vignette|droite|350px|Culture des Vases à Bouche carrée : en vert vignette|droite|Statue de femme assise, Vicofertile (Musée archéologique national de Parme)

La culture des Vases à Bouche carrée a été caractérisée en 1946 par Luigi Bernabò Brea à partir du mobilier archéologique du site des Arene Candide en LigurieBernabò Brea L., 1946, I- Gli scavi nella caverna delle Arene Candide, Parte I Gli strati con ceramiche di Luigi B. Brea, Collezione di Monografie Preistoriche ed Archaeologiche, Edita dall'Istituto di Studi Liguri, Col concorso del comune di Genova, Istituto di Studi Liguri, BordigheraBernabò Brea L., 1956, Gli scavi nella caverna delle Arene Candide, vol. II: Campagne di scavo 1948-1959, Istituto Internazionale di Studi Liguri, Collezione di monografie preistoriche e archeologiche, Bordighera. Elle correspond aux phases médianes du Néolithique du nord de l'ItalieBagolini B., Pedrotti A., 1998, L’Italie septentrionale, in Guilaine J. (Dir.), Atlas du Néolithique européen. L’Europe occidentale, ERAUL, Paris, . Elle se développe d'abord en Ligurie et dans l'ouest de l'ÉmilieMottes E., Petrucci G., Rottoli M., Visentini P., 2009, Evolution of the square mouthed pottery culture in Trentino-Alto Adige, Veneto and Friuli: cultural, chronological, palaeoeconomic and environmental aspects, Gortania. Geologia, Paleontologia, Paletnologia, vol. 31, avant de s'étendre à la majeure partie de l'Italie du Nord.

Chronologie et répartition géographique Chronologie On dispose de très nombreuses datations radiocarbones pour situer cette culture. Elle apparaît autour de 5100 av. J.-C. et ses derniers aspects sont présents jusque vers 3800 av. J.-C. Lawrence Barfield a identifié trois phases distinctes, perceptibles dans la forme et les décors de la poterie : une phase archaïque, qui est désignée sous les noms de phase de Finale-Quinzano, style géométrico-linéaire, ou encore phase I. Elle se développe entre 5100 et 4100 av. J.-C. une phase médiane, qui apparaît sous les noms de phase de Rivoli-Chiozza, de style à méandres et spirales ou encore de phase II. Elle apparaît vers 4700 av. J.-C. et est encore attestée vers 3800 av. J.-C. une phase récente, désignée sous les noms de phase de Rivoli-Castelnuovo, de style à incisions et impressions, ou encore de phase III. Elle est documentée à partir de 4400/4300 av. J.-C. et se prolonge jusque vers 3800 av. J.-C. Ces phases sont donc au moins en partie contemporaines. Il existe toutefois des différences importantes dans leur répartition géographique.

Répartition géographique La culture des Vases à Bouche carrée est présente dans la majeure partie de l'Italie du Nord et ponctuellement au-delà. La céramique de style géométrico-linéaire qui caractérise la première phase est attestée en Ligurie, dans le Piémont, en Lombardie, dans le Trentin-Haut-Adige, en Vénétie occidentale et en Émilie. Le style à méandres et spirales de la seconde phase apparaît dans les mêmes régions, mais son extension vers les régions orientales est limitée à l'est de la Lombardie et à la province de Vérone. Il apparaît par contre en Romagne. À, l'origine, on pensait que la dernière phase, avec le style à incisions et impressions, était limitée à l'est de la Lombardie, au Trentin-Haut-Adige, à la Vénétie et au Frioul. On la retrouve en fait dans la majeure partie de l'Italie du Nord, jusque dans l'est de la France, notamment au Chenet des Pierres à Bozel en SavoieRey P.-J., Le site du Chenet des Pierres aux Moulins de Bozel (Savoie, France) : une nouvelle séquence néolithique alpine, in Alpis Graia Archéologie sans frontières autour du col du Petit-Saint-Bernard, projet Interreg IIIA, atti del seminario, Aoste 2-4 mars 2006, . La céramique des Vases à Bouche carrée est attestée ponctuellement au-delà de ces régions, par exemple sur l'île de LipariBernabò Brea L. B., 1987, Il Neolitico nelle isole eolie, in Bagolini B., Cremonesi G., Radmilli A. M., Il Neolitico in Italia, Atti della XXVI Riunione Scientifica, Firenze, 7-10 novembre 1985, Istituto Italiano di Preistoria e Protostoria, Firenze, vol. 1, et en SardaigneTanda G., 1976, Sa Ucca de Su Tintirriolù (Mara), Notiziario, Rivista di Scienze Preistoriche, vol. XXXI, .

Mode de vie Durant la culture des Vases à Bouche carrée, l'agriculture est pleinement développée. Les principales espèces cultivées sont l'orge, le blé et les légumineuses. Des espèces sauvages sont néanmoins également exploitées, par exemple les noisetiers, les cornouillers, la vigne et les châtaignes d'eau. Il existe des différences régionales assez importantes dans les espèces cultivées qui s'expliquent sans doute par les différents environnements dans lesquels se développent les villages. Les principales espèces animales domestiquées sont les bovidés, les moutons, les chèvres et les porcs. La fréquence de ces différentes espèces diffère selon les sites. La chasse, notamment du cerf et du chevreuil, est encore assez bien attestée. Le lait des bovins, des chèvres et des moutons est déjà exploité. Outre ces activités de subsistance, des activités artisanales sont bien développées, par exemple la production textile dont témoignent des fusaïoles et des pesons. La réalisation de l'outillage en roche taillée et en roche polie implique également en partie des activités artisanales spécialisées. Ces biens sont parfois échangés sur de longues distances. D'autres éléments, comme les coquillages marins, témoignent également d'échanges assez lointains.

Occupation du territoire et habitat Différents milieux écologiques sont occupés. Les zones de piémont et la montagne sont de plus en plus fréquentées au cours du temps, sans doute en raison de l'accroissement de la population et en raison du développement du pastoralisme. Des grottes et des abris sous roche sont occupés au moins de manière temporaire, mais la population vit avant tout dans des villages. Certains sont très vastes, comme La Razza di Campegine en Émilie-Romagne. Ce dernier, à l'image de plusieurs d'entre eux, est entouré d'une palissadeBernabò Brea M., Miari M., Steffè G., 2011, Il Neolitico dell’Emilia Romagna, in Collectif, Preistoria e Protostoria dell’Emilia-Romagna, Atti della XLV Riunione Scientifica, Modena, 26-31 ottobre 2010, Istituto Italiano di Preistoria e Protostoria, Firenze. Au sein de ces villages, on trouve différentes structures, notamment des habitations et des structures de stockage. Des fours pour la production de la céramique sont également connusSpataro M., 2002, The First Farming Communities of the Adriatic: Pottery Production and Circulation in the Early and Middle Neolithic, Quaderni della Società per la Preistoria e Protostoria della Regione Friuli-Venezia Giulia, Quaderno 9, Svevo. L'architecture est essentiellement réalisée à base de bois. Dans certains sites en zones humides sont même connus des pavements en bois.

Productions matérielles Céramique Comme son nom l'indique, la culture des Vases à Bouche carrée est définie d'abord par la présence de vases dont l'embouchure affecte la forme d'un carré. Le fond des vases est plat. Les vases ont des parois d'épaisseur très variable. Parmi les poteries produites durant cette culture, sont présents dans plusieurs sites des exemplaires en argile figuline, c'est-à-dire épurée, qui témoignent d'un investissement technique important. Une telle céramique apparaît dans les différentes phases. Les formes et les décors sont relativement variés et permettent de différencier les trois phases reconnues par L. H. Barfield.

style géométrico-linéaire : les gobelets ont des longs cols et des embouchures carrées, les anses sont en forme de ruban. Les motifs décoratifs sont réalisés sur le bord, sur la panse, sur l'anse et sur les pieds des vases. Ces décors sont constitués de lignes, de réticules, de triangles, de losanges, d'impressions en taches. Ils sont surtout réalisés par des gravures sur la paroi. style à méandres et spirales : les types les plus fréquents sont les écuelles ouvertes à embouchure carrées, les plats à bord plat, les gobelets et les grands vases. Les anses sont toujours en forme de ruban verticaux sur la panse des vases, parfois elles sont tubulaires. Les décors, disposés sur le bord, la panse et le pied des poteries, sont constitués de motifs serpentiformes, de méandres, de spirales, de festons, et d'impressions en taches simples et en trainées. Comme dans la phase précédente, ils sont essentiellement réalisés par gravure sur les parois des vases, mais les techniques de l'excision et de l'incision se développent. À partir de cette phase sont visibles des influences des cultures dalmates de Danilo et de Hvar dans les décors des poteries. style à incisions et impressions : on retrouve dans ce style des écuelles ouvertes à embouchure carrée, des vases à embouchure carrée à 4 becs, des bols profonds, des vases à profil sinueux, des vases à col court, des petites marmites à col court, des grands vases à profil ovoïde, des vases tronconiques, des vases de dimensions petites et moyennes. Les anses sont en forme de ruban vertical, comme dans les styles précédents, mais on retrouve aussi des anses tubulaires, et parfois en forme de bobines. Les décors sont réalisés par gravure et excision, mais aussi par incisions et impressions, d'où le nom de ce style. On observe parfois des incrustations de pâtes blanches dans les zones gravées, excisées ou incisées, ce qui donne une certaine polychromie aux vases. Dans certains cas, des décors constitués d'applications d'argile sur les pots sont documentés.

Outillage en pierre taillée Les matières premières et leur circulation Durant la culture des Vases à Bouche carrée plusieurs matières premières sont exploitées assez intensément, notamment le silex des gisements des Barfield L. H., 1990, The lithic factors : a study of the relationship between stone sources and human settlement in the Monte Lessini and the Southern Alps, in Biagi P. (Ed.), The Neolithisation of the Alpine Region, Monografie di Natura Bresciana, vol. 13, Barfield L. H., 1999, Neolithic and Copper Age flint exploitation in Northern Italy in Della Casa Ph. (Ed.), Prehistoric alpine environment society and economy, Papers of the International Colloquium, Paese 97 in Zürich, Universitätsforschungen zur prähistorischen Archäologie, 55, Barfield L., 2000, Commercio e scambio nel Neolitico dell’Italia settentrionale, in Pessina A., Muscio G., La Neolitizzazione, Tra Oriente e Occidente, Edizioni del Museo Friulano di Storia Naturale, Comune di Udine, . Ce dernier est distribué au moins jusqu'à la LigurieNegrino F., Starnini E., 2006, Modelli di sfruttamento e circolazione delle materie prime per l’industria litica scheggiata tra Paleolitico inferiore ed Età del Rame in Liguria, in AA.VV., Materie prime e scambi nella presistoria italiana, Atti della XXXIX Riunione Scientifica nel cinquantenario della fondazione dell’Istituto Italiano di Preistoria e Protostoria, Firenze, 25-27 novembre 2004, Firenze 2006, vol. 1, . Cette matière circulait au moins en partie sous la forme de blocs dont la qualité avait été testée préalablement et sous la forme de prénucléus. Outre ce silex, on trouve également dans certains sites, notamment dans les régions les plus occidentales, du silex issu des gisements bédouliens du Vaucluse. Une telle matière première est attestée par exemple dans des tombes dans l'ouest de l'ÉmilieBernabò Brea M., Maffi M., Mazzieri P., Salvadei L., 2010, Testimonianze funerarie della gente dei Vasi a Bocca Quadrata in Emilia occidentale. Archeologia e antropologia, Rivista di Scienze Preistoriche, vol. LX, .