La révolte des Gallois, aussi appelée soulèvement d'Owain Glyndŵr ou dernière guerre d'indépendance, est un soulèvement des Gallois dirigés par Owain Glyndŵr contre l'Angleterre, qui a eu lieu entre 1400 et 1415. Il s'agit de la dernière manifestation d'un mouvement indépendantiste gallois avant l'incorporation du pays de Galles au sein du royaume d'Angleterre, effectif après le vote des Laws in Wales Acts en 1535 et 1542.
Contexte La chute de Richard II
Dans les dernières décennies du , Richard II d'Angleterre avait mis au point un plan audacieux pour consolider son emprise sur le royaume et briser le pouvoir des grands barons qui menaçaient constamment son autorité. Une part de ce plan consistait dans le déplacement de la base territoriale de son autorité depuis Londres et le sud-est de l'Angleterre vers une nouvelle principauté qui serait centrée sur le comté de Cheshire. Richard II accroît ainsi son pouvoir dans le pays de Galles proche. Le pays est alors divisé en un patchwork de fiefs semi-indépendants, de diocèses, comtés et territoires sous administration royale directe. Richard II élimine ses rivaux et confisque leurs terres, soit à son profit, soit au profit de ses favoris. Il permet ainsi à toute une classe de Gallois de s'élever en leur confiant les postes qu'il crée dans ces nouveaux fiefs. Pour ces personnes, les dernières années du règne de Richard II sont donc pleines d'opportunités. À l'opposé, pour les barons anglais, ceci constitue une nouvelle preuve du fait que Richard échappe à leur contrôle.
left|thumb|Henri IV d'Angleterre.
En , Henri Bolingbroke, héritier du duché de Lancastre, rentre d'exil pour réclamer ses terres. Il lève une armée et marche à la rencontre de Richard II. Le roi se hâte de rentrer d'Irlande pour reprendre la situation en main. Il rencontre Bolingbroke au château de Conwy, au pays de Galles, pour discuter de la restitution des terres de Lancastre. L'entrevue s'achève par l'arrestation, la déposition et l'emprisonnement de Richard, d'abord à Chester puis au château de Pontefract, dans le Yorkshire. Le Parlement reconnaît Bolingbroke roi le sous le nom d'Henri IV. Richard, emprisonné au château de Pontefract, meurt dans de mystérieuses circonstances en , peu après l'échec d'un soulèvement organisé par des barons anglais contre le nouveau roi. À cette époque, au pays de Galles, de nombreuses personnes comme Owain Glyndŵr se voient demander pour la première fois vers qui va leur loyauté. Les Gallois étaient traditionnellement des soutiens du roi Richard, qui avait succédé à son père, le Prince Noir, comme prince de Galles en 1376. Avec la déposition de Richard, les possibilités d'avancement qui leur avaient été offertes se voient soudainement considérablement réduites, ce qui amène de nombreux Gallois à s'interroger sur leur futur.
Pendant quelque temps, les soutiens du roi déchu se tiennent à distance. Le , une première agitation grave éclate dans la ville de Chester, près de la frontière anglaise. Elle fait suite à l'exécution publique de Piers Legh, capitaine des archers de Richard II, qui a été arrêté déguisé en moine. L'agitation se répand alors le long de la frontière.
La querelle entre Owain Glyndŵr et Reginald Grey
La révolte part d'une simple querelle entre Owain Glyndŵr et son voisin anglais. Les tenants successifs du titre de baron Grey de Ruthyn de Dyffryn Clwyd étaient des propriétaires terriens anglais ayant la réputation d'être anti-gallois. Owain Glyndŵr était en conflit avec eux depuis longtemps au sujet de terres. En 1399, il en appelle au Parlement pour résoudre le conflit et obtient gain de cause. Après la destitution de Richard II, Reginald Grey, Grey de Ruthyn, use de son influence et de son amitié auprès du nouveau roi pour obtenir une révision de cette décision. Owain fait appel mais son recours est rejeté sans le moindre examen. Grey parvient également à dissimuler la convocation royale enjoignant Owain à rejoindre la campagne du roi contre l’Écosse en . En tant que vassal du roi anglais, Owain est dans l'obligation de fournir des troupes, comme il l'a fait dans le passé. En ne répondant pas à l'ordre royal, il se rend donc coupable de trahison. Il s'ensuit que le roi Henri IV déclare Owain traître et ordonne la confiscation de ses terres. Le roi confie au baron Grey le soin de s'occuper d'Owain. Le baron use expressément de la force et ne laisse d'autre choix à Owain que de s'enfuir (ce qui tend à confirmer l'accusation de trahison) et d'entrer en rébellion ouverte.
La révolte des Gallois
Le , Owain passe à l'action et est proclamé prince de Galles par un petit groupe de partisans comprenant son fils aîné Gruffudd, son beau-frère et le doyen de la cathédrale de St Asaph. Ceci constitue déjà un acte révolutionnaire en soi. Les hommes d'Owain se répandent rapidement à travers le nord-est du pays de Galles. Le , le château de Ruthin, une place forte de la famille Grey, est attaqué et pratiquement détruit. Denbigh, Rhuddlan, Flint, Hawarden et Holt subissent le même sort en peu de temps. Le , la ville d'Oswestry est très sévèrement endommagée par les raids d'Owain. Le , les rebelles font route vers le sud, vers le château de Powis, et pillent Welshpool. Dans le même temps, les frères Tudor lancent une guérilla contre les Anglais depuis leur île d'Anglesey. Les Tudor sont une importante famille d'Anglesey qui était intimement liée avec Richard II. Gwilym et Rhys ap Tudur avaient été capitaines des archers gallois au cours des campagnes menées par Richard en Irlande en 1394-1395 et en 1399. Ils s'empressent donc de faire allégeance à Owain Glyndŵr, qui est aussi leur cousin.
Le roi Henri IV, en chemin vers le nord pour envahir l'Écosse, fait faire demi-tour à son armée et, le , il se trouve à Shrewsbury, prêt à envahir le pays de Galles. Au cours d'une campagne éclair, Henri IV mène son armée à travers le nord du pays de Galles, mais il est assailli sans répit à la fois par les mauvaises conditions météorologiques et la guérilla galloise. Le , il regagne donc Shrewsbury sans avoir obtenu beaucoup de résultats.
left|thumb|261x261px|L'imposant château de Conwy, pris par les frères Tudor.
En 1401, la révolte commence à s'étendre. Tout le nord et le centre du pays de Galles passe sous le contrôle d'Owain. On rapporte plusieurs attaques de villes, châteaux et manoirs anglais partout dans le nord. Même dans le sud, dans la région de Brecon et le Gwent, des rapports indiquent que des bandits et des hors-la-loi agissent en bandes et se présentent comme les Plant Owain - les enfants d'Owain. Le roi Henri IV demande à Henry Percy - le célèbre « Hotspur », guerrier de renom et fils du puissant comte de Northumberland - de ramener l'ordre dans le pays. En mars, Hotspur décrète une amnistie qui vaut pour tous les rebelles sauf pour Owain et ses cousins Tudor. L'essentiel du pays est grandement soulagé et accepte de payer les impôts et taxes ordinaires, mais les Tudor savent qu'ils ont, eux, besoin d'une monnaie d'échange s'ils veulent faire lever la menace qui pèse sur eux. Ils décident alors de s'emparer du château de Conwy, une grande forteresse bâtie par Édouard après sa conquête du pays de Galles en 1282. Bien que n'étant défendu que par une garnison d'environ soixante-quinze hommes, le château de Conwy était bien pourvu en denrées et pouvait être secouru depuis la mer. De plus, les Tudor n'avaient qu'une quarantaine d'hommes à leur disposition et devaient donc élaborer un plan audacieux. Le jour du Vendredi Saint, le , tous les hommes de la garnison du château sauf cinq se trouvent à l'église, en ville, lorsqu'un charpentier se présente à la porte du château « pour accomplir son travail habituel » (selon les chroniques d'Adam d'Usk). Une fois à l'intérieur de l'enceinte, le charpentier gallois attaque les deux gardes et ouvre la porte pour permettre aux autres rebelles d'entrer. Bien que Hotspur arrive de Denbigh avec plus de , il sait que prendre la forteresse serait une tâche ardue et fastidieuse. Il négocie donc avec les rebelles et accorde finalement son pardon aux Tudor.
À la même période, au milieu du mois de juin, Owain enregistre sa première grande victoire militaire à la bataille de Mynydd Hyddgen, près du Pumlumon. Owain et son armée d'environ 400 hommes stationnent au fond de la vallée d'Hyddgen lorsque colons anglais et flamands du Pembrokeshire (connu comme la au-delà du pays de Galles) chargent vers eux. Owain rassemble son armée et contre-attaque, tuant et faisant le reste prisonnier. La situation est alors suffisamment sérieuse pour que Henri IV commande une nouvelle expédition punitive. Cette fois, il attaque au centre du pays de Galles. Parties de Shrewsbury et de Hereford, les forces d'Henri marchent à travers le Powys en direction de l'abbaye de Strata Florida. L'établissement cistercien est connu pour son soutien à Owain, et Henri entend à la fois rappeler les moines à leur devoir et empêcher que la révolte ne s'étende au sud. Après avoir supporté le mauvais temps et les attaques incessantes des hommes d'Owain, les Anglais atteignent l'abbaye et Henri n'a aucune intention de faire preuve de clémence. Après avoir passé deux jours en beuverie, l'armée anglaise détruit en partie l'abbaye et exécute les moines soupçonnés d'être loyaux envers Owain. Henri ne parvient cependant pas à atteindre le gros des forces rebelles. Il doit subir une guérilla : les hommes d'Owain harcèlent les Anglais, font des raids éclairs destinés à couper le ravitaillement anglais mais refusent le combat à découvert. L'armée anglaise est ainsi obligée de faire retraite dans des conditions terribles : elle manque d'être emportée par des inondations et le roi lui-même échappe de justesse à la mort lorsque sa tente est emportée pendant son sommeil. Une nouvelle fois, les Anglais regagnent Hereford sans avoir obtenu de résultats concluants. L'année 1401 s'achève sur la bataille indécise de Tuthill, pendant qu'Owain assiège le château de Caernarfon.
Henri IV comprend que si la révolte persiste, elle va nécessairement attirer l'attention d'anciens soutiens du roi Richard II. Il s'inquiète de l'emploi qui peut être fait du mécontentement qui agite le Cheshire et est de plus en plus alarmé par les nouvelles venues du nord du pays de Galles. Hotspur se plaint de ne pas recevoir un soutien suffisant de la part du roi et pointe le fait que la politique de répression poursuivie par Henri ne fait qu'encourager la révolte. Il affirme que la négociation et le compromis pourraient amener Owain à faire cesser sa rébellion. En réalité, il est possible que Hotspur soit entré en contact avec Owain et d'autres meneurs de la révolte dès 1401 afin de négocier secrètement avec eux et de parvenir à un accord. Le noyau dur des soutiens aux Lancastre ne veut cependant pas en entendre parler. Ils répliquent au contraire en promulguant des lois anti-galloises destinées à établir une suprématie anglaise au pays de Galles. Ces lois réglementent des pratiques qui ont eu cours au pays de Galles et dans les marches depuis longtemps mais ont aussi un caractère vexatoire : les Gallois ont interdiction d'acheter des terres en Angleterre, ils ne peuvent détenir de charge publique au pays de Galles, ont interdiction de porter des armes, ne peuvent détenir aucun château ni défendre aucune habitation, excluent les enfants gallois de toute éducation et tout apprentissage, dénient aux Gallois le droit de poursuivre un Anglais en justice, pénalisent sévèrement tout Gallois qui épouserait une Anglaise, privent de droit de vote tout Anglais qui épouserait une Galloise et interdisent toute assemblée de Gallois. Ces lois montrent clairement à tous ceux qui hésitaient que les Anglais nourrissent la même suspicion à l'égard de tous les Gallois. De nombreux Gallois qui essayaient de faire carrière au service des Anglais se trouvent à présent poussés dans les bras des rebelles.