Les Épodes (en latin : ou ) sont un recueil de dix-sept pièces du poète latin Horace, dédicacé à son protecteur et ami Mécène, paru vers 30 av. J.-C.. Composés en majorité sur des mètres iambiques, ces poèmes permettent à leur auteur d'invectiver ses ennemis sur des thèmes très variés, allant de la magie à la politique, en passant par la sexualité et la vie à la campagne, tout en faisant ses premières armes dans une poésie lyrique proche de l'élégie.

Le recueil est imité d'Archiloque, poète grec créateur du genre (), et de l'Alexandrin Callimaque de Cyrène (), ainsi que, dans une moindre mesure, de Catulle et des Bucoliques de Virgile. Pourtant, Horace renouvelle le genre en y introduisant des sujets romains ; il lance ses attaques contre les femmes en général, les vieilles lubriques et les magiciennes en particulier, dont la représentante est le personnage original de Canidie, mais aussi contre ses ennemis personnels. Le recueil s'inscrit également dans l'actualité des guerres civiles, célébrant la fin d'une période sanglante de désespoir à la bataille d'Actium que vient de remporter le futur Auguste, conspuant Cléopâtre l'orientale et le néopythagorisme.

Après les Épodes et le second livre des Satires paru presque en même temps, Horace quitte le registre moqueur et les sujets contemporains pour se tourner vers la poésie lyrique, plus intemporelle, des Odes ; il est d'ailleurs considéré comme le dernier iambographe. Le recueil est très peu imité par la suite, malgré quelques souvenirs présents chez Martial.

Texte et contexte Histoire du texte Il est bien difficile de dater la rédaction des Épodes, qui commence entre 44. et 42., et prend fin vers 31 av. J.-C.. Cette période correspond à des bouleversements nombreux dans l'Histoire romaine comme dans la vie d'Horace. : Auguste bat Brutus et Cassius à la bataille de Philippes (42 av. J.-C.) ; Horace y est tribun militaire dans le camp des Libérateurs et fait partie des fuyards. Le futur empereur défait ensuite ses adversaires un à un : Lucius Antonius en 40, Sextus Pompée en 36 et enfin Marc Antoine à la bataille d'Actium (31 av. J.-C.). Horace, quant à lui, rentre à Rome vers 40 à l'occasion d'une amnistie, puis est introduit dans le cercle de Mécène par Virgile vers 38 av. J.-C. Les Épodes témoignent du changement d'attitude d'Horace à l'égard du futur empereur : les pièces les plus anciennes condamnent d'un même mouvement Antoine et Octave, quand les plus récentes montrent une réécriture de la bataille d'Actium en faveur de ce dernier..

Dans une satireSatires, II, 3, 11 datable de 33 av. J.-C., Horace affirme qu'il est en train d'aménager sa maison de campagne, et qu'il y fait venir les œuvres des poètes comiques et d'Archiloque. C'est de cette année qu'il faut certainement dater le désir de réunir les pièces inspirées de l'iambographeDictionnaire Littré, éd. 1880 : L'usage actuel ne met plus le tréma.Olivier Masson, , dans Revue des Études Grecques, 1953, volume 66, n° 309-310, pp. 407-410. grec dans un recueil.. Deuxième publication du poète après le premier livre des Satires, les Épodes correspondent pourtant au . De fait, l'épode XVI est certainement l'un des plus anciens poèmes composés par le poète.

La date de publication du recueil est difficile à déterminer, mais on la situe vers 30 av. J.-C...

Titre Le terme d’épode (grec ancien : ) désigne un vers qui fait écho à un précédent vers, en général plus long.. Par extension, le terme s'applique au distique inégal ainsi formé, puis au poème bâti sur ce distique., ce qui est le cas de tous les poèmes du recueil, à l'exception du dernier. Horace prétend avoir, le premier, adopté les mètres et le genre d'Archiloque en latin, Épîtres, I, 19, 24-25..

Horace utilise le titre d’Iambes ()Épodes, XIV, 7 ; Épîtres, I, 19, 23 et II, 2, 59, que Catulle avait déjà utiliséCatulle, Poésies, XXXVI, 5 ; XL, 2 ; LIV, 6, en référence au pied employé, ainsi qu'à la tonalité agressive qui lui est associée. Le titre Épodes () ne lui est attribué que dans l'Antiquité tardive, au plus tôt dans le commentaire de Porphyrion ()..

Présentation de chaque épode La variété des thèmes du recueil rend difficile toute tentative de résumé : chaque épode est donc présentée ci-après avec, dans l'ordre : son numéro, son titreLes poèmes originaux ne comportent aucun titre ; sont reproduits ici les titres de l'édition ., éventuellement le genre auquel elle se rattache, le nombre de vers, les mètres utilisés, et, le cas échéant, la date supposée de composition et les sources identifiables.

I « À Mécène » vignette|alt=partie supérieure : des treilles lourdes de raisins et des oiseaux ; partie inférieure : deux hommes cueillent des raisins et les mettent dans une grosse corbeille|Vendanges, mosaïque romaine de Césarée de Maurétanie, aujourd'hui Cherchell, Algérie. Propempticon de 34 vers en trimètre et dimètre iambiques, composés vers 31 av. J.-C... Horace exprime ses craintes de voir son ami partir à la guerre et propose de se joindre à lui ; il espère ainsi être digne de son amitié, mais refuse à l'avance toute largesse financière.

II « Alfius » sous forme d'idylle de 70 vers en trimètre et dimètre iambiques. Le personnage d'Alfius, usurier connu de ses contemporains., chante longuement les charmes de la vie à la campagne. Dans les quatre derniers vers, le poète signale qu'Alfius n'a toujours pas quitté la ville où il continue son activité lucrative.

III « À Mécène » 22 vers en trimètre et dimètre iambiques, en forme d'épigramme. Le poète se plaint de l'ail, aussi puissant qu'un poison, et conseille à Mécène d'éviter d'en consommer, sous peine de se voir repousser par sa maîtresse.

IV « Contre un parvenu » 20 vers en trimètre et dimètre iambiques, composés vers 37 ou 36 av. J.-C... Le dédicataire de cette épode identifie sans ambiguïté Védius Rufus comme destinataire du poème, ce que rejettent les commentateurs contemporains. n'est pas clairement identifié : un amiral de Pompée nommé Ménas, ou bien Védius Rufus ; il semble en tout cas qu'Horace s'adresse à une personne précise.. Le poème s'attaque à un affranchi enrichi et parvenu, comme Horace, au grade de tribun militaire. Sans que l'on sache précisément ce que le poète lui reproche (on a même suggéré qu'Horace mettait ces vers dans la bouche d'une femme), c'est le portrait d'un nouveau riche orgueilleux et ostentatoire qui est dressé.

V « Contre Canidie » 102 vers en trimètre et dimètre iambiques. À l'aide d'autres sorcières, Canidie s'apprête à tuer un enfant pour faire revenir à elle son amant Varus. C'est le garçon qui ouvre le poème par la mise en situation, puis le clôt par ses malédictions. Au centre de la pièce, Canidie prononce 32 vers et en appelle, après ses compagnes, à la Nuit et à Diane.

VI « Contre un poète médisant » 16 vers en trimètre et dimètre iambiques. Le poème est une réponse à un poète qui aurait attaqué Horace, qui se répand à son tour en menaces. Ce poète qui n'est pas nommé pourrait être Mévius, attaqué dans l'épode X, ou Bavius qui, avec le premier, est attaqué aussi par Virgile dans la troisième Bucolique.. Il se réfère directement à Archiloque et Hipponax, et prétend ne pas leur céder en audace et en virulence.

VII « Au peuple romain » 20 vers en trimètre et dimètre iambiques. Il s'agit de l'une des plus anciennes épodes, puisqu'elle a été écrite peu après Philippes, au début des années -30. Le poème suit la reprise des hostilités et le retour des horreurs de la guerre civile, qui ensanglantent le peuple romain et menacent la survie de la Cité. Cette fureur est vue comme une expiation du meurtre de Rémus par Romulus. Jamais Horace ne s'exprime avec autant d'amertume et de déception face à l'extension de l'empire.

VIII « Contre une vieille lubrique » 20 vers en trimètre et dimètre iambiquesLes épodes VIII et XII sont censurées par , qui ne traduit par leurs titres.. Horace s'adresse à une vieille femme de la haute société à qui il a été incapable de faire l'amour. Il lui reproche son appétit sexuel démesuré et décrit avec dégoût son corps décrépit.

IX « À Mécène » 38 vers en trimètre et dimètre iambiques, composés en 31 av. J.-C.. Pendant que Mécène participe à la bataille d'Actium, Horace, resté en Italie, prépare le banquet destiné à célébrer la victoire.. L'épode est donc certainement écrite après cette bataille, mais probablement alors que Cléopâtre est encore en vie..

X « Contre Maevius » Propempticon inversé de 24 vers en trimètre et dimètre iambiques, imités d'Hipponax (115). Mévius est un poète qui aurait attaqué VirgileVirgile, Bucoliques, III, 90 ; Horace, le voyant partir en bateau, lui souhaite de mourir en mer.

XI « À Pettius » Poème proche de l'élégie, de 28 vers en trimètre iambique et élégiambe, composés vers 34 av. J.-C.., imités d'Archiloque (196a). Horace se plaint de ne plus écrire de vers, tant son esprit est occupé par l'amour. S'il a cessé d'aimer Inachia, et malgré la honte qu'il ressentit quand tout le monde se moquait de son amour, il espère qu'une nouvelle flamme viendra le délivrer de son attachement actuel pour Lyciscus.

XII « Contre une autre vieille » vignette|alt=Un centaure, assis sur son postérieur, entoure de ses bras un jeune garçon nu, et joue sur la lyre que ce dernier tient.|Chiron enseigne la musique à Achille, fresque de la basilique d'Herculanum, avant 79, musée archéologique national de Naples. 26 vers en hexamètre et tétramètre dactyliques. Le poète raille une vieille femme lubrique avec qui il n'a pas pu faire l'amour. Elle le maudit en retour et lui reproche de mieux satisfaire les jeunes gens avec qui il a des relations.

XIII « À ses amis » 18 vers en hexamètre dactylique et iambélégiaque. Horace engage ses amis à oublier la vieillesse qui arrive dans les plaisirs du vin et de la musique. Il place les mêmes conseils dans la bouche du centaure Chiron, qui rappelle à Achille sa mort prochaine devant Troie.

XIV « À Mécène » 16 vers en hexamètre dactylique et dimètre iambique, composés en 32 av. J.-C., imités d'Archiloque (215). Horace s'excuse de ne plus écrire d'iambes, puisqu'il est torturé par son amour pour l'infidèle Phrynè, comme Anacréon le fut, et comme Mécène l'est aussi.

XV « À Néère » 24 vers en hexamètre dactylique et dimètre iambique. Horace déplore l'inconstance de la femme qu'il aimait et qui lui avait promis un amour éternel, et rit à l'avance de son amant actuel, qui sera bientôt délaissé lui aussi.

XVI « Au peuple romain » vignette|alt=trois tablettes en plomb, avec dans la partie supérieure des personnages et des animaux, et, dans les deux tiers inférieurs, des inscriptions en gros caractères grecs grossiers.|Livre de magie, formé de sept pages, en plomb, comparable à celui de Canidie dans l'épode XVII ; , origine inconnue, musée des Thermes de Dioclétien. 66 vers en hexamètre dactylique et trimètre iambique, composés vers 40 av. J.-C... Horace déplore les guerres civiles interminables qui dévastent Rome. Face aux dangers extérieurs plus graves qui menacent de détruire complètement la Cité, il enjoint aux meilleurs de ses compatriotes de quitter l'Italie et de trouver un territoire vierge où s'installer.

XVII « À Canidie » 81 trimètres iambiques, composés vers 36 ou 35 av. J.-C.. Horace se plaint à Canidie du sort qu'elle lui a jeté et confesse son immense pouvoir magique ; il la supplie de relâcher son emprise sur lui et promet de chanter dans ses vers sa science et sa vertu. Dans sa réponse, Canidie refuse sèchement et proclame sa puissance.

Sources