Le Rallye du Maroc 1973 ( Rallye du MarocRevue Sport auto n°137 - juin 1973), disputé du 8 au L'année automobile n°21 (1973/1974) - éditeur : Edita, Lausanne, est la cinquième manche du championnat du monde des rallyes 1973 (WRC), inauguré cette même année.

Contexte avant la course Le championnat du monde

1973 est la première année du Championnat Mondial des Rallyes pour Marques, qui a succédé au 'Championnat d'Europe des Rallyes pour Marques' (1968 à 1972). Constitué de treize épreuves internationales, il est réservé aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

À l'issue des quatre premières manches, Alpine-Renault est largement en tête du championnat, grâce à ses victoires à Monte-Carlo (avec Jean-Claude Andruet) et au Portugal (avec Jean-Luc Thérier) et à la troisième place obtenue par Thérier en Suède. Son principal adversaire est Fiat, mais le constructeur italien n'a pas obtenu de résultat probant en ce début de saison et compte déjà 27 points de retard. Les autres constructeurs comme Datsun (vainqueur du Safari), Saab (vainqueur en Suède), Ford ou BMW n'étant pas régulièrement engagés en championnat, Alpine est nettement favori dans la course au titre mondial.

L'épreuve

Disputé épisodiquement depuis 1934, le Rallye du Maroc est une épreuve courue principalement sur terre. Après une interruption de plus de dix ans, la course est à nouveau disputée depuis 1967. Son parcours très éprouvant, comprenant des secteurs chronométrés de plus de 200 km, en fait une des manches les plus difficiles du championnat. En 1972, seuls six des cinquante-deux équipages engagés furent en mesure de terminer la course, remportée par la Lancia Fulvia HF de Simo Lampinen.

Le parcours thumb|200 px|right|alt=Atlas|Le Haut-Atlas, théâtre des principales difficultés de la troisième étape départ : de Rabat arrivée : à Casablanca distance : 4093 km, dont 1210 km sur 11 épreuves spéciales surface : asphalte et terre Parcours divisé en quatre étapes

Première étape Rabat - Fès, 801 km, 4 épreuves spéciales, 195 km

Deuxième étape Fès - Marrakech, 1018 km, 2 épreuves spéciales, 380 km

Troisième étape Marrakech - Marrakech, 915 km, du 10 au 3 épreuves spéciales, 379 km

Quatrième étape Marrakech - Casablanca, 1359 km, du 12 au 2 épreuves spéciales, 256 km

Les forces en présence Le plateau compte 66 voitures (sur plus de 70 engagés). Sept constructeurs sont représentés officiellement :

Alpine-Renault thumb|200 px|left|alt=A110|L'Alpine A110 groupe 4 de 1973 Le constructeur dieppois a engagé trois berlinettes groupe 4 pour ses pilotes habituels : Bernard Darniche (copilote Alain Mahé) , Jean-Pierre Nicolas (copilote Michel Vial) et Jean-Luc Thérier (copilote Christian Delferrier). Darniche et Nicolas disposent de versions 1800 cm3 (172 ch), alors que Thérier préfère utiliser une version 1600 cm3 (160 ch) pour cette épreuve. Des protections ont été rajoutées : une coque d'acier sous le groupe moteur et un blindage d'aluminium ailleurs. Les voitures pèsent 800 kg. Si les Alpine sont sans conteste les plus rapides du plateau, elles doivent encore démontrer leur fiabilité sur les difficiles pistes marocaines. En plus des voitures officielles, le Team Aseptogyl a engagé le mulet de Thérier (également une version 1600 cm3) pour l'équipage féminin Marianne Hoepfner - Yveline Vanoni.

Citroën Vainqueur en 1969, 1970 et 1971, Citroën engage officiellement cinq voitures : deux DS23 groupe 2 (1200 kg - 185 ch) pour Robert Neyret - Jacques Terramorsi et Jean Deschazeaux - Jean Plassard, une DS23 groupe 1 pour Raymond Ponnelle - Pierre de Serpos et deux GS 1220 groupe 2 (1000 kg - 92 ch), dont c'est la première sortie, pour Francisco Romãozinho - José Bernardo et Claude Laurent - Jacques Marché. En outre, le pilote autrichien Richard Bochnicek (copilote Kernmayer) dispose d'une DS23 groupe 1 semi-officielle.

Datsun Le constructeur japonais a engagé un coupé 240Z groupe 4 (1200 kg, 2400 cm3, 230 chRevue Moteurs-courses n°99 - 15 mars 1973) pour Shekhar Mehta, récent vainqueur du Safari sur cette voiture très robuste, mais à la tenue de route perfectible. À son sujet, Mehta n'hésite pas à parler d'.

Fiat thumb|200 px|right|alt=124|Un spider Fiat 124 groupe 4 lors d'une manifestation historique. Principal adversaire d'Alpine au championnat, Fiat a engagé deux de ces modèles pour l'épreuve marocaine. Les équipages Björn Waldegård -Fergus Sager et Rauno Aaltonen - John Davenport disposent chacun d'un spider 124 rallye groupe 4 d'usine (1000 kg, 1750 cm3 , 165 ch).

Peugeot Le constructeur sochalien a engagé six 504 pour cette épreuve. Hannu Mikkola - Atso Aho et Timo Mäkinen - Henry Liddon disposent des deux modèles groupe 2 les plus puissants (160 ch), les versions 140 ch étant attribuées aux équipages Bernard Consten - Gérard Flocon, Tony Fall - Mike Wood et Jean Guichet - Jean TodtRevue L'Automobile n°325 - juin 1973. La sixième voiture d'usine est une version groupe 1, confiée à l'équipage féminin Claudine Trautmann - Marie-Pierre Palayer. En configuration course, les 504 pèsent environ 1300 kg.

Renault La Régie a confié deux Renault 12 Gordini groupe 2 (1600 cm3 - 160 ch) à Jean-François Piot (copilote Jean de Alexandris) et au pilote local Le Tahitien, qui avait terminé quatrième l'année précédente sur une Renault 16 TS.

Déroulement de la course Les deux premières étapes se déroulent au nord du Maroc, les deux suivantes au sud du pays, où se concentrent les principales difficultés de l'épreuve.

Partie nord Première étape : Rabat - Fès Les 66 équipages prennent le départ de Rabat le , à partir de 9 heures, dans l'ordre des numéros de course. Le temps alloué est de onze heures pour le parcours de la première étape. C'est tout d'abord 95 kilomètres d'une piste assez roulante qui vont permettre d'établir une première hiérarchie. Les berlinettes s'y montrent à leur avantage, et c'est Bernard Darniche qui, malgré une collision avec une vache, établit le meilleur chrono 30 secondes devant son coéquipier Jean-Luc Thérier. À 57 secondes, Jean Deschazeaux (Citroën DS) n'est pas trop distancé, mais ensuite les écarts se chiffrent en minutes. Sur la troisième Alpine, Jean-Pierre Nicolas préfère ménager la mécanique et compte plus de trois minutes de retard, alors que les Peugeot 504 de Timo Mäkinen et d'Hannu Mikkola en comptent près de cinq. Les Fiat de Björn Waldegård et de Rauno Aaltonen sont encore plus loin. Les trois épreuves suivantes confirment la supériorité des Alpine, Darniche se montrant à chaque fois le plus rapide. À la fin de la journée, il a porté son avance à près de deux minutes sur Thérier. Deschazeaux est déjà à plus de cinq minutes, Nicolas à six, les Fiat à plus de huit. 55 équipages parviennent au terme de cette première étape ; l'équipe Peugeot a déjà perdu un de ses fers de lance, Mäkinen n'ayant pu rejoindre Fès, embrayage hors d'usage.

+ classement à l'issue de la première étape Pilote Copilote Voiture Temps Écart Groupe 1 Bernard Darniche Alain Mahé Alpine A110 1800 1 h 58 min 05 s 4 2 Jean-Luc Thérier Christian Delferrier Alpine A110 1600 2 h 00 min 01 s + 1 min 56 s 4 3 Jean Deschazeaux Jean Plassard Citroën DS 23 2 h 03 min 32 s + 5 min 27 s 2 4 Jean-Pierre Nicolas Michel Vial Alpine A110 1800 2 h 04 min 04 s + 5 min 59 s 4 5 Björn Waldegård Fergus Sager Fiat 124 Rallye 1800 2 h 06 min 14 s + 8 min 09 s 4 6 Rauno Aaltonen John Davenport Fiat 124 Rallye 1800 2 h 06 min 48 s + 8 min 43 s 4 7 Jean-François Piot Jean De Alexandris Renault 12 Gordini 2 h 08 min 39 s + 10 min 34 s 2 8 Hannu Mikkola Atso Aho Peugeot 504 2 h 09 min 07 s + 11 min 02 s 2 9 Robert Neyret Jacques Terramorsi Citroën DS 23 2 h 10 min 41 s + 12 min 36 s 2 10 Tony Fall Mike Wood Peugeot 504 2 h 10 min 42 s + 12 min 37 s 2 11 Marianne Hoepfner Yveline Vanoni Alpine A110 1600 2 h 12 min 08 s + 14 min 03 s 4 12 Claude Laurent Jacques Marché Citroën GS 1220 2 h 12 min 58 s + 14 min 53 s 2

Deuxième étape : Fès - Marrakech Le départ de la seconde étape a lieu le mercredi matin. Seulement deux épreuves spéciales sont au programme, exclusivement sur piste, la première étant la très sélective 'Missour - Meski', longue de 175 km. Tout d'abord sablonneux, le parcours devient ensuite rocailleux, mettant à mal les suspensions. Le terrain est généralement favorable aux Citroën, et Jean Deschazeaux, le mieux placé derrière les Alpine, espère bien réduire l'écart qui le sépare des hommes de tête. Il est cependant l'une des premières victimes de l'épreuve, sphère de suspension brisée sur sa DS. Le liquide hydraulique fuit abondamment et, rapidement privé de suspension et de direction assistée, il doit rejoindre à allure très réduite son point d'assistance ; il va perdre plus d'une heure et toute chance d'obtenir un bon résultat. C'est une nouvelle fois Bernard Darniche qui réalise le meilleur temps sur son Alpine et qui consolide sa position en tête du rallye, d'autant que son coéquipier Jean-Luc Thérier a perdu près d'une heure à cause d'une fusée de suspension cassée. Robert Neyret (Citroën DS) a également réalisé un excellent chrono, remontant de la neuvième à la troisième place au classement général, quatre minutes derrière Jean-Pierre Nicolas qui occupe désormais la seconde position, avec un retard de dix minutes sur son coéquipier Darniche. Très déterminé au volant de sa Renault 12 Gordini, Jean-François Piot a pris l'avantage sur les Fiat et talonne Neyret. L'équipe Peugeot n'a pas été épargnée par les problèmes : Tony Fall a perdu près de deux heures à cause d'une roue arrachée et Bernard Consten a été retardé par une crevaison.

Au point d'assistance basé à Rich, les équipes de mécaniciens sont très sollicitées à remettre en état les suspensions ou les transmissions des voitures, très éprouvées par ce premier secteur très cassant. Avant de rejoindre Marrakech, les concurrents doivent encore affronter la deuxième spéciale du jour, longue de 205 km, également sur terre. Très attardé au général, Thérier n'a désormais plus rien à perdre et attaque à outrance, réalisant le meilleur temps devant Piot qui s'empare de la seconde place du rallye devant Nicolas et Neyret. À l'arrivée à Marrakech, seuls 37 équipages restent en course. On enregistre notamment l'abandon de la Citroën GS de Claude Laurent (transmission), qui avait effectué un début de course prometteur. Malgré des problèmes de suspension qui lui coûtent une minute de pénalisation sur le parcours routier, Piot conserve la deuxième place au terme de cette deuxième étape, conservant une minute d'avance sur Nicolas. En plus du temps perdu lors de la spéciale de Missour, Thérier a en outre écopé de vingt minutes de pénalisation sur le routier et a plongé à la treizième place au classement général, comptant près d'une heure et quart de retard sur Darniche qui domine nettement la course.