Louis II de Poitiers, né en 1354 et mort en 1419 à Baix, dit par commodité de Poitiers-Valentinois, est le dernier comte de Valentinois et Diois, de la fin du et du début du siècle suivant, issu de la famille de Poitiers, dite de Valentinois.

Harcelé par sa famille, criblé de dettes et pressé par ses puissants voisins (Savoie, Comtat Venaissin et Dauphiné), il a fini par remettre son comté entre les mains du roi de France, en 1419.

Biographie Louis est le fils d'Aymaret de Poitiers (), seigneur de Veynes, et de Guiote/Guyotte d'Uzès (1332-ap.1399), fille de Robert d'Uzès. Il appartient à la Maison de Poitiers-Valentinois en possession du titre de comte de Valentinois depuis le .

Cousin germain du comte Aymar VI le Gros, sans postérité, il est désigné héritier des terres et du titre de comte de Valentinois et de Diois en 1374.

Louis de Poitiers, deuxième du nom, rend hommage au pape pour ses terres sous juridiction avignonnaise le après avoir solidifié ses acquis sur Châteauneuf-de-Mazenc, laissé en fief à sa tante la comtesse douairière Alix la Major. Il reçoit le l’hommage de ses vassaux à Crest et débrouille avec son gouverneur Eynier du Puy un conflit sur la succession de l’un d’eux, Amédée de Chabrillan.

Il faut attendre la fin de l’année 1377 pour que Louis et le roi de France trouvent enfin un accord sur le dénombrement des terres du comté qui dépendent du royaume, notamment en Dauphiné et en Vivarais. La baronnie de Clérieu posait aussi problème, étant tenue comme caution d’une dette de 17.500 florins d’Aymar le Gros envers le Dauphin : le roi l’a fait saisir, avec le péage du Gap, poussant Louis II à négocier (). Le Gap correspond vraisemblablement à un quartier de Vercheny, situé au pied du Barry, fortification comtale sur la route de Valence à Die ().. Le comte de Valentinois enverra alors son écuyer Étienne Seytre rendre l’hommage au roi de France pour ses terres en Dauphiné.

La possession de Montélimar Cette lutte pour le pouvoir sur Montélimar, de 1374 à 1409, est l’enjeu majeur du règne de Louis II sur le Valentinois.

Le conflit remonte à 1360, lorsqu’à la mort de son oncle Gaucher, Hugues IV Adhémar seigneur de Monteil et de La Garde hérite de fiefs que les comtes de Valentinois considèrent comme rendablesC’est-à-dire non héritables en ligne directe.. Hugues fait appel au papeLa co-seigneurie de Montélimar (Monteil Adhémar) est en effet sous juridiction avignonnaise et dépend donc des papes. qui se prononce le en faveur de son beau-frèreGrégoire XI (Pierre de Rogier de Beaufort) est le frère d’Alix, épouse d’Aymar le Gros. en lui reconnaissant les droits sur un quart de la ville de Montélimar et sur le château de Narbonne, qui la surplombe. Hugues Adhémar proteste et relance le procès.

À la mort d’Aymar le Gros (1374), son successeur Louis II demande l’hommage d’Hugues Adhémar et, sur son refus, saisit le château d’Ancône qu’il donne en fief à son cousin le vicomte Elzéar d'Uzès. De mauvaise grâce, Hugues finit par reconnaître le la suzeraineté de Louis II sur ses terres en comté de Valentinois, dont La Garde et sa co-seigneurie de Savasse, mais le procès relancé en 1371 reste pendant.

Louis II demande, sur une autre partie de la co-seigneurie de Montélimar, l’hommage de Giraud XI Adhémar, seigneur de Grignan et d’Aps. Avec l’accord de Grégoire XI obtenu le , Giraud Adhémar s’incline le suivant devant Louis II tout en lui demandant son assistance contre Louis d’Anduze, seigneur de La Voulte, avec lequel il est en conflit successoral.

À la suite du départ du siège pontifical d’Avignon vers Rome et en l’absence d’avancées significatives du procès de 1371 sur Montélimar, Louis II entend renforcer son emprise sur Montélimar. Il s’empare fin 1377 du château d’Hugues Adhémar qu’il démantèle, utilisant les matériaux pour renforcer son château de Narbonne. Hugues demande alors l’appui de Charles de Bouville, gouverneur du Dauphiné. Le , présents aux États du Dauphiné à Grenoble, Louis et Charles de Poitiers se voient signifier par Bouville que désormais, Hugues et Giraud Adhémar sont sous la sauvegarde delphinale. Louis maintient cependant ses troupes à Montélimar. La ville étant sous juridiction avignonnaise, elle ne dépend ni du Dauphiné ni de la France : la menace est de peu d’effet..

Au même moment, l’empereur Charles est en France. Il passe noël à Saint-Denis puis rencontre son neveu Charles le Sage à Paris, où il confie le Date donnée par . donne le 4 janvier. à son petit-neveu de 10 ans, le dauphin, le vicariat sur le royaume d’Arles. La lieutenance de ce vicariat est rapidement confiée au gouverneur du DauphinéLe 23 janvier. Bouville s’en doutait-il en prenant les Adhémar sous sa protection, ou a-t-il simplement misé sur l’éloignement de la cour pontificale ?, qui fait aussitôt figurer les armes de l’Empire et du Dauphin sur les châteaux de Grignan et de La Garde.

Devant cette prise de positions, Louis II en appelle au pape pour la défense de Montélimar et s’empare militairement de plusieurs châteaux d’Hugues Adhémar en Valdaine. Apprenant la mort de Grégoire XI et la nomination d’Urbain VIGrégoire meurt le 27 mars, Urbain est élu le 8 avril et intronisé le 18., le gouverneur du Dauphiné convoque Louis à Grenoble par courrier () et envoie Hugues des Ores, commissaire et Jean d’Acher, sergent d’armes à Montélimar où ils sont reçus le sous les quolibets et les insultes. Louis II arrive à Grenoble le et proteste, mais rend quand même l’hommage pour ses terres situées en Dauphiné.

Le , Avignon finit par réagir à la demande de protection de Louis en envoyant un vice-légat rappeler les droits pontificaux sur Montélimar. Hugues Adhémar de La Garde proteste et relance la procédure de 1371 dont l’instruction, dans un contexte de conflit naissant entre Rome et AvignonLe retour su siège pontifical à Rome, associé au caractère tyrannique d’Urbain VI et aux prétentions politiques de Charles V, seront à l’origine du Grand Schisme d’Occident, consommé le 13 octobre 1378 avec l’élection au conclave de Fondi d’un autre pape, le franco-savoyard Clément VII, qui s’installe en Avignon., n’est toujours pas jugée prioritaire : ce n’est que le que le pape Clément VII condamne Louis II à rendre à Hugues sa co-seigneurie sur un quart de Montélimar et ses châteaux saisis, contre l’hommage du seigneur de La Garde au comte de Valentinois.

De son côté, Giraud Adhémar de Grignan rend hommage au comte Louis pour sa moitié de la co-seigneurie de Montélimar et ses châteaux du sud-ouest de la Valdaine le . Afin d’éviter de nouveaux conflits, le pape échangera le cette portion de Montélimar contre Grillon place l’hommage de Giraud en 1389, impossible vu l’échange de Montélimar en 1383. Une autre date (24 octobre 1383) est énoncée : voir Turenne..

À la mort d’Hugues Adhémar de La Garde, son fils Lambert (v.1350-ap.1404) rend à Louis II l’hommage pour ses possessions en terres comtales le . Lambert fait son testament en défaveur de ses frères le ( date par erreur ce testament de 1384). Le 3 février 1396, Louis II confirme les libertés de Montélimar : . et désigne son cousin Guyot Adhémar de Grignan, seigneur d’Aps (ap. 1345 - ), qui vend ses droits au comte de Valentinois le .

Évidemment, un litige subsiste et Guyot Adhémar envoie les seigneurs de Grolée et d'Entremont avec leurs gens d’armes savoyards prendre le château de ClansayesClansayes est sous sauvegarde delphinale, mais ses habitants ont pris parti pour Guyot (). Les deux seigneurs, l’un savoyard, l’autre à moitié dauphinois (Entremont) et à moitié savoyard (Montbel), se considèrent indépendants du Dauphiné et du Comtat., à partir duquel ils font des raids aux alentours de Montélimar. Toutes tentatives restées vaines, Louis II fait appel au gouverneur du Dauphiné et le , Guillaume de LayreGuillaume de Layre a été nommé gouverneur au début de l’année 1407, en remplacement de Geoffroy Boucicaut le Meingre. donne l’ordre d’expulser les occupants de Clansayes, dont les habitants vont devoir traiter avec leur comte. Guyot Adhémar reste en retraitClansayes était tenue pour Guyot par un certain Jean de Broquiers qui la libère le 6 septembre 1407 ; lui et ses hommes vont encore se faire remarquer en 1410. mais les seigneurs de Grolée et d’Entremont continuent à lutter contre le comte de Valentinois, qui en 1408 en appelle directement au roi. Charles le Fol envoie Jean d’Hangest, Grand-maître des Arbalétriers, pour clore l’affaire : Grolée négociera jusqu’en 1409. Selon le Conseil delphinal envoie successivement le damoiseau Odinet de Courteville, châtelain de La Buissière, Giron de l'Aire bailli de Grésivaudan puis Guillaume d'Hostun bailli des Baronnies pour faire aboutir ces négociations, aux frais du comte de Valentinois..

En 35 années de procédures et de combats, le comte Louis II de Poitiers aura à peine réussi à maintenir ses prétentions sur la co-seigneurie de Montélimar. L’ensemble de cette co-seigneurie passera sous domination delphinale en 1447.

Une époque trouble

L’époque de Louis II de Poitiers est marquée par la Guerre de Cent Ans (1337-1453), le début du schisme d'Occident, l’aventure des Anjou en Provence et, plus particulièrement, par les bandes armées démobilisées qui ravagent les campagnes entre deux conflits. Ces bandes, les Grandes Compagnies, vont faire de fréquents allers et retours par le couloir rhodanien et concernent directement le comte de Valentinois dont les terres sont principalement situées en moyenne vallée du Rhône.

Dans le cadre du conflit franco-anglais, Louis de Poitiers combat quelque temps sous les ordres du duc de Bourgogne au second semestre 1380On le trouve à Montlhéry le 3 septembre : .. Il assiste sans doute au sacre de Charles VI à Reims le et revient dans son comté début 1381, où il reçoit l’hommage de ses vassaux puis rend hommage au gouverneur du Dauphiné pour le compte du nouveau roi le : hommage comprenant ses terres du Royans dont Saint-Nazaire et les châteaux de Flandaines et d'Hostun..

Une compagnie d’Anglais se rend maître du château de Soyons en 1381 : Louis fait élever et réparer les fortifications de Crest. Afin d'être seul seigneur de Crest, Louis avait acquis de Louis de Villars sa co-seigneurie sur cette ville contre les seigneuries de Bourdeaux et Bésaudun avant 1377 ., tant pour se protéger de cette bande que pour adapter ses défenses à l’usage, en plein développement, de l’artillerie dans les conflits.

En 1383, répondant à l’appel du duc d’Anjou, le comte de Valentinois prend part aux opérations contre l’Union d'Aix, sans toutefois le suivre en Italie : il signe un acte à Upie le . Il sera également présent aux États de Dauphiné du à Romans, où Enguerrand d'Eudin, nouveau gouverneur de Dauphiné, siège aux côtés de Philippe le Hardi venu appeler à la conquête de l’Angleterre.

On le retrouve aux États à Vienne le , où il s’engage à prendre sa part de la défense du Dauphiné contre les Grandes compagnies en fournissant 20 des 400 lances et 10 des 200 arbalétriers : il est vrai qu’il est directement concerné. Cette protection semble temporairement efficace.