Gélimer ou GeilamirLa forme originale de son nom est Geilamir. Le nom est attesté dans cette forme sur des pièces et sur une inscription ; voir : et sur un missorium lui ayant appartenu. est le dernier roi des Vandales et des Alains, de à . Il devient dirigeant du royaume vandale après avoir déposé son cousin germain pro-byzantin, Hildéric, qui a irrité la noblesse vandale en se convertissant au catholicisme, car la plupart des Vandales à cette époque sont farouchement dévoués à l'arianismeL'introduction de l'arianisme à la noblesse vandale est débattue dans H.E. Gieseche, Die Ostgermanen und Arianismus., 1939, p. 167-99 ; les célèbres persécutions vandales des catholiques, comtés par l’évêque catholique, Victor de Vita, et traduite par John R. C. Martyn, « Arians and Vandals of the 4th–6th centuries: annotated translations of the historical works by bishops Victor de Vita (Historia persecutionis Africanæ provinciæ) and Victor de Tonnena… », Cambridge, 2008, revue dans The Journal of Ecclesiastical History 61, p. 579f., et ce malgré les protestations de l'empereur byzantin Justinien. En , Justinien envoie un corps expéditionnaire commandé par Bélisaire pour restaurer Hildéric sur le trône vandale. Le , à la suite d'erreurs tactiques de commandants vandales, les Byzantins commandés par Bélisaire débarquent à Carthage et battent l’armée de Gélimer à l'Ad Decimum, près de Carthage, puis occupent la ville. Gélimer est ensuite vaincu de façon décisive le à Tricaméron. Il s'enfuit dans une montagne à la frontière de la Numidie, le Mons Pappua. Mis sous blocus, il est contraint de se rendre en . Le royaume vandale est détruit et l'autorité romaine revient partiellement en Afrique. Après sa défaite, Gélimer est envoyé à Constantinople et Justinien lui offre un domaine en Galatie.

Biographie Gélimer est le fils du prince Gélarith, un membre de la famille royale vandale des Hasdings, et le petit-fils du prince Gento, fils du roi Genséric. Il est à la cour d'Hildéric, un de ses cousins, qui est devenu le roi des Vandales et des Alains en . Ce dernier mène une politique de rapprochement avec l'Église catholique et surtout Byzance, où il a passé près de 40 années. Cette politique pro-catholique lui attire l'opposition de l'aristocratie vandale, arienne. En , il subit un revers assez sérieux face à un groupe de berbères en Byzacène (actuelle Tunisie centrale) menés par Antalas. Gélimer profite de la situation pour conspirer contre lui. Il engage une armée vandale et le renverse dans la septième année de son règne. Hildéric est emprisonné avec ses deux neveux Hoamer et Évagès et Gélimer rompt avec Byzance.

L'empereur byzantin Justinien envoie des ambassadeurs en Afrique, demandant à Gélimer de conserver Hildéric sur le trône vandale, mais Gélimer renvoie les ambassadeurs, sans leur donner de réponse, fait crever les yeux d'Hoamer, et resserre dans une prison plus étroite Hildéric et Évagès, sous prétexte qu'ils prévoyaient de s'enfuir à Constantinople. Justinien, apprenant ces actions, lui envoie une nouvelle ambassade, lui sommant de renvoyer Hildéric à Constantinople et ses deux frères, sinon il le menace d'une guerre. Gélimer répond à Justinien que le sort d'Hildéric relève des affaires internes à son royaume. Furieux de cette réponse, l'empereur byzantin conclut rapidement sa guerre avec les Sassanides et entre bientôt en guerre contre Gélimer, ostensiblement pour restaurer Hildéric sur le trône.

En , Justinien envoie une force expéditionnaire commandée par Bélisaire. Pendant ce temps, un citoyen de Tripoli nommé Pudentius, fait soulever cette ville contre les Vandales, et, avec des secours de Justinien, s'empare de la province de Tripolitaine et la soumet à l'Empire. Gélimer s'apprête à mater la révolte, mais choisit finalement de l'ignorer temporairementD'après l'historien byzantin Procope de Césarée, Gélimer n'espérait plus récupérer la Tripolitaine car cette province est trop éloignée du noyau vandale, et que les rebelles ont reçu un renfort de troupes romaines. Il juge convenable de différer l'expédition contre Tripoli, et de se hâter d'attaquer la Sardaigne avant qu'elle ne reçoive des secours de l'empereur byzantin Justinien., car en Sardaigne, qui fait partie du domaine vandale, le gouverneur Godas, un Goth, se révolte, et commence à traiter comme un souverain indépendant avec Justinien, lui demandant des secours pour maintenir son indépendance des Vandales. En réponse, Gélimer envoie de ses meilleurs soldats, , sous le commandement de son frère Tzazo, pour écraser la rébellion.

Le , Bélisaire débarque à Caput Vada, sur la côte Est de l'actuelle Tunisie, à 240 kilomètres au sud de Carthage, sans avoir fait face à une force d'opposition. Gélimer ne soupçonne aucun débarquement byzantin et se repose à Hermione, en Byzacène. L'armée byzantine progresse rapidement en direction du nord, le long de la route côtière.

Le , Gélimer apprend le débarquement et la progression des Byzantins et en informe immédiatement son frère Ammatas, resté à Carthage. Il lui demande de rassembler les forces situées aux alentours de la capitale pour se tenir prêt à se porter sur l'Ad Decimum, un défilé étroit dans la banlieue de Carthage et d'exécuter Hildéric et sa famille. Gélimer doit composer sans ses meilleurs hommes, partis avec Tzazo. Pendant ce temps, il marche derrière l'armée byzantine et détache son neveu Gibamond avec , et lui ordonne de se porter en avant sur la gauche. Par cette manœuvre il espère envelopper les Romains, qui auraient Ammatas devant eux, Gibamond à leur gauche, et derrière eux Gélimer avec le gros de l'armée vignette|Plan conçu par Gélimer pour vaincre les Byzantins à l'Ad Decimum.|alt= Dans la matinée du , l'armée byzantine s'approche de l'Ad Decimum. Ammatas arrive trop tôt sur le défilé et est tué par les hommes de Jean l'Arménien alors que celui-ci procède à une reconnaissance. Peu après, des archers montés massagètes fédérés interceptent la force de Gibamond et la défont aisément. Gélimer n'a pas conscience de ces revers. Il poursuit sa progression et met en déroute les premiers éléments byzantins qu'il rencontre à l'Ad Decimum, le corps de Massagètes ayant défait Gibamond et les gardes de Bélisaire. La victoire est alors encore possible pour les Vandales qui poursuivent les fuyards, mais Gélimer, parvenu à la position d'Ammatas découvre le corps inerte de son frère tué plus tôt dans la journée. Bouleversé, il se détourne de la bataille en cours et ses hommes baissent leur garde pendant qu'il enterre son frère sur le champ de bataille, sans donner d'ordre à l'armée.

Profitant du répit et de sa supériorité numérique, Bélisaire regroupe ses hommes avec sa principale force de cavalerie, au sud de l'Ad Decimum, et lance une contre-attaque qui repousse et bat les Vandales désorganisés. La bataille de l'Ad Decimum se termine par la victoire des Byzantins et la route de Carthage leur est désormais ouverte. Gélimer et les restes de son armée prennent la direction de Bulla Regia. Le matin du , Carthage est prise sans combat par Bélisaire.

Au cours des semaines suivantes, Bélisaire restaure les remparts de Carthage, et Gélimer s'assure de la loyauté de la population romaine locale par le versement d'argent et offre des récompenses aux paysans romains pour chaque tête de soldat byzantin qu'ils peuvent rapporter. Il envoie des messagers à Tzazo pour lui demander de revenir de Sardaigne avec des renforts et le prévenir de la situation. Pendant ce temps, il rassemble à Bulla Regia tous les Vandales qui ont fui la bataille et les Berbères locaux qu'il peut rallier à sa cause.

Dès que Tzazo reçoit le message de son frère, il quitte la Sardaigne et rejoint après trois jours de navigation l'Hippi Promontorium (l'actuelle Ras-el-Hamrah), près d'Hippone, pour retrouver Gélimer à Bulla Regia. Le , après avoir réuni les Vandales, Gélimer marche sur Carthage avec son armée. Arrivés près de la ville, ils coupent l'aqueduc d'alimentation en eau et restent campés pendant quelque temps avant de se retirer, voyant que les Byzantins se tenaient renfermés dans leurs murailles.

Ils se divisent en plusieurs corps et occupent toutes les routes afin de couper le ravitaillement. D'après l'historien byzantin Procope de Césarée, Gélimer espère également qu'il y aura une trahison de la part de la population de Carthage et des soldats de Bélisaire qui suivent la doctrine d'Arius. Il envoie aussi des espions dans la ville pour saper la loyauté des habitants envers l'armée impériale et pour négocier le ralliement des fédérés massagètes.

Néanmoins, Bélisaire s'assure de la loyauté de la population et de son armée et complète la réparation des murailles. Le , il décide d'affronter Gélimer et sort de la cité en direction du camp vandale situé à Tricaméron, à 40 km au sud-ouest de Carthage. Les deux armées passent la nuit à se regarder. Le lendemain, Gélimer ordonne aux Vandales de rassembler au milieu du camp, bien que non-fortifié, les femmes, les enfants, et tout le bagage. Ensuite ayant rassemblé ses soldats, il leur fait un discours pour les encourager à bien combattre, tandis que, non loin du camp, Tzazo exhorte de son côté les Vandales qu'il a ramenés de Sardaigne.

À midi, Gélimer et Tzazo conduisent leurs troupes contre les Byzantins et se rangent en bataille à quelque distance du bord d'un ruisseau. Gélimer prend les dispositions suivantes pour son armée : au centre Tzazon avec la bannière royale, les troupes d’élites et des hommes des milices urbaines, sur les ailes sont flanqués les chiliarques, et enfin derrière l'armée, se tient un corps de réserve berbère. Les Byzantins s'avancent vers l'autre bord du ruisseau, et se disposent pour le combat. Gélimer interdit la lance et le javelot à ses soldats, et leur ordonne de ne se servir que de leurs épées.

Les deux armées sont depuis longtemps en présence, lorsque Jean l'Arménien, passe le ruisseau avec quelques cavaliers d'élite, et charge le centre des Vandales. Repoussé et poursuivi ensuite par Tzazon, il se replie sur son corps d'armée. Jean, à la tête d'un plus grand nombre de gardes de Bélisaire, fait une seconde charge contre Tzazo ; il est encore repoussé, et se replie de nouveau sur l'armée byzantine. Saisissant la bannière impériale, il entraîne à sa suite toute la garde de Bélisaire, charge les Vandales pour la troisième fois. Les Vandales avec leurs seules épées soutiennent vigoureusement le choc, et la mêlée devient terrible. Les Vandales subissent d'importantes pertes, et parmi elles, Tzazo, frère de Gélimer. Alors toute l'armée byzantine passe le ruisseau, et fond sur l'ennemi. Le centre ayant commencé à plier, tous les Vandales lâchent pied, et sont mis facilement en déroute par les corps qui leur étaient opposés. Les Vandales rentrent dans leur camp. Les Byzantins, n'espérant pas les y forcer, dépouillent les morts, et retournent dans leurs retranchements.

Le soir, Bélisaire se porte sur le camp des Vandales. Gélimer, instruit de l'approche de l'armée byzantine, s'enfuit à l'ouest vers la Numidie avec quelques membres de sa famille et serviteurs, sans laisser aucun ordre aux Vandales sur place. Ces derniers seront massacrés et réduits en esclavage par les Byzantins lors de la prise du camp.

Un détachement byzantin de conduit par Jean l'Arménien se lance à la poursuite de Gélimer en fuite durant cinq jours et cinq nuits. Le général byzantin est tout proche de Gélimer quand il périt lors d'un accident qui interrompt la poursuite. Bélisaire reprend la poursuite à sa place, et Gélimer s'enfuit d'abord à Hippone, puis dans la ville de Medeus dans les monts Pappua, que les historiens Christian Courtois., Ludwig Markus. et Henri Fournel. ont identifié avec l'Edough.D'autres lieux ont été proposés comme le mont Babor, et le Djebel Nador, situé près de Hammam N'Bail.. Là, il peut compter sur le soutien des tribus berbères locales, .