L'Ukraine n'a plus d'armes de destruction massive actuellement. L'arsenal nucléaire de l'Ukraine s'est constitué lorsqu’elle se retrouva indépendante à la suite de la dislocation de l'URSS en décembre 1991. Elle hérita de vastes stocks d'armes, la plaçant au troisième rang des puissances nucléaires mondiales en nombre d'ogives.

Après la dissolution de l'Union soviétique, l'Ukraine conserve environ un tiers de l'arsenal nucléaire soviétique, troisième au monde à l'époque, ainsi que l'organisation de sa conception et de sa production. On compte 130 missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) UR-100N à six ogives chacun, 46 ICBM Molodets RT-23 à dix ogives chacun, ainsi que 33 bombardiers lourds, totalisant environ ogives, qui restent sur le territoire ukrainien. Officiellement, ces armes restent sous contrôle de la Communauté des États indépendants . En 1994, l'Ukraine accepte de détruire ces armes et d'adhérer au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). La même année, elle obtient en échange des garanties concernant sa souveraineté établies par le Mémorandum de Budapest.

Historique vignette|gauche|RSD-10 Pioneer dans le musée d'histoire militaire de la force aérienne ukrainienne de Vinnytsia. Sa mise hors-service a été décidé lors du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire de 1988.

En tant que république de l'Union soviétique, l'Ukraine hébergeait des bases pour les divisions suivantes des forces nucléaires :

43e Armée de missiles 19e Division de missiles (Rakovo, oblast de Khmelnytskyi) (voir :uk:19-та ракетна дивізія (СРСР)) 37e Division de missiles de la garde (Loutsk, oblast de Volyn) 43e Division de missiles de la garde (Romny, oblast de Sumy) 46e Division de missiles (Pervomaisk, oblast de Mykolaïv) Michael Holm, 46th Missile Division 50e Division de missiles (Bilokorovychi, oblast de Jytomyr)

De vastes transferts de matériel ont lieu pour rapatrier les troupes de l'ex-armée rouge stationnées dans l'ancien Pacte de Varsovie tandis que les nouvelles armées nationales se partagent l'arsenal soviétique. Les Forces armées de l'Ukraine se retrouvent à la tête du deuxième arsenal après la fédération de Russie qui, elle, récupère l'ensemble des armes nucléaires de l'URSS à la suite du traité de sécurité collective (ou Traité de Tachkent) de 1992.

Le , le Conseil suprême d'Ukraine adopte la déclaration de souveraineté d'État d'Ukraine et annonce que l'Ukraine n'utilisera pas, ne produira pas et ne stockera pas d'armes nucléaires. Le , le parlement ukrainien adopte un statut non-nucléaire. En , le parlement ukrainien ratifie le protocole de Lisbonne signé le complétant le Traité de réduction des armes stratégiques du et concernant les États successeurs de l’URSS.

En 1993, le théoricien des relations internationales et professeur à l'université de Chicago John Mearsheimer publie un article dans lequel il prédit qu'une Ukraine totalement dépourvue de dissuasion nucléaire, serait susceptible d'être agressée par la Russie, bien qu'il s'agisse d'une opinion très minoritaire à l'époqueThe Case for a Ukrainian Nuclear Deterrent retrieved 23/01/2022.

L'Ukraine signe les mémorandums de Budapest le , par lequel elle accepte de se défaire de l'énorme stock d'armes nucléaires dont elle a hérité à la dislocation de l'URSS et d'adhérer au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, ce qu'elle fit le même jour. À partir du , elle n'a plus d'ogives opérationnelles sur son territoire, le désarmement étant financé par le gouvernement des États-Unis dans le cadre du Cooperative Threat Reduction Program pour plus de de dollars américains.

Son aviation n'exploita que peu les appareils dont elle disposa. Dès 1994, des négociations ont lieu avec la Russie pour qu'elle reprenne une part des avions et les missiles de croisière constituant leurs munitions. En 1995, une commission militaire russe déclara que seuls 15 % des bombardiers stratégiques étaient en état de vol. Le , la démolition de l'ensemble des bombardiers restants, effectuée par Raytheon à la suite d'un contrat dans le cadre d'un programme de désarmement, est effective.

Annexion de la Crimée en 2014 Malgré l'annexion de la Crimée par la Russie, dénoncée par l'Assemblée générale des Nations unies General Assembly Adopts Resolution Calling upon States Not to Recognize Changes in Status of Crimea Region, GA/11493 27 March 2014., le gouvernement ukrainien réaffirme en 2014 sa décision de 1994 d'adhérer au Traité sur la non-prolifération nucléaire en tant qu'État non doté d'armes nucléairesJoint Statement by the United States and Ukraine, March 25, 2014..

Pavlo Rizanenko, alors membre du parlement ukrainien, déclare en à USA Today que l'Ukraine pourrait avoir à se doter de ses propres armes nucléaires si les États-Unis et les autres chefs d'État ne respectaient pas leur part du traité. Il dit : Il déclare également :

Le , le président ukrainien Petro Porochenko déclare ne pas vouloir que l'Ukraine redevienne une puissance nucléaireUkraine has no ambitions to become nuclear power again – Poroshenko, Interfax-Ukraine (December 13, 2014).

Une étude publiée en 2016 dans la revue américaine World Affairs prend le parti de dire que la dénucléarisation de l'Ukraine n'a pas été une "erreur stupide", et qu'il n'était pas certain que le pays s'en serait mieux sorti en tant que puissance nucléaire.. L'étude suggère que l'engouement pour l'indépendance de l'Ukraine allait de pair avec la vision d'en faire un État non nucléaire. Selon les auteurs, les États-Unis n'auraient, dans tous les cas, pas fait de l'Ukraine une exception en ce qui concerne la dénucléarisation d'autres États post-soviétiques tels que la Biélorussie et le Kazakhstan. La valeur dissuasive des armes nucléaires en Ukraine y est également discutée, car il est estimé que le pays aurait dû passer 12 à 18 mois à établir le contrôle de l'ensemble de l'arsenal nucléaire laissé par les Russes. De plus, les missiles ICBM abandonnés ont une portée de à (initialement dirigés vers les États-Unis), ce qui signifie qu'ils n'auraient pu être re-configurés que pour frapper l'Extrême-Orient russe. Les missiles de croisière à lancement aérien (ALCM) laissés par les Russes ont été désactivés par les Russes lors de l'effondrement de l'Union soviétique, néanmoins, même s'ils avaient été mis en état de fonctionner par les Ukrainiens, il est peu probable qu'ils auraient eu un effet dissuasif. En effet, si l'Ukraine avait décidé de prendre le contrôle de ces armes nucléaires, elle aurait fait face à des sanctions de la part de l'Occident, qui auraient pu aller jusqu'à un retrait de la reconnaissance diplomatique de l'Ukraine par les États-Unis et d'autres alliés de l'OTAN. L'Ukraine aurait également dû faire face à des représailles de la part de la Russie. Les Ukrainiens auraient également eu du mal à remplacer les missiles une fois leur durée de vie expirée, car le pays n'avait pas de programme nucléaire. Ainsi, en échange de l'abandon de son arsenal nucléaire, l'Ukraine reçoit une compensation financière, ainsi que les garanties de sécurité du Mémorandum de Budapest .

Invasion par la Russie et remilitarisation Après l'annexion de 2014, la fédération de Russie déploie de nouveau des armes à capacité nucléaire dans la péninsule, notamment des missiles antiaériens S-300, puis des bombardiers Tu-22M3 Backfire et des missiles balistiques Iskander-M... En 2020, un responsable ukrainien du Conseil national de Sécurité et de Défense affirme que la Russie a effectué des travaux sur l'entrepôt d'armes nucléaires soviétique Feodosiia-13 à Krasnokamianka en plus d'avoir ajouté de nouveaux tunnels à une base de sous-marins nucléaires à Balaklava.

En , le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov affirme publiquement que son pays a le droit de défendre la Crimée à l'aide d'armes nucléaires, puis, en , le président Vladimir Poutine révèle que lors de l'invasion de la Crimée, il était prêt à mettre ses forces de dissuasion nucléaire en état d'alerte. À peu près au même moment, un membre du ministère russe des Affaires étrangères déclare que la Russie a le droit de déployer des armes nucléaires en Crimée, péninsule pourtant reconnue internationalement comme territoire ukrainien.

Le , Andriy Melnyk, ambassadeur d'Ukraine en Allemagne, déclare à la radio Deutschlandfunk que si l'Ukraine n'était pas autorisée à devenir membre de l'OTAN, son pays pourrait avoir à reconsidérer son statut d'État non doté d'armes nucléaires dans le cadre du TPN pour assurer sa défense.

En , à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le président ukrainien Volodymyr Zelensky exprime à nouveau ce sentiment, suggérant que l'Ukraine pourrait potentiellement considérer le mémorandum de Budapest comme invalide si les garanties de sécurité qu'il décrit n'étaient pas respectées.

En 2022, seuls deux partis ukrainiens soutiennent le retour aux armes nucléaires, il s'agit de Svoboda ainsi que du Parti radical d'Oleh Liashko .

Ogives et vecteurs Ogives nucléaires

En 1991, ogives nucléaires stratégiques se trouvaient en République socialiste soviétique d'Ukraine selon une publication de l’United States Air Force de 2000 ( estimées à l'époque par Arms Control Today).

En 1992, sur les ogives nucléaires stratégiques dont disposait l'Armée rouge à cette date, étaient stationnées en Ukraine ainsi qu'environ armes nucléaires tactiques ( selon Arms Control Today) qui furent rapatriées l’année suivante.

En 1993, ogives stratégiques étaient en Ukraine, en 1994, et en 1995, . En juin 1996, la dernière est rapatriée en Russie.

En , l'Ukraine a complètement éliminé les quantités restantes d'uranium hautement enrichi de son territoire.

Missiles intercontinentaux vignette|gauche|Panneau d'entrée du musée des forces de missiles stratégiques de Pervomaïsk. Notons l’emblème de ces forces à gauche de ce panneau. droite|vignette|Des travailleurs ukrainiens démantèlent un silo à missile de RT-23 Molodets datant de l'ère soviétique. Ils utilisent des équipements fournis par les États-Unis dans le cadre du programme Cooperative Threat Reduction. À la suite de la dissolution de l'Union soviétique, la de fusées ( : ) passa sous le contrôle des forces des fusées stratégiques ukrainiennes. Elle dispose alors des bases de Khmelnytskyï dépendant de la de missiles, de celle de Pervomaïsk où est stationnée la de missiles ainsi que d'un centre de stockage de missiles balistiques. Ses 176 missiles balistiques intercontinentaux emportaient un total de ogives. Elle est dissoute le .

vignette|Un des postes de contrôle de tir de la base de Pervomaïsk.

130 missiles UR-100N (code OTAN : SS-19) se retrouvent sur le territoire de l'Ukraine sur les sites de Khmelnytskyï et Pervomaïsk. D'abord désarmés, ils sont progressivement rapatriés en Russie entre 1996 et 1999. 19 sont réutilisés par les forces des fusées stratégiques de la fédération de Russie. Ces missiles peuvent emporter six MIRV de 550 kT (versions 1 et 3) ou une tête unique de 2,5 ou 5 MT (version 2). Le système de guidage est développé par NPO "Electropribor" situé à Kharkiv, Ukraine. Les bases de missiles comportaient 130 silos à missiles, 13 centres de contrôle de lancement et 2 silos d'entraînement.

46 RT-23 Molodets (code OTAN : SS-24) emportant chacun 10 MIRV de 300 à 550 Kt dont la fabrication se faisait dans des sites de l'industrie de la défense soviétique en Ukraine se trouvent également sur son sol sur la base de Pervomaïsk en 1991 et sont démantelés ou détruits du au . Au total, l'infrastructure disposait de 46 silos à missiles, 5 centres de contrôle de lancement, et 54,5 missiles avec les pièces détachées .

Bechtel International Corporation fut chargé de la destruction des silos de SS-19 et de celui des SS-24. En 1998, 120 silos ukrainiens avaient été détruits. Le dernier silo à missile est détruit le .