est le treizième roman de l'écrivain japonais Haruki Murakami. Publié au Japon en 2013, il s'y est vendu à un million d'exemplaires. Traduit en plus de 20 langues, sa version française a paru en .
Ce roman de formation de type réaliste (les formes de réalisme magique ou de surréalisme de l'auteur y sont confinées aux récits et aux rêves) suit l'itinéraire de Tsukuru Tazaki, un homme qui veut comprendre pourquoi sa vie a déraillé seize ans plus tôt et se reconstruire.
Dans le Nagoya du début des années 1990, le lycéen Tsukuru était un passionné de gares membre d'un groupe d'amis, trois garçons et deux filles inséparables dont les noms évoquaient une couleur en japonais ; tous sauf le sien, incolore. Mais à 20 ans, durant sa deuxième année d'université, il a été exclu du groupe de façon kafkaïenne et sans explication un jour de 1995 ; plus tard, son seul ami de fac a disparu. Blessé, hanté par un sentiment de vide, il en gardera l'amère impression d'être anormal.
Dans le Tokyo de 2011, l'ingénieur Tazaki est un célibataire de 36 ans qui travaille à concevoir et rénover des gares pour une compagnie ferroviaire, et dont la nouvelle petite amie de deux ans son aînée travaille dans une agence de voyages. Quand il lui avoue son traumatisme, elle le convainc d'affronter son passé et lui localise ses ex-amis. Il entame alors un pèlerinage pour les confronter un à un (détails en section Personnages), quête qui va le ramener dans sa ville natale puis l'envoyer à l'autre bout du monde.
Dans ce récit à la troisième personne, le ton alterne avec légèreté entre nostalgie et gravité, tout comme l'histoire va osciller du passé au présent et l'aventure aller du Japon à la Finlande, au long d'une enquête riche en symbolisme entre mystères et émotions, à la recherche d'une renaissance au-delà des faiblesses humaines.
Ouvrage Contenu Selon son auteur, L'Incolore Tsukuru Tazaki (prononcé approximativement « tsou-kou-lou ta-za-ki ») devait être « une histoire courte, mais elle est naturellement devenue longue » et s'est finalement développée en un roman contemporain de 19 chapitres, sur 370 pages en japonais.
Selon le quotidien japonais Asahi, le premier jet du livre a été terminé en (soit un mois avant la triple catastrophe de , voir plus bas), mais Murakami a ensuite réécrit son texte jusqu'en (soit pendant un an et demi), puis a continué d'y changer des détails jusqu'en (soit deux mois avant publication).
Après le monde parallèle de son précédent roman 1Q84 (2009-2010), Murakami en reprend la narration à la troisième personne mais retourne à la veine réaliste creusée dans la moitié de ses précédents romans, à l'instar de La Ballade de l'impossible.
Son titre littéral signifie « Le sans-couleur Tsukuru Tazaki et, ses années de pèlerinage » (avec la virgule après le « et » ; le singulier « son année de pèlerinage » s'écrirait pareil en japonais, mais le pluriel est déduit du livre). Ce titre fait référence à l'œuvre musicale Années de pèlerinage de Liszt, mais aussi au dernier stade du roman de formation selon la trilogie classique de Goethe (stade où le personnage doit assumer sa maturité et accepter des sacrifices), une œuvre également à l'origine du titre de Liszt (à l'époque où sa traduction française s'intitulait Les Années de pèlerinage de Wilhelm Meister).
Selon plusieurs critiques, Murakami y évoque obliquement, à travers les épreuves de son protagoniste, un symbole des deux années noires japonaises 1995 et 2011 (le séisme de Kobe et l'attentat chimique de Tokyo ; le séisme du Tōhoku, son tsunami, et l'accident nucléaire de Fukushima) ; il donnerait ainsi un message d'encouragement à son pays.
Publication Japon Au Japon, sa parution le vendredi a été orchestrée comme un événement (à l'instar du dernier tome de son précédent roman 1Q84 trois ans plus tôt) : tiré d'emblée à (dont écoulés les trois premiers jours) et acheté en pleine nuit le jour de sa sortie (dans des librairies ouvertes jusqu'après minuit), l'ouvrage a vu son tirage doublé dans les sept jours suivant sa sortie, pour un total d'un million d'exemplaires imprimés, qui se sont ensuite vendus en quelques mois dans l'archipel (total Oricon de ).
Cette sortie a été suivie de la première apparition publique de l'auteur au Japon en dix-huit ans (une conférence le à l'université de Kyoto), et a provoqué une rupture de stock de l'enregistrement par Lazar Berman de l'œuvre pour piano de Liszt Années de pèlerinage (citée dans le titre, dont le morceau « Le mal du pays » joué par cet interprète est discuté au chapitre 8 et sert de leitmotiv au roman).
Pays anglophones Au Royaume-Uni et aux États-Unis, sa parution le mardi (sortie simultanée en papier, digital, audio) a donné lieu à des soirées de lancement, avec ou sans animations, où des librairies sont restées ouvertes le lundi au soir pour vendre le livre dès 00:01 le mardi, à des groupes de dizaines à centaines de clients ; d'autres ont ouvert plus tôt le mardi matin ; pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande, un concours en ligne avec un voyage à gagner avait été organisé durant les semaines précédant la sortie.
Le livre est entré en première position des meilleures ventes de sa catégorie (« Hardcover Fiction », fiction en format cartonné) sur plusieurs listes, dont Nielsen BookScan (le ), et The New York Times (le ; version papier).
L'auteur a accompagné ce lancement par deux apparitions publiques en Grande-Bretagne (ses premières depuis 2003) : un débat avec le public les 23 et au (le salon du livre du Festival d'Édimbourg) en Écosse ; et une séance de dédicace le dans une librairie de Londres.
Pays francophones En France, il a paru le jeudi (sortie simultanée en papier et digital, format audio sorti le mois suivant) avec un premier tirage de . Pour cette occasion, l'auteur a donné fin août un entretien exclusif au magazine Le Point pour son numéro sortant le même jour que le roman.
Dans le palmarès Tite-Live (pour Lire/L'Express), le livre a fait « une entrée spectaculaire en quatrième place » des ventes de romans pour la semaine du au (malgré sa parution en milieu de période). Dans le Top 20 Ipsos (pour Livres-Hebdo), il a « fait son entrée en position » des ventes de livres pour la semaine du 8 au (tous genres confondus). Le magazine culturel Télérama l'a sélectionné comme l'un des dix meilleurs romans étrangers de la rentrée 2014.
International À l'étranger, les droits du livre ont été achetés dans quelque 31 langues, dont au moins 22 sont déjà sorties : 8 en 2013 la même année : coréen (juillet) ; chinois (septembre) ; espagnol, catalan (octobre) ; hongrois, polonais, roumain (novembre) ; serbe (décembre) ; 14 en 2014 : allemand, néerlandais (janvier) ; lituanien (février) ; suédois, italien (mai) ; anglais (août) ; finlandais, français, slovaque, norvégien, thaï, vietnamien, portugais (septembre) ; danois (octobre) ; et sont déjà annoncées au moins 1 autre : russe (pour 2015).
Personnages Les personnages principaux (avec un sens des prénoms / noms) :
Tsukuru Tazaki (construire / archipel), l'incolore qui s'occupe de gares ; Sara Kimoto (sâla / sous l'arbre), sa petite amie qui s'occupe de voyages ; Kei Akamatsu (pin rouge), son ex-ami surnommé « Rouge » (Aka) qui vend des formations ; Yoshio Ômi (lac bleu), son ex-ami surnommé « Bleu » (Ao) qui vend des voitures ; Yuzuki Shirane (racine blanche), son ex-amie surnommée « Blanche » (Shiro) qui vivait du piano ; Eri Kurono-Haatainen (prairie noire), son ex-amie surnommée « Noire » (Kuro) qui vit de la poterie ; Fumiaki Haida (marais gris), son jeune ami de fac qui s'est évaporé ; Midorikawa (fleuve vert), un pianiste de jazz qui a reçu d'autres dons ; et des Années de pèlerinage, des trains, un talisman, un sixième doigt...
On voit également l'apparition ou l'évocation de personnages secondaires : le père de Haida (un professeur d'université qui fut employé d'auberge), le chef de gare (qui a trouvé une fois un bocal contenant deux sixièmes doigts dans du formol), Sakamoto (un collègue de Tsukuru mais passionné de génétique), Olga (une collègue et amie de Sara à Helsinki), Edvard Haatainen (un potier finlandais qui a épousé sa condisciple Eri), et les deux filles de Eri et Edvard (3 et 6 ans, dont l'aînée s'appelle Yuzu en mémoire de Blanche).
Résumé
Chapitres 1-3 Tsukuru Tazaki est un ingénieur-architecte de 36 ans dont la personnalité gravite autour de sa passion des gares et d'une blessure ancienne. Sa nouvelle petite amie, Sara Kimoto, travaille dans une agence de voyages de Tokyo. Il lui explique que ses quatre meilleurs amis d'enfance au lycée de Nagoya étaient surnommés Rouge, Bleu, Blanche, et Noire (car leurs noms contenaient ces couleurs), tandis que lui « incolore » n'avait pas de surnom. Ils étaient comme les cinq doigts de la main et faisaient tout ensemble, mais ils l'ont un jour ostracisé sans explication d'un simple coup de téléphone, il y a seize ans.
Chapitre 4 Après des mois de pensées suicidaires, Tsukuru s'en est remis mais s'est depuis toujours senti vide et anormal. Il a rencontré Fumiaki Haida (dont le nom contient « Gris ») à l'université, qui y est devenu son seul et meilleur ami. Ils faisaient toujours tout ensemble, et écoutaient de la musique classique comme les Années de pèlerinage de Liszt.
Chapitre 5 Un soir, Haida lui a raconté une étrange histoire : quand son père était étudiant, il avait suspendu ses études et travaillé dans une auberge retirée où il avait fait la connaissance d'un homme se faisant appeler Midorikawa (dont le nom contient « Vert »), un pianiste de jazz de Tokyo avec un don inné : son jeu émouvait au point qu' « on avait la sensation évidente d'être transporté ailleurs. » Un soir, Midorikawa lui a raconté une étrange histoire : un mois plus tôt, il avait accepté une malédiction le condamnant à mourir deux mois plus tard sauf à la transmettre à un autre volontaire, mais malgré son talent il ne tenait plus à sa vie : cette mort imminente lui ouvrait « les portes de la perception », rendant ses dernières semaines plus merveilleuses que les décennies qu'il abandonnait, et lui permettait aussi de voir la couleur de l'aura des gens. Durant ces récits, Tsukuru ressentit parfois comme de la confusion entre lui-même, Haida, son père, et Midorikawa.
Chapitre 6 Plus tard la même nuit, après que Haida soit resté dormir sur son canapé, Tsukuru fit un étrange rêve érotique dans lequel il était au lit avec Noire et Blanche, qui fusionnaient avant son orgasme pour devenir Haida. Tsukuru se demanda si c'était entièrement un rêve. Au semestre suivant, Haida disparut sans explication, ne laissant derrière lui que les disques des Années de pèlerinage qu'il avait prêtés à Tsukuru.
Chapitres 7-9 Sara lui explique qu'ils ne pourront pas avoir une relation à long terme s'il ne résout pas d'abord ses problèmes émotionnels, et pour cela il devra aller voir ses anciens amis et leur demander l'explication qu'il n'a jamais eu. Elle lui promet son soutien logistique, d'autant qu'il n'utilise pas Internet. Quand ils se revoient, Sara a utilisé Google et Facebook pour retrouver ses anciens amis et elle explique à Tsukuru où chacun se trouve aujourd'hui et ce qu'il est devenu. Elle a aussi préparé son voyage pour les revoir, et Tsukuru se décide finalement à partir.
Chapitre 10 Tsukuru retourne à sa ville natale de Nagoya pour rencontrer Bleu, qui a réussi dans la vente de voitures. Bleu lui apprend que Blanche avait accusé Tsukuru de l'avoir violée, d'où son ostracisme. Bleu lui révèle aussi qu'elle avait ensuite réussi dans l'enseignement du piano, mais a été retrouvée étranglée il y a six ans dans une affaire non élucidée.
Chapitre 11