vignette|Symboles de genre utilisés pour désigner les femmes (à gauche) ou les hommes (à droite)

La notion de rôle de genre désigne le fait qu'il existe des attentes sociales particulières envers les individus en fonction de leur genre. Divers facteurs sont à l'origine du développement des rôles de genre, et ils ont une influence sur la vie des individus à différents niveaux. Par ailleurs, les rôles de genre diffèrent selon les cultures et les époques.

Terminologie

Définition du rôle de genre

Le rôle, de façon générale, constitue un « modèle » qui comporte un aspect normatif et désigne ce que doit faire un individu pour valider son statut. Ainsi, il comprend les tâches et les conduites qu'un individu est censé effectuer en fonction du statut qu’il occupe.

En ce qui concerne les rôles de genre, leur existence se base sur les différences entre les sexes dans le comportement social. Les rôles de genres sont définis comme des attentes communes à propos de comportements et de qualités qui s’appliquent aux individus sur la base de leur sexe. En d’autres termes, selon Cialdini et Trost, les normes qu'impliquent les rôles de genres partagent les caractéristiques des normes sociales, décrites comme « des règles qui sont comprises par les membres d’un groupe, qui guident et ou contraignent le comportement social sans force de loi ». Gilbert et Scher soulignent que les normes de rôles de genres donnent une ligne de conduite à tenir pour les hommes et les femmes sur la façon dont ils sont censés agir, penser et ressentir. Ce sont des attentes subjectives des membres de la société.

Rôle de genre et rôle de sexe

Il est difficile de distinguer le sexe, qui est une variable biologique, et le genre, qui est une variable culturelle.vignette|droite|Objets attribués aux femmes selon les rôles de genre. Le terme « genre », autrefois peu employé, est de plus en plus utilisé, notamment dans les sciences humaines et sociales et l'art. Le concept de rôle de genre désignerait un construit social, contrairement aux rôles de sexe qui renverraient aux aspects biologiques. Cependant, cette question fait encore l’objet de nombreux débats. Pour cette raison, et parce que les auteurs utilisent tantôt un terme, tantôt l’autre, le terme « genre » sera utilisé tout au long de cet article, celui-ci étant davantage en lien avec la notion de rôles.

Rôle de genre et identité de genre

Selon Colette Chiland, . En effet, Stoller et Greenson ont introduit le concept d'identité de genre en 1964 pour désigner le sens, la connaissance d'appartenir à l'une ou l'autre des catégories féminine ou masculine. Le rôle de genre correspond au comportement adopté ouvertement en société, spécialement en présence des autres. Il s'agit donc de l'expression publique de l'identité de genre.

Rôle de genre et stéréotype

Comme le rôle de genre, le stéréotype dirige les attentes des membres d’un groupe. Cependant, le rôle est un modèle qui guide des comportements, alors que le stéréotype détermine des opinions. Hilton et Von Hippel définissent les stéréotypes comme étant des croyances à propos des caractéristiques, attributs et comportements des membres de certains groupes. Ils ajoutent que les stéréotypes ont la fonction de simplifier la réalité en catégorisant car l'humain est constamment confronté à une multitude d'informations. Il serait difficile, voire impossible, de prendre en compte l'ensemble des caractéristiques individuelles de tout un chacun.

Historique du concept En 1914, le psychanalyste Sigmund Freud introduit déjà des facteurs sociaux dans ses réflexions sur la personnalité féminine. En effet, il considère le narcissisme féminin comme issu des restrictions que la société impose aux femmes..

Dans les années 1940, la psychologie sociale se développe, articulant les analyses de comportements de groupe et les analyses de la motivation individuelle. Le développement de la théorie du rôle en particulier permet une étude scientifique des relations et des différences entre les sexes. On considère que l'enfant apprend à adopter des attitudes déterminées par son appartenance sexuelle en suivant le modèle de personnes sexuées, principalement la mère et le père. Les études consistent cependant principalement à établir un « type féminin » et un « type masculin ». En 1946, Termann et al. soulignent l'importance d'adjoindre des considérations socio-culturelles aux examens psychologiques.

En 1955, John Money introduit le concept de rôle de genre pour désigner tout ce qu'une personne dit ou fait, de sorte à révéler elle-même son statut d'homme ou de femme, de garçon ou de fille. Selon Money, cela peut ne pas correspondre au sexe donné biologiquement.

Au cours des années 1960, les conduites féminines évoluent en lien avec l'arrivée des femmes dans divers domaines de travail. De ce fait, les préjugés à leur égard diminuent. Des psychologues alliés aux mouvements féministes dénoncent le fait que beaucoup de scientifiques attribuent à tort les comportements féminins à leur nature intrinsèque, sans reconnaître les causes liées au contexte social ; voir Sexisme dans la science moderne. Face au bouleversement des conceptions, il est considéré comme nécessaire d'élargir le champ de recherche et d'y ajouter des perspectives sociales.

Par la suite, les psychologues du développement identifient la socialisation et l'apprentissage comme des causes importantes des différences entre les sexes. En parallèle, en 1966, Kohlberg, à travers son modèle du développement cognitif, propose que les enfants catégorisent les comportements comme correspondant à des rôles féminins ou masculins, et se conforment généralement aux rôles associés à leur propre sexe . De plus, de nombreux psychologues sociaux ou de la personnalité désignent les stéréotypes, les normes, ou encore l'identité comme étant à la base des différences de genre dans la cognition et le comportement social.

Les recherches en psychologie au milieu des années 1970 commencent à montrer un consensus à propos de la différence psychologique des sexes. Elles cherchent à prouver que peu de différences sont naturelles ; elles seraient plutôt dues à des croyances qui attribuent des caractéristiques à un sexe plutôt qu'à l'autre.

Au début des années 1980, de plus en plus de psychologuescomme Belle, Deaux, Hyde, O'Leary & Hanson, ou Wallston & Grady ; dans Eagly (1987). pensent que les différences biologiques entre les sexes sont mineures. Le point de vue de la population générale serait biaisé, influencé par des informations fréquemment entendues en société.

En 1987, Alice Eagly développe la théorie du « rôle de genre ». Au fil des années, celle-ci est enrichie au travers de plusieurs études.

La fin des années 1980 marque la réapparition des études expliquant les différences entre les sexes comme étant naturelles. Différents auteurs privilégient les explications évolutionnistes. Plus tard, l'influence des hormones sur le comportement est démontrée.

En 2002, Eagly et confrontent les théories sociobiologiques, la psychologie évolutionniste et le constructivisme social dans une recherche interculturelle. Selon elles, les différences entre les sexes découlent de l'interaction entre les particularités physiques liées au sexe (notamment la capacité reproductive féminine), et les caractéristiques sociales et structurelles des sociétés. Ainsi, les différences entre les sexes sont moins marquées dans les sociétés égalitaires, malgré certaines observations inverses (le paradoxe de l'égalité des sexes). Cela explique également les variations dans les comportements selon le sexe au fil du temps.

Aujourd'hui, malgré le retour des théories définissant les différences entre les sexes comme naturelles, beaucoup de recherches continuent d'explorer les causes sociales, considérant la majorité des différences comme acquises au cours du processus de socialisation plutôt que naturelles. Les populations, tout comme les scientifiques, semblent divisées en fonction du type d'explication favorisée.

Dimension culturelle

Les rôles de genre font partie des règles de comportement social propres à chaque société. Chaque société laisse donc apparaître des différences entre les hommes et les femmesGeert Hofstede : Culture. Mais le genre est une catégorie sociale qui n’existe pas de façon isolée. Chaque personne est soumise à des conditionnements sociaux genrés au regard de sa culture.

Différences culturelles au niveau des rôles de genre Les rôles de genre apparaissent déterminés par les idéaux et valeurs de la société, ce qui explique que les attentes de rôle différent suivant le groupe envisagé. Elles sont donc différentes d’une culture à l’autre.

Plus récemment, Linda L. Lindsey a comparé les rôles de genre dans différentes sous-cultures de la société américaine. Elle montre que les Afro-Américains ont tendance à avoir une perception des genres moins rigide et stéréotypée que les Euro-Américains. Les hommes et les femmes ne sont pas vus comme des êtres opposés ayant des attentes différentes. Ils sont tous deux encouragés à devenir à la fois donneurs de soin et sûrs d’eux. De ce fait, les hommes afro-américains participent aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants de façon plus équitable que chez les euro-américains. Les femmes afro-américaines quant à elles encouragent plus leurs filles à l’indépendance et l’autonomie que les euro-américaines. Cette étude montre qu’il y a un effet médiateur de l’environnement, de la classe sociale et de la proportion d’autres origines culturelles dans l’entourage des sujets sur le genre. L’auteur cite Hill qui considère que cette adhésion moindre aux rôles de genre chez les Afro-Américains est expliquée par le contexte de la société américaine qui présente de fortes inégalités sociales. Le système américain freine les croyances à propos de l’égalité entre les sexes, et les enfants faisant déjà face à la discrimination raciale peuvent trouver qu’il est plus facile de défier les rôles de genre traditionnels.

Selon Lindsey, les Américains d’origine asiatiques bénéficient généralement d’une socialisation moins flexible et ont donc des croyances plus marquées sur les rôles de genre. Dans ces cultures, le système familial est patriarcal. Ainsi, d’après les rôles de genre, les femmes sont dépendantes des hommes et des femmes plus âgées. Cependant, à partir de la troisième génération d’immigrés, la subordination féminine est remise en question, particulièrement dans le cas des chinois, japonais et coréens. Lindsey explique que d’après les études de Louie et Louie, puis Farley et Alba, la mobilité sociale de la famille et l’éducation universitaire causent l’américanisation des jeunes d’origine asiatique et diminuent leur adhésion aux rôles de genre.

Lindsey met également en avant le modèle des personnes originaires d’Amérique latine vivant aux États-Unis, venant plus précisément de Porto Rico, de Cuba et du Mexique. Dans ces sous-cultures, la femme a principalement un rôle maternel et de soin pour la famille proche. Il est valorisé pour l’homme de se montrer machiste. Ces rôles sont institués par le collectivisme, les fortes valeurs familiales et l’importance de la religion dans ces sociétés.

Culture et intensité des différences de genre Le degré de différenciation entre hommes et femmes dans un pays est fortement dépendant de la culture nationale.