La psychologie interculturelle du développement étudie l’influence du contexte social et culturel sur le développement de l'enfant au niveau comportemental, cognitif et affectif. Cette discipline s'inscrit dans le champ de la psychologie interculturelle et culturelle ainsi que de la psychologie du développement. Le psychologue russe Lev Vygotski a été le premier à saisir l’importance du rôle de la culture sur le développement dans les années 1920-30. Cependant, ce n'est que dans les années 1960 que sa théorie socio-culturelle a été découverte en Occident, marquant le point de départ de nombreuses études sur le lien entre culture et développement..

Le développement de l’enfant est un processus complexe guidé et assisté par des groupes d’individus. Tout au long de ce processus, l’enfant est mené dans une certaine direction, définie par plusieurs facteurs. Un des facteurs principaux est la culture qui est transmise par les processus de socialisation et d’enculturation. Grâce à ceux-ci, l’enfant acquiert . propres à sa culture, l’aidant à devenir un membre compétent susceptible d'apporter sa contribution au groupe.

Ainsi, l'étude de Whiting et Whiting illustre ce propos par une comparaison entre les temps d'aide aux tâches domestiques (dans le cadre familial) effectués par les enfants au sein de sociétés industrielles et agricoles. Les chercheurs ont observé une contribution au travail domestique plus importante chez les enfants au sein des sociétés agricoles. Par conséquent, les enfants qui collaborent davantage à ces tâches ont tendance à être plus affectueux et à aider plus facilement les autres. Tandis que les enfants qui y passent moins de temps tendent à être plus égoïstes et réclament plus d'attention et d'assistance.

Histoire Pendant longtemps, les théories du développement se sont tournées vers le développement interne de l’enfant, laissant de côté l’environnement et le contexte dans lequel celui-ci grandit.

Les premières études concernant le développement de l’enfant ont été menées par Jean Piaget dans les années 1920-1930. Selon lui, le développement intellectuel de l’enfant se fait en 4 périodes consécutives, elles-mêmes divisées en stades. À chaque stade correspond un âge moyen auquel l’enfant est supposé acquérir des compétences spécifiques. Cependant, à travers différentes cultures, les enfants montrent une certaine divergence dans l’âge d’acquisition de certaines aptitudes. Par exemple, Berry et ses collaborateurs ont montré que les enfants baoulés parvenaient à effectuer des tâches nécessitant l’utilisation d’objets de manière plus précoce que l'âge indiqué par Piaget. Ces auteurs pensent que cette variation est due au fait que les enfants baoulés ont accès à un plus grand nombre d’objets que les enfants occidentaux, qui eux ont principalement accès à des jouets..

D’autre part, Erik Erikson propose que le développement de l’être humain se fait en passant par des crises survenant tout au long de la vie. Afin d'atteindre un bon équilibre psychosocial, l'individu doit surmonter ces phases. Les crises proposées par cet auteur touchent à des dimensions qui concernent les valeurs telles que l’autonomie ou l’initiative. Pourtant, les croyances et les valeurs diffèrent selon les conditions de vie et la culture. Selon Erikson, la deuxième crise à surmonter, est appelée , survenant au moment où l’enfant se rend compte qu’il a la capacité de choisir. D’après cet auteur, le fait de trop contrôler l’enfant pendant cette période pourrait créer chez lui une tendance à la honte et au doute.. Rogoff souligne quant à elle que l’autonomie est une valeur fortement encouragée dans les sociétés occidentales, mais qu'elle n'est pas universellement partagée..

Effectivement, les sociétés occidentales généralement considérées comme individualistes, accordent beaucoup d’importance au fait que l’enfant dorme seul. Cependant, dans les sociétés occidentales et collectivistes, dormir avec l’enfant est encouragé. On peut aussi observer la tendance, différente en fonction de la culture, des parents à inculquer la valeur d’autonomie, à travers des pratiques subtiles telles que les manières de jouer avec leurs enfants .

Par le passé, un certain nombre d'auteurs dont Piaget et Erikson, n'ont donc pas accordé une importance prépondérante à l'influence de la culture sur le développement de l'enfant.

Développement et culture D’un point de vue socioculturel, l’enfant apprend à agir, à penser et développe ses compétences grâce à sa participation dans des activités quotidiennes sous-tendues par des conventions, des routines et des normes culturelles. Ainsi, les pratiques culturelles servent non seulement à encourager et maintenir des modèles d’enseignement, mais contribuent aussi au développement affectif, cognitif et comportemental de l'enfant.

Concept de transmission culturelle C’est en 1981 que Cavalli-Sforza et Feldman développent le concept de transmission culturelle en s’inspirant du concept de transmission biologique. On parle de transmission biologique lorsque certains traits d’une population sont perpétués d’une génération à une autre grâce à des mécanismes génétiques. La transmission culturelle, quant à elle, implique la transmission de traits exclusivement comportementaux et dépend de mécanismes d’apprentissage.

Ces auteurs distinguent trois formes de transmission culturelle : la transmission verticale, la transmission horizontale et la transmission oblique.

La transmission verticale se déroule entre les parents et leurs enfants. Les parents transmettent leurs « valeurs culturelles, leurs compétences, leurs croyances, etc.» à leur descendance. En général, les parents biologiques prennent le rôle d'éducateurs. Il est donc difficile dans ce cas de figure de distinguer la transmission biologique de la transmission culturelle. Par contre, les formes de transmission horizontale et oblique sont exclusivement des modes de transmission culturelle. La transmission horizontale est l’apprentissage qu’un individu peut acquérir aux contacts de ses pairs dans les interactions quotidiennes. Enfin, lorsqu’un individu acquiert un apprentissage provenant de personnes de la génération de ses parents ou d’institutions, on parle de transmission oblique.

Dans le cas où cet apprentissage provient d’adultes ou d’institutions qui partagent la même culture que l’individu, on utilisera la dénomination « transmission culturelle ». En revanche, si cette forme de transmission provient d’un autre groupe culturel que celui auquel appartient l’individu, on parlera d’« acculturation ».

Deux processus sous-tendent ces trois formes de transmission culturelle : la socialisation et l’enculturation.

Socialisation et enculturation La socialisation est le processus commençant au début de la vie, par lequel les règles et les manières de se comporter sont apprises et intériorisées. Elles sont déterminées par la culture selon ses propres normes sociales, ses valeurs, ses croyances et les comportements attendus par celle-ci. La socialisation fait plutôt référence au processus même, aux mécanismes par lesquels l'individu apprend les règles de la culture.

L'enculturation est le processus par lequel l’enfant apprend et adopte « les bonnes manières » de la culture. La différence avec la socialisation est que l’importance est mise sur les résultats de la socialisation, c'est-à-dire sur les effets psychologiques subjectifs de la culture intériorisée dans le développement.

Ces processus qui commencent dès l'accouchement, durent jusqu'au dernier jour de vie. À la naissance, les enfants ont la capacité de distinguer tous les phonèmes que les humains sont capables de prononcer. Cette capacité du nouveau-né diminue déjà pendant la première année de vie, reconnaissant de moins en moins les phonèmes qui ne sont pas présents dans son environnement, dans sa langue. D’après cette constatation, les chercheurs suggèrent que les humains sont biologiquement préparés à entendre le langage dès la naissance, mais ce sont les premières expériences qui détermineront nos capacités linguistiques ultérieures. Le langage et la culture sont deux systèmes appris à travers les interactions sociales. L’apprentissage de la culture et de la langue sont certainement entremêlés car elles impliquent, dans les deux cas, un effort pour comprendre la signification de l’environnement social. Les enfants semblent naître avec une grande aptitude à percevoir les significations produites par leur environnement social et d’organiser leurs vies autour de ces significations, bien que cette aptitude diminuera, pour finalement se limiter aux significations de leur propre langue et leur propre culture..

Les agents d’enculturation et de socialisation peuvent être des personnes (tels que la famille, les pairs ou d'autres éducateurs), des institutions (comme l’école, la religion, la politique) ou des organisations (telles que les scouts, des équipes de sports, etc.). Cependant, les parents sont en général les agents d’enculturation et de socialisation les plus importants. Des chercheurs se sont intéressés à comment les interactions entre individus et différents agents de socialisation (et d’enculturation) contribuent à produire des cultures, et comment les identités culturelles et ethniques se développent. Bronfenbrenner postule que nous ne sommes pas passifs dans le processus de socialisation et d’enculturation. En effet, le développement serait selon lui, un processus dynamique qui interagit à plusieurs niveaux. Notre socialisation ne dépendrait donc pas simplement des agents tels que nos parents, notre famille, nos amis, l’école ou la religion, . Nous serions donc des agents actifs produisant aussi notre propre développement.

Théorie des systèmes écologiques Brofenbrenner est un des premiers développementalistes à adopter les idées de Vygotsky en développant sa théorie des systèmes écologiques en 1979. Il intègre dans cette théorie les paramètres microsociaux et macro sociaux qui influencent le développement de l’enfant. Pour représenter la socialisation de l’enfant ainsi que ses relations avec la culture, il utilise un schéma sous forme de cercles concentriques imbriqués les uns dans les autres à la manière des poupées russes. Dans ce schéma, quatre sphères entourent l’enfant en développement, allant de l’environnement immédiat à la culture étendue.

Le microsystème : Cette sphère est en contact direct avec l’enfant et représente ses principaux agents de socialisation tels que la famille (père, mère, frères et sœurs). Le mésosystème : Cette sphère entoure le microsystème. Elle symbolise d’autres microsystèmes inter-reliés comme l’école, le voisinage ou encore la crèche. L’exosystème : C'est dans cette couche que l’on retrouve des protagonistes qui vont influencer le développement de l’enfant, mais de manière plus distante. Il s’agit par exemple des agences gouvernementales locales, des médias, des amis d’amis, de la situation économique des parents, etc. Cette sphère influence le microsystème ainsi que le mésosystème. Le macrosystème : Cette sphère est la couche la plus englobante du système écologique. Elle représente les normes culturelles, les buts de socialisation et les valeurs propres à une culture donnée.

Ces couches interagissent entre elles et influencent le développement de l’enfant. Ainsi, toujours selon Brofenbrenner, c’est en analysant les interactions quotidiennes de l’enfant au sein d’environnements naturels que l’on peut réellement comprendre son développement.

Théorie des niches développementales