La guerre hispano-américaine, souvent désignée en Espagne sous le nom de désastre de 1898 (), est un conflit armé qui se déroula d'avril à août 1898 entre les États-Unis d'Amérique et l'Espagne, et qui eut pour conséquence la confirmation (à la suite de la guerre d'indépendance cubaine) de l'indépendance de Cuba jusqu'en 1901, et la prise de contrôle d'anciennes colonies espagnoles dans les Caraïbes et l'océan Pacifique par les États-Unis d'Amérique.

Contexte vignette|gauche|Insurgés cubains fusillés par un peloton d'exécution espagnol. Reconstitution que Thomas Edison réalisa avec des acteurs en 1898. À la fin du , la position de l'Espagne en tant que puissance mondiale avait décliné. Elle ne possédait plus que quelques territoires dans l'océan Pacifique, l'Afrique et les Indes, la plus grande partie de son empire colonial avait acquis son indépendance, et un certain nombre des zones encore sous contrôle espagnol étaient susceptibles de le faire. Les guérillas opéraient dans les Philippines, et avaient été présentes à Cuba pendant des décennies où une guerre des Dix Ans entre 1868 et 1878 fut une première tentative de Cuba pour obtenir l'indépendance. Cette guerre dite « guerre de Dix Ans » fut déclarée lorsque le planteur cubain Carlos Manuel de Céspedes libéra ses esclaves et forma une armée. Ce mouvement fut suivi par 37 autres planteurs et donna naissance à la Constitution de la république de Cuba.

Vers 1894, le capital américain investi dans les plantations de canne à sucre et les raffineries de Cuba représente environ 50 millions de dollars américains, tandis que le commerce annuel entre les États-Unis et Cuba s'élève à une centaine de millions de dollars. Le sucre, qui constitue de loin le principal produit d’exportation, est principalement écoulé vers les États-Unis. Par ailleurs, un certain nombre d’adeptes du commodore Alfred Mahan, célèbre théoricien et stratège, voyaient dans cette île proche des États-Unis une zone propice à la création de bases navales.

Or, Cuba va connaître des troubles. Le petit peuple des peones y vivait déjà dans la misère, même au temps de la prospérité économique. Mais, après 1890, une série de difficultés rend leur situation encore plus intolérable : concurrence accrue du sucre de betterave européen, baisse du prix du sucre lors de la dépression de 1893 et surtout la (1894) qui augmentait de 40 % les droits de douane sur le sucre et faisait disparaître la position privilégiée du sucre cubain sur le marché américain. Étant donné que le sucre représentait 80 % des ressources de l’île, le résultat fut catastrophique. Les souffrances sociales qui en découlèrent et le mécontentement latent contre la domination espagnole , provoqua en une rébellion qui fut le début de la guerre d'indépendance cubaine.

De part et d’autre, on fit preuve de cruauté. Le général espagnol Valeriano Weyler, à partir de , pratiqua une politique de regroupement forcé d’une grande partie de la population derrière des fils de fer barbelé. Les conditions alimentaires et sanitaires étant absolument insuffisantes, des milliers de moururent dans ce qui a pu être apparenté aux camps de concentration de l'époque moderne. En deux ans, un huitième de la population, c’est-à-dire environ , succomba. De leur côté, les révoltés pratiquaient la politique de la terre brûlée, saccageant et détruisant les propriétés des partisans de l’Espagne et ravageant les plantations de sucre. Leur but était de provoquer la défaite des Espagnols en épuisant toutes leurs ressources.

L’opinion publique américaine, influencée du reste par les comités révolutionnaires cubains de New York, manifesta assez vite sa sympathie pour ceux qui luttaient pour leur indépendance. Certains journaux particulièrement avides de sensationnel, surtout le New York World de Joseph Pulitzer et le New York Journal de William Randolph Hearst, firent grand cas de la barbarie des Espagnols et de leur commandant en chef, Weyler, surnommé « le boucher ». Des journaux protestants , ainsi qu’un certain nombre d’organes républicains et démocrates se déclarèrent partisans d’une intervention en faveur des insurgés pour des motifs purement humanitaires. D’autre part, des partisans de l’expansion tels Theodore Roosevelt, Henry Cabot Lodge ou Whitelaw Reid du New-York Tribune, réclamaient aussi une intervention.

On peut noter également que depuis les années 1880, les esprits américains étaient gagnés par le sentiment nouveau que les États-Unis ne pouvaient se contenter d’une aire d’influence circonscrite aux deux Amériques mais qu’ils étaient appelés à jouer un rôle de plus en plus grand sur la scène mondiale. En 1885, le révérend Josiah Strong publia un livre intitulé Our Country: Its Possible Future and Its Present Crisis (Notre pays : Son avenir possible et sa crise actuelle) qui en dix ans se vendit à dans le pays. L’auteur y exprimait la conviction que « la race anglo-saxonne », dont les États-Unis illustraient le plus parfaitement la supériorité, finirait par dominer le monde en vertu, précisait-il, du principe darwinien que « le plus apte survit ». Cinq ans plus tard, en 1890, Alfred Thayer Mahan, officier de marine et historien, fit paraître un ouvrage The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783 (L’influence de la puissance maritime sur l’histoire – 1660-1783) où il développait l’idée que sans la maîtrise des mers et des océans, aucune nation ne pouvait accéder à la suprématie. Cette année-là, le Congrès votait la construction de trois navires de guerre. En , le sénateur Henry Cabot Lodge publie un article retentissant intitulé Our Blundering Foreign Policy (Les cafouillages de notre politique étrangère). Selon lui, l’expansion territoriale était de première importance pour les États-Unis, notamment parce que « le commerce suit le drapeau » et qu’il fallait donc sensiblement accroître le nombre de bases navales et de vaisseaux. En outre, sa nomination au poste de Secrétaire d’État à la Marine en 1897 donne à Theodore Roosevelt la possibilité d’influer sur le cours des choses, lui qui écrivait la même année à un ami : « En toute confidence […], je verrais d’un bon œil n’importe quelle guerre car je pense que c’est ce dont le pays a besoin ».

Ces événements à Cuba coïncidaient aussi dans les années 1890 avec la lutte que se livraient les groupes de presse américains Hearst et Pulitzer pour accroître leur lectorat. Le style de Hearst, qualifié de « journalisme jaune », aurait pu supplanter celui de Pulitzer, et il utilisa le pouvoir de la presse pour influencer l'opinion américaine en faveur de la guerre. Malgré les documents attestant des atrocités commises dans l'île et la réalité d'une rébellion qui combattait le joug espagnol, Hearst fabriquait souvent des histoires ou les montait en épingle dans un langage hautement provocateur. Hearst publia des récits sensationnalistes sur les atrocités que les « Espagnols cruels » infligeaient aux « pauvres Cubains ». Scandalisés par « l'inhumanité » des Espagnols, les Américains étaient incités à demander une « intervention » que même les faucons les plus blasés, tel le jeune Theodore Roosevelt, auraient considérée comme une affaire réglée. Hearst est connu pour sa célèbre réponse à son illustrateur, Frederic Remington, qui estimait que les événements à la Havane ne justifiaient pas une guerre : .

En revanche, les journaux reflétant la pensée des milieux économiques ou financiers faisaient ressortir qu’une guerre compromettrait le rétablissement économique qui commençait à se manifester en 1897 et menacerait la stabilité monétaire basée sur l’étalon-or.

Étant donné l’aspect passionnel du débat et la nature de la lutte à Cuba, il ne fut pas facile pour le gouvernement américain de maintenir une position de neutralité. Le président Cleveland fit tout son possible pour ne pas se laisser entraîner dans une aventure, malgré les pressions du Congrès. Son successeur McKinley s’efforça de suivre la même politique de prudence. L’amorce d’une politique de réformes à Cuba par l’Espagne fut loin de satisfaire les révoltés, mais fut bien accueillie par le gouvernement américain et une partie de la presse. Le , le Washington Post titrait : Une série d’incidents allait pourtant faire monter la tension entre les États-Unis et l’Espagne.

Montée de la tension vignette|L'USS Maine, coulé dans le port de La Havane.

En , afin de protéger les intérêts américains à Cuba, l' est détaché de Key West en Floride à La Havane, où il arrive le .

Le publie, le , une lettre privée d'Enrique Dupuy de Lôme, ambassadeur espagnol à Washington, D.C., dérobée par un espion insurgé cubain, Celle-ci suscite l’indignation, Dupuy de Lôme y décrivant le président William McKinley comme .

Explosion de l'USS Maine

Six jours plus tard, dans la soirée du , le cuirassé américain explose et sombre dans la rade de la Havane, entraînant la mort de 268 Marines états-uniens.

Bien que la cause de l'explosion soit incertaine, les autorités espagnoles sont rapidement pointées du doigt par la presse américaine. Le New York Journal « révélé » ainsi, à l'aide d'illustrations « extrêmement détaillées », comment les Espagnols ont prétendument fait exploser le navire, réclamant des représailles. Des hommes d'affaires souhaitant investir à Cuba soutiennent notamment cette campagne de presse. L’opinion publique est alors atteinte, suivant l’expression d’un diplomate européen, « d’une sorte de furie belliqueuse ». Des Espagnols en effigie sont brûlés dans les rues lors de plusieurs manifestations, et l'opinion publique devient plus encline à une intervention militaire états-unienne à Cuba. Devant l’inaction du gouvernement, McKinley est parfois sifflé dans les rues et dans les théâtres.

Devant cette importante montée du bellicisme dans l'opinion publique, les défenseurs de la paix peinent à convaincre. Le Chicago Times Herald écrit le que D’autres journaux emboitent le pas. Le 19 mars, Redfield Proctor, un sénateur républicain modéré du Vermont, déclare devant le Sénat qu’un récent voyage à Cuba l’a convaincu du bien-fondé d’une intervention. De nombreux hommes d’affaires, des organismes économiques et divers groupes religieux qui s’étaient jusque là montrés timorés à l'idée d'une intervention à Cuba commencent à changer d’avis. De nombreux dirigeants politiques, dont le démocrate jusque là anti-impérialiste William Jennings Bryan, décident qu’il n’est désormais plus raisonnable de s’opposer à la demande générale en faveur de la guerre. De leur côté, de nombreux républicains font pression sur le gouvernement, qu’ils menacent de ne plus soutenir s’il ne tenait pas davantage compte de la volonté populaire.

Le représentant du bureau du Commerce extérieur états-unien alors en poste reconnaîtra cependant lui-même plusieurs années après que, s'il ne faut pas sous-estimer le poids de l'opinion publique après l'explosion de l'USS Maine, les intérêts économiques et la volonté d'expansion américaine constituent également un élément important dans la décision des États-Unis d'entrer en guerre. La capacité de consommation intérieure états-unienne commence en effet à l'époque à être dépassée par la production industrielle du pays et il apparaît comme primordial à de nombreux acteurs industriels, à travers le Journal of Commerce de New York, et politiques, dont le président McKinley lui-même, d'obtenir de nouvelles opportunités commerciales. Le sénateur républicain , fervent impérialiste, déclare ainsi dès 1897 que .

Tentative de solution diplomatique