Ernest Legouvé, né le à ParisBase Léonore et mort dans la même ville le , est un écrivain français, dramaturge, poète, moraliste, défenseur des droits des femmes et critique.

Biographie Jeunesse et formation Fils du poète Gabriel-Marie Legouvé, Ernest Legouvé (Gabriel-Jean-Baptiste-Ernest-Wilfrid Legouvé pour l'état civil) perd sa mère à l'âge de trois ans ; peu après, son père est interné à la « Folie Sandrin » (rue Norvins), et meurt deux ans plus tard. L'enfant hérite d'une fortune considérable et est éduqué avec soin par son tuteur Jean-Nicolas Bouilly qui lui donne l'amour des belles-lettres.

Vie personnelle upright=0.8|thumb|La Maison Rouge à Seine-Port. Le , il épouse Sophie-Georgina de Courbon Mackenzie à Paris. Ils ont deux enfants, Marie-Élisa (1835–1906) et Georges (1837–1850). À l'âge de trois ans, fin 1838, leur fille Marie-Élisa, tombée gravement malade, est miraculeusement guérie par Samuel Hahnemann, fondateur de l'homéopathieStephan Heinrich Nolte: Hahnemann in Paris: Umfeld und neue Belege zur Behandlung des Kindes Marie Legouvé (1838-1843) Medizin, Gesellschaft und Geschichte 31 (2013) 181-231. Après la mort précoce de son frère en 1850, elle reste très attachée à sa famille et sert de secrétaire à son père. Sa famille voulait la marier à leur ami intime Victor Schœlcher, qui avait trente-et-un ans de plus qu'elle. Cet ami se sentait et était trop absorbé par ses tâches politiques abolitionnistes. Finalement elle épouse Louis-Émile Lefèbvre-Desvallières (1822–1912), directeur des Messageries Maritimes, le . Ernest Legouvé est ainsi le grand-père du peintre George Desvallières et de l’auteur dramatique Maurice Desvallières.

À partir de 1834, Ernest Legouvé et sa famille louent plusieurs maisons à Seine-Port dont, en dernier lieu, en 1842, la « Maison Rouge », 9 rue de Nandy, qu'il achète en 1849. Il prend l'habitude d'y passer les mois d'été, de juin à novembre, jusqu'à la fin de ses jours. Il y reçoit ses intimes : Eugène Labiche, qui vient en voisin de son château de Lagrange, Charles Gounod, Eugène Scribe, Victor Schœlcher, Jean Reynaud, François Coppée, les peintres Jules-Élie Delaunay et Amaury-Duval, le sculpteur Aimé Millet

Passionné d'escrime, il est considéré comme un des meilleurs tireurs français mais a toujours refusé de se battre en duel. Juste avant la guerre, il a loué une partie du rez-de-chaussée de son appartement, 14 rue Saint-Marc, à un escrimeur nommé Robert. La salle d'armes devient ensuite le siège de l'École d'escrime française.

Il meurt dans la maison où il est né, 14 rue Saint-MarcArchives de Paris 2e, acte de décès , année 1903 (vue 24/31). Ses obsèques ont lieu en l'église Notre-Dame-des-Victoires, où la cérémonie religieuse est présidée par l'évêque de Tarbes, François-Xavier Schoepfer, un ami de la famille. Après la cérémonie, le cercueil est transporté à Seine-Port et inhumé dans un caveau de famille qu'il s'est fait construire (Le Petit Parisien, )..

Écrivain thumb|upright=0.8|Ernest Legouvé à sa table de travail. Dès 1829, son poème La Découverte de l'imprimerie est couronné par l'Académie française. En 183, il publie un curieux recueil de vers intitulé Les morts bizarres, puis plusieurs romans qui obtiennent un vif succès.

Legouvé est aussi l'auteur de pièces de théâtre. En collaboration avec Eugène Scribe, ses deux meilleurs ouvrages sont Adrienne Lecouvreur, qui triomphe à la Comédie-Française en 1849, et Bataille de dames. En 1854, le succès de sa tragédie Médée, qui le rattache à la réaction néo-classique face aux excès du romantisme à laquelle est attaché le nom de François Ponsard, est pour beaucoup dans son élection à l'Académie française, en 1855, au fauteuil de Jacques-François Ancelot (fauteuil ). Il est aussi librettiste, par exemple pour l'opéra-comique L'Amour africain d'Émile Paladilhe.

Essayiste Il est chargé par Adrien Hébrard de la rubrique littéraire du Temps.

Sa célébrité lui vient surtout de ses conférences sur les droits des femmes et l'éducation progressiste des enfants : il préconise notamment l'éducation physique. En 1847, il donne au Collège de France un cours sur « l'histoire morale des femmes » qui a un succès considérable et est publié en 1848. Dans ces domaines, il fait figure de précurseur avec des ouvrages comme La Femme en France au (1864, nouvelle édition augmentée en 1878), Messieurs les enfants (1868), Conférences parisiennes (1872), Une éducation de jeune fille (1884). En 1881, il est nommé directeur des études de l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres et inspecteur général de l'Instruction publique.

En 1886-1887, il publie une autobiographie en deux volumes, Soixante ans de souvenirs. Il y consacre notamment un chapitre à Hector BerliozBerlioz parle, lui aussi, de Legouvé dans ses Mémoires., dont il a été un ami proche mais l'exactitude de ses souvenirs, comme ceux relatifs à Chopin ou à Gounod, reste sujette à caution.

L’Académie française lui décerne le Prix Jean-Reynaud en 1899.

Vie politique Ernest Legouvé s'est longtemps maintenu à l'écart de la vie politique.

Cependant, c'est un grand ami de Victor Schœlcher et c'est à lui que, le , Schœlcher annonce en premier la nouvelle de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises« Journal officiel de la Martinique », 27 septembre 1904.: .

Durant la même période, Ernest Legouvé, connu à l'époque pour ses positions féministes, se voit confier la tenue d'une série de conférences au Collège de France à destination des femmes. Ces cours feront par la suite l'objet d'un livre, publié en 1849 et intitulé « L'Histoire morale des femmes ». Sa diffusion dépassera la frontières françaises. Il sera traduit en plusieurs langues: anglais, russe, espagnol, suédois et une partie en italien. Il y défend les droits (davantage d'accès à l'éducation) et l'autonomie économique et sociale pour les femmes.

En 1876, il refuse une candidature au Sénat dans le département de la Meuse.

L'ébranlement de l'Affaire Dreyfus est tel qu'il ne peut s'empêcher de prendre position publiquement. Alors qu'il est dans sa , il adhère à la Ligue de la patrie française ; il s'en explique dans Le Temps du : . Ce faisant, Ernest Legouvé agit en conformité avec les sentiments conservateurs de la majorité de l'Académie française, dont vingt-six membres rallient la Ligue de la Patrie française qui entend, sous la présidence de leurs collègues Jules Lemaître et François Coppée, rassembler les antidreyfusards modérés et républicains, notamment parmi les intellectuels.

Citation

thumb|upright=0.8|L´Art de vieillir: Carte de Visite d'Ernest Legouvé (1890). Dans l'Histoire morale des femmes, Ernest Legouvé formule un concept correspondant à l'adage Derrière chaque grand homme se cache une femme : .

L`éducation est l´art d´apprendre à un enfant à se passer de nous.

Je me défends contre l´ésprit chagrin de la vieillesse avec deux additions : (Ernest Legouvé, de sa propre main sur sa carte de visite, environ 1890).

Œuvres 1829 : La Découverte de l'imprimerie, poésie - Mon père, poésie 1830 : Le Mérite des femmes 1832 : Les Morts bizarres, poésie 1833 : Max, roman 1834 : Les Vieillards, roman 1838 : Louise de Lignerolles, théâtre 1840 : Édith de Falsen, roman 1845 : Guerrero ou la Trahison, théâtre 1848 : Histoire morale des femmes 1849 : Adrienne Lecouvreur, théâtre, avec Eugène Scribe 1850 : Les Contes de la reine de Navarre, théâtre 1851 : Bataille de dames, théâtre, avec Eugène Scribe 1855 : Médée, théâtre - Par droit de conquête, théâtre, avec Eugène Scribe 1857 : Le Pamphlet, théâtre - Les Deux Hirondelles de cheminée, poésie 1858 : Les Doigts de fée, théâtre 1860 : Béatrix ou la Madone de l'art, roman 1861 : Béatrix, théâtre - Un jeune homme qui ne fait rien, théâtre 1864 : La Femme en France au - Jean Reynaud, monographie 1865 : Les Deux Reines de France, drame avec chœurs, en quatre actes, en vers, musique de Charles GounodTexte avec préface de l'auteur, édité par Michel Lévy frères, deuxième édition, Paris, 1865. ; 1867 : Miss Suzanne, théâtre - Les Pères et les Enfants au , 2 vol. 1868 : À deux de jeu, théâtre 1871 : Les Épaves du naufrage 1872 : Conférences parisiennes 1873 : Sully, monographie 1874 : Eugène Scribe, monographie 1875 : Monsieur Samson et ses élèves - L'Amour africain, opéra comique, avec Émile Paladilhe - Nos Fils et nos Filles 1876 : La Cigale chez les fourmis, théâtre, avec Eugène Labiche - La Fleur de Tlemcen, théâtre 1876 : Ma fille et mon bien, théâtre 1877 : L'Art de la lecture - Une séparation, théâtre 1880 : Anne de Kerviler, théâtre - Études et souvenirs de théâtre - Maria Malibran - Les Fastes Thiers, l'Apothéose 1881 : La Lecture en action 1882 : La Lecture en famille 1886 : Soixante ans de souvenirs, J. Hetzel (Paris) (sur Wikisource) 1887 : Théâtre complet, 3 vol. 1890 : Une élève de seize ans, J. Hetzel (Paris), Bibliothèque d'éducation et de récréation - Fleurs d’hiver, fruits d’hiver. Histoire de ma maison - Épis et bleuets 1898 : Dernier travail, derniers souvenirs

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

Liens externes

Base Léonore « De la famille moderne, à propos de l’histoire morale des femmes », dans Annales de philosophie chrétienne, Tome XIII, 1856, pages 381 à 390 « Histoire de ma chambre », dans La Revue de Paris, 1904 Bataille de dames sur le site Projet Gutemberg Article du Constitutionnel sur le cours au collège de France, page 384 Notice biographique de l'Académie Française Article dans le Grand Dictionnaire universel du de Pierre Larousse Obsèques de M. Legouvé, « Le Petit Parisien », 17 mars 1903

Catégorie:Membre de l'Académie française Catégorie:Inspecteur général de l'Éducation nationale Catégorie:Poète français du XIXe siècle Catégorie:Dramaturge français du XIXe siècle Catégorie:Grand officier de la Légion d'honneur Catégorie:Membre de la Ligue de la patrie française Catégorie:Lauréat du prix Jean-Reynaud Catégorie:Naissance en février 1807 Catégorie:Naissance dans l'ancien 2e arrondissement de Paris Catégorie:Décès en mars 1903 Catégorie:Décès dans le 2e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 96 ans Catégorie:Féministe français