procès d’assises ayant à connaître d’un meurtre crapuleux tournant à la joute sportive entre un avocat brillant et ses adversaires ou le jury. La morale de l'histoire est que demeure indispensable en une telle affaire

Dans Notes d’urbanisme moral, un homme se promène dans une ville où un nouveau quartier ouvrier a été édifié avec déjà son cimetière. Il prend en compte tout le déterminisme social encadrant ces aménagements qui façonnent l’âme collective des différents groupes de la ville, les gens résidant dans la ville ancienne et ceux du nouveau quartier.

225px|vignette|droite|L'armée allemande sur l'avenue des Champs-Élysées, le .

La vérité se révèle à lui, écrit Lebrec, , puisque nous sommes sujets à la et qui nous rend à la vérité de nous-mêmes dans le face-face avec Dieu.

Sous la meule de Dieu est un conte composé par un homme au seuil de la mort (Joseph Malègue frappé d’un cancer dont il apprend qu’il est incurable peu après le désastre de mai-). L’écrivain peut ainsi emprunter , l’histoire d’un vieux bâtonnier, chrétien de convention, contrarié par la vocation d’un fils qui devient prêtre, combat dans les blindés, est blessé et hospitalisé dans la ville où réside son père. Ce dernier assiste à la mort de son fils en saint , qui rompt avec les valeurs bourgeoises qui l'avaient jusqu'alors habité.

Structure narrative gauche|vignette|alt=Piero della Francesca, la Mort d'Adam (détail), également titre d'une nouvelle de Malègue.|Piero della Francesca, La Mort d'Adam. Donner l'impression de la réalité Malègue utilise divers procédés d'introduction aux nouvelles, ce qui va rejaillir sur leur structure narrative, la plus ou moins grande intensité de l'action qui s'y déroule, pense Lebrec. En ce qui concerne le style :

En vue de donner l'impression de la réalité, l'écrivain présente parfois lieux et personnages : Comme par exemple pour La Pauvreté avec la description de la chambre d'étudiant pauvre de Michel qui nous met directement en face de son problème : la présentation des lieux (vieux et pauvres)

La Mort d'Adam s'ouvre sur la présentation du personnage éponyme porté par ses descendants dans une litière sur les pistes des nomades. vignette|gauche|Ève par Eric Gill 1929. Portrait de la « fille des hommes » dans La Mort d'Adam, descendante de Caïn

Un autre personnage, la « fille des hommes », y apparaît d'une beauté sensuelle insolente. Celle que la grotte n'a pas guérie décrit d'emblée la chambre du personnage principal, mademoiselle Noémi, habitant une vieille maison de province avec sa mère puis les relations des deux femmes avec une autre jeune femme et sa mère. Il en va de même pour Rêverie autour de la peine de mort et pour Notes d'urbanisme moral bien que, dans ces deux textes, l'action est réduite au minimum, ce qui n'en fait que des ébauches de nouvelles. La conversation entre les deux jeunes gens amis du vieil homme mort foudroyé dans L'Orage est une façon d'entrer en matière

Dans Sous la meule de Dieu, le héros tient un journal et le lecteur peut vite supposer que Pour La Révolution, le narrateur-héros de Pierres noires doit faire une copie de la relation des graves événements qui ont affecté les personnages d'un récit datant de l'an II, à la fin duquel ils sont fusillés, le document ayant été découvert dans leurs archives familiales.

vignette|gauche| alt=Photographie de la foudre s'abattant sur des maisons.|Le vieux poète risque sa vie en s'approchant des éclairs qu'il veut intégrer à son poème et en meurt foudroyé.

Sens de l'action. Pas d'influence de Proust. Intertextualité de L'Orage avec La Pauvreté. Rôle des développements oratoires Dans L'Orage révèle un sens de l'action qui ne se retrouvera à ce point que dans les dernières nouvelles. Elle a la caractéristique propre à une façon d'écrire avec « l'empiètement du descriptif sur le narratif à l'échelle modeste d'une nouvelle », comme Proust mais « avant que le style de Proust ne se soit révélé dans des publications célèbres. Sauf dans La Fin de la jalousie du recueil Les Plaisrs et les jours, mais les métaphores de L'Orage sont d'une toute autre inspiration ou ses romans en général selon Louis Estève parce que là où Proust dans sa a quelque chose de mécanique, Malègue, lui, introduit

Zofia Litwinowicz considère aussi que la composition de La Pauvreté est identique à L'Orage : Cette nouvelle est également courte. Elle met en opposition Michel qui assume sa pauvreté de manière fière et stoïque et René qui le rend plus proche du Christ